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M^MOIRES
L'ACADEMIE DE VAUCLUSE.
DEUXieME SfiRIE.
TOME I. — ANNEE 1901.
AVIGNON
FRANCOIS SEGUIN, IMPRIMEUR-6DITEUR
II, roe Bouquerle, 11
190 1
'13
1 b ^
. v/ 3 ^ ^
ACADfiMlE DE VAUCLUSE
FONDEE LE 20 JUILLET 1801.
Presidents d'honneur : MM. Mordon et Sagnier.
BUREAU POUR LWNNEE igoi,
PnKsideni MM. Laval.
Vicc-preshicjits J
( CHOHAIT.
SecreLiire general Labanoe.
IDe Fauguer.
Pellat.
Belladen.
secretaire Meritan.
Tresorier Bonnecaze.
Bibliothecaire Chatelet.
MEMBRES HONORAIRES.
MM.
L'Archeveql'e d' Avignon.
Le General commandant la 'Mf division militaire.
Lc Prefet de Vauclusc.
Lc Maire de la villc d'Avignon.
Bavle. G.. I- sous-bibliothecairc aii Musec-Calvet, a Avignon.
Fabre, *, docteur cs sciences, a Serignan.
FuzET (Mgr), *, archeveque de Rouen.
GuiLLAU.ME, G. O. ^, sculpteur, a Rome.
Jl'lllvn, Camille, *, O. I., professeur a TUniversite de Bordeaux.
Lastevrie (Comte Robert de), O.I. «, membre de I'lnstitut, ^
Paris.
Mistral, Frederic, O. *, a Maillane.
IV I.ISTK l)i:S MKMIUUCS
MEMBRES TITULAIRES AYAXT PERPKTl'K LEl'R COTISATION' :
MM. Chohaut, Alfred, docteur en mcdccine, hienpileur de I'Aca-
demie, a Avig^non (5 avril 1889).
Eysseric, Joseph, artiste peintre, a Carpentras(i"'" mars iRc^S).
L^Epixe (Marquis Raymond de), a Avignon (i3 avril 1H9C)).
MKMBRES TITULAIRES.
MM,
Abric, Maurice, negociant, a Avignon (r'semestre i883).
Aepiiant, O. *, docteur en medecine, a Avignon (\" juin i8cp).
Anselme (D'), a Avignon (G Janvier i8()8).
Arnaud, notaire, a Aries (1886).
Arnaud, notaire, d Barcelonnette (6 juin i885).
Arxaud de Fabre, docteur en medecine, a Avignon (i883).
Aurouze (Abbe), professeur, a Avignon (2 decembrc 1897).
AuTRAN^ pasteur de la religion reformee, tx Avignon (2 avril 1887).
Azemar, docteur en medecine, a Avignon (2 decembre 1897).
Bayol, dessinateur a la chelTerie du 7* genie, ix Avignon (2 de-
cembre 1897).
Belladex, Louis, artiste peintre, d Avignon (2 decembre 1897).
Biret, A., ferronnier d'art, a Avignon (1882).
BoNXECAZE, chef de bureau a la Societe generale, A Avignon
(16 avril 1896).
BoxxEFiLLE (Abbe), supdTieur. du Petit Seminaire d'Avignon
(II novembrc 1897).
BoxxET, Julien, ancien conseiller de prefecture, a Avignon (1882).
BoxNET, Leon, batonnier de Tordredes avocats, a Avignon (i883).
BoxxET, Victor, docteur en medecine, a Oppede (6 fevrier \ikfo),
BouRGEs, Gabriel, O L, professeur dc dessin au Lycec d'Avignon
(1882).
BouRGES, Michel, medecin de la marine, a Madagascar {V fevrier
1900).
Broelemaxx, Henry, banquicr, a Paris (11 octobrc ujx)).
BrucjUier-Roi'kk, au Pt>nt-Saint-Ksprit (H Janvier 1S87).
IMi LA SOCIETE V
MxM.
Brl:x, Pierre, supplcant du juge de paix, a EI-Miliah (G Janvier
1887).
Brunkl, Leon, a Avignon (2 avril 1887).
Caillol, Henri, notaire, a Marseille (5 avril i8(p).
Caheau, Edmond, publiciste, a Avignon (6 Janvier i8()8).
Carre, docteur en medecine, a Avignon (1882).
Cassix, Paul, docteur en medecine, a Avignon (1882).
Caucanas, ing(^nieur du canal de Pierrelatte, a Orange (7 fevrier
i885).
Chaxsroi'x, a., pharmacien, a Beaucaire(i3 octobre 1888).
CiiASSAXO (Abbe), pnjfesseur au Petit Seminaire cJ'Avignon
(r' ttvrier 1895).
CuATKLKT. Casimir, employe a la Prefecture, a Avignon (9 no-
vembre 1899).
Clavel (Abbe), a Gordes (r^ juin kjck)).
Clkmicxt (Abbe), ancien aumonierdu Lycee, a Avignon (8 Jan-
vier 1887).
CussAC (Abbe), vicaire genc^ral, a Avignon (11 novembre 180)7).
Darexk DE Lacrozi: (Frederic de), a Avignon ((3 decembrc 19CX)).
Dacvkrgxk, avoue, a Avignon (2 juin i8()8).
Delalv, Alfred, ingcnieur a la G"' P.-L.-M., a Avignon (4 juillet
i8()i).
Delei'ze, avocat, ct Avignon (188G).
Delmas, Jacques, Q I., professeur hon. au Lycee de Marseille
(25 octobre i8<)()).
Devdier, Marc, notaire, a Gucuron (i8(j()).
Dlcommi'x, Andre, (jlectricien, a Avignon (7 juin 1895).
Ducos, O. *, ancien depute de Vaucluse(i882).
Du Lavrexs (Baron Guillaume), a Avignon (i3 avril i8<)()).
DrRAXD, ancien professeur, a Bonnieux (i883).
DuRAXD (Abbe), doyen honoraire, professeur au Petit Seminaire
de Beaucaire (4 Janvier i8(S9).
DiRHESsox, docteur en medecine, a Avignon (4 juin i8(/')).
Ksperaxdiei'. Kmile, (> L *, capitaine professeur a I'Ecole
militaire d^ Saint-Maixent (G septembre 1895).
Fauciier (Paul de), a Bollene (i(S82).
Falchier, notaire, a Orani^e (5 juillet i8<kO.
FrcjiAL'x, O. ^'?, licut. -colonel d'artillerie territoriale, a Avignon
(18SG).
FujREx r, ancien president du Tribunal de commerce, a Avignon
(I I novembre 1897).
yi LISTE DES MEMBRES
MM.'
Fri'ctus (Abb6), cure dc Crillon (7 mars 1901).
Frutiere (Mgr), pr^lat de la maison de Sa Saintete, a Nimes
4 Janvier i8()5).
Gap, Lucien, instituteur, i\ Villars (Vaucluse) (1882).
Genin, Joseph, *, officier principal d'administ. en retraite, a Avi-
gnon (i" decembre iScfj).
Gefun-Ricard (Vicomte de), A., d Marseille (i883).
Gleizal, Albert, ingenieur civil, ^ Privas (5 juillet i8(jr»).
GoNDRAX, avocat, di Avignon (i3 avril 189c)).
Goi'BET, Henri, avocat, a Avignon (i3 avril 1899).
GouDAREAU, Jules, a Saint-Gervasy (Gard) (3 decembre icxjf)).
GouELL, *, medecin en chef de rh6pital militaire d' Avignon
(3 mars 1898).
Graillv (De), inspecteur principal du Credit foncier, a Paris
(7 juin 1895).
Graxet, Lconce, proprietaire., a Roquemaure (1882).
Gregoire, instituteur, a Bedoin (1893).
Grimaud (Abb6), (> A., directeur de Tlnstitut des sourds-mucts, a
Montfavet (2 juin 1890).
Grimaud (Abb6 Augustin), cure de Sorgues (10 Janvier 1901).
Griolet, *, sous-intendant militaire, a Epinal (6 septcmbre 1895).
Grivolas. Pierre, !•» directeur dc TEcole des Beaux-Arts, a
Avignon (1882).
GiTENDE (M"^ Blanche), a Cavaillon (4 juin 1887).
GuERiN, Claude, professeur a TEcole normale, a Avignon
(i5 novembre 1891).
GuERiN, Joseph, proprietaire, a Bonnieux (2 juillet 189(3).
GuiBERT, avoue, a Avignon (i883).
JoLEAL'D, *, sous-intendant militaire, a Avignon (8 novembre KjtX)).
Labaxde, L.-H., I-j conservateur du Musee-Calvet, a Avignon
(7 mars 1891).
Larche, i> A., docteur en medecine, a Avignon (i883).
Laroche, Henri, *, chef de bureau honoraire au Ministere dc
rinterieur, a Avignon (i" f(!jvrier igoo).
Lassalle, capitaine tresoricr au 7*" genie, a Avignon (2 juillet
i89r)).
Lauront, proprietaire, a Avignon (5 fevrier 1887).
Laval, Victorin, I. *, medecin major de r'' classe au 7'' genie, a
Avignon (1882).
Le Gras, a Avignon (2 juin 1898).
nn KA socii:tk vil
MM.
Li::vi:z()L' (Abbe), cure dj la Barthekisse (ii novembre ift<j7).
LiMASSirr, docteur en droit, a Avifj^non (i(S82).
Marciiani), (' I., inspecleur dacademie, a Avignon (4 Janvier
rScp).
Makmoitox, procureur dj la Republique, a Riom(? avril K) >:)).
Mautix, proprietaire a Thouzon (Le Th()r)(i8K')).
Mal'mkt, Remy, lepidopteriste. a Avignon (6 decembre iok)).
Mnrrui: (xVIgr), prclat de la maison de Sa Saintete, a Rome
{2[) avril i8()3).
MkIvSsonnikr, Paul, ancien notaire, a Avignon (:> juillet iScp).
Mi-iurrAN (Abbe Jules), a Avignon (3 f(^vrier i(S()<S).
Mi:L:N[i:K(Mgr), eveque d'Evreux (8 juillet i8()7).
MiciiKL, Fernand (Antony Rkal tils), a Orange(4 Janvier i8(p).
MiciiKL. Louis, V A., O. M. A., directeur de la Socic^te generale et
president du Tribunal de commerce, a Avignon (10 novembre
i8<)8).
Michkl-Bechkt, docteur en medecine, a Avignon (7 juin i8()5).
xMoRDox, F., ancien tresorier-payeur general, a Angouleme
(2 avril 1887).
MoL'uuAL, *, chef du genie, a Avignon (3 mai ujx)).
Morzix (Alexis), < I., receveur municipal, a Avignon. (1882).
Xaoikt, Gustave, ancien president du Tribudal de commerce, a
Avignon (2 juin iHijH).
NoLRHV, Marcel, a Avignon (7 decembre i8<|().
Paiax. Auguste, negociant,a Avignon (1882).
1\\MAHT), (). *, ^^ I., docteur en medecine, c\ Avignon (1882).
Paxsikr. docteur en medecine, a Avignon (3 fevrier i8()8).
Parrockl, Pierre. (> I., docteur en droit, substitut du procureur
de la Republique, a Marseille (5 avril i8<p).
Pkllat, Kdmond, O. *, inspecteur general honoraireau Ministere
de rinterieur et ancien president de la Socic^te gcrologique de
France, a Saint-Ktienne-du-Gres (ii.-du-Rh.) (2 juillet i8()'')).
Pkrairl:, Maxime, industriel, a Sorgues (2 juin i8<)8).
I^KRXoi). Jules, negociant, a Avignon (1882).
Pkrrix, instituteur, a Avignon (5 Janvier i8(j2).
Prottox, Pierre, fabricant de meubles, a Avignon (i883).
Pn:L, Louis, entomologiste. a Avignon (S Janvier \^y)).
Ravxoi.t, anc. greftier du Tribunal, a Avignon (1" i'evrier iq.x)).
Ri:al', Leon, publiciste, a Avignon (7 decembre i8(ji)).
REoLix(.\bbe), C L, archivistediocesain.aAvignon(7ievrier 188?).
Ripf:rt. professcur de musique. a .\vignon (2 decembre 1897).
VIU LISTE UES MKMBRES
MM.
RocMETix (M"*), a Arpaillarg-ucs (Gard) (i i novembre 1897).
RouLs. inspecteur-adjoint d(^ forets, a Carcassonne (5 avril iSgS).
RoussET, Antonin, inspecteur dcs forets en retraitc a L'lslc-sur-
Sorgue (3 mai 190)).
RouviEKE, avoue, a Avignon (3i mars 1898).
RouviERE, pharmacien, a Avignon (i883).
Roux, notaire, aCavaillon (1882).
Roux, R(bmy, docteur en medccine, a Avignon (8 juillet 1897).
Sage (Abbe), cure d'Aubignan (9 novembre i8cj^j).
Sagxier, docteur en droit, a Avignon (1882).
Saixt-Martin, Jean, avocat, a Avignon ((Kseptembre i8cp).
Savixien (Frere), inspecteur dcs Freres dcs Ecoles chretiennes, d
Avignon (1886).
Sevxes (Jules de), proprietaire, a Saint-Didier (1882).
Tardieu, *, docteur en medecine, a Aries (i3 octobre 1888).
Terris (De), notaire, a Avignon (1882).
Thomas, Joseph, negociant, a Avignon (i883).
TouRTET,0 A., architectedepartemental,c\ Avignon (2fevrier 1897).
Tracol, notaire, a Avignon (2 juin i8()8'.
Trouillet (Abbc', curedu Thor(3 mai 190);.
Vagxeur, industriel, a Avignon (r'' juin iScfj],
Valabregue, Roger, avocat, a Avignon (i" mars i8()()).
Valayer, Louis, proprietaire, a Avignon ^1882).
Valextix, () A., architecte, a Avignon (1882).
Valla (Abbe , Q A., cure-doyen de Villeneuve-lez- Avignon 17 de-
cembre 189.}).
Vallextix, juge au tribunal de Montelimar (i883).
Vallp:xtix, Roger, () A., receveur des domaines, a Saint-Peray
(5 novembre 1887),
Verdet, Ernest, * negociant, a Avignon (1882).
Verdet, Gabriel, *, nc^gociant, (i Avignon (i883;.
Verdet, Marcel, negociant, a Avignon (i883;.
Verxet, Lucien, <'' I., statuaire, a Avignon Gjuin i885).
ViLLARET (De), «, chef d'etat-major de la 3(r division militaire, a
Avignon (2 mars i8()9).
VioxxET, Charles, <) A., professcur a TEcole dcs Beaux-Arts, a
Avignon (9 novembre 1899).
VissAC (Dc\ directeur du Credit foncier pour le departcment de
Vauclusc, a Avignon (iH octobre i8(p .
Xavier de Forj<viKRi:s .R. P. . au monastcre de Frigolet (i" Ic-
vricr iHo^^.
bE LA SOGlliTt: IX
MEMBRKS ASSOCIES.
MM.
Arbacd, Paul, bibliophile, a Aix.
Artozoul, avoue, a Lyon.
AuBKRT, juge de paix, a Chcnerailles Greuse).
AuGuioT, docteur en medecine, a Lvon.
Avox, Emiie, proprietairc, d Avignon.
Blanc, Lton, instituteur en retraite, a Serviers-Labaume ,Gard\
BouDiN (Abb6), cure d'Aumessas (Card).
BoLTLAY (Abb6), professeurde Faculte, a Lille.
CUAMBRE DE COMMERCE d'Avignon.
CuRESTLvx, ancien mairc, a Sault.
Delacour, Theodore, a Paris.
Delorme, sculpteur, a Uzes.
Destaxdau, pasteur, a Mouries B.-du-Rh.).
Fillet (Abb(^), cure archipretre de Grignan.
Garcix, (> A., ancien greftier du tribunal, a Apt.
GuiGXARD DE BuTTEViLLE, ^ Ghouzv (Loir-ct-Cher).
HoxoRAT, Bastide, a Digne.
Lemaire, controleurdes manufactures de tabac, a Toulouse.
Maxivet, Paul, C A., juge de paix, a Bollene.
Marietox, Paul, chancelier du Felibrige, a Paris.
MiixTz, Eugene, *, mcmbre de Tlnstitut, conservateur a TFcole
dcs Beaux-Arts, a Paris.
Reguis, docteur en medecine, a Villeneuve-lez-Avignon.
Rexcurel, conseiller de prc^iecture, a Avignon.
REVXAUD,Gustave,directeurdescontributionsdirectes,a Aurillac.
Sallustiex (Fr(!)re). directeur des Ecoles chretiennes, a Uzes.
Saurel. Ferdinand, C I-. chanoine titulaire, a Montpellier.
Sauve, Fernand, a Apt.
Vavssieres, conservateur du Musee d'histoire naturelle, a Mar-
seille.
Verax, architecte, a Aries,
X MEMBKES COKRKSIMA'DANTS DE LA SOCIETE
MbJMimtJS C()RIU::SP()XD. L\TS.
MM.
AuLTS (Dumcsnil d';, docteur en medccinc, a Abbeville.
Bacourt (Comte Fourier de\ a Paris.
Barthelemy (De\ A., '^ , membre de Tlnstitut, a Paris.
Beauregard, *, pn»fesseurau Museum, a Paris.
BerluoPerussis (I)e\ a Aix.
Blancard, ic , archiviste des Bouchcs-du-Rhone, a Marseille.
BoiSLisLE (l)e\ *, membre de Tlnstitut, ^ Paris.
Bourgoint-Lagrange, ancien sous-prefet, i\ Bordeaux.
(LvzALis DE FoxDoucE, fi^eolog-ue, a Montpellier.
CiiARVET, Leon, C I- inspecteur de Tenseif^nement des arts du
dessin ct des musees, a Paris.
DuHAMEL, I., archiviste departemental de Vaucluse, a Avignon.
Gaudry, Albert, *, membre de Tlnstitut, a Paris.
GossE, .D' H.-J.), professeur, a Geneve.
Gl'illaume (Abbe), archiviste des Hautes-Alpes, a Gap.
Janet, Charles, ingenieur des manufactures, a Beauvais.
Lacroix, *, archiviste de la Drome, a Valence.
Lapierre, anc. archiviste et bibliothec. de la ville, a Toulouse.
Laugier, conservateur des medailles au Musee de Marseille.
Lecomte, adjoint au genie, a Commercy.
Leexhard, geologue, a Montpellier.
Lextheric. * , ingenieur, a \imes.
Letiiirry. entomologiste, a Lille.
LiEUTAiTD, Victor, a Volonne (Basses-Alpes).
LocARD, a Lyon.
LouHET, ancien magistrat, a Carpentras.
Mas, professeur, a M(^ntpellier.
MoRTiLLET (Adrien De\ A., a Paris.
NicoT, pharmacien, a I\iris.
Saixt-Vexaxt (De), inspecteur des forets, ^ Nevers.
Testu, professeur d'anatomie, ^ Lyon.
ViLLEEossE (Heron de\ *, conservateur au Musee du Louvre,
membre de I'lnstitut, a Paris.
YuxG, professeur a I'Universite de Geneve.
SOCIETES CORRESPONDAXTES
XI
SOCIETES AVEC LESQUELLES L'AcADEMIE EClIANCiE SES MeMOIRES,
Alpes (Basses-) — Socicte scientilique et littcraire des
Basses-Alpcs, a Dif^^ne.
Alpes (ILiiites-). ... — Socicte d'etudcs des Hautcs-AIpes, ^
Gap.
Alpcs-Maritiynes. ... — Socicte des lettres, sciences ct arts des
AIpes-Maritimes, a Nice.
Aiide — Socicte des arts et sciences de Carcas-
sonne.
Bouches-dii-Wwne . . '. — Academic des sciences, arts et belles-
lettres d'Aix.
Revue historique de Provence.
Socicte d'horticLilture et de botanique
de Marseille.
Societe de statistiquc de Marseille.
Calvados — Society d'archeoloji^ie pour la conser-
vation des monuments historiques, a
Caen.
Charente , . — Societe archeolog-ique et historique de
la Charente, a Angouleme.
Constanline — Societe archeologique du departement
de Constantine.
Correze — Societe des lettres, sciences et arts de
la Correze, a Tulle.
Coie-d'Or — Academic des sciences, arts et belles-
lettres de Dijon.
Commission departementale des anti-
quites de la Cote-d'Or, a Dijon.
Douts — Academic des sciences, belles-lettres ct
arts de Besan(;r)n.
Drome — Societe departcoientale d'archeologie et
de statistiquc de la Drome, a Valence.
Bulletin d'histoire ecclesiastique des
dioceses de Valence, Gap, Grenoble
et \'iviers. a R(jmans.
XII
ff t
SOCIETES CURRHSl'OXDAyTES
Gani — Socicite scientilique et litterairc d'Alais.
Societc d'etude des sciences naturellcs,
a Ximes.
Academic du Gard, a Nimes.
(Somite de Tart Chretien, a Nimes.
Gjronne (llaute-j, . . — Academic des sciences, inscriptions ct
belles-lettres de Toulouse.
Societe archeologique du Midi de la
France, a Toulouse.
Gironde — Academic nationale des sciences, belles-
lettres et arts de Bordeaux.
Societe archeologique de Bordeaux.
lUraiilt — Societe archeologique, scientilique et
litteraire de Beziers.
Acad<^mie des sciences et lettres de
Montpellier.
Societe archeolo^ique de Montpellier.
Societe lang-uedocienne de geographic,
a Montpellier.
Societe pour letude des langues roma-
nces, a Montpellier.
Iscre — Academic delphinale, a Grenoble.
Societe de statistique de I'lsere, a Gre-
noble.
Lnire — La Diana, a Montbrison.
Loiret — Societe historique et archeologique de
rOrleanais, a Orleans.
Li>l-el-Garonnc — Societe d'agriculture, sciences et arts
d'Agcn.
Meiirthe'Ct-Mosclle . . . -- Academic de Stanislas, a Xancy.
Societe d'archeologie lorraincaXancy.
Sord ~ (]ommission historique du departement
du Xord, a Lille.
Pjs-dc-CjLiis -- Societe des antiquaires de la Morinie.
a Saint-Omer.
Puy-de-Dnmc — Societe des Amis dc TUniversite de
Clermond-Ferrand
Pyrenees (Basscs-j. . . - Societe des sciences, lettres et arts de
Pau.
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Ncuchatel.
Les Troubles et Emeutes d'Avignon
I (02- i6r^().
La longuc scrie de troubles qui, commencec au mois de
deccmbre i6f>2, se tcrminait a peine en Tannee i(>5tj, a jete dans
les alTaires avignonaises une telle perturbation que notre histoire
locale en a garde le plus triste souvenir. A les considerer par leur
cote ext^rieur et par les manifestations violentes qui en marque-
rent les diverses (Stapes, on serait tented de les appeler la Revolu-
tion d'Avignon, si le mot n'etait un peu gros pour le resultat qui
fut mince. Les meurtres et les incendies, les pillages et les barri-
cades se succcderent, en eflet, presque sans interruption, au
moins pendant les premieres annees, et ce qu'on a appele d'un
mot pittoresque « la peche en eau trouble », c'est-a-dire le triom-
phe des rancunes, des inimities, des ambitions personnelles, put
s'exercertout a son aise.Mais le resultat linal nousparait presque
imperceptible. Les revendications legitimes du peuple ne furent
qu'ci dcmi satisfaites, les reformes a peine ebauchees, et aujour-
d'hui on se demande ce que la ville et les habitants d'Avignon
ont retire de bien-etre, de progres, de civilisation, de tous ces bou-
leversements meurtriers. Peut-etre, apres tout, nos peres se con-
tcnterent-ils de ce qu'ils obtinrent, et nous aurions mauvaise
grace a nous montrer plus exigeants et plus difticiles.
L'histoire de la lutte entre les Pessuirjux et les Pevoulins, c'est-
a-dire entre la noblesse et le peuple, a jburni pendant longtemps
la matiere de nombreux ecrits. On en a copie, recopie le recit,
lequel s'est trouvc en butte aux amplifications des uns et des
autres.
II n'en a pas ete toujours ainsi. L'auteur d'un manuscrit, com-
pos<^ vers le commencement du XVIII" siecle, se plaint que
« rhistoire des revolutions i\ Avignon ait ete longtemps embrouil-
l(ic; on nc la pouvait reconstituer par les temoignages. Une tra-
dition populaire, toujours confuse, toujours arbitraire, toujours
2 M]£mOTREJ^
incertaine, augmente et epaissit les ten^bres, et quand les vieil-
lards les plus raisonnables ont racont6 ce que leur m6moire leur
Iburnit, on sail qu apres le milieu du siecle passe, il y a eu des
troubles d Avignon, et c'est tout (i). »
Cette confusion avait plusieurs causes, mais une des princi-
pales, sinon la principale, etait le melange qui s'operait insensi-
blement dans les souvenirs, entre divers episodes appartenant a
diflereotes periodes des troubles avignonais. La lutte des pessu-
gauxet des pevoulins n'en est qu'un Episode. Ellefut suivie des
bouleversements de 1662-1664, qui laiss6rent euxaussi leurs traces
dans les traditions. On comprend qu'apres quelques ann^es, les
« vieillards les plus raisonnables » aient attribue tel fait d telle
6poque, tandisqu'il appartenait a telle autre, avec d'autant plus
de facility que Ton ne sut jamais exactement si une revolution
etait finie quand I'autre commen9ait.
Aujourd'hui, nous sommes un peu plus renseign^s. Les t^moi-
gnages ccrits contemporains, les pieces des diverses procedures
institutes contre les auteurs des troubles, forment un ensemble
documentaire precieux, qui permet de rectifier certains faits et de
retablir certains autres d leur place chronologique. Le but de ce
travail serait parfaitement atteint si, dans la mesure de son impor-
tance, il avait pu y contribuer pour la plus faible part. II se divisera
done, comme naturellement en deux parties inegales :
L Les Sources.
IL Les Faits.
(i^i Biblioth6que du mus^e Galvet, ms. n' iSia, preface.
' 1
1>E L ACADExMIE DE VAUGLUSE
I.
LES SOURCES.
Elles sont a peu pres toutes manuscrites. Si I'on excepte un ou
deux chapitres de Touvrage de Charpenne (i), ouvrage malheu-
reusement trop d6pourvu de critique, qui suit d peu pr6s
les recits qui nous sont parvenus, sans les controler suffi-
samment, et quelques articles parus dans VEcho de Vaucliise
des 4, 11,22 juillet et 8 aout 1841, sous le titre : Sedition des
Pivoulins et des Pessegaux, les documents sont tous manus-
crits. Mais ils sont loin d'avoir tous la meme valeur. Les
uns sont contemporains des faits qu'ils racontent. D'autres ont
ete composes bien des annees apr6s. Quelques-uns sont de sim-
ples copies, et certains paraissent etre des documents originaux.
Nous dressons ici, en un tableau abreg6, leur liste complete, telle
que nous la connaissons, en essayant de fournir quelques indica-
tions sur chacun d'eux.
' I. Pieces originales et documents contemporains.
I. Gesta mei primiceriatus tarn primi quam secundi, de annis
1644-1646, 1 655-1 660, par Henri des Laurens (2), est un element
tr6s pr6cieux d'informations pour certains Episodes des troubles,
et pour les affaires de TUniversit^ et des colleges a cette epoque.
n. Factum de Mgr Laurens Cursi, vice-legat dWvignon (3). Cette
pi^ce qui ne nous est arrivee qu'en copie, est un expose tr6s
d6taill6, pas toujours tres impartial, des ev6nements auxu"
fut m^le le vice-16gat. Est-ce vraiment un m \r^
fierailpr^s du pape la conduite de son 1 .^
ment un relev6 minutieux des faits et gcsles dsi l.c*i.
(i) Histoire des riunions temporaires d' Avignon et du Comtat-Venaissin d la France,
Paris, Calman-L^vy, 1886, t. I, p. iSetsuiv.
(1} Ms. 24^* fol. 2.
(a) Ms. a394, fol. IQ9.
/
4 MEMOIRE^
que la premiere hypoth^se soil la plus probable, le factum etant
muet sur tout ce qui a prec6d6 les troubles, et commencjant seu-
lement en I'an iG5o, c'est-^-dire k la veille de la deputation du
marquis de Villefranche a Rome. Bijn qu'on y parle du vice-
legat a la troisieme personne, sa main s'y reconnait, et le
soin que prend Tauteur de faire I'eloge de son gouvernement
et de sa stricte ob^issance aux ordres de Rome, ne permet guere
de chercher ailleurs son nom. II faut ajouter que la copie qui
nous est parvenue de ce document fournille de fautes et d'erreurs
de scribe.
III. Les archives cies families de Cambis, qui renferment entre
autres chbses ce qui suit (i) :
1. « Roole de ce que Ton a desrobe dans ma maison au temps
du pillage, volerie et incendie de la ville d'Avignon, le jour de
saint Bruno, sixiesme octobre i653 ». (Xeparait pas de la main de
M. de Servi6res.)
2. « Inventaire des ruines qui sont est6 faites dans la maison
de M. de Servieres ». (Annote de la main de M. de Servi^res et
corrige par lui, probablement vers la fm de sa vie.) L'inventaire
est fait etage par etage.
3. « Roole des meubles qui estoient dans la maison du temps
qu'on la pillat. » (Annote et corrig6 par M. de Servieres.)
4. « Roole du desordr^ et du laresin (sic) que Ton a fait au saca-
gement de nostre maison d'Avignon, le 6 octobre. » En deux
exemplaires ; parait etre Tinventaire sommaire dresse par M. Ser-
vieres, au lendemain du desastre, qui la intitule au dos du
deuxieme exemplaire : « Roole en gros de ce qu'on nous a prins »,
et ajoute: « Le proces-verbal dit unepartie. Le verbal n'a point
estei fait ^ mon instance, mais du tisc. »
5. Fragment d'un proces-verbal d'audition de temoins, portant
unecroixtraceede la main dudeposant. (EcritparM.de Servieres.)
6. Expertise des ruines, suivie de la declaration de Texpert.
7. Cahier de procedure : « En la cause du fisc apostolique de
la legation d'Avignon, d'office en crime de demolition de maison
avec larrecin, et autres cas, desquels aux actes contre les delin-
quants et coulpablesdesdits crimes. » (Copie abregee du suivant.)
8. « V.n la cause du fisc apostolique de la legation d'Avignon,
jointe la plainte et querelle de hault et puissant seigneur, Messire
-^i) Ms. 3357, fol. 25 cl siiiv. »
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE D
Jean-F'ran^ois de Cambis, seigneur de Servi6res et Fargues, gen-
tilhomme ordinaire de la chambre du Roy contre les autheurs,
fauteurs, consilliateurs, complices et coulpables semblablement
quelconques des seditions, pillements et saccagements de la mai-
son dudit seigneur querellant. » Sign6 au bas de chaque page
« Anfossi».
y. « Relation du pilliage de ma maison ».
10. « Conseil de M. Guyon. »
11. « Xel processo danni pat it i.., per gti incendii, furti, rubba-
metiti sequiti. » (Recueil des proccs Servieres, Saint-Roman, Cas-
tellet, de la Rousselle. de la Faleche, Raymond, Palis, Crivelli,
Bremond).
12. « Accord de mon frere. » Arrangement survenu entre M. de
Servieres et M. de Montillet, touchant les habits appartenant a ce
dernier et brules dans I'incendie derh6tel de Servieres, et quit-
tances d(^tinitives.
IV. Les Ordonnances, reglements des vice-ligais Cursi, de Ma-
rinis, Franciotti, Conti etLascaris (i).
\ , Qui^Xqu^s pieces des procedures criminelles contre le baron de
Crillon et ses complices, qui presentent un interet general. Entre
autres :
1. L'acte d accusation dresse contre Crillon, dont un resume
assez complet nous est fourni par un cahier qui fait partie de la
liasse de Cambis, ci-dessus mentionnee. M. de Servieres, qui a
intitule i pcu pres toutes les pieces du proces, n'a point mis de
titre a celui-ci : « EtD, dicente quod bencadvertat veritatem dicere...))
Fin : « . . . Ideo super premissis veritatem dicat, » C'est evidemment une
copie prise sur I'original transmis d'Avignon a Rome (2).
2. La reponse de Crillon a Tacte de Taccusation, intitulee par
AL de Servieres : Escript de M, de Crillon : « Le procureur, pour
ct au nom de M. Louis de Hcrt(^n de Crillon... » Fin : « ... demeura
a garder ladicte maison. avecque d'autres amis dudict baron et a
la fortilier et s'y arrestcrcnt deux ou trois jours » (3).
3. La reponse de Crillon lui-meme a I'interrogatoire qu'on lui
lit subir dans la tour de None, oil il s'etait constitue prisonnier,
! r Mns. n" 844, 24:<"j.
2, Ms. '<:<b7, ful. 121.
i.3, Idem, ful. i4L».
6 MEMOIRES
le 25 fevrier iGSy. Elle est redigee en italien : « Su li 25 febraio
i65y, etc; (i) »
VI. Manifeste de M. de Crillon siir les dissensions, Dans cette
piece, I'ancien viguier de la ville d'Avignon explique sa conduite
et ses diverses demarches a Toccasion des troubles (2).
VII. Regisi?'e des deliberations miinicipales , aux archives de la
ville d'Avignon.
2. Recits.
Tous les recits des ev6nements dont Avignon fut le theatre de
i65o a i66o, forment cinq groupes tr6s caract6ris6s de manuscrits
et que distinguent les premieres lignes de leur texte. Nous
essayerons d'en dresser ici le tableau.
Groupe A,
Le premier et le plus important de tous est VHistoire Junesie
d'une sedition inouie arrivee dans Avignon le jour de saint Jean-
Baptiste, et la suite d'icelle, L'auteur est Henri des Laurens, audi-
teur de rote, primicier de TUniversitc^ d'Avignon et contemporain
des evenements (ms! i5i i, fol. 3o).
II commence ainsi :« Faut scjavoir que la ville d'Avignon, se
trouvant endebt^e d'environ quatre cens mille escus, etc., » et il
est encore represents dans la Biblioth^que du musee Calvet par
les manuscrits suivants :
1. Sedition dans Avignon en I'annee i653 et suivantes (i5n,
fol.6i).
2. Sedition d Avignon entre les Pessdgaux et les Peuvolins (2476,
fol. 95), et Sedition dans Avignon en i652 (2476, fol. i52, copie du
XLV siecle).
3. Ilistoire de la sedition arrivee a Avignon lejour de saint Jean-
Baptisle en 1654 (2781, fol. 3). Celui-ci parait etre un abrege plut6t
qu'une copie de VHistoire funeste : « La ville d'Avignon endettSe
de quatre cent mille ecus », etc. (XVIII* siecle).
4. Une copie fragmentaire du manuscrit de des Laurens, mais
:i) Ms. 3357. fol. 114.
'2 Ms. 2804, fol. 77. M. Pr<ivot, imprimeur A Avignon, en prepare une edition dans
bd collection de documents incdits de Thisioire d'Avignon.
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 7
avec les citations latines de ce dernier (2819, fol. 38, XVIIP siecle).
5. HiMoire Junesie d'une sMition arrivee dans Avignon, copie de
la relation de des Laurens (2481, fol. 209).
6. On peut joindre k ce groupe, bien qu'il paraisse s'en distin-
guer par plus d'un trait, I'^crit intitule Relation des troubles d'Avi-
gnon (ms. 2482, fol. i), qui represente ^^ peu de choses pr^s le texte
de des Laurens, mais entoure de traits d'esprit et de formules de
rhetorique. « Si Ton n avoit autant de t6moignages que nous en
avons )) etc.
Groupe B.
Le document le plus important de ce groupe parait etre le
manuscrit qui provient 6galement de la famille des Laurens, mais
qui semble devoir etre attribu^^ JerOme des Laurens. II a pour
titre : BrieJ narre de ce qui s'est passe d Avignon depuis I'an i65o,
la oil Vy a des choses inopinees (i), et est caract^rise par la phrase :
<c Le pronostique de tous ces malheurs fut une grande tempeste et
tonerre... » (ms. 2481, fol. 199).
Le Briej narre de ce qui s'est passe dans la ville d Avignon, depuis
Van i65o jusques en i'annee i655, d'apres le livre de raison de
M, 1 1 ierosme des Laurens (ms, 23()i, fol. i), ainsi que le Brief narre
dece qui s'est passe dans Avignon, depuis I'an i65ojusqu'en /66^(ms.
i5i I, fol. i), sont les deux principaux reprc^sentants de ce manus-
crit, mais lui paraissent post6rieurs de quelquesannees, et appar-
tiennentprobablementau commencement du XVIIP siecle. II faut
y ajouter le manuscrit intituled : Sedition arrivee dans Avignon, le
24 juin 1 653, ou Ton trouve la trace de deux mains difTc^rentes
(ms. 2394, fol. 112).
Groupe C.
II ne parait pas que le manuscrit, type de ce groupe, soit ante-
rieur aux premieres annees du XVIII*' siecle. II est dit en elTet :
« Les revolutions que nous envisageons et cclles qui sont la
matierc de ce petit ouvrage sont celles qui arriverent dans le siecle
passe, depuis Tan i(352 jusqu'en i665... (2) » On sent deja le travail
de rcidaction qui s'opere. Ce ne sont plus des souvenirs donncs au
h) Unc main ctranr,rdTe a ajoutci : « Par M. Henri des Laurens. » 11 y a tout lieu de
croirc, d'aprtis rindication iournie par Ic manuscrit suivani ,23i)i,, qu'il b'atfit de
JerOmc des Laurens.
(a) Ms. i5i3, foL I, preface.
8 MEMOIRES
fll de la plume, dans la spontaneitc^ de la m^moire et sans grand
souci du beau langage ; c'est le travail, ramplilication d'un auteur
venu bien apres les evenements. II met une preface, il allonge et
d^roule sa phrase : « La jalousie du gouvernement, source ordi-
naire des malheurs qui desolent les Etats, fut la cause d'une
partie de ceux que nous allons decrire... (i) » A ce groupe appar-
tiennent :
1. Histoire des revolutions dWvifrnon, contenant ce qui s*est passe
de plus remarquable dans cette ville depuis Van i652 jusqu'en i665
(2808, fol. 20, XVIIP sicjcle). Ce dernier manuscrit, paut-etre rt^digc
par Q^mmin (2), est la copie de la pi6ce suivante.
2. Histoire,.. (comme ci-dessus) (ms. 2787, fol. 22). On la
attribue a Tevssier, auditeur de rote, et auteur de V Histoire de la
ville dWvignon (3). A I'examen cependant, on peut en douter.
3. La copie de cette premiere redaction, qui a trouv(^ place dans
le recueil du marquis de Cambis-Vellcron (n" CIII, p. 475) (4), qui
se tait sur Tauteur possible du manuscrit (ms. 2791, fol. i).
4. Une deuxieme redaction du manuscrit precedent, et attribue
cgalement, mais sans plus de motifs, a Teyssier. Elle porte pour
titre : Histoire de la ville dWvif^non, tome III, livre vr. Cette
seconde redaction a (^it corrigee, en marge et dans le texte, par une
main 6trangere, mais qui parait, d apres I'ecriture, d assez peu
posterieure a la premiere (ms. 2788).
3. La copie de cette deuxieme redaction, sans les surcharges et
cr)rrections du manuscrit precedent (ms. 2792, fol. 1).
II faut remarquer cependant que les textes attribues a Teyssier
presentent de leg^res variantes avec le ms. i5i2. Ce n'est done
pas une copie a proprement parler, mais un travail d'abrc^viation
fait sur un theme donne. II suftira, pour sen convaincre, de
comparer ces deux passages :
i"" Ms. i5i2, fol. 5.
i'i) Commin. ne en 1746. accrit entre auires choscs -. Mhrwires pour servir a I'his-
toire des revolutions J'. Xvii^non, suivis Jes pestjs, fjmims ei inonJjlioHS gui ont affligi
cette ville depuis i226jusqu'en tfito..., ouvra^'"e rcsle manuscrit. — II manque ii I'au-
teur un peu de critique et beaucoup d'impariialitd*.
f3' Thomas Teyssier, ne en 1707 el mnrt en 178:^ fut primicier de IT'niversite, audi-
teur de role, et ecrivit sous le voile de I'anonyme : Histoire des sourer jitts pontijes
qui out siei^e A Avii^non Avij^^non, Aubert, 1774 . — Barjavel croit qu'il a dcv'n VHis-
toirc de la ville d'Avis^non et du comte Venaissin ce qui n'est pas exact, Teyssier
ayant seulement eludie I'hisioire d'Avignon , et dit que son livre ne fut pas
imprimt', A cause de la resistance du pouvnir papal aux idces de naticmalitt^ dans
nos contrees. Cf. Barjavel, Uictiannjire historiKpu'... du dJp.irU'fUjnl de Wiuclusj. t. II,
p. 4^0.
4 Catalof^ue rjisonftii des principjux m inuscrils du cahin:t de M. Joseph-Louis^
Dominique dc CJtmtis, marquis de Velleron, p. 475. ^Avig-non, Chambjau, 1770.,
HE L^ACADEMIE DE VAUCLUSK ()
MSi 2'j8(:) : « L'envie de gouverncr, source ordinaire des
malheurs qui desolcnt les Etats, fut la cause d\ine partie de ccux
qui vont nous occuper. » — Ms. i5r2 : « La jalousie du gouverne-
ment, source ordinaire des malheurs qui desr»lcnt les Etats, fut la
cause d'une partie de ceux que nous allons decrire. »
Ms. 2786 :« Les mutinsindomptables jusque-la se radoucirent...
et confus de leur emportenient, ils se retirerent dans leurs mai-
sons oil ils ne penserent qu'a vivreen paix. « — Ms. i5i2 : « Les
mutins, ces seditieux indomptables se radoucirent... et confus de
leur emportement, ils se retirerent dans leurs maisons, ou ils ne
penserent qu'a vivre en paix : tel le peuple, que les flots d'une
mer agitee represeqtent parfajtem^nt, »
(Jroupc Dt
Tous les manuscrits qui composent ce quatrieme groupe, sont
du XVIIP siecle au plus tot et sont caracterises par les premiers
mots de leur texte : « Le 4 decembre, sur Theure de midy,- fut
esmije une sedition du peuple contre les Italiens... »
Les deux repr^sentants de ce groupe sont intitules: liccit des
ti'oiibles arrives dans Avi^^non, enire les Pessu^aux et les Pevoulins,
c'est-d-dire entre la noblesse et le peuple, en I'annee i653. II est
aSvSez facile de voir a leur style que I'auteur ecrit quelque temps
apres les evcnements, mais aussi qu'il travaille sur des sources de
premiere main. La simplicite, la precision de son rccit, ne per-
mettent pas de voirenlui un amplilicateur ou un rheteur, mais
bien un retlet et un echo (idele des temoins contemporains. (Mss.
2819, fol. 38, et 3357, fnl. i5.)
A ce quatrieme groupe se rattache le manuscrit intitule : Trouble
ou rerolte arrives le iS juin i65y, entre les Pessej^rjux et les Pevolins,
c'est'^i'dire entre la noblesse et le peuple. La copie est du XIX" siecle,
mais I'original doit (^tre contemporain des deux manuscrits pre-
cedents. II en dilTere, il est vrai, par ses premiers mots; mais la
trameest identiqueet la derniere phrase : « Voila la lin de I'emeute
des Pessegaux et des Pevolins », se retrouve dans les deux autres.
(Ms. 2827, fol. 261.)
Groupe E.
Deux manuscrits forment encore seuls cette derniere categoric.
lis < »nt pour titre : La relation veritable des derniers troubles qui sont
arrives dans Aviyjion, suivant rinivrime, sous Mirr Francintti, vice-
10 MEMOIRES
l^gat^ et commencent ainsi : « Les Etats comme les corps ont leurs
maladies et leurs sympt6mes...» Mais a Tinverse de tousles textes
dont nous venonsde parler, ils n embrassent qu'une p^riode rela-
tivement restreinte des troubles avignonais, Taffaire de M. de
Saint-Roman, et laissent de cut6 tout ce qui concerne la vice-lega-
tion de Cursi et de Marinis, pour fmir vers 1 epoque du depart de
Mgr Franciotti (Ms. 2062, fol. i23, et 2819, fol. 148). La maniere
ampoulee et prc^cieuse dont le recit des faits est conduit, ne per-
met gu6re de voir la un temoignage contemporain, mais bien un
travail post^rieur aux evenements de plusieurs ann6es, et Toeuvre
d'un historien qui pouvait, tout a son aise, envelopper de rhe-
torique une serie de faits qui 6taient d<L*jd le passed pour lui (i).
Ainsi, les sources manuscrites ne manquent pas; mais leur
valeur est loin d'etre egale. Entrons maintenant dans Texamen
des faits, et essayons de decouvrir sous leur succession la vie
intime et publiquede la ville d'Avignon pendant ces dix annees
de troubles.
i^ Nous sigrnalerons dgalement, pour m^moire seulemeni, Ic yfimoire des brute-
ments de maisons et guerres civiles dans Avignon en i65o-i653 (Ms. 2804, fol. 49'. R6cit
ires abreg^ des 6v6nements, il leur est de beaucoup posterieur.
DE L'aCADE.MIE OE VAUCLISE II
II.
LES FAITS.
En Tan i65o, la bonne ville d'Avignon avait environ quatrecent
mille ecus de dettes. Les impOts s'^taient multipliers avec les
creanciers, et par suite d'une situation economique, dont I'his-
toire locale offre d'ailleurs d'autres exemples, les charges fiscales
pesaient surtout sur les artisans, ouvriers ou petits marchands,
qui composaient alors pr6s des deux tiers de la population avi-
gnonaise. Pour comble d'infortune, depuis environ une dizaine
d'annees, on exigeait aux portes de la ville le paiement d'une
taxe sur les marchandises de soie. La jalousie du commerce lyon-
nais, auquel nos tafTetassiers, d^videurs, mouliniers, teinturiers,
faisaient une s^rieuse concurrence, avait essayed de ruiner par ce
moyen une industrie trop prospere a son gre. Les matieres pre-
mieres du travail des Avignonais, ainsi frappees d'un droit eleve,
les exigences des commis royaux, qui fouillaient et brutalisaient
aux portes de la ville tout individu soupc^onne d'introduire en ville
quelque pi6ce de soie, et les difticultes sans cesse grandissantes
pour les commer9ants d'Avignon, incapables des lors de lutter
avec la concurrence de Lyon, avaient porte Texaspc^ration du peu-
ple au plus haut point. II suffit de parcourir les m^moires ou les
Merits du temps, pour juger de Timpopularite de la « douane de
Lyon » aupr^s des habitants d'une ville, qui en srJulTrait chaque
jours dans ses intc^rets.
Le peuple murmura d abord sourdement, puis parla plus haut
et demanda aux consuls de s'employcr activement pour obtenir
le retrait des commis royaux des portes de la ville. Les consuls
essayerent d'apaiser le mecontentement populaire, en promettant
d'informer Sa Saintetc^ de ce qui se passait.
lis firent meme davantage. Par d(iliberation du 26 novcmbre
i63o, le conscil de ville dc^puta au pape Innocent X un des
consuls, M. Gaspard de Tulles de Villefranchc, en ambassade
12 MlhMOIRES
extraordinaire (i). Le vice-legat Laurent Cursi, qui gouvernait
depuis 1644 Ics Etats pontificaux, lit d'abord quclques difticultc^s
et essaya d'arreter le dc^part du depute dc la ville (2). Mais les
consuls ayant declare que Villefranchc voyagerait a leurs frais, et
que son ambassade laisserait intactes les finances de la ville,
Cursi s'inclina et Tambassadeur de la ville put partir pour Rome.
Le pape, informc de la situation, se laissa facilement convaincre
que la presence des commis royaux constituait un empi^tement
manifeste sur sa juridiction. Villefranchc prit soin d'ajouter d'ail-
leurs, et suivant les instructions recjues, que la ville d' Avignon,
meme sous la domination des rois de France, avait et6 exempte
de ces sortes dc droits qui ruinaient le commerce de ses habitants.
L ambassade reussit'a souhait. Villefranche revint porteurd'un
ordre papal, suivant lequel tous les commis royaux avaient a se
retirer des portes de la ville et devaient etre relegu6s sur la terrc
royale, suivant Torganisation primitive.
L'ordonnance du pape recjut son execution, mais elle eut un
elTet que n'avait prevu ni Villefranche, ni les consuls, ni le peu-
ple. Les commis, avant de se retirer, firent au roi et aux cours
souveraines du royaume, un rapport detains de ce qui s'6tait
passe ; et quelque temps apres, les consuls recevaient un arret
rcvoquant les privileges de la ville, et assimilant, sous le rapport
des peages, Avignon et le Comtat a une terre etrang^re. On en
vint a reclamer 25 sols pour une salm^e de ble, et le reste en
proportion : « En ftic^on que si, avant Texpulsion des commis,
payoient un escu avcc la faveur des privileges du Roy, depuis
qu'ils ont estes chasses. en payoient deux (3). »
Evidemment le remade etait pire que le mal. Les habitants
d'Avignon le comprirent, et apres avoir interesse le pape ^ leur
premier malheur, ils resolurent d'exposer au roi leur nouvelle in-
fortune, M. de Villefranche fut choisi une seconde fois commc
1 Re^^isire des deliberations municipales, aux Archives de la ville d'Avigrnon,
I. XXVn, ful. fx). I/election de Villefranche se til • par loutes ballotes de rapproba-
live, nulle de la ne^'-alive ».
2 Factum dc Mi^r Laurens Cursi Ms. '2'Mj4, UA. i2<j . Le vicc-lc>'at represenie Ville-
franche comme un esprit brouillon. Mais il ne faut pas oublier que \cfactutn est une
juslitication de Cursi, ct par consequent une accusation contre ses ennemis.
:< Ms. 23y4, fol. \'S'i. — En vertu des privile^»-es accordes par les rois de France A
la ville d'Avif,'non, et rcnouveles par Louis XIV, les habitants d'Avignon. qui fai-
saicnt entrer ou soriir de I'i'tat d'Avignon et du Comtat du ble, de la farine ou
toule autre donree. acquittaient les dnnts suivant le tarifetabli pour les commcr-
i;anis franvais. L'aboliiion du privile^^e eut p(>ur resuliat dc porter uu double Icb
peages, les clrangcrs payoni deux fois plus que les naiionaux.
bK L^\CADEMIE DE VAUCLUSt-: l^
ambassadeur de la ville et d6put6 a la cour. 11 etait sp6cialement
charge de repr^senter au roi la fidelite constante de la ville
d'Avighon, de lui rappeler les preuves qu'elle en avail autrefois
donn6es, et de le supplier de vouloir bien, en modifiant les nou-
veaux tarifs, donner aux Avignonais un temoignage nouveau
de la bonte et de la protection dont les rois ses pred^cesseurs
les avaient toujours entour6s.
L'61oquence de Villefranche fut longue a produire son effet.
Apr6s plus d'un an, il rapporta de la cour un ordre batard, des-
tine ii satisfaire tout le monde, et qui nc satisfit personne (i). Les
nouveaux tarifs seraient modifiers, a la condition que les commis
royaux seraient remis aux portes qu'ils occupaient. Seulement,
par egard aux droits de Sa Saintetci, ils ne devaient rien faire
sans des instructions du vice-l^gat ; et le pape lui-meme direc-
tement, ou par intermediaire, r^glerait ce qui serait franc de
droits, ce qui serait soumisala taxe, et dansquelles proportions.
La premiere impression que produisit cet arret nouveau fut assez
favorable. Dans le moment, les Avignonais ne virent que la con-
cession des privileges, Tabolition des mesures de rigueur, et ne
ref\(^chirent pas a la difficulte que le rappel des commis royaux
allait de nouveau faire naitre. Pour les rappeler sur la terre papale,
il fallait un ordre, au moins Tassentiment du pape, et sans cela
Cursi se refusait a tolerer la presence de ceux qu'on lui avait fait
vigoureusement chasser quelques mois auparavant. iMais le peu-
ple (itait presse, et il le fit bien voir. Apr6s avoir inutilement
envoy6 au vice-legat les consuls, qui suppli^rent Cursi de ct^der
et de rappeler les commis royaux, et ne recjurent de lui qu'une
response Evasive, le peuple se reunit sur la place, devant la mai-
son de ville, ou Ton venait de sonner leconseil. Le motif appa-
rent etait unerumeur qui courait par la ville et qui prenait de la
consistance. Les receveurs des gabellcs, Amat et Bellevue, avaient,
disait-on, fait instance pres du roi pour donner aux commis
(0 Le vice-ldgat Cursi, dans son factum (io\, i32), prdsente le r^sultat de rambas-
sade de Villefranche sous un tout autre jour. Selon lui, le deputed d'Avignon n'obtint
qu*un arr6t, plus prejudiciable que le premier et portant atteinle A la juridiction
eccl^siastique. Defense fut faite de le publier et m^me d'en parler. Tous les autres
t(imoinsconiemporains,et nolammcnt du Laurens, attribuent d Tambassade le succ6s
ri^kLtif'dont nous parlons, D'ailleurs, Taffaire ne parut pas finir de sitot. En 1654, et le
10 mars, le conseil de ville nomme un ddput<i J.-B. Pons & Ja place de Pierre Imo-
nier, envoy<i A la cour pour la manuteniion des privileges do la ville et qui avait
refuse de partir. On stipula qu'Imonier rendrail I'argent deja re9u pour son voyage,
[RegL%tre des dkib^rations municipaUs, t. XX VII, fol. ifV).^
t4 MKMoIRKS
royaux les m^mes droits qu'avant bur expulsion. D6jd, quelqueS
jours auparavant, les deux personnages incrimin^s avaient fait
imprimer et afticher sur les murs de la ville une protestation
contre le bruit qui commen^ait a se repandre (i). Cela avait paru
d'abord sufllre, maisau jour ou Ton etait arrive (4d6cembre i652),
on paraissait vouloir exigcr davantage.
Cursi, voyant que le tumulte grandissait et redoutant unc
emeute, fit demandera la garnison cinquante soldats pour ren-
forcer la garde ordinaire du palais, compos^e de Suisses, et qui
ne paraissait pas oiTrir de sul'tisantes garanties. Le peuple
accueillit les soldats pardes injures, a coups de pierre les mit en
fuite, en d^sarma quelques-uns, et poursuivit les autres A la
caserne du fort Saint-Martin, qui ^tait au-dessus du palais du vice-
16gat (2). La foule, arrivee l(x, demolit le mur que Ton avait recons-
truit a la hate, apres I'incendie du mois d'aout de rann6e i63o(3),
et encloua deux pieces de canon, apr6s avoir force trois ou quatre
soldats qui 6taient en sentinelle, ^ s'enfuir au plus vite et a se r6fu-
(i) « Nous soussign6s, procureurs gfen(iraux des gabelles i sel de Dauphin^,
Provence, douane de Valence, declarons A Messieurs les consuls d' Avignon, et en
leur personne A toute la ville, que depuis que N. S. P. le Pape a declared ne veuloir
souflfrir qu'il y eut des commis aux ports du Rh6ne, ni aux portes de la ville, pour
verifier si les sujets du roi avoient bien ou mal acquitt^ la douane, comme il nous
avoit 6t6 permis par Nos Seigneurs les vice-16gats, nous n'avons eu et n*avons
aucune volont^ de les faire r^tablir, ni jamais fait aucune instance pour cela devant
aucun tribunal et que nous ne pr^^tcndons en faire aucune pour le r^tablissement
desdits commis. Fait A Avi^nion, le 29 novembre i652. » Signi : Amat, Bellevue.
^2) Le factum dc Cursi dit ires expres^ement que le peuple ce jour-lA n'^tait pas
arme, et que c'est sculement h coups de pierres qu'il se battit contre les soldats pon-
tilicaux, « estant ce peuple assemble depourveu de toute autre sorte d'armes. » —
Nous pensons que Cursi peut 6ire cru. Le peuple n'^tait pas venu avec Tintention
de se battre, mais il craignait que la troupe arm(^e, qui d^bouchait sur la place, ne
Vint avec I'ordre d'emprisonner les plus ardents. D'ailleurs, si Cursi n*a pas pris
cette resolution, il serait excessif de lui en etre trop reconnaissant. t Cette resolution
de les faire emprisonner auroit este prise par le vice-16gat contre beaucoup de cc
peuple, s'il I'eust peu faire avec la force de la soldatesque, si elle eust est6 suffisante...>
(Loc. cit., fol. i33.)
(3) t Le pronostique de tous ces malheurs fut une grande tempeste et tonerre, qui
tomba le jour et feste de saint Jean ddcolie, au mois d'aoust i65o, lequel brOla le fort
de Saint-Martin sur la roche des Doms, tua tous les soldats qui y estoient dedans,
et emporta les pierres et les restes du fort par toute la ville, ayant des quartiers de
pierre jet6 sur les toits des maisons, et sans le grand palais, qui est k I'opposite, ces
ddbris et volements de pierre auroient ruind toute la ville. 9 {Brief narre de ce quis'est
passi dans la ville d'Avignon depuis I'an i65oJusgues en I'annee i6S5, ms. 2801.)
Cf. R6cit veritable du foudre du del tombi dans la ville d'Avignon, qui a enlevi VigUSt
Saint Martin avec un fort et autres iglises et plusieurs bastiments appartenafis aux
plus grands de ladite ville : Et les parlicularitei^ oii sont d'escript les estranges^et funes^
ires ruyms et ravages causis par cet espouvanlable embrasement (Paris, MDCXXXXX,
public de nouveau par M. Pr^vot, & Avignon, en iqoo).
hE lVcademie de vAiv.LrsK r5
gier dans I'dglise des Doms, en invoquant le droit d'asile. Le peuple
ne s'arr^ta malheureusement pas 1^. Apres ce succ^s facile sur
quelques mousquetaireselTrayebs, il allajusqu'aux maisonsd'Amat
et Bellevue, lespilla du haut en bas, et les abandonna A peu pr6s
saccag^es.
Pendant ce temps, les consuls essayaient d'arracher au vice-
16gat Tautorisation r6clam6e pour les commis royaux. Mais ils
n'y pouvaient parvenir. Vers la fin du jour cependant, Cursi tr6s
inquiet de la tournure grave qu'avaient subitement prise les 6v6-
nements, redoutant pour la nuit de plus facheux desordres, essaya
de satisfaire son peuple sans mecontenter son souverain.
II fit permettre aux commis d'exercer leurs fonctions dans TEtat
eccl^siastique, mais en s'en tenant rigoureusement a la lettre des
concordats et conventions pass^es entre Sa Saintete et le roi de
France.
Cette decision apaisa le peuple, qui bientOt se dispersa. Le
d6cret de Cursi etait cependant bien vague ; mais la foule parut
s'en contenter, sans trop savoircequ'il signifiait. Quand on s'aper-
(jut de son insuffisance, le cardinal legat avait ete inform^ par le
vice-legatdetout ce qui s'etait pass6,etlui avait permisded61ivrer
aux commis Tautorisation de reprendre pour un an, dans I'Etat
eccl6siastique, la poursuite des fraudeurs sur les gabelles royales.
i^e peuple avait satisfaction. Mais, au fond, le r^sultat de son sou-
lavement avait 6t6 ^ peu pres nul, et les choses se trouvaient, pro-
visoirement du moins, dans le m6me 6tat qu'auparavant.
Tel fut le premier Episode des troubles avignonais. II formait la
pr6face de toute la suite des mouvements populaires, et le com-
mencement de Tagitation qui n'abandonna plus qu'a de rares
intervalles la ville et les habitants d' Avignon.
Les mois qui suivirent jusqu'^ reflection des consuls (23 juin
i653) furent cependant paisibles. Mais le calme n'etait qu'^ la
surface. Deux ordonnances de Cursi montrent bien d'ailleurs que
les passions populaires 6taient seulement assoupies. L'une, en
date du 2 f6vrier i653, d6fendait sous des peines tr6s s6v6res de
porter des armes ou de se masquer. La seconde, de la m^me
6poque, ordonnait aux habitants de mettre de la lumi^re aux
fon6tres de leur maison, sit6t que de nuit ils entendraient du
bruit pr6s de leurs demeures (i).
(t) Recueil des prindpaux rcglemenis faits par les Eminentissimes cardinaux legats
(Avignon, Michel Chastel), mss. 844. fol. 171 ; 2422, fol. 65. -- D^jA, le 23 septembre
1647, Mgr Gursi avait d<ifendu par ordonnance speciale dc porter « bafonnettes, poi-
i() >\r:.Muiui:s
Pendant cette pcriodc d'une paix loute relative, les divisions
dcs partis, que TalTaire des priviljt»-js de la ville avait d(^ja
accusees, prircnt un nouvcau caract jrede haine. Lcpeuple accusait
les nobles, et surtout certains d'entre eux, dont nous aurons a
reparler, d'avoir procure I'echec de Tambassade de Villefranche,
d'avoir commis de graves malversations dans Tadministration
des alTaires de la ville, et n'etant pas de sa nature dispose a faire
les distinctions necessaires, les enveloppait tous dans Ic meme
soup^on et les appelait Pessuirju ou Pessc^raux, par allusion a
leur conduite supposee. De leur cote, Ijs nobles ne se genaient
guere pour montrer le mepris dans lequel ils tenaient tous les
partisans du peuple, qu'ils d(3signaient S(Uisle nom suflisamment
expressif de /Vro////;7.v. Bientot, le peuple se mit a porter des
signesexterieurs, brins de paille ou de I'oin au chapeau, et la ville
se trouva partagee en deux iractions, qui, chacune de son cote,
essaya de se faire de nombreux et de puissants partisans.
Les nobles se gloriliaient de I'appui que leur apportait le car-
din il Bichi, evequc de (^arpentras, le protege de Mazarin et du
cardinal Antoine Barberini, personnage tout puissant par ses
deux patrons a la cour de France, et aupr^s dupape par ses intri-
gues. Mais, de leur cote, les pevoulins se prevalaient du nom de
Louis de Berton, baron de Crillon, colonel de Tartillerie de Sa
Saintete, viguier de la ville d'Avignon, gentllhomme de la
chambrc du roi, aupres duquel il etait sur de trouver de Taide et
une efficace protection. Ainsi, Thistoire des troubles d'Avignon
se caracterisni*. p<>ur la posterite par deux noms qui etaient deja
deux symboles. Dans quelque temps, on ne se declarers plus
pour ou contre le peuple, mais pour M. de Crillon ou contre Mgr
le cardinal.
L'influence preponderante que M. le viguier prenait chaque
jour aupres du peuple decida le conseil de ville ci accueillir et A
examiner les demandes qui lui etaient soumises. Elles se borne-
gnards, stilels, pistolcts do p(tchc et couteaux Ca ^'•aine. * '■ious peine de a<X) d'cus pour
ceux qui aumnt de quoi payer, dnnt les deux tiers appariiendront au fisc de Sa
Saintete et Tautre tiers au dcnonciateur qui .sera tenu secret; et celui qui n 'aura pas
de qucii payer sera expose au colligr, et banni ensuite pour cinq ans. La mCme u^»
donnance faisait defense aux maitres cc^uleTiers, lourbisseurs, marchands et autres,
de for^'-er des armes, en faiFc ni vendre... en maniere quelconque. Ki si a la date de">a
publication de la presenle ord»»nnance,ils en ont dans leur boutique, de s'en d^faire
dans la quinzainc. Plus tard, le vice-legat Colonna ira plus loin et defcndra sous
peine de lamortde porter les pistolels et stylets ^5 octobre i6C4> Cf. recueil dcs or-
4onnances des vicc-lt^gats, ms. 2432, fol. 55 ; recueil de Lomellini, p. i5o.
OK L ACADlOMIi: DIC VAI'CLISK .V^ 7
rent d'abord a deux points essentiels : la reddition dcs comptcs
des administrations prc^cedentes et I'election d'un quatri^me
consul, pris dans les rangs du pcuple. Le conseil delibera de
demander a Sa Saintcte d'ordonncr la reddition dcs comptes, de
faire examiner la question du quatriemc consul et, pour aller au
plus presse, de contracter un emprunt de cent mille livres pour en
acheter du ble et du vin, destines a etre distribues aux indig-ents,
De son cote, s'il essayait de prevenir les troubles par ses ordon-
nances, Cursi favorisait le commerce avignonais, en reglemen-
tant, d'une maniere conformc aux interets generaux, la fabrica-
tion des etofles de soie, et s'employait a faire elire comme depute
a la cour pour traiter la question des tarifs, M. de Labaud de
Travaillans, qui put mener a bien la mission qui lui etait confiee.
Tout etait done pour le mieux, et Tallaire qui avait contribue
le plus a diviser les Avignonais etant terminee, il semblait que
toutes choses devaient demeurer ainsi dans le calme. Mais, en
Avignon comme en France, les revolutions ne finissent jamais
comme dies ont commence, dans le memc sens et pour lememe
but. Ladouanede Lyon, les commis, les tarifs, vont passer au
second plan, et la lutte entre pessugaux ct pevoulins devenir le
mobile et le motif de tous les execs qui se commettront.
On arriva done ainsi, tant bicn que mal, au mois dc juin de Tan-
nee i653. Le 23, devait avoir lieu I'election des consuls ; mais, bien
avant cette date, les intrigues s'ctaient donnc carricrc. Les nobles
voulaient a tout prix faire elire Ic marquis dc La Garde, extre-
mement odieux aux pev(iulins, qui de leur cote pretendaient
imposer un certain (]hasteuil, dont les pessugaux ne voulaient
meme pas entendre parler. II fallut toute la finesse italienne de
Cursi, aidee du P. Dufour, inquisiteur, pour amener les deux
candidats a rcnonccr a Icurs pretentions. Mais, ni les uns ni les
autres ne renoncaicnt a Icurs qucrcllcs ct ne sc tcnaient pour
battus. Les pevoulins pcrsistaicnt dans leur idee d'un quatrieme
crmsul, artisan, ouvricr ou marchand de sole, et les nobles
n entendaicnt pas passjr au pcuple cette fantaisic. Ccux-ci,
avaient pour cux- Bichi. Tcvcqiu dc Carpcntras, ct ceux-la,
s'autorisaicnt dc la protection non dissimulcc du vicc-I^\gat. Vn
grand nombre d'ctrangcrs, appclcs sans doute par les deux par-:
lis pour renlnrcer leur tnaipc, ciaicnt cntrcs pcu a pcu dans la
ville. Parmi eux, les gens dc gucrrc ou les profcssionnels de
Temcute ne manquaient pas, tous dcguiscs en paysans ou labou-
reurs. Vaincmjnt Cursi publia un edit defendant dc laisscr pene-
trer dans la ville aucun etrangcr. Au lendemain de Telection, la
ville sera encore pleine d'individus dc toute provenance, qu'il
faudra expulser.
Le cardinal Bichi vint aussi, appele par Castcllet, consul sor-
tant, pour honorer rejection de sa presence et pour etre plus
a port6e des evenements, 11 dcscendit d'abord en Thotel de Las-
sion-Pagadour (i), « au bout de la Grande-Fusterie ». Mais,
apres quelques jours, se voyant trop eloigne du theatre ou ses
amis devaient j(juer un rule, il alia loger chez M. de Caumont,
pres de la maison de ville {'2).
Malgre les ordres du vice-legat, les deux partis elevaient des
barricades. Quelques incartades des gens du cardinal, auxquels
malheureusement s'etaient meles deux ou trois nobles, La Rous-
selle, Folard, les Issarts, donnerent prctexte au peuple de se
fortifier dans ses quartiers. Les rues des Infirmieres, de la Carre-
terie, la Fusterie, la Bonneterie, le Change, la place Saint-Didier
furent barres. Les consuls, de leur cote, avaient entoure la mai-
son de ville de nombreuses defenses. Malgrc! le refus du colonel
de Tartillerie, ils firent sortir le canon de la maison de ville et
placerent une autre pi^ce d'artillerie vers la « petite place ». Pour
comble de precautions, Castellet, pYemier consul, fit placer des
barricades aux trois rues, par lesquelles on pouvait par\'enir a la
maison de ville (3). Une seule avenue restait done libre, mais elle
6tait sous le canon de la maison de ville.
Malgre tous ces pr^paratifs, ou peut-etre meme A cause d'eux,
reflection consulaire se fit paisiblement. Gaspard de Seytres, sei-
gneur dePiedvert, J(^seph Rousseau, Symphorien Michelet furent
61us consuls, Laurent Barbier assesseur, et M. de Fogasse de la
Roy^re succcida a M. de Crillon dans la charge de viguier. Vers
la fin de la journee, tout paraissait fini dans le plus grand calme,
lorsqu'un incident, grotesque en soi, vint donner aux evenements
un caractere sanglant, qu'ils n avaient pas eu jusque-la.
Le lendemain de la Saint-Jean, les barricades tomberent, et les
(!) Cette maison appartenait A la femme d'llenri des Laurens, primicier de TUni-
versitd, qui en percevait 70 6cus par an. cuistoire funcste... ms. i5ii, fol. 34 et66).
(2) L'doquence du P. Dufour parait dans cette circonstance avoir subi un s^rieux
echec. Cursi I'avait employe cl persuader au cardinal de s'absteniV de paraitre A Avi-
gnon. On voit que Bichi 6tait plus difficile a convaincrc que La Garde. — Les t^moins
contemporains, entre autres des Laurens, parlent tous des deux domiciles de Bichi.
Cf. Ilistoirefuncste, fol. 10, et Factum <ic Mgr Laurens Cursi, fol. 40.
(3) t L'une t la rue qui reg-arde le palais en y allant, I'autre qui vise vers la petite
petite place et enfin t la traverse joignante. >» [Histoirefuncste, ms. i5ii}.
DK j/acadi':mif, DE VACCLUSL - iM
consuls firent sortir de la ville les etrangers que M. de Castellet
y avait appel^s. Quelques laquais, profitant de ce que Tacces des
rues Carreterie et des Infirmi^res 6tait devenu libre, les parcou-
rent en injuriant les p6voulins, et en tirant par bravades force
coups de pistolets. Une dame de haut parage, soup^onnee de
favoriser la noblesse et d'avoir beaucoup d amitie pour le cardinal
Bichi, le chef inconteste de la faction des pessugaux, eut la ma-
lencontreuse idee de crier de sa maison qu'il fallait chiitier le peu-
ple et apprendre son devoir a la canaille. C en fut assez. Le mot
fut entendu, colport^, et pendant ce temps, une foule qui grossis-
sait a chaque instant, se mit a la poursuite des laquais (i). Ceux-
ci se jeterent dans la maison de Paul de Cambis, baron de Bran-
tes, seigneur de la Faleche, Cairanne, Velleron et autres places,
qui demeurait tout a c6t6 du couvent de Sainte-Ursule, sur la
paroisse de Saint-Genies (2). Les portes furent precipitamment
ferm^es derri^re eux ; mais elles furent abattues par les emeutiers.
Les fenetres furent arrach^es, et au milieu de la rue, des meubles
pr6cieux on fit un feu, dont on prit des tisons pour les jeter
dans la maison. BientOt celle-ci ne fut plus qu'un brasier. Pendant
ce temps, les laquais, auteurs de tout le mal, avaient pu s'^chap-
perpar les toits, et M. de la P'aleche avait pris le mdme chemin.
Le vice-ldgat et I'archev^que vinrent essayer de calmer le peuple.
lis durent y renoncer et abandonnerent la maison a son malheu-
reux sort. Avant de Tincendier, on la pilla du haut en bas, et ii
suffit de parcourir le cahierde la procedure du fisc apostolique,
compose lors du proces des emeutiers, pour voir que les voleurs
n'eurent rien ^ envier aux incendiaires.
La constatation des degats ne fut faite offlciellement qu'au mois
de Janvier i65G par I'auditeur et lieutenant-general Exuperantius
Raphaelis, accompagne de Messire Francois Veyrier, docteur ts
droits, et de AL l^oumereK grefticr au palais apostolique (3). La
maison ctait dans un ctat lamentable (4).
1 1 ' Du Laurens parte do 4.<wj«) personnel. Co chifTre sc rapporte probablement h. la
foule qui brOla la maison de la Kalechc.
• 2} Paul de Cambis, eiait ne le 2 aoot i5<)<3et avait 6l6 baptisti le mCme jour, d la
paroisse Saint-Genies. Le parrain avait tite Paul de Mistral et Catherine de Gandieuse,
8a marraine. 11 epousa Gabrielle de Rodulf de Saint-Paulet et mourut A 84 ans. II
fut cnterr^i A Notre-Dame des Doms, derrid^re le mat ire autel. Le 25 novembre iG5o,
il lit une fondalion d la paroisse de Saint-Genies ms. :<4o5, fol. i et223;.
I En U cause Jti /isc jpoMoliquc J J la legation d'Avii^non, joint a la plainie et quc-
vcHe dc haul et puissant sjti^neur messire Paul dc Cambis, baron de firantes, la Falitche,
Cairanne, Velleron et autres places, contre les coupables et complices generalement quel-
conques des crimes de seditions, perturbation de repos public, incendies, pillements, sac-
cagements de la maison dudit querellant ms. 3405, fol. 246 et suiv.
2^ « Stato pill che cattivo. » 'Ibidem).
2() mi:moiri:s
L'inventaireproduit par M. de laFalcche, et dont I'exactitude fut
certifK^e par temoins, indique suffisamment que lacolcrepopulaire
ful,ce jour-la, melangcc en proportions notables d'clcmentsmoins
nobles, ct que les pillards purent ecumer a leur aise les richesses
que renfermait la maison incendiee (i). Deux tapisseries en cuir
dore, six garnitures de lit en damas, les couvertures, comme les
joyaux de M""" de la Faleche, parmi lesquels une chaine d'or
queluiavait donnec le cardinal AntoineBarberini, une «enseigne »
de diamants, trois grands tours de « collier », ses bagues, erne-
raudes, disparurent ainsi que tout le linge. Dans le cabinet de
de M. de la Faleche, il y avait 4,(kx> livres de la commune de Cai-
ranne, 4(X") livres que lui avait payees Jean Fauque, de Puyme-
ras, (.Vx") ecus de la baronnie de Hrantes, le prix de 376 salmees de
ble qu*il avait vendues au moisde mai precedent, a raison de 22
livres la salmec, et 5,(kx) livres en monnaie du roi qu'il avait re-
tirees, quelque temps auparavant, de Al. de Crousnilhon, seigneur
de Saint-Paulet. Toutes ccs sommes disparurent.
On ne s'arreta pas la, et on emporta tous les ustensiles de la
cuisine, les meubles des chambres et une grande quantite de ble,
d'avoine, d'htiile, de farine et de bois (2).
Ce n'est guere qu'en iGx), que le cardinal Chigi, alors legat,
ordonna de remboursera M. de la Faleche la modique sommc
de 3,Scx)ecus. M. de Piellat, tresorier de la legation, fut charged de
les prendre sur les 24,a.x3 ecus, en monnaie romaine, qu'il avait
entre les mains, et qui etait destinee a indemniserles proprietaires
des maisons brulees pendant les troubles (3).
L'emeute avait eclate, d'apreJ> M. de la Faleche lui-meme, entre
dix et onze heures du matin : vers midi, la maison etait en rui-
nes. C'etait un commencement, et le peuple qui venait de se faire
(iV Le 17 avril 1659, Francois Vergrnc, doctcur cs lois, depose de visu de Texistence
des richesses, de leur pertc, de Tinccndie de la maison. — Le mOme jour, Georges
Ferracci, sur le mfeme sujel. — Jean Vorg-icr a vu une f^rande quantite d'ecus d'or et
de doubles. — Charles de Bruliers tOmoiiarnc de Tcxistencc d'unc grande quantity de
denicrs. — Barthc^lemy Gourlier et Sebastien Fourmelier font des dispositions analo-
fSfues et divers temoins assurcnt que « ledict seif^^ncur estnit personne bien arg-entee
et riche » (Ibidem}. — Le monastcre de Sainte-Ursule s'ctait ctabli, en iG:^7, dans une
maison ayant appartenu au roi Rene et .siiucc dan< la rue Herculc actuelle, alors ap-
pelee rue de Sainte-Claire. Cf. Achard, Dicliotnuiirc hist()n\]uc de^s rues ct pljces publi-
gues dela vilU d'Avignon Avigrnon, Scfruin, i857, p. K< .
[1) Cf. « Roole des meubles qui ont csie pris ches Madame d'Cirssan » tms. 3404.
fol. 261}.
(3) Ordonnances pour le remboursemcnt des bruslemens, datce du T' Janvier 1659. de
Rome, au palais de Monle-Cavallo. L'extrait, collationnd' sur le rep-istre original, est
du I" juillet 1660 (ms. 3405, fol. 263).
DE L .v:ai)i':.\ui: m-: vaixluse 21
la main, sc precipita vers la maison de M. de la Rousselle, qui
6tait proche des Rccollets. Les griefs populaires contra lui parais-
sent graves. On Taccusait d'etre alle, les jours precedents, par la
villa injurier le peuple. Et ce jour-la meme, il etait aupr<^s du car-
dinal Bichi, quand Thotel dj la Faleche fut brCil^. I.e cardinal,
apprenant que Temeute etait victorieuse, lui ordonna d'aller s'in-
former de ce qui se passait. II monta a cheval, et suivi saulement
a quelque distance de trois ou quatre laquais, poussa vers la mai-
son de M. de Crillon, devant laquelle une foule immense c^tait
reunie. II fut entoure, et sans la vitessedeson cheval, il eCit ete
tue. On lui tira deux coups de fusil, auxquels il repondit en de-
chargeant ses pistolets sur la foule. (]et incident eut une conse-
quence dtisastreuse pour lui. Les emeutiers, qui etaient d6yd en
route pour aller bruler la maison deM.de Servieres ( Jean-Fran-
(;ois de Cambis), s'aviscrent qu'il valait mieux bruler la maison
de M. de la R(jusselle. lis s'y rendirent, demandant la tetc du
marquis, lequel etait retourne pres du cardinal et y avait trouv6
Al. de Crillon et quelques autres, qui s'employaient de leur mieux
il persuader a I'liminence de Carpentras de sortir de la ville. Ella
ne fut pas trop difticilc a convaincre, et solidement encadre de
troupes a cheval, son carrosse gagna rapidement la campagne.
Pendant ce temps, la maison du marquis etait livree au pillage.
Les portes que Ton avait fermees furent abattues, les gonds en
furent arraches, les vitres des fenetres furent brisees, et les meu-
bles, reunis en un immense bucher, brulerent au milieu dela rue.
Ici encore. Tor et Targent monnayedisparurent, et les degats s'ele-
verent a 1(),(jkx) ecus de meubles brules d'apres des Laurens, et
d apres rinventairedresse par\L de la Rousselle lui-mcme, le total
des partes subies atteignait ick),()(X) livres, non compris les meu-
bles du marquis de Marignan, son cousin, qui les avait laisses
chcz lui. Parmi les emeutiers. quelques-uns furent reconnus, et,
entre autres, Antoine, cordonnier, lils d'une servante de AL de
Crillon, qui. Tepee nue a la main, criait : « Pillons et brulons tout.
Viva (h'illiin, vive le peuple I » (i)
L action intentee par la Rousselle contre les auteurs et les com-
plices de I'incendie et du pillage de sa maison, comment^a le i'2
'. I Dcrp«»siii(»n dc (ilaiiJc Teste, qui a su la inaison « brCi^lcr ct les hardcs disper-
sccs dans la vac ». Jcan-Antnjnc dc Vi;^'..rj dcpi)>a sur le memo sujel, dans le memo
sjns. Le [< juin H',.-;. I<.aphajl Rncque, lemni^'-ne, Jc visu. de I'cxisience des ohjels
brulJs en la maison du marquis, ei le Icndcmain, 4 juin, Daniel Ejoccs > , prCtre,
sur I'eNi-lcnce de meubles el objels piecicux. ^.Ms 'Sy:r~, 1'<'1. i'4^>
22 MEMOIRES
Janvier i656, par sa declaration et Tinvitation adressee i Taudi-
teur et lieutenant-general de venir la voir. Elle fut trouvee, gar-
dant seulement de son ancienne splendeur quatre murs noircis.
Plus d'un an apres, le 2 juin iGSy, la Rousselle fit une nouvelle
instance et fournit I'inventaire des « pillemens, saccagements et
bruslemens », et Ic tit certifier par t^moins. II est probable que le
remboursement des degats s'opera en m6me temps pour lui que
pour les autres victimes des 6meutes. Mais nous n'avons pu trou-
ver Tordonnance le concernant.
Quand Thotel de la Rousselle fut complctement pill6, la foule
pensa de nouveau a I'hotel de Servieres. Madame de Servieres, sa
soeur, ses enfantsetaientdans la maison. Seul M. de Servieres 6tait
retenu pres du cardinal Barberini, alors a la Tour-d'Aigues. Ce
pauvre h6tel de Servieres, qui devait trois mois plus tard ^tre brule
et pill6 du haut en bas, echappa cette fois-ci a la fureur du peuple.
A peine la femme et les enfants de xM. de Cambis etaient sortis
par les fenetres qui donnaient sur la rue des Lices (i), et s'etaient
refugi^s soit chez les dames de Sainte-Marie, soit au Noviciat des
Jesuites, tandis qu'on jetait par les memes fenetres les meubles
les plus precieux dans la cour de Thotel (2), que le vice-16gat et
Tarchevequearrivaient, et aid^s par xM. de Crillon, parvenaient a
d(^tourner le peuple, qui se dispersa peu a peu.
Tel fut le premier episode des troubles avignonais. lis devaient
renaitre bientot et les incendies recommencer avec les pillages.
Jusqu'au mois d'octobre cependant, la ville fut a peu pres calme*
et si les pevoulins continu^rent a porter ostensiblement ^ leur
chapeau les brins de paille ou de foin qui servaient d les recon-
naitre, Tordre ne fut pas trouble.
C'est a ce moment que se placent les demonstrations exterieu-
res du culte ordonnees par I'archevc^que. Huit jours apres la Saint-
Jean, on fit une grande procession, que suivirent plus de dix
mille personnes et a laquelle on porta la relique de la vraie Croix
des Gelestins, et on donna la benediction au coin de toutes les
rues. Xon contente de cela, la ville fit un voeu solennel d fautel de
saint Dominique. Tous les corps y firent leur ofTrande et la ville
promit un cierge de 12 livres a la chapelle. L'archev^que offrit de
1 « lis so sauvtirent avccque des eschelles par les fenCtres dans les maisons de
n<)s vc»isins.» — Cette maison occupaitremplacement de rh6tel,qui appartient actuel-
I lemc^nt a M. Krncst Verdct.
I
-> « II en fut dcsrobe ou perdu une grande panic. ^ RcUtion du pUliAgc de wm
miison : ms. 255;, l«»l. i-}4 ct suiv.
DE l'agad^Lmie DE vaucluse 23
son cote unc lampe d'argent de cent ecus, et promettait cent au-
tres ecus pour Tentretenir. Cursi promit de doter quinze fiUes
pauvres et de donner trente ecus a chacune.
Mais le cardinal Bichi nc s'endormait pas. Intrigant et ambi-
tieux, il fit manx'uvrera Rome, et ses agents surent menerraf-
faire si secretement que, vers le 6 octobre, le vice-16gat Cursi
recevait un brefdu pape Innocent X, le rappelant, et instituant a
sa place Mgr de Marinis, archeveque d'Avignon, de I'ordre des
Freres Precheurs. L'eveque de Carpentras pensait-il briser le
peuple en lui enlevant son soutien, ou comptait-il avoir en la per-
sonnedu vice-legat un instrument plus docile? Croyait-il obte-
nir de lui, pour la noblesse qui Tavait suivi a son depart d'Avi-
gnon et s etait etablie dans les villages voisins, attendant Tissue
de FalTaire, des compensations suffisantes? Toujours est-il que le
peuple vit dans cette mesure la main de son ennemi mortel, et la
suite de Thistoire montre qu'il ne fit pas une trop grosse erreur.
A vrai dire, cependant, le premier accuse ne fut pas Teveque de
Carpentras, mais bien le cardinal Antoine Barberini, dont x\I. de
Serv'ieres etait lamietleserviteur. Et c'est pourquoi, a la premiere
nouvelle du rappel de Cursi, la maison qui avait 6t6 ^pargnee
trois mois auparcwant, fut destinee au pillage. Un mot imprudent
et un coup d epee donne dans un moment d'impatience, fournirent
le pretexte attendu.
LeG octobre iG53, M. deCastellet, ancien consul, se promenant
avec quelques-uns de ses amis sur le pont du Rhone, rencontra
un tailleur portant Tinsigne des pevoulins, qui revenait de ^'ille-
ncuve et rentrait a Avignon. II lui demanda, par maniere de plai-
santerie. s'il ne serait pas bien aise d'-accompagner le Icndemain
son vice-legat; aquoi lepevoulin repondit qu'il «aimait beaucoup
Mgr Cursi et qu'il serait toujours trcs heureux de le servirw.
Les laquais de M. de Castellet le frapperent alors de coups dc
plats d'epce, et le poursuivirent jusqu'a la porte du RhOne.
Quelques passants, temoins du fait, accompagnerent le malheu-
reux tailleur, et leurs cris ameuterent bientot le peuple. Sans trop
d'abord savoir ce qui s'etait pass(^, on crut que M. de Castellet
avait voulu tuer un pevoulin, puis on se dit que le depart du vice-
legat serait le signal de reprcsailles, enfin que les nobles allaient
rentrer et opprimer davantage le peuple prive de son protecteur.
De proche en proche, I'emeutc gagnc, et bientAt la maison de M. de
(Castellet. situec en face le grand palais, est entouree d'une foule
furicuse. Kile est mise a sac, les portes sont enfoncees et les gonds
mf-:moires
arrach^s (i). Le feu y est mis, et tandis qu'elle acheve dc se
consumer, les emeutiers sedirigent vers la maison de Servieres,
dont le tour est enlin venu (2).
C'est sur ce pillage memorable que M. de Servieres lui-meme
nous renseignera.
Jean-Franc;ois dc (]ambis, seiLrneur de Servieres, etait alors un
des plus grands personnaires de la noblesse avignonaise. Fils de
Richard-Jrjseph de (]ambis, seigneur de Servieres, el d'Isabelle
de Baroncelli, il avait epouse, en i(323, Isabelle de Rousset, lille
de Jean de Rousset, seigneur de Fargues et de Saint-Montanl,
plus tard religieux sous le nom de frcre Jean-Georges de Sainte-
Madeleine, et de Cirace de Ferrier. II semble que cet c^clat et cette
fortune, loin de lui concilier les bonnes graces du peuple, aient
contribue pour une bonne part a lui en attirer les col6res (3). Aux
environs de \(o[\ il y avait dans Avignon et parmi les p6vouIins
une sourde irritation contre les Cambis. D'oii venait-elle ? Etait-
clledue seulement a I'origine italienne de la famille, les de Cambis
6tant seulement a Avignon depuis Tan 1450 (4) et ayant conserve
'I' L'instance faitc par M. Je Castcllet, tant on son nom qu'en cclui de sa femme,
pour la verification des dc^rai*^, csi du 5 mai u\^-j. Le i5 mai, dcclaraiion des experts.
Le i8 mai, les dd^^Mts soni ain>i cvalucs :
Kran«;«>is d'Anime, mcnuisier, visite la maisnn et esiimc les dc^'als, pour sa partie,
& 678 livrcs. — Reinaud (jcrsicn. sculptcur, a :^.Si livre^ 20 sols. — Drag-on, ma^on, ^
97 livrcs. — Laurent Burlier, pjinire, a 81 livres. Le « fattore di canali », a 100 livres.
Le 28 mai, M. de Caslellet produit Tinventaire, qui s'el^ve d i,.*^jo livres.
Les principaux temoins furcni: (Claude Teste, qui dilque le jour dc la Saint-Bruno,
la rue devant la maison de Castcllet eiait plcine de meubles brises. — Jean Atcn-
bois et Nicola^ Lcypolle. sur IVxistence dc^ mcuhles dans la maison trois ou quatre
jours avant le pilla^v. — Flora S(»ntre lemol^'-ne qu'il y avail bjaucoup de livres et
de manuscrits. — (Je.ssiere dit av(»ir fail pour 23 livres de rc^paraiion ; Doubrac,
pour 'M't livrcs io(^ s. ; Jacques Planche, pour n5, et Jean Desbrout, vitrier, pour
a6 livres.
(2; « Kn la maison de Scrviere, parmy eux exlrOmement odieux,parce qu'A Paris
traita avec fori peu de lidelilc la cau^e dc Icurs privileyes. * Fjidufn Jc M^r Laurens
Cursi, ms. 2i<.M, fi»l. 145.
'< Plu>ieur.s tois depute dc la \illo,et n<»tammcnten u'^o, aupres du pape. Arrctti
di la poi to Saint-Lazare par ordre du vice-lc^'^at, il parvint peu apr<^s <i aller A Rome.
En 1647. la villc ne lui avail pas encore rcmbour.se les frais de son v(»yag'e. Sur son
instance, en dale du 2'j avril dc celie anncc, i\ runanimit(i moins si)t voix, le
conseil permit a Scrvi(>res dc fournir ses comptes el lui promit dc les faire examiner.
L'objet de sa deputation, qu'il parta^.'-ea avcc M. de Fog-asse de la Roy^re, etait
d'exposer au pape le contlil qui s'ciait elcve entre le vice-leg^at et les consuls, ceux-
ci ayant porie ccriaines ordonnanccs <1 propos de la peste, et le vice-leffat de son
coi^ ayant vu dans ce fait un empictemenl sur sa juridiction. Cf. ms. X<^f). fol. 85.^
• 4^ * Nostre maison est en etat depuis deux ccns et trois ans. que Messieurs de
Cambis >e rciirC?rcnt dc Florance en Avignon. Ms. 3357, fol. 3v».' — Pilhon-Curt,
DE l'aCADiLmIE DE VAL'CLUSE . 25»
un penchant qui ne fut pas toujours secret pour les personnes,
les choses et les moeurs administratives de leur pays natal ? Peut-
6tre. Mais il y avait a ces inimities dcs causes plus prochaines (i).
En Tan 1643, M. de Servieres fut depute de la ville d'Avignon vers
le* roi Louis XIV, age de quatre ans et demi, auquel Louis XIII
mourant venait de leguer le fardcau si lourd de factions naissantes
a dissiper, de ressources financijres a trouver, et d'un Mazarin
a supporter. La regente avait pris le pouvoir depuis trois mois d
peine, quand les consuls d'Avignon envoyerent a la cour M. de
Ser\iercs, qu'ils chargclirent den rapportcr des lettres patentes,
non seulement confirmant les anciens privileges, mais les ampli-
liant encore autant qu'il plairait a Sa Majeste (2). Tout alia d'abord
pour le mieux, et les quelques lettres, qui nous restent de la
correspondance qui s'etablit alors entre les consuls et I'ambassa-
deur, sont a cet egard fort interessantes (3). Mais il fallut bientOt
dechanter. Malgre la recommandation que le cardinal Bichi fit
parvenir a Mazarin pour M. de Servieres, qui d'ailleurs la lui avait
demandee (4), Tambassade Unit par echouer. Apres avoir esperci
Ilistoire Jc Li nolUcssc J'Aviy:non cl Jit ComLit, art. Cambi, rapporie k Tan 1448 Tarri-
v6e A Avifrnon dc Luc Cambi, fut,'ilil' do Florence devant la hainc dcs Gibelins
p(»ur les Guelfes.
I En 1640 et le 23 juin, Jean-Franv'ois de Cainbis, Charles de Cambis, seig-neur
de Montillet, Barihelemy de Cambis el Louis son frere, furent poursuivis au crimi-
nel, pour avoir trouble ce jour-K^i I'eleciion des consuls. lis adress^rent au vice-l<^^at
Sforza une supplique de g^rdce. La sentence les condanina d verser entre les mains
du tresorier de la lej^'-ation la somme de six mille livres. Douze jours aprc»s, le
r* octobre 1G41, I'amendc eiait compleiemcni payee et la ^nace accordc'C. [Ms. 3357,
fol. -J.)
ri) Cf. Instructions ct mjmoitds Joftn<^s J M. Jj Servieres, Jcfute par la villc J'Avi-
f^non vers /j rov Ijjuis \/\' h2urcus:m:nt yi>:nAnt pour la conjirmation dcs privileges.
^Ms. 3356. fol. lo.^
{3- Le 16 seplembrc ir.43. lettre des consuls en reponse ci celle de M. de Servieres
en date du 3, annon^^ant « I'esiat de voire bonne sante que nf)us cherissons par
dessus toutes choses. Nous en snmmcs ravys, et esperons que le zele que vous avez
toujours tdmoi^'-ne p«»ur vostre patrie, vous servira de m<»tii' pour user de dilig-ence
en I'expedilion de nos aflaires. etc. « Ms. 3350, inl. 117. — Le 23 sepiembre, autre
lettre des mOmes consuls, le lelicilani de se< premieres demarches. « Vos commen-
ccmcns sont sy heureux que n«»us ne pouvnns qu'aitendre Icn issues pareilles ; ce
qui nous promet que nos habitants en recevront non .seulement confirmation de
leurs privilef,^cs, mais enc<»re ampliation el enchcrisscmjnt de ce qui a este obtenu
par le pass^. % Ms. 335r). fol. ii«j. .1 m. Jc' Servieres. amhassaJ,:ur pour la rill J JMr/-
^fton vers Sa Majcstc, a la ruj Jjs nfjttslCn/ants. a rcnseii^tic Jj la vilU de Xancy. a
Paris.
4 « ... J'escrls la cy-j.iinte, en v<»tre taveur, a M )nsei^'-neur le cardinal Mazarin,
duquel vous pourrez av<»ir bcsnin pnur v<»tre favorable et promple expt^dition, et
i'adres>e ce pacquet a M. le (Irand Pricur de Marmouiier. qui fait mes attaires I'l
Pari:>. pour vous le CMn>,i^'ner. «• Daico de « SaiiU-.Michel in l)(».sco, proche Bolo-
R-ne, le 26 aousi 1643. » ,Ms. 335h, fol. ii5..
DO MtMOIRLS
obtenir un accr(»isscment de privileges, rambassadeur fut trop
heureux de rcmporter des audiences du premier ministre ct de la
reine regente un rescrit portant confirmation pure et simple de ce
qui existait autrefois (I). Encore lesordonnances royales restcrent-
elles lettre morte au moins en partie, et la foraine ou douane de
Lyon continua-t-elle a etre exigee aux portes de la ville. Ce n'ctait
pas, d'ailleurs, au moment ou le premier ministre avait le plus
basoin d argent, oil les recettes des gabelles ^taient depensees
trois ans ^ I'avance et n'avaient ete avancees par les fermicrs
qu'^ un taux ruineux, qu'il allait tarir gaiement cette source de
benefices. II est fort possible qu'a Avignon, surtout dans le milieu
alors plus ^loigne des alTaires publiques et plus ignorant de la
maniere dont les choses s'etaient passees, on ait rendu M. de Ser-
vi^res responsable de I'^chec pratique de son ambassade, qu'on Tait
accuse d'avoirjoud double jeu, etd'avoir, pourcomplaire auMaza-
rin besogneux, employe son credit a ce que lesordonnances royales
n'eussent jamais qu'unevaleurfictive. U etaitenelTet Thomme-lige,
le serviteur devoue du cardinal Antoine Barberini, lequel allait
devenir le protege officiel et Tami de Mazarin, qui devait le sou-
tenircontre le pape'lui-meme, poursuivant en lui le neveu de son
predecesseur Urbain Vlll. Le Ills de M. de Ser\'i6res, Richard-
Joseph de Cambis, seigneur de Fargues, communement appele
M. de Fargues, etait, aux environs de iG53, le mandataire et
comme Tintendant general de la maison du cardinal Antoine
Barberini (2). Or, Barberini etait le plus ferme soutien de Bichi,
ev^que de Carpentras, lequel etait le plus av(^re defenseur et
protagoniste des pessugaux. De 1^, et par un systeme de rico-
chets, dont rhistoire politique prescnte de nombreux et mc^mo-
rables exemples, c\ faire supporter a M. de Servieres tout le poids
de la colere du peuple, il n'y avait qu'un pas, et les evenements
marchaient trop vite pour que \\m mit longtemps a le franchir.
(i) Lellre des consuls a M. de Servieres, oQ Ton voit quelque desenchantement,
en date du 14 octobre 1G4K. « Quel soin^que nous ayons prins pour faire assembler
le conseil pour deliberer sur le faict de vostre lellre, il nous a et(i impossible, sy
bien que en ayant confere en assemblee de Messieurs du clerge el de I'Universile,
tous g^neralemcnt ont loue vos S(>inf,^s el dilij.'-enccs, et plainct le malheur qui
accompag-ne les aflaires de ceste ville... Cependant nous vous prions tous affectueu-
sement, app(»rtant vos soins ordinaires, d'obtenir la confirmation desdiis privil<!jges,
conformement d la concession faicte par Louis le Juste...* (Ms. 3XS6, fol. 133. —
L'ordonnance royale est daiee du 26 octobre et sij^mee Lomenie ; celle de la reine
rt^^a^nte pone la date du 3o du mOme mois. IhUcm. fol. 141 et 142 . — Les frai^ de
Ictlrcs ei de leur expedili(»n N'cleverent a kj.) pisiules. {ItiJcm, fol. 143.)
(2; Cf. ms. 33y[, ful. 8.
DE L ACADEMIK DE VAUCIA'SE I']
M. de Servieres lui-m6me ne dissimule pas qu'on I'avait desservi
aupres du peuple avignonais et qu'on avait calomnie ses inten-
tions. « Mes ennemys et envieux, di t-il ( i ), estans marrits de la bonne
intelligence qu'il y avoit entre M. de Perussis et moy, et voyans
que les uns et les autres avions quelque creance parmi les hon-
nestes gens de nostre ville, ne pouvant nous sc^parer de ceste
affection... Ton se resolut a faire des inventions pour nous dis-
cr6diter m^me parmy le peuple, et a ces fins Ton commencja a
leur faire accroire que j'etois d'accord avec M. de Villargelle pour
la douane et la foraine contre la ville, quoyque j'eusse agi si
fidellement en ces affaires pour Tadvantage de la ville contre le
sleur de Villargelle, quUl se plaignoit partout de moy, et en fa^on
du despuis il n'a plus est6 mon amy. »
Ces bruits circulaient done dej^, lorsque, au mois de de-
cembre i652, M. de Servieres accompagna le cardinal Barbe-
rini a la cour de France. A peine etaient-ils en route, que les
troubles occasionnes par la foraine (iclaterent. M. de Labaud fut
envoyii pour en obtenir le retrait, « lequel je fus visiter des aussi-
tost et luy offrir i le servir, tant pour le public que pour son par-
ticulier, et luy continua mes visites par plusieurs fois. » Pendant
ce temps, en Avignon, on s'impatientait quelque peu. Les diffl-
ficultesde toutesorte, que M. de Labaud rencontrait a chaque pas,
retardaient la solution de I'affaire, tandisque la cite avignonaise
retentissait des belles indignations pcvoulines contre M. de Servie-
res, qui emp^chait tout par le credit du cardinal Antoine alors
tout puissant. « On en informoit les honnestes gens et nos meil-
leurs amys, et apr^s jusques aux artisans et menu peuple, et
dans les cabarets, les jours de festes, on avoit des gens apost(^s
pour lesentretenir de semblables inventions (2). »
En vain, M. de Labaud essaya-t-il de detromper les consuls et le
peuple. Si les premiers parurcnt ajouter foi aux renseignements
qui leur parvenaient de Paris, et re(;urent Servieres avec honneur
^ son retour, le second nevoulut rien comprendre ni rien enten-
dre. Les malentendus, melees aux ignorances t6tues et aux cupidi-
(1) Relation du pillage de ma maison .'de la main de M. de Servieres, ms. 3357,
fol. 144.) — II s'agit probablement ici de Fran(;ois de Perussis, baron de Barles,
seig-neur de Montdevergues, gouvcrneiir pour Sa Majest<i des ch&teau et tour de
Villeneuve d' Avignon, maitre des ports et passages, ponts et peages du Rh6ne en
Provence et en Languedoc. 11 devaii Otre viguier en i658 et sera d6put6 par la ville
vers le roi en 1665-1667. Son fils epousera plus tard Marguerite dc (^ambis.
,•-' Relation du piUage de ma maison, m^. 3357, fol, 145.
tes en appetit, aboutirent au pillag-e de Thotel de Servieres, qui
forme lepisode peut-ctre Ic plus important dcs troubles de 1653.
Apres avoir pille la maison de M. de (^astellet, qui etait situee
en face le grand palais, Ics emeutiers en voulurent demolir une
autre, qui appartenait egalement a Tancien consul. Par bonhcur,
un beau-frere de M. de (]astellct se trouva par la et en empecha le
pillage. La maison de M. de Perussis Ics retint un moment;
mais M. de Saint-Martin, son parent, pan'int a les detourner. « Kt
ajoute M. de Serviorcs. non sans melancolie, commc ils se virent
cmpesches decela(i), les mesmes resolurent d aller a la mienne,
comme fort recommandee pour estre pillce; aussi ne fust-elle
secourue de pcrsonne. »
L'hotel de Servieres etait situe sur la paroisse Saint-Agricol,
touchant les dames de Sainte-Marie et le college d'Annecy. Une de
des facades regardait la rue des Lices, aujourd'hui rue Calade ou
Jr)S3ph-Vernet, et Tautre, la rue appclee aujourd'hui du College-
d'Annecy.
La maison etait heureusement vide de ses habitants. Apres les
troubles de juin, M. de Servieres etait venu de la Tour-dWigues,
ou il avait suivi le cardinal Barberini a son retour de Paris, et i)
avait fait sortir de la ville et conduit a Sorgues sa famille, le 5
du mois de juillet.
Danste livrederaison de M. de Servieres, on trouve, a la date du
6 octobre, les lignes suivantes: « Je note que, leO de ce mois, vers
les 7 heures du soir, le peuple commen^ra a entoncer les portes de
ma maison et pilla tous les meubles ; et apres Ton emporta et
brisa toutes les portes et fenestres, comblarrent le puits, em-
porter (^/c) tous les fers. Et entin, comme Ton vouloit commen-
cer a la desmolir, apres y avoir vole durant i5 heures, Ton fust
contraint de faire murer les portes, le tout sans aulcun subject.
Nous en verrons cequ'il en adviendra pour les reparations. Nous
voyons par la ringratitude des peuples, Tayant toujours servi si
lidellement(2). » Et ailleurs : « Nous avions jete, le jour de la Saint-
Jean et endautres rencontres, denos meubles en quantite dans le
(i" II y cut ccpendant une maison pillec, apparicnani d M. dc Castcllel et situde
rue Doriie. Le cahicr de la procedure : Ac'/// J.Tnni pjtili ... indiquc qiie. le 4 mars
i6b-j, Mclchiorde Gallcan, IVere de M. de Caslellel, produisil devant I'auditeur fri^Jne-
ral un inventairc des hardes et meubles qui lui oni eie voles chez son frere, dans sa
maison, rue Doree, et eslime la perie a f'1,177 lixres el s s<>ls. -- Hernardine, femme
de Raymond Bonaud, et Jean (iarcin dcposeni, le mars lO";, de I'exisience de<
objcts vol(5s ou brQlc-s.
X Ms. 3357, fol. 3cj,
1M-: 1. ACADKMIK Di: VArCLTi^J-: 2()
grand college par Ics fenestres. CepeupleTayant seu,fut presenter
lemouton ^laportedudit college ct les menac^a deles brusler si ne
donnent ce qu'ils avoient a nous. On leur livra tout, commegens
elTrayes, et il faut noter que, dans noslre maison, il y a quarante
membres tous meubles. Aussi if>heures de suite, ils ont charie
de nostres meubles, comme une chose donnee au pillage et per-
mise. » Et pour terminer : « I/on n'a pas laisse un clou ni une
cheville de bois. Si les Crovates et les Suedois avoient passe dans
cette maison dix ans de suite, il n'y pouroit pas avoir tant demal...
Enfin, nous n^ivons plus rien et sommes a la rue (i). »
M. de Servieres a-t-il exagere? A premiere vue, on serait tente
de le croire; mais, a consulter les pieces officielles, inventaires ou
procedure criminelle, on est fcjrce de convenir qu'il a seulement
exprime la verite exacte et cruclle. Ce fut vraiment un pillage
memorable et que les temperaments violents et feroces des ^meu-
tiers d'alors (itaient seuls capables de mener a bonne fin. Tous
les meubles furent brules ou emportes, tout le linge vol6. Les
appartements devastes, les vitres brisees, les portes et les fenetres
enfoncees, puis murees pour (!jviter qu'on ne jetat des tisons dans
les salles, les gonds des portes ct les fers arraches, tordus ou bri-
sks, forment un ensemble de ruines, qui ne s'est rencontre peut-
etre nulle part dans les pillages dont Avignon fut, pendant ces quel-
ques mois, le theatre. Depuis les six « garnitures de lit pourl'hi-
ver », en passant par les i( linseuls » de chambre, jusqu'aux nap-
pes de « nostre table », tout le linge disparut. Des caisses pleines
de filures de « chanvre, de lin et de filoselle » furent ^ventrc^es et
leur contenu fut la part de butin des femmes des emeutiers. Dans
la chambre de M""" de Montmirail, tout fut egalement pill^. Un
cabinet denoyer, « oil ladite dame tenoit millepetites galanteries »,
ainsi que « les deux grands coiTres, ou estoient colets, moucheoirs
dc col, bout de manches a dentelles, comme d'ailleurs la grande
caisse en nover », ou il v avait du velours roui»:e cramoisi d'une
jupe pour faire douze chaises, furent saccages.
I A la fin d'un exemplairc dc VinvjnLiirc somm.iird Jcs ruims ct Ji'i^Jts, M. do
ServicTcs ucrii encore : -t La luric do cc pcuplc c-st«»il si j^^rande, qu'ils firont Hois feux
dans la basse-c<>ur dc la maison, ci bruslani touics les pciiics pijccs... qui y re>-
loicni, lis rcmplircni Ic pulls des mauvai^ mcuhlos, puis aprcs le rompircnt et le
ra>erenl ei jeticrcnl les pierres dedans pour Ic combier. Us «')nt aussi arrachd les de-
j^rcs <Je la Irur qui sic vouloicnl abattrc, pour ecraser ccste pauvre maison. Dieu
soil benny do tout. Les portes et I'enesires ont este murees par la charitc de quelque
bonne ame. II n'y a personne qui aye este <i de-ojc que nou^. par Ic sentiment de
tuus Ics ^'•ens dc bien. •» .W'^. X^r-;. UA. 41.
!^() MKMn:i<i:i;
Dans la grande chambre de Madame de Servi^res, on brisa et
on vida les deux armoires fermant a clef, qui renfermaient quan-
tity « de vieilles serrures, pannes et gons de la maison », et deux
grands cofTres ou elle avait plac(^ ses « colets, moucheoirs de col
qu'on lui avoit apporte de Paris », ainsi que le « cabinet de bois
de noyer, garni de satin vert, avec des rubans couleur de feu, ou
laditedame mettoit ses bagues, bijoux et galanteries... » Les meu-
bles une fois vides, on s'occupa de les briser et de les voler ou de
les bruler a leur tour. La salle basse contenait de grandes tapis-
series en cuir dore, dix-sept « chaires garnies de mouquette, six
placets, deux grands bans pour servir de lit de repos et deux car-
reaux de cuir dor(^, un dressoir, une table noyer, un tableau de
Notre-Dame avec son cadre, et un tableau du roy avec une
douzaine de dames romaines. » Tout disparut.
La cuisine elle-meme fut trouvee bonne a piller et les « deux
tables, les deux pastieres, le moulin a bluter la farine, une paire
de chaines avec son cumasclc et garnitures du feu », comme
« les chaudrons, bassines, poeles, chandeliers de laiton » de la
depense, furent emportes.
Les « dix-huit grandes chaires, les six placets, la table carr6e et
ronde (probablement les deux tables, une carr^e et une ronde), un
grand tapis de Rhodes, qui se trouvaient dans la salle haute, les
deux lits, les deux coffres bahuts de Tantichambre, la tapisserie
de cuir dore, les dix-huit chaires, les six placets canevas, le grand
lit noyer de la grande chambre », I'ameublement dela chambre de
Madame de Montmirail qui se composait entre autres choses de
deux douzaines de « chaires garnies d'ecarlate et de velours de
laine, d'une tapisserie de Roan (Rouen), de quelques tableaux de
peu de valeur, d\\n lit de bois et d'une tapisserie de cuir dor6 »,
tout fut consciencieusement pille ou brise.
On n'epargna pas davantage le « petit cabinet pr6s de la
grande chambre », oil il y avait « une petite biblioth^que, quantity
de verres, petits tableaux, deux cabinets d'Allemagne, une table
et son tapis », et on monta piller jusqu'au grenier, ou de grandes
caisses contenaient « du lilet tout prest a faire la toile » et des pro-
visions en abondance : « six ey mines de sel, quelque peu de
seigle, du son, huit saumces de bled, deux farinieres de bois, dans
lesquelles il y avoit au moins trois saumees de farine, etc. »
Puis on vint a la basse-cour, au milieu de laquelle on fit un
feu dc tous les debris des meubles que Ton precipitait par les
fenetres, au puits que Ton comblaet dont on d^molit la margelle,
a la remise du carrossc dont on sortit les harnais et des roues hors
d'usage pour les emporter, au grenier a foin dont on prit la paille
et le foin, et au poulailler oil de nombreuses poules et force cha-
pons s'engraissaient pour la table et furent partagees ce jour-la
entre les divers cmeutiers ; [et pour finir, les ecuries furent videes
ct le fumier en fut emporte. C'est a cc moment que se place
Tcpisode raconte plus haut par M. dc Servieres lui-m6me.
Quelques meublcs et non des moins precieux avaient trouv^
asile dans le grand college, des le moisde juin precedent. La foule
le sut et alia battre la grande porte du college jusqu'a ce qu'on
les lui eut livres. U est vsuperflu de dire quel sort les attendait.
De rhotel dc Servieres il ne' restait rien et une partie de la garde-
robe de M. de Montillet (Charles-Philippe de Cambis), fr6re de
M. de Servieres, perit dans les flammes ou fut egalement pill^e.
Un accord intcrvint entre les deux fr6res : Jean-Francois devait
payer a Charles-Philippe 120 escus, payables en trois fois. Le
premier versement fut elTcctue, le i3 juin 1661, en « grosse
monnoye ». Les deux autrcs devaient s'eflectuer lors du rembour-
sement que la ville s't^tait engageea operer entre les mains des
victimes des troubles. Enfin, le 3() juin i663, M. de xMontillet
donna quittance definitive de tout ce qui lui etait du (i). La ville,
de son c6t^, s'etait exc^cutee et avait rembourse ^ M. de Servieres
les sommes rc^clamecs.
Pendant ce temps, que faisait le vice-legat? Etait-ce negligence
et d(^sinteressement de toutes les suites que comportait cette
afTaire, devcint partir le lendemain ? Toujours est-il qu'il ne
parut que vers la fin, « n*y estant point alle (ajoutc non sans
amertume M. de Servieres) durant les quinze heures de pillage,
mais lorsque tout fut achev6. » M. de Ser\'i6res n'aimait pas
Cursi, a cause de ce que les pessugaux appelaient scs faiblcsses
pourle peuple; desormais il avait a lui reprocher une nonchalance
dcsastreuse etpeut-etre une secrete complaisance pf)ur les auteurs
de son malheur.
Le vice-16gat, qui tenait seulement par une fiction a I'adminis-
tration d'Avignon depuis le bref de rappel, avait d'ailleurs les
bras lies : et Mgr de Marinis ne pouvait agir tant que Tancien
vice-legat n'etait pas parti. Ni Tun ni Tautre n'etait done suffisam-
(0 Ms. Hl-^r?, fol. i52 et suiv. — CIcs documenis sunt c«4-alcment si^^ncs de Laure de
Cambis, qui avait cpousc, en nVjH. Ant<.>inc do Lnpis. seigneur de Montmirai'. O.i a
vu plu<; haut que ayn mobilier pcr->(»nnel n'avait pas etc cpartrnc. Les I2*» ejus
Ucvaieni C*lre pariayrc'^ entre elle et son frJr^', M. de MMiitillei.
S'J Mi:Mnli<i:S
ment libre do scs mouvements, et de peur dc se gener, ils
s^abstinrent (i). L'hotel de Serviercs put bruler tout ^ son aise.
I.e total des dcgats ou ruines dc la maison ellc-meme s'^leva a
6,Gi3 livres, les meubles brulcs a 2,2i(X) livres, les portes et les
fenetres brisces a i(k) ecus et 40 sols (2), et les vols a 20,8cx) livres.
Deux mois apres environ, la procedure s'ouvrit. Le mercredi
3 decembre, I'auditeur general Exuperantius Raphaelis, accom-
pagn(b d'un notaire et de deux temoins (3), se rendit, sur la rt^qui-
sitionde Tavocat liscal, a la maisr)n de M'"" d'Kscarron, et constata
que quelques meubles pilles deux mois auparavant, A ThOtel
voisin de Servieres, y avaient ete rapportes, « ne sachant laditc
dame dire precisement par qui ». C'citait surtout des bois de
chaises bris(^es, des debris de portes, deux bans garnis de mo-
quette, quelques pieces de tapisserie de cuir dore en tres mau-
vais etat, quatre tableaux « rompus», le bois de trois ou quatre
lits en noyer. M"'" d'Escarron deposa en outre que ces meubles
avaient bien appartenu a la maisr)n de Servieres (4).
Huit jours apres, commenc;a Taudition des temoins. Le mardi,
9 decembre, par devant Tauditeur general en personne, parut
Laurent Gardet, valet des consuls, natifde Nonayes en Vivarais,
habitant Avignon depuis 39ans et cige de 54 ans ou environ, qui
(1) M. de Servieres, dans le recueil qu'il fit do divers t^moignages, a consign^ le
suivanl : Un homme du peuple allanl prcvonir le vicc-lcgat que la maissn allait etre
brulde, entrant dans le petit palais, rencontra dans rantichambre de la salle du
conseil M. Fran(;(>is Louancy. qui Tinjuria et lui dit :« Coquin, dc quoy vous meslcs-
vous > II apparlient bicn A v<»us Aaller inicrrompre I'assemblc'e qui se faict lA-dedans ;
souvenez-vous que vous la paieres. » lj\isscmhU'c tlHait compos^e du vice-l6gat, de
I'archev^que et de M. de Crillon. 'Ms. :<357, fol. 49.)
(2) « Je soussigne, maitre expert jure de rannec 1O57, m'e^tant achemin^ A la maison
de M. de Servieres, j'ay cstime touies les reparatir>ns qui doivent 6tre faites pour ce
qui regarde ma vacation, les ayant esiimcc^ toutcs en parliculier, et par posites^
j'atteste qu'elles montent, scion Dieu et conscience, cent soixante-neuf escus et qua-
rante sols, et cette estime a ete faito ce 4 may 1057. lieittjuJ. »
M. de Servieres ajoute lui-meme, au has d'un exemplaire de I'inventaire des meu-
bles, qu'il ne comprend pas dans son enumeration :
r Les dc^penses extraordinaires qu'il a faites. lui et sa fcmme, etant reste i Sorgues
deux ans et demi, et ayant en outre pris une maison a Avi«/non pour faire etudier
ses tils et servir par ses domesiiqucs ;
2" Ni cclles qu'il a faite.s depuis un an et denii qu'il est de retour a Avignon, y
ayant pris maison, I'autre ctant inhabitable ;
y Ni que, si elle eiit etc habitable, en c.is qu'il n'y put demeurer, il auratt pu
« I'arrantjr quatre ou cinq cens livres .. ;
4" Ni un voyage: qu'il fit A Romj. pour allcr se plaindre de la ruine et du pillage.
« y ayant demeurj siv mois ot faict une depcnse considcM'able. »
(3J Louis Caihelle, menuisier, et Ani.iie Catelany, praticijn.
(4) fin /.? cause Ju Jisc... (m>. X^r-, fol. 57 cl suiv.).
I)K i/aCAOKMIK I)K VALCl.L'Si:^ 33
dit avoir vu que la maison de Servi^res 6tait bien meubl(^e, parce
qu'il y avait souvent fr^quent^, et il donne la description des
salles et des meubles qui s'y trouvaient.
Le lundi, 22 decembre, comparait Pierre Guillon, maitre chi-
rurgien, habitant d' Avignon, age de 43 ans, qui depose que, pas-
sant proche et devant la maison des Dames Augustines quelques
jours avant le pillage, il vit, « vers 2 heures de Tapres-midy,
Isabeau la gouvernante sur la grande porte de la rue, du cote
ci-dessus d^signe », et lui demanda siM. de Senieres, sa femme
et ses enfants etaient do retour. La gouvernante repondit que
non. Et s'entretenant avcc elle, il entra et vit les salles richement
meublees.
Le vendredi, 2 mai 1654, comparaissent Louis Catelle, menui-
sier, xiatif de Saint-Benoit en Velay, age de 28 ans environ, habi-
tant Avignon, qui declare que la maison « estoit bien meublec et
adjustee;), et Charlotte de Chaine, femme de Laurent Gardet,
native de Graveson en Provence, ancienne servante -^ I'hotel de
Servieres, oil elle s'est mariee avcc Gardet et avant encore la
confiance de ses anciens maitres, puisqu'elle a pu conserver les
clefs de la maison, coflres, cabinets, dressoirs. Elle fait la meme
di^claration.
Le3() mai 1657, Raphael, dit Lamothe, depose avoir vu beau-
coup de richesses, et le meme jour, Jean Astier, chanoine, et
Isabellc Astier font la meme deposition.
Le 19 juin 16^7, Jean de Baroncelli declare avoir re^u, le 3 r)ct(j-
bre i653, de M. de Servieres, alors d Sorgues, une lettre qui le
priait d'obtenir du vice-legat qu'il laissat sortir les hardes et les
meubles, que leur propri^taire avait fait prendre chez les Jesuites,
Les P. Pilot (Jean-Baptiste, Georges et Michel), en fournissent
rattestation(i).
A c6t6 de ces temoignagcs dates, un grand nombre qui ne le
sont pas, et dont M. de Servieres dcrivit lui-m6me la teneur, figu-
rent dans le cahier de la procedure. En voici les plus interes-
sants (2).
« Jehan Bergier, diet la Barthe, tisseran, m'a diet que maistre
Francois avoit prins un mastelas, une couverte et le portraict de
mon p(ire.
« Jehan Prevost, proche le logis de Rome, avoit prins le miroir
garny d'argent, un grand livre et un lict verd.
1 Ms. :<357, fo!. i3'J0l sLii..
2 Idem. fol. 45 el suiv,
3
^4 MKMOIRKS
<f Maistre Mege, molinier, portoit un plein sac d'hardes.
a Le cadet Montlouis, vig-neron, rue des Porchers, portoit un
plein sac de grain...
« Blanche Jamotte, femme du sieurAndiol, niaquignon, rue de
•lti"Col6mbe; ma diet que Est^ve Taxi, diet la Taillole, avoit prins
du lilet de chanvre, d'estaing, et la couverte du berceau, et que
Pierre Marinier et lui avoient eu mon lict guigolin ; que Jehan
Simon, son voysin. talTctaire, avoit eu deux tonneaux; que Geor-
ges Jourdan avoit une micnne pcyrolle et aultres bisognes...
« Ladicte Jamotte diet qu'un nomme Louys, fils d'un valet de
M. de Gondy, rompoit mes chaises; que Francois Grange, talTe-
taire, mist en pieces un portraict.
« Marguerite Bissonne... a vu prendre a Barbantan le bois de
lict. Elle a veu que la femme de Fran(;ois Combe prenoit un bar-
mehau plein de sel.
« Le sire Ciergue, diet Sargeant la Sablonniere, a TAigue-ar-
dent, diet que I'Empereur, passamentier vers les Infirmieres,
faisoit sortir les meubles du college pour les enlever et les
emporter.
« La femme de Marthre Gabriel diet que celle qui accomode
les bas, proche Saint-Disdier, avoit charrie toute la nuict.
« Le petit jehan, a la maison de M. le chanoine Savin, rue de
TEaudevie, avoit de ma tapisserie de cuir dore qui lui servoit de
dessus de lict... »
Encore tout ceci n*etait-il que le plus mince du butin. Les meu-
bles precieux, I'argenterie, les bijoux, qui n'avaient pu 6tre enleves
a temps et conduits en lieu sur, disparurent et on ne les revit
jamais (i).
Le chatiment des coupables se fit longtemps attendre. Les
meneurs etaient probablement les memesqui, le5 novembre i655,
bruleront la maison de Saint-Roman, Jean-Antoinc Lichi^re,
Beraut, La Rose, Chandelier, la Grave et autres professionnels
des memes execs. La procedure, commencee le 5 decembre i653,
dura jusqu'en iGSy et ne se termina m^mepas cette ann^e-la. La
remise de I'inventaire, sur invitation adressee a M. de Servi^res,
:n'est que du i3 Janvier i656. La raison de ces longueurs, ind<i-
r Ce qui donnerait A penscr que Targfenterie et les bijoux purent etre soustraiis
quelque temps auparavant auvsort qui les attendait, c'est qu'ils ne figurent nulle part
dans les inventaires ou roles des ddgais. M. de Servi^res, si meticuleux, qui ajoute
aprCjs une longue liste d'objets brisks ou voles : « J'ay oublie les quatre tableaux qui
^stoieftldans les quadrcs des chemin^es *>, n'eOt pas manque d'en faire lerelevj^.
hv: i/acadk.nui-: dk vaicc^isk 3.^
pendamment du flegme italien qui presidait a Tadmiinistration de
la justice, est sans doute dans la n6cessit6 ou Ton se trouva, apr6s
les pillages des hotels de Saint-Roman, Palis, Crivelli, etc., de
joindre les affaires similaires et d'etablir pour elles une seule pro-
cedure. Le paiement de I'indemnitd accord^e a Servieres se fit
seulement en 1661 pour une partie, en 1662 et le i*"" mai i663 pour
le restant. Encore le malheureux de Cambis n*6tait-il pas tr6s sur
des finances de la ville papale, puisqu'il ne s'engagea a payer A
M. de Montillel, son fr^re, les degats causes chez lui d ses meu-
bles et vetements, qu'au prorata des sommes versees par la vilie.
L'ordonnance de « Targent pour les bruslemens » est dat^e du
12 novembre 1(3(10, et est redigee en faveur de M. Frangois dc
Cambis, baron de Brantes (i).
*
Le lendemain de ces evenements, le vice-legat (^ursi prit le chc-
min de Rome. II s embarqua sur le Rh6ne, d 9 heures du soir, et
se fit suivre d'un autre bateau portant quelques mousquetaires
armes. Bien lui en prit. A la hauteur d'Aramon, il fut assailli d
coups de mousquet, par des gens embusqu^s sur la rive. Quels
etaient-ils et pourquoi tiraient-ils? Quelle main les avait arm^s ?
Autant de questions sur lesquelles nous en sommes r^duits aux
conjectures. Mais il ne faut peut-^tre pas se hater de voir la une
embuscade preparee par lesennemis de Cursi. II est possible que,
en cette circonstance, il ait eu affaire A quelques brigands, quel-
ques detrousseurs ripuaires, les routes par eau et par terre n'(^-
tant rien moins que siires ^ cette epoque. Quoi qu'il en soit, per-
sunne ne fut touche, les bons mousquets qui suivaient Cursi
ayant eu facilement raison des agresseurs.
Ce jour-la meme, Mgrde Marinis, archeveque d'Avignon, pre*
nait le gouvernement de la vice-legation. II a laisse dans nos
annales le souvenir d'un homme doux, mais faible, picux et bdnin,
plus uccupe d'oraisons ou d'etudes que de politique. II m6rite
mieux que cette aureole incolore et fiottante, et si par un de ces
soubresauts dc la politique pontificale, que provoquaient ^ loisir
les intrigues, la gerancc de sa vice-legation n'avait pas 6i6 inter-
rompue, il fut pan'enu a pacifier les esprits, a ramener les nobles
et d apaiser le peuple. A ce moment, toute Thistoire int6rieure dc
I Ms. 3357, fol. i5o.
'X) . MKMOIKKS
Ui ville et du Comtat est domineepar deux figures bien dilTerentes.
aussi opposees que possible Tunc ^ I'autre. A Carpentras, un eve-
que ambitieux, intrigant, vivant pour la politique et se mainte-
nant grace a elle: grand seigneur fastueux, ancien comprotecteur
du royaume de France a Rome, par. la grace de Louis XIII et des
neveuxd'Urbain VIII, les cardinaux Barberini, il etait admirable-
rhent placed, pour apaiser, pour reunir, pour adoucir, pour jouer
Je role le plus beau, le plus eleve, le plus lecond(i). Kn etait-il
capable, DU bien, inferieur a une tache aussi belle et trop preoc-
cupe de ses interets personnels pour les compromettre pour le
Ijien dp la paix, ne pouvait-il que parader dans sa pourpre, batir
dcs palais et les habiter?-' (]eci ou ccla, il n'importe. Mais jaloux
d'une autorite dont les derniers evenements etaient loin dJavoir
augmente le prestige, il eut pu Temployer plus utilement qu a
entretenir la discorde. a nourrir les ressentiinents et a calomnier
a Rome ceux qui tentaient de neutraliser son inlluence. Sans lui*
les nobles, quelque legitime quefut leurquerelle, peut-etre memo
parce qu'on sctait porte contre eux a d'inqualitiables exces,
seraient rentres a Avignon, non pas vaincus, ni vainqueurs, car
il eii.t pu empecher toute jutte et par consequent toute victoire ou
toute defaite. xMais il couvrait de son nom leur exil volontaire,
les a.busait par les promesses de revanche et perpetuaitun conllit,
ou ce quji y avait de plus precieux dans une cite, la paix, (itait
s.acrifiee a ce qu'il y a de plus meprisable, la politique.
Pres de lui se dressait une autre figure, qui formait avec lui le
plus heureux des contrastes. Mgr de Marinis (2) apportait a sa
charge nouvelle un grand amour de la paix, et ce melange de fer-
mete etde douceur, de prudence et denergie, que les evenements
reclamaientimperieusement de qui etait appele a les dinger. Sans
ambition personnelle et n'acceptant les necessites de la politique
que comme ua mal inevitable, delivre par consequent de ce qui
aurait pii paralyser son action, il n'eut qu\in but : la paix. Moins
r Uichi avait etc transfcrde du petit ev(^ch(i d'Isola, en Calabie, a Carpentras, en
l63o, et .crec .cardinal le 28 novembre i633. Son passage h. Carpentras a laisse plus
d'une trace. 11 Ht faire des embellisscments ^ sa cathedrale et construis.it un nouvel
evGche, devenu depuis le Palais de justice. *
•2 No en \Sj3 a (ifenes, Dominique de Marinis t^iait entr^^ dans I'ordre des Fj-«^res
Preclicurs. U fut prieur de la Mincrvo a Rome et, nomme ti TarchevOche d'Avi|trnon
en ih4'j, fit son entree dans "^a ville (ipiscopale leii juillct 1G49. Les chateaux de
Barbcntane el de Graveson furent repares par ses soins, et A sa mort (20 juin 16G9
il laissa tous ses biens au Mont-de-piet6 6tabli in Avignon depuis r&x). II fut cnse-
veli dans sa cath<^dralc N.-D. des Doms, ou on peul encnrc aujourd'hui lire son
(ipitaphe.
PK L\\CAnK.MIt: DE VAUCLUSE Jj
hautain et moins drape dans sa dignite que leveque de Carpen-
tras, il n'eut au premier instant que de tres vagues synnpathies'
populaires, et fut favorise des la premiere heure de Tanimosite
' du cardinal Bichi. Le peuple, en elTet, croyait tout perdre, s'il
perdait (]ursi, et le cardinal qui connaissait ce que cachait d'ener-
gie Texterieur placide de de Marinis, prcvoyait que le nouveau
vice-legat nc lui permettrait pas d'cterniser le conflit. Rome
n'avait pas d'ailleurs sans dessein choisi Tarcheveque, esp/sraiit
irouver en lui I'homme qui continuerait sa politique d'attermoie-
ments, de demi-me^ures. d'interminables negociations. Si Bichi
ne fut pas trompe dans ses craintes, le pape le fut dans ses previ- -
sions.
A peine nomme, Mgr de Marinis jugea qu'il lui fallait faire les
premiers pas vers la reconciliation. Use rendita Carpentras, vit le
cardinal et plaidapres de lui la causedela paix.Malheureusement
elle etait perdiie d'avance. IVichx le rec^ut froidement, et a toutes
ses prieres, opposa les ordres qu'il avait, disait-il, pour mettre le
peuple a la raison. L'archeveque ne se tint pas pour battu. Le
cardinal pretendait avoir des urdres, il fallait savoir lesquels.
M. d'Alphonse fut done depute par le vice-legat aupres de Sa
SaintetcS avec mission de raconter Thistoire des troubles d'Avi-
gnr)n et de rappr)rter de Rome des instructions precises. L'arn-
bas<;adeur revint sans ordres et transmit seulement au vice-lc^gat
le desir du pape que tout fut oublie, que les nobles revinsserit
dans la villeet que les choses fussent remisesen leurtrain primitif.
II fallut bien se contenter de ces vagues instructions, et Marinis,
qui avait fait le premier pas, se decida encore a faire le second.
11 retourna a Carpentras, revit le cardinal et la noblesse qui for-
mait sacour, et n'obtint absolument rien. Les nobles lui repre-
senterent que leur vie n'etait pas en surete a Avignon (les evene-
ments du () octobre ne permettaient pas de traiter cette crainte de
t(»ul a fait chimerique), et que d'ailleurs leur dignite leur defendait
d'y retourner, avant d'avoir recu des pevoulins les satisfactions
convenables. Le vice-legat dut revenircomme il etait alle, sans
Tombre d'une csperance de paix.
Les demarches aupres des nobles ne Tempechaient pas de
porter des reglements severes, pour prcvenir tout mouvement
populaire. Par une serie diordonnances, il defendit de s'appeler
pcssugaux et pevoulins, de porter au chapeau ou au vetement des
signes distinctifs, de s'attroupcr dans les rues, et interdit aux
cabarctijrs dj recevnir personne. apres neuf heures du soir, dans
leurs ctablissements.
38 MKMOIRES
Le peuplc le laissa faire. Mais, certain de ne p^s avoir en lui
un ennemi de parti-pris, il presenta au conseil ses revendications.
Elles avaient principalement pour objet les impots que Ton per-
cevait sur la farine, qui ^taient de 5 sols par quintal pour les meu-
niers et de 17 sols pour les boulangers. Au flanc du rocher des
Doms quelques moulins a vent levaient vers le ciel leurs grands
bras ti demi-ruin^s. Le peuple demanda qu'on les reparat au plus
tot. II exigea que M, Henrici, secretaire de la ville, fut destitue (I),
peut-6tre parce qu'on eut a lui reprocher de graves malver-
sations, mais surtout parce qu'il avait rec^u cette charge de son
p6re, qui lui-meme Tavait re^u du sien, alors ^que de droit^
die 6tait Elective et annuelle, et non herdditaire et pcrpc^tuelle (2).
II rdclama la suppression des capitaines des portes, devenus
inutiles, et une verification plus frequente des poids et mesures,
dont plusieurs avaient et6 reconnus faux (3).
Le conseil examina toutes ces demandes, et quelques jours
apres, TimpOt sur la farine fut reduit a deux sols par quintal, les
moulins tournerent joyeusement au mistral, les maitres de police
verifi6rent quelques poids douteux, mais les capitaines resterent
aux portes et M. Henrici demeura secretaire de la ville.
Le 8 novembre i653, il alia plus loin encore et presenta au
conseil de ville une requete contenant douze chefs de reclama-
tions. La disgrace d'Henrici figure toujours au nombre des prin-
cipales exigences populaires, mais a cette revendication s'en
ajoutaient beaucoup d'autres. On demandait qu'on fit rechercher
et, s'il le fallait, que Ton refit les livres, malicieusement egar^s,
qui contenaient la gestion financiere des elus depuis cinquante ans ;
(il • Xota qu'en la maison de ville on poursuit fort pour oster M. Henrici de sa
charge de secretaire, disant qu'on ne peut estre perp^tuel en icelle, en suite de la
rubrique de nostre statut : De non continuandis muneribus ... L'on I'accuse
d'avoir esgard les papiers des archives pour s'en prevaloir, d'avoir usurp(i les crc-
mens des rivieres et garrigues, d'avoir extorque diverses sommes de deniers soubs
pr(itexte de la ville et en avoir faict son usage propre, de s'cstre faict payer six ou
sept mille escus de capital, apr<^s les avoir cedes d d'autres particuliers, qui les onl
aussi exiges de la ville du temps de la peste, d'avoir cachd les legats et testaments
faicts en faveur de la ville, etc. » Henri des Laurens, Gcsia mci primiceriatus, tarn
primi quam secundi de annis 1644-1646, iG55-i66o : ms. 2484, fol. 84.
(2^ L'office de secretaire de la ville paraissait 6tre dans la famille d'Henrici depuis
I'annce i52o, ^poque A laquelle. devenu vacant par la mort dc Pierre Aliberti, il fut
confdrd A Girard Henrici, qui le 10 juin i532 le r6signa en faveur de son fils Honorc
Henrici. f Ibidem, fol. 85.'
(^) Les vice-legats avaient cependant porie plus d'unc ordonnancc pour remedier
k cette situation. Cf. Criies par ordrc du vicc-lci^ai pour ij vcrijic.itiftn des pnU$ ct
mesures. T6?5-iftro : ms. 2824. fol. n.;.
r>K l/acadkmii: dk vaucluse 3q
que Ton iiDmrnat un homme non suspect pour les verifier; que
rclection des consuls ne se fit plus par tirage au sort, mais
par election et votes (i); que Ton permit au pcuple d'avoir un
quatrieme consul ; que Ton reduisit le nombre et le chifTre des
pensions scr\'ies par la villc; que les d^putc^s du clerg^ et de
ITniversite au conseil public ne fussent plus perp^tuels, mais
nr»mmes chaque annexe ; que I'aflaire des gabelles fut definitivement
reglee. et enlin que Ton achetat du ble. Aces demandes, le conseil
repondit qu'on ferait refaire trois livrcs de comptes : le premier
contenant 1 etat des pensions et charges ordinaires de la ville, le
second le reliquat des sommes, le troisieme preisentant T^tat des
paiements elTectues, conformement A la deliberation du conseil
de Tan i(-)3(^. Mais il refusa de modifier le mode de nomination
des consuls, avant d'en avoir regu I'ordre de Rome, et ajouta que
pour ce qui regardait le quatrieme consul, « il a este trouvei bon
de n'y toucher rien, attendu que cela choque le statut de ceste
ville et buUes de N. S. P. le pape. » La nomination des deputes
du clerge et de fUniversite ne regarde pas le conseil : c'est
devant ces deux corps, qui nomment eux-memes leurs d(^legues,
que les auteurs de la requete pourront formuler leurs reclama-
tions. Kniin, quant aux gabelles et aux achats de ble, le conseil y
a dcja pourvu (2).
Deux mois apres, le 12 Janvier 1(04. le conseil decida, la recolte
du vin ayant etc « fort petite »> en i(o3, de permettre I'entree de
quelques tonncaux de vin pour le soulagement des pauvrcs, et
donna pouvoir aux consuls et deputes du clerge et de f Tniversite
de faire entrer. par telles personnes qu'ils adviserrint, jusques a la
quantit(^ de fKX) tonneaux de vin et plus grande quantite, s'ils le
jugent necessaire, pour la provision de ladite ville, en payant le
droit d'entrce en raison de cinq sols le barral (3).
Pendant ce temps, de Marinis continuait ses demarches en
faveur de la paix, et tout en negr)ciant avec Bichi, il informait le
pape de ce qui se passait a Avignon. Trois fois, M. d'Alphonse,
en qualite d'ambassadeur, lit le voyage de Rome, mais deux fois
il n'en rapporta que f expression inefticace des encouragements
du pape pour la paix. A son troisieme voyage, et au moment oil
il se disposait a revenir a Avignon, il miAirut. On lui lit de belles
(t) CA\ OrJrc ct t\'i:lcmeni i'Lihly pour Ij crcjdnn dc Messieurs les consuls ct jsscs-
scurs... futur ciitcr tcs hrij^-ucs et prjli\iues, les^fuels ont cause par le passe teaucoup Je
Jeicoitt parmy lea ciOn-ens. i« dcccmbre i^Vj.S. (Ms. 2S27, lol. i>'j7.)
(♦J) h'eyjslre Jes Jeliherjlintis tnunia'pales. t. XXVII. 1V»1. iSi el '•uiv.
{:*) /hi J., \n\. \ij:<.
40 MEMOIRES
fun6railles, d T^glise des Chartreux, aux Thermes de Diocletien,
et sur le mausol6e qu'on lui elcva, on grava une pompeuse ^pi-
taphe.
Un moment le r^sultat de ces diverses deputations parut etre
nul ou ti peu pr^s. Mais Bichi, en demandant le rappel de Cursi,
avait^ pr6par6 les verges dont il devait 6tre battu. D'autre part,
rinsistance de Mgr de Marinis a informer le pape (et Ton devinc
•dans. quel sens) de la tournure que gardaient les ev(l*nements,
inquieta Innocent X. L'ancien vice-16gat, de son c(')tcl\ cmployait
les loisirs que lui avaient crec les intrigues de I'^veque de Car-
pentras, ti montrer que seul Bichi etait un obstacle a la paix, et
que, lui disparu, peu a peu les malentendus se dissipcraient avec
les coleres. Enlln, le i8 avril 1654, le pape signa le bref rappelant
^ Rome r^veque de Carpentras, et A travers Tironie line du vieux
pontife, Bichi put se rendre compte qu'on attendait de lui, dans
son obeissance, une promptitude qui en doublerait leprix (i). Le
bref, contresignedu cardinal Assollini, I^gat, fut intime a T^veque
par le vice-l^gat, et peu de jours apres Bichi prenait le chemin de
Rome. C'(^tait pour les pessugaux un coup mortcK et pour la
fortune de Bichi... le commencement de la tin.
Malheureusement et par une fidelity desastreuse a sa politique
d'^quilibre, Innocent X bientot apres remplac;ait Mgr de Marinis
i la t^te de la l(igation. Son gouvernement avait dur^ exactement
sept mois; au moment oil, le cardinal Bichi (^cart(^, il pouvait plus
librement agir pour le bien de la paix, un autre lui succd^dait !
Agostino PYanciotti, de Lucques, archeveque de Trebizonde et
neveu du cardinal de ce nom, arriva le 4 juin i654 dans Avi-
gnon (2). Le 23 du m6me mois, devait avoir lieu 1 election des
consuls. Le peuple, tenace dans sa haine des Cambis, voulait ecar-
^i) DiUctoJilio nostro, tituli Sjttctje S.iNn.iii carJinjli Bichio nuncupjio. Dilecte fiU.
salutem et apostolicam benedictionem, De publici boni et f,TaYissimarum rerum
rationibus consulturi prudentiam tuam, cupimus te quam celerriine Romam petcre ;
id Domini et negotii urgcns necessitas, et ca qua tecum libentcr agimus, paterna
nobis charitas suadet, qua tuae pietatis et diffniiatis est. ac nostris et apostolicis
mandatis obedienlia lacit, ut conslantcr arbitremur le muncris lui pariibusac nostra
de tc fiducia in hac re non defecturum. sed omni pr(>r>us mora sublata. iter sus-
cepturum, ea plane alacritate qua probilaiis ct culius in nos tui mcrita cumulentur;
quod ut ciiius et facilius pr(>ficias, apo^inlicam benedictionem libi imperiimur.
Datum Romae. apud Sanciam Mariam majnrcm,sub annulopiscaiori^, die iH* aprili.s
16^4. pontiHcatus nostri anno X". Card. Assolinus. »
2 Le bref de provision de la vice-legalion en sa favour est du ii mai 1654 et date
de Saint-Martin, « nullis dioeccsis provinciae romana^ ». 11 fut cnrc^'istre au parlemenl
de Provence, le 6 octobre de la m6mc annde, et lu le 5 juin au palais apostolique,
« in mAgno raccllo ejusctcm *. Ms. iT'**. fol. 2.
DK i.'academie ni-: vai:(;i.i*sk |f
ter du consulat M. dc Oambis de Lajj^njs, parcc qu'il avail insulle
a quelquc femme de paysan ; mais le vicc-lc^at etait decide a favn=
riser la liberie de 1 elecliun, el il prit les mesures necessalre*^. t^ulj^
il parcourut la moilie de la ville a chevcU, p(Hir s'assurei* de Texe-
culion de ses ordres. L'election se lil reguliere el pacilique. M.
Louis de Cambis de I.agnes ful elu consul, avcc Fran(;ois Roussel
et Jean Alhenosy, Fran(;()is Barlhelemy assesseur: el M. des
Achards de la Beaume remplac^a M. de 1^'n^-asse dans la charge de
viguier.
II faul croire que cette derniere elecliun surlt»ul dcplut soiive-
raincment aux pevoulins, qui dcsiraienl la viguerie pour Crillon,
auquel on subsliluait un parlisan avere de la noblesse. On
murmura dans les cabarels, el un savelier plus audacieux
arbora, un malin, sur la porle de sa boulique les armes de
Crillon : d'or a trois cotlkes d'azur, el ecrivil comme explicalion :
Vox pnpiili, vox Dei. Le vice-legal le sul, til saisir le malheureux
savelier el lui lil donner Teslrapade. C elail une illegalile el comme
" une provocalion. Car, un ciloyen d'Avignon, lul-il un savelier, ne
pouvait cilre condamne :\ une peine aftliclive, sans un proces prea-
lable el dans les formes; ce n'esl cerles pas de Marinis qui eul
agi ainsi.
Quoi qu'il en soil, le peuple pril pcur et, s'if n'abdiqua pas ses
haines, il s'abslinl prudemment d'en parler Irop haul. Le mr)is
suivanl, Franciolli se resolut a aller a (^arpenlras, oil Tancienne
cour du cardinal Bichi, lidele a sa memoire, boudail loujours la
cile papale. La. il ful harangue el complimenle par les nobles
avignonais. qui prolilerenl de I'occasion pour lui exposer leurs
doleances. Sans dislinguer ce qu'il pouvail y av(»ir de fonde dans
leurs plainles et ce qui n'elail qu'un execs de susceptibilite elTa-
rouchee, le vice-legal, en guise de reponse, leur raconla un apolo-
gue. II s'elait produit, disail-il, autrefois a Perouse, un fail sem-
blable au leur. Les nobles perugins s'elaienl un jour volonlaire-
ment exiles de la ville. On les avail laisse laire. el apres avoir erre
pendant vingl ans dans les campagnes, ils etaienl revenus de leur
exil, sans avoir oblenu aucune satisfaction. Dans son lac(»nisme
brutal, cette petite harangue en disait long. Mais les nobles comp-
taient loujours sur Bichi, qui devait etre arrive a R(jme et qui
allait plaider leur cause aupres du papj : ils ne revinrent pas.
De retour a Avignon, le vice-legal, qui comprenait qu'il etait alle
Irop loin dans Taventure du savelier et qui ne desirait nullement
s'aliener le peuple, lit une nouvclle illegalile. dirigee cette fois
.|-:> .\u:nk)Iuks
contre les nobles. Lc premier consul, de Cambis, prenant occa-
sion dc ce que Ic conseil de villc avail ordonne qu'on verifierait
les poids et les mcsures, se rendit, accompagne d'un ')U{xe, au
prenier a sel. pour faire Tinspection des mesurcs dont on se
servait. Le vice-lefraU I'apprit, et sans autre lormalite, pretex-
tant qu'une telle demarche etait une atteinte portee a sa juridic-
tion, mit les deux magistrats aux arrets. Le pretexte etait futile,
car les C(»nsuls etaient les ju^^es legitimes de la police; mais le
peuple, qui, un an auparavant, s'etait porte aux pires exc(l\s a
propos d'une parole imprudente de M. de Castellet, ne lit enten-
dre aucune protestation. Indepcndamment de la personnalite du
premier consul qui Iuh etait fort peu sympathique, les arrets
n etaient que le pendant symetrique de I'estrapade.
Franciotti, a partir de ce moment, se revcia un tres habile
administrateur. I/ag"itation presque incessante des mois de juin
a decembre iC)b3 avait porte au commerce un coup dont il ne se
relevait pas. Avignon n'etait pas une ville sure, et on ne s'y hasar-
dait guere. Pour augmenter le tralic pres de disparaitre, le vice-
legat supprima les gabelles et lixa au i5 Janvier i(o? le commen-
cement des entrees en franchise complete. Puis, pour indemiiiser
la ville des pertes que ces mesures ne manqueraient pas de lui
occasionner, il lit remettre Timpot sur la farine, les vins, la
viande, le foin, tel qu'il existait autrefois. C)n paya de nouveau
cinq sols par quintal de fcirine; mais le peuple, qui put vendre
plus facilement et acheter a bon marche, y trouva son compte et
ne se plaignit pas. Kn meme temps, comme le commerce deman-
dait de plus grands debouches et pour attirer a Avignrm de plus
nombreux traliquants, Franci«>tti lit publier qu'il y aurait deux
march(^s par semaine, le mercredi et le samedi, et quatre foires
par an, le 25 fevrier, lei] mai, le r'^' juillet et le 8 decembre, cha-
cune devait durer huit jours, et le temps que le commerce ne
prenait pas devait etre employe atoutes sortesderejouissances(i).
Sur ces entrefaites, le 28 janvijjr i(o5, on apprit en Avignon la
nouvelle de la mort du pape Inn<»cent X. ( )n lit aux (^>rdeliers de
superbes funerailles, un jesuite y prononc;a Toraison funebre du
(i; .Mais, ajoiiic un manu'scril : «• (\- pr-ijcl nc iVuclitia pas bcaucoiip. et l»aij> Ic-s
avanta<4^cs que cotte ville p4)sscde, lant de sa situation que de scs caux adniirables
p«>ur le.s leinture.s. lui devenani inutiles par la malice des Lyonois, loujours atieniifs a
djtruire nns manufactures par Ics droits exhorbitans qu'ils font imposer "^ur ce qui
cci >ori. et ayani le malheur d'avuir un maiirc qui nc tait pa^ respecter scs armcs. »'
(Ms. •J4^-J. fol. 47.^
o
DI-: L ACADKMIE DE VALCLUSt: 4 >
defunt. Le vice-legat y vint en personne, landis que I'ar-
chev^que, a cause de la presence de Franciotti, s'abstint d'y
paraitre. Un incident caracteristique se produisit a la fin de la
ceremonie. La populace, qui avait pu penetrerdans Teglise, ren-
versa le mausolec, s'empara des flambeaux ct des chandeliers
d argent, dechira pour les cmporter les franges dV)r et d'argent
des draperies. Au- t(^moignage des auteurs contemporains, il eut
fallu tout faire garder par des soldats ou des suisscs.
Apart cet incident, du surtout a quelques pillards isoles, la
physionomie de la ville reprenait peu a peu sa placidite accou-
tumee, ce qui n'empechait nullement les haincs ct les rancunes
de faire silencieusement leur chemin. L'ancien viguier, M. de
Crillon, poursuivait M. Henrici, secretaire de la ville, dont le
pcuple avait demande vainement la revocation. II lui intenta un
proces en justice, I'accusant de malversati<^ns, produisit des
prcuves et dcmanda au conseil sa suspension provisoire (i). Le
conseil s*inclina, nomma Raymond, nntaire, secretaire par inte-
rim. II n'en fallait pas tant pour faire a Crillon une aureole aux"
yeuxdu peuple. II en devint Tidole, on Tappela pere du peuple
et protecteur, tandis que les nc^bles, prenant occasion de ces hom-
mages, le regardaient comme le pire des factieux et le rendaient
responsable de tous les excesqui s etaient commis.
Le 23 juin de cette annee, s'etait faite Telection des cr)nsuls. Fr.
de Grenouillas de Saint-Martin succeda aM. des Achards de la
Baume dans leviguierat, Joseph de Merles de Beauchamp, Jerome
Crivel, Thomas Savin furent elus consuls, et Pierre Dalbene
assesseur. Un mois apres, le 2() juillet, le conseil deputa a
Alexandre VII (Chigi), qui avait succede au mois d'avril prece-
dent a Innocent X, MM. Vivet de Monclus et Henri de Suarez,
charges de presenter au nr)uveau pontile les hommages de sa
(0 • J'«^y opine au c<ni.scil qu'il Ic I'alloit •»iiyr dans scs dclcncos. » Des I,aiircns. f^esij
met primiceriatiis... ms. 24H4, fol. S4 v.) 11 ajoulc (f«>l. 8r) : « Noia quo les consuls
ayant eux seuls. sans participation du cler^e ni dc rrniversiie, procOdc a unc pnni-
sion de secretaire pendant Ic pr(»ces dc M. Ilenrici. moy comme piimicicr ay laict
inscrer dans le livre des conclusions, etc. »
I^ reg-isire des deliberations municipalcs (t. XX VII) presentc, transcrite tout au
long", une des reclamations qui furent adre.ssees au conseil dc ville contre Ilenrici.
I! s'agit ti peu prCrs uniquemeni de sommes detournees, dc pieces comptahles ega-
rees, el elle se terminc par la dcmanJe d'un autre secrciaire. qui soit hommc de
bien et amovible au plaisir des consuN et du co^^leiI. Dc plus, on exi^'-c qu'il ne rcste
pas en place plus de deux ou iroi^ ans. Dtlihjration du jeudi 'j sepiembre H'>5.=« . —
Mais Henrici sc delcndit avec \i;,'^ueur. On peut \oirdans le memo rogi'-irc (fol. •j'.»4\
la requele presentee en s(»n nom par d'llonoiaii, -^on procurcui.
\
-I
I AiKMOIRkt^
bonne ville d'Avig-nnn. lis rcc;urent, le premier roo ct le second
'4(X) ecus d'or d'ltalie, et ils p< )rlerent xx) ecus au pape c< imme pre--
I'iiiel* dori de ^efe slijet*^;
11 semblait que lere des incondies el p^illaijes lut- decidement
close, et pendant ce calme relatif, en m^me tjmps qiie le com--
mcrce essayait de i*evi\ re, les lettres et 1 jsarts se prirent i\ esperer,
a leur tour, des jours meilleurs. Aviirnnn n'etait plus tout a fait
depuis quelques annees la patrie intellectuelle des lettres et des
artistes. Scs ec(.>Ics autrefois llorissantes avaient subi le contre-
coup de la perturbation appnrtee aux alTaires publiques et parais-
saient dechoir.- Les classes de droit ct dj belles-lettres etaient de-
scrtes, et par la ne^^li<^»'encede ceux qui devaient les t»*ouverner les
colle^^es particuliers perdaienttous les j( airs de leur reputation.
Le college de Savoie n echappait pas a la decadence genc^ralc ; les
regies donnees autrefois par le cardinal de Hrogny n etaient plus
(>bserv(^es, et la voie etait ouverte aux pretentions de rL'niversitc
de Montpellier( I). A ce moment Henri des Laurens etait pour la
seconde fois primicier de I'Universite. II s'attaqua resolument aux
abus, sollicita et obtint leconcours de la princesse de Savoie, re-
gente du college (2). Deson cote, Tarcheveque de Marinis fondait,
(i Lc colle^'-e dc Savoie, sous le v( cable de saint Nicolas, appclc c<»llc;4'e d'Annccy.
ct plus ordinairement ^Tand coUc^'e, avait etc fonde, le !»:< juillei 14124' P^i' '^ cardinal
Jean de Brogny. Le fcmdaicur avail pose au maintien a Avif,'-nun de retablissemeni.
Certaines conditions concernant le nombre des ecoliers, les maiicres de renseiji"ne-
ment, etc., et speciHaitque si elles n'etaieni pa.s accomplies. le coljj^^'e serait iransfc'it^
Cl Monipellicr. Le parlement de Lan^'uedoc etait prie de lavoriscr ce translert. L'au-
leur d'une notice sur les colle^'-es d'Annecy et du R<»ure qui parait ecrireau WW sie-
cle, dit que des biens donnes par le cardinal de Broj^'iiy. 11 ne restait plus que la
mjiison, en n'y comprenani pas cependani Te^^-lise el le \ieux « basiiment y joint,
ayani este donnes par le pape Martin cinquiesuK'... Tout le resiani des biens dudict
I'ondatcur. donnes pour la londation. ayanl este alionnes par la ne^rli^'^ence et mal-
versation des rccteurs et escoliers. Les biens rentes, dent le colle^'C jouy mainte-
nant, provienncnt des donnatils faicts par les papes Martin cinquiesme et Kuj^ene
quatriesme, pour la tondation dudict colle;^v.') ' Ms. 'jof'o, iol. 42.'.- On peut \oirdan.s
la m6inc piece que les troubles d'Avi^'-non ne lirent que consonimer la ruine du errand
colle^rc, ct que dejci du temps d'l'rbain VIH. pour purer a une irremediable deca-
dence, il avail fallu Tunir. ainsi que celui du « Roure ->, au colljire Uj I'ntpji^^mJa
JiJc, a Rome, et leurdonner des re;,'ies ires seveies.
'2' «< Monsieur le primicier. J'ay esie bien aise de v< ir par \oirc letire du i:> du
passe, la bonne intention que temoi;.,'ne rrnixersiie d"A\i.L;non pour le retablissement
du y'rand collei^-e de Savoye. Son Altesse royale. Monsieur mon tils et m»»i. en
laisons de pressans oi'lices a Rome, et il sera ties a piopi.s que rTniversiie en
lasse aussi quelque instance de son c«)ic et qu'elle pr<»CLn"e que Mess. Ics echevins
d'Avi^Mion se joi^^^neni a elle, puisque ledii reiahlis>cmeni re;,'arde le bien de la
\ille. aussy bien que celui de ITniNursile. Je \oiis prie d'estre bun a^seure que Ton
n'oubliera rien icy pour ce dessein, el que ie nepei^iray point d'occasion pour \ous
lesmoi:,--ner m<»n esiimo. comme esianl bien \ eritaMenr.ni. M«'n>-iv'ur le primicier.
\dtre bien bonne amie. (."hresiienne. De Ri\«»lin, le i'.< aou-.t Kcr. i> '^Ms. jj.s**. —
M. des Laurens ecri\ii encore au premier president de Chambery.
ni-: L ACADKMIK HK VAICLL'SI': 4.->
le T) octobre Ho,^, deux chaires nouvellesa rL'nivcrsitc, une dc
Iheologic et une de philosophic, ct il en assura I'entretien, sous la
condition qu'elles seraicnt toutes djux conlices a des religieux de
sonordre(i).— Lesnu^isd etc et d'automne sc pass jrcnt don j dans
ce travail combine du vice-legat, du primicier et de I'archeveque.
Depuis pres de deuxans. les incendiaires et les pillards so rcpo-
saient, impunis, de leurs exploits, quand une occasion se pre-
sentade les renouveler.
Le vcndredi r* novembre U\^^. devatit le monastere de Sainte-
(31aire, « sur le coin du Inurnier », M'. de (]onceyl, seigneur de
Saint-Roman, rencontra M. d'iMitremont de Riberc, notoirement
ami des pevoulins, accompag*ne de M. de Joannis. Si Ton en croit
un rccit contemporain, voici ce qui se passa.
Saint-Roman, ret^-ardant tixement dl^ntremont, lu.i dit en tirant
lepce : « Kst-ce a moi que vous voulez disputer le haut du pav6? »
D'l^ntremont elTraye, mit de son cote 1 epee a la main. Al. de Joan-
nis essaya de s'interposer, se pla^'a au-devant de son ami, Tempe-
cha de laire usaire de son epee; mais Saint-Roman, protUant du
desavanta^e de la situation de son adversaire, lui porta deux
terribles coups de pointe au bas-ventre. Joannis, voyant d'Kntre-
mont IVappe, s'ecarta pour lui permettre de se defendre, mais le
san^ qui s echappait de sablessure Tavait alTaibli. L epee echappa
a ses mains. Saint-Roman s'en saisit et la brisa sur son g-enou (2).
BientOt le bruit de cequi venait de se passer se repandit dans
la ville. Joannis avait recueilli chez lui le blesse, et en tres peu dc
temps la maison lut pleine des amis d'Entremont. MM. de Crillon,
Amat, de Salvador, de Louancy et beaucoup d'autres venaient
s'informer de Taventure, pendant que des quartiers populaires des
groupes se formaient et venaient eux aussi aux nouvelles. Quand
le peuple connut les details de lalTaire, se souvenant que d'Entre-
mont avait tou jours pris son parti et qu'il etait un des rares nobles
qui n'avaient pas suivi le cardinal Bichi a Carpentras, il crut que
(i) «^ Cj C) ociobre ihrr, M. rarchevcsqiio a cede ci nosHc rniversite ct a moy,
comme primicier d'iccllc, la sommc dc millc cscus, in(»n<)yc dc ruy, pour dotation
d'unc refrcncc cii la faculit- dc thcoln^-'ic, a ^a nomination tant que vivra, et puis ^ la
nomination dc notrc collcirc pcrp^t <•><-* He ct ad viiam dc ccluy qui en sera pcairvcu. »
- On rcmarqucra que djs Laurens ne parlc pas ici dc la chairc dc philosophic ni dcs
conditions pusees par Marinis. — L'acie deliniiil' est du ]3 novembre if>5G. L'arf,»'ent
dc\aii ctr ■ crmlic aux C^hariroux dc Villenv.uvc, pour Ic ^^\rdcr en dep">t jusqu'a cc
qu'il lut clTcctivemcnl emrl">^'- '''--'•^-^ nui r rim ice ri.it us, m>. 24S4, I'.il. 85 el 87 v".)
('2) C'csi ain^i que Ic ms. •J8i<.j raconlc la scene. A-t-il dramatize un incident que
d'auircs temoins meniionnent seulemeni > Pcut-eirc ; mais tous les tcmoi^nia^'-cs
s'accordcnt surlc fond ct sur la brusque aliaquc dc Saint-Roman.
4("» WKMurkKS
c ctaitcontrelui que le coup d epee de Saint-Roman etait dirigc.
La foule grossissait rapidcment devant Thotel de Joannis, crianl
qu'on lui livmt Saint-Roman, qui venait d'assassiner undo ses
protecteurs.
EUe fit plus et par une aberration que Ton pament difficilement
a s'expliquer aujourd'hui, croyant,que Joannis, en se mettant de-
vant d'Kntremont, avait voulu paralyser sa defense, elle r^clama la
tete de I'infortune cnmpagnon du blesse. A ce moment, les amis
d'Entremont, parmi lesquels etait Joannis, entendant les cris de la
foule, descendirent dans la rue et demanderent la cause de ces vo-
cif(^rati(>ns. On leur repondit que le peuple voulait se venger sur
Joannis. qui avait empechc d'Entremont de se d(^fendre. Vaine-
ment tenterent-ils de desabuser le peuple, et on ne sait comment
cette aventureeut fini pour Joannis, si, a ce moment le proprc
fr^re de Saint-Roman, qui ignorait absolumcnt tout ce qui venait
d'arriver, n'^tait vcnu voir, lui aussi, la cause du rassemblement po-
pulaire. II fut \itereconnu, cntoure. ctil allait etreecharpe, quand
M. de Pouillant, qui etait par la, le tirant par la main, le fit preci-
pitamment rcntrer dans la maison et ferma rapidement la porte.
Fidele a sa tactique, le peuple commenc^ait a la d^molir, et I'aurait
certairiement abattue, si Tauditeur general et Cartier, I'avocat fis-
cal, n'^taient survenus al'instant, pour recevoir la declaration du
bless(^. On supplia Tauditeur de sauver le malheureux Saint-
Roman. 11 y reussit par une ruse. Le prenant par la main, il le fit
monter dans son propre carrossj et dit hautement devant le peu-
ple qu'il le conduisait au palais, pour les informations. Puis, apres
Tavoir mis en surete, il revint aupres d'Entremont. Mais il etait
dit que I'appareilde la justice seraittroublejusqu'aubout. A peine
Tauditeur general etait-il de retour pres du blesse, que Ton apprit
que Saint-Roman etait en liberte et qu'on Tavait aper(;u sur le
pont du Rhone allant en Languedoc. De nouveau, le peuple furieux
reclama Joannis. Celui-ci, blotti dans le cabinet d'Entremont, se
vit sur le point d'etre enlevc de vive force.
C'est alors que le vicc-legat fit enlin son apparition. On Talla
querir a la promenade, Tarcheveque* vint i\ son tour et a eux
deux, on ne sait precisemcnt par quel moyen, ils parvinrent a
ecarter le peuple. Mgr de Marinis prit avec lui Joannis, le mit
dans son carrosse et Temmena au palais, oil il etait en surete.
Celane faisait pas Tafi'aire dcs meneurs. Aussi, vers le soir,
purent-ils rassembler quelque peuple a la place Pie, et Texciter
i\ bruler la maison de Saint-Roman avec trente autres qu'ils d6si-
I)K L ACADKMU-: DK VArCLlSK 47
gn^rent. Mais, soil que leurs troupes ne fusscnt pas suftisammcnt
entrainces, soit qu'ils ne Ics scntissentpas assez fortes ni capables
dc mettre immediatemcnt leurdessein ^ execution, cm en resta la.
Pendant ce temps, le vice-legat ordonna a M. de Oillon, que
dcvait accompagner MM. Amat et Alassilian, de dispenser tout
attroupement a la place Pie ct dans les rues avoisinantes. L'an-
cicn viguier n'eut pasbesoin de faire appel a la force. A la pre-
miere sommation, les groupes se fondirent, la foule se dispersa.
Mais les meneurs, quelques heures -apres, parvinrent a rallier
leurs gens. Kn homme averti, 1^'ranciotti avait pris de scrieuses
precautions et avait notamment fait garder la maison de Saint-
Roman par trente soldats, que devait commander le gouverneur.
La mesure s'imposait. Autour de la maison de Saint-Roman,
cxcitee par Lichiere, la Grave et autres professionnels du meme
genre, la foule s'ameutait, criant et s'exasperant elle-meme.
C'etait les memes pillards qui avaient deux ans auparavant mis i\
sac rhotel de Servieres et se preparaient a renouveler leurs
. exploits. Le gouverneur, enferme avec ses trente mousquetaires
dans la maison, croyant ne pouvoir tenir longtemps contre la
furcur populaire, abandonna la position et sen revint avec sa
troupe. A peine le dernier de ses gens avait-il franchi le scuil de
rhotel de Saint-Roman que les emeutiers se precipiterent, arra-
cherent les portes et les fenetres, le pillerent et allumerent dans
les appartemcnts un incendie qui devait tout consumer.
(dependant, le g(tuverneur et ses mousquetaires avaient ren-
crmtre pr(}s de I'eglise Saint-Symphorien et devant la maison de
AL dWlphonse, ALM. de Crillon, de Louancy et d'autres, qui
vcnaient i\ son secours et le pricrent de rctourner. Mais, arrive
devant le monastere de Sainte-(]atherinc, sur la pri<^re de Crillon,
il fit fairc halte a ses hommes, tandis que seuls, Crillon, Louancy,
le capitaine de la cavalerie et quelques mousquets s'avangaient
au-devant de la foule et essayaient de lui parler. On tira sur cux :
une balle « frisa >> la tete de AL de Crillon et AL de Louancy
regut quelques grenailles a la jambe. Le Perc du pciiplc se retira,
voulant eviter relTusion du sang, ou peut-etre ne pouvant esperer
avec ses quelques gens mettre a la rais4»n une foule aussi com-
pacte et aussi decidee. La maison de Saint-Roman brula tout
enliere.
Le vice-legat pria alors les consuls de \enir conferer avec lui ;
mais le premier etait au lit malade, le troisieme etait aux champs,
dont pourtant il revint le lendcmain. Seul, AL Crivel. deuxiemc
consul, 6tait dans Avignon.
,\H • MK.MOIUKS
II fut rcsolu de placxM' au (^han^e un corps de troupes, dont
chaqiic paroisse foiirnirait les elements et qu*il y aurait un capi-
taine par paroissc sous le commandement dc M. de Crillon, qui
I'ut nomme capitaine des paroisses Saint-Genies et la Principalc.
Le Change etait a ce moment xromme un point strat6gique, qu'il
fallait occuper a tout prix. Le bruit avait en elTet couru que Ton
devait aller piller les boutiques de la rue des Orfevres. L'informa-
tion etait prcmaturee, mais non fantaisiste.
Lc vice-legat tit plus encorj. 11 avait ecritpux consuls des vilks
principales du Comtat de venir a Avignon et d'y amencr le plus
grand nombre possible de soldats. Les villesde Cavaillon, Vaison,
L'lsle. B(.»nnieux, Bollene, Pernes fournirent environ douze cents
hommes. (^arpcntras f(>urnit a elle seule un corps de troupes, que
commandait AL de Gabriel'is. Le tout ensemble formait un corps
d'environ G.o.x) hommes, dont le commandement fut conlie a
M. de Galc^an-Gadagne, lieutenant general des armees du roi en
Catalogne, qui se trouvait alors a Avignon. L'organisation de
ces forces prit la journee du samedi ; mais, le soir venu, M. cje
Gadagne pouvait assurer la defense de la ville.
Le pillage de la maison de Saint-Roman extant acheve, les d^meu-
tiers allerenta celle de M. de Joannis, rue de la Croix, qui etait
vouee au feu ainsi que sept autres de la meme rue. Crillon
Tapprit, parvint a les en ecarter, et les suivant jusqu'a la maison
de Pierre de (]ambis, doyen de Saint-Pierre, il fut encore assez
heureux pour la sauver. De la. la foule se dirigea vers la demeure
du greflier et notaire criminel Hellon. Avec quelques-uns de ses
gc*ns. Oil Ion reussit encore a disperser les emeutiers. Ceux-ci
crierent qu'il fallait bruler la maison I^ilis, pres Saint-Didier, ou
habitait AL de la Baume. lis y coururent et esperant cette fois
encore pouvoir sauver la demeure menacee, AL de Oillon les y
suivit avec sa troupe. Mais, a ce moment, quatre de ses princi-
paux lieutenants, qui commandaient la milice br)urgeoise, ayant
appris que leur maison etait egalement menacee, abandonnerent
M, de (>rill<»n, pour organiser la defense de leurs habitations. lis
parvinrent a les preserver, aides par un corps de troupes que
commandait AL (]oquepant ; mais, pendant ce temps, Thotel de
la Baume etait pille et brule en partie (i).
I Lcb piincipaux icmoins fuivnt : Picric Roisy, qui Jcp«».sa Ic ij a\nl, Jc jiuJiiu
publico, qu'il cxisiait unc grande inimitie cnirc M. dc Crillon ci lc*< requcrants, cl
qu'il y avait dans la maison unc trc^ ji^nandc quaniilc dc richcsscs. — Henri Fernei,
ductcur cs lois ; Ix'uis Tc^tc, Lntii> Suincnc. Charles Taruf, qui icmoigndTcnt sur lc
l)E L ACADEMIK DL: VAL'CLl'Sh: J')
On le trouva, lors dc la visile judiciaire et inspection des lieux,
le i3 Janvier i6?6, manquant de portes et de fenetres, et portant
encore visibles sur les murs et les meubles les traces de I'in-
cendie. L'inventaire fourni par Antoine Palis et sa mere s'elevaa
4,()58 livres, et celui de son frere Louis a i ,^75 ecus. lis sont tous
deux du iHavril 1(07.
La facilite avec laquelle les (imeutiers avaient pu incendier et
dcivaliser la maison Palis, leur pcrsuada qu'ils auraient le memc
succes dans les boutiques des Orlevres, et ils se dirigerent vers le
Change. Arrives la, les troupes de M. de Crillon les accueillirent a
coups demousquetet leurbarrerent le passage. Deconcertcis, mais
non d^courages, ilsse jeterentsur la maison du notaire Bremond,
qui se trouva sur leur chemin, et Tabandonnerent apres I'avoir
pill6e, mais ils ne paraissent pas y avoir mis le feu. Puis, enhardis
de nouveau, ils voulurent revenir aux Orlevres par la « rue qui
conduisait a celle dc Saint-Pierre »; mais les mousquetaires de
M. deCrillon firent encore courageusement leurdevoir, et Temeute
recula. Ellle se dedommagea, en brulant et pillant la maison de
M. Crivel, « docteur es lois » (i ). L'infortunc proprietaire accusera
plus tard M. de Crillon d avoir favorise Tincendie de sa demeure,
a cause de Tinimitie qui existait entre Tancien viguier et lui.
Cette imputation tigurera au proces intent(^ a M. de Crillon et de
ses complices, Quoi qu'il en soit, les dcgAts s'eleverent a i i,(kk) li-
vres, consistant surtout en meubles briscs, brules ou voles (2).
La journc^e de samedi fut tranquille, et grace aux troupes de
M. deGalean et au corps de milice de M. de Crillon, la nuit que
Ton redoutait se passa paisiblement. Mais Ic dimanche fut mis a
pn>tit par Jean Antoine, Lichiere, la Rose, qui allcrent de portc en
porte, le pistolet a la main, essayer de refaire leurs bandes, quel-
que peu desorganisees par I'attitude resolue des troupes. De son
cote, le vice-legat envoya les huissiers prier chaque chef de
maison de mnnter au palais. La, it lit prcler scrment dc lideliteet
inCMTie sujcl. — IMerrc Rcynaiid a vii unc f^Tande foule brulant la maison et la pillant ;
I'Y. Marlel aussi. — Jacques HcinarJi, marchand, depose avoir vendu une frraiidc
quantile dc u>\\c au rcquerant. avant les incendies, qui lui a etc payee compianl.
.Vc'//« Jjnni pjtili...: n\>. X-^r;, tnl. nr.
1 I^'s autcurs contenip<»rains rapportent en efiet a celle nuit memorable du 5 au
6 novembre F»cr. 1j pilia^^v de la maiN(»n de (>rivel.
{'J Les principaux temoins appeles I'urent Jean Kymeiiier, docteur es lois: Fran-
*;<>is M<inta«^ut. Paule Haitiles, Jns-j-l-'i-. licnriquez, J.-an-Heinard Hadelle. maitrc
Jean Mrjcarde, t«mrneur ; Jean Ariaud. preirc et chanoine. qui t«»us iJmoi<rnerent
Je risu de I'exi^tence de riche^ses et meubles precieux a\ant I'incendie. XcUi d.mni
F^titi, ms. 3:^57.
A
4
^<) MKMOIRES
6crire les noms dc chacun siir un registre de controle par Tavocat
general et Tarchiviste.
M. de Massilian, commandant la paroisse Saint-Symphoricn,
fut bient6t inform6 des allces et venues dcs meneurs. II en r6f6ra
au vice-l^gat, qui ordonna a quelqu'un de ses gens de se rendre a
la place des Grands-Carmcs, ou Ton disait que se dessinait un
commencement d'emeute. Mais les groupes qui s'y etaient formes
s'^taient rendus a la place Pie. La, il se passait une scene extraor-
dinaire. L emeute avait choisi des deputes et elle les envoya chez
M. de Crillon, auquel il fut represented qu'avant de pc^rir par la
main du bourreau, Lichiere, La Rose et les autres etaient d^cid6s
^ mettre lefeu par toute la ville, et qu'ils lepre^venaient que, s'il
n'obtenait la grace pour eux et I'amnistie pour tout ce qui s'cbtait
passe, ils viendraient chez lui et mettraient sa maison a sac.
Crillon leur repondit qu'il ne les redoutait guere, et que non
seulementil ne demanderait pas leur grace, mais qu'il allait im-
mediatement, en qualite de commandant des deux paroisses, ras-
sembler le plus de troupes qu'il pouvait et faire tirer sur eux,
si le vice-legat le lui ordonnait. Sur cette reponse categorique, les
deputes du peuple seretirerent, tandis que Crillon faisait avertir
Franciotti, lui demandait vingt mousquetaires etelevait des bar-
ricades autourde sa maison. Le vice-legat envoya les troupes de-
mandees et ordonna a chaque chef de paroisse de mettre son
monde sous les armes et d'attendre ses ordres. Puis, par une reso-
lution aussi courageuse qu'habile, il se d^cida a faire la visite de
la ville et d'en parcourir les quartiers les plus favorables a Temeute.
Precede des suisses armes de mousquets, et suivi de MM. de Ga-
lean, de xMontanegre, de quantity de gentilshommes, de bour-
geois, de marchands, tousbien armes, de 3c)0 mousquetaires du
Comtat et de la compagnie des gendarmes de Sa Saintete, il par-
courut la Fusterie, vint a la maison dc ville, puis au Change. Les
troupes de chaque paroisse, c'est-cVdire de Sainte-Madeleine, de
Saint-Agricol, de Saint-Genies et de la Principale, se tenaient sur
son passage, a chacune de ces places, en bon ordre et bien armes.
Ensuite, par la place Pie, oil il vit les corps de troupes de Saint-
Pierre, il alia a Saint-Symphorien, dont la milicc etait campee dans
le cimetiere, parcourut les Infirmieres et la Carreterie, et fmit sa
visite par la paroisse de Saint-Didier.
Le lundi 8 novembre, le vice-legat, averti du lieu ou se cachaient
Jean Antoine, Lichiere, Beraut, la Rose, la Grave, Jean Chan-
delier et les autres meneurs, fit promettre a ceuxqui les livreraient
1)K l'aCADEMIE I)E VAIICLI'SK ?I
cinquante pistoles pour chacun. — A dix heures du matin, Jean
Antoine fut pris. Conduit aux prisons du palais, son proces fut
instruit rapidement, et vers quatre heures il fut pcndu, puis ecar-
teI6, et ses membres furent places aux portcs des maisons bru-
l(^esoupillees. Le lendemain, mardi, le vicc-l(^gat apprit que Li-
chi6re se cachait dans une maison pres les Penitents gris. II
ordonna a M. Coquepant de prendre quelques soldats de Valrdas
et de Taller saisir. On ledecouvrit derriere un tas de fagots, oil il
s'etait blotti apres avoir essayc de s'echapper. II etait blesse a mort,
les soldats ayant tire sur lui, quand ils le virent s'enfuir. Neanmoins
on lui fit son proems et il fut pendu vers les cinq heures du soir.
Cette double execution parut-elle suflisante ? Le lendemain de
la mort de Lichi^re, les consuls prierent le vice-l^gat d'accorder
une amnistie entierepour tous les pillards, ti I'exception de Jean le
Chandelier, Beraut, la Rose et la Grave, ti la condition que touset
les meubles ou objets voles seraient restituc^s. La restitution devait
se faire sous les trois jours. L'amnistie dansces formes fut publi^e
le lendemain mercredi, lonovcmbre. Mais, des le mardi, le vice-
legat fut averti que Jean le Chandelier se trouvait a Lagnes ou d
risle. Le juge de I'lsle, sur I'ordre de Franciotti, lefit saisir et con-
duire a Avignon, ou il fut incarcere, puis pendu le i" juin i656. La
Rose fut pris le meme jour et immediatement execute. Beraut et
la Grave furent pris. Tun dans le couvent des P^res Cordeliers, et
Tautre dans lachapelle des Penitents blancs, ou ils s'etaient refu-
gies ; quelques heures apres ils etaient pendus haut et court.
Les jours suivants, par Tentremise des confesseurs et par d'au-
tres moyens secrets, la restitution des vols s'opera sans interrup-
tion. Quelques pillards jeterent dans les sorgucs ce qu'ils avaient
dcTobe, et le troisi6me consul, M. Savin, fut occupe pendant trois
jours A en faire retirer les meubles v(')les qu'on y avait precipitcs.
L'emeute du 5^ novembre etait terminec. Mais il restait ti en
pr6venir le retour. Franciotti publia plusieurs ordonnances
defendant de sappclcr des noms des partis; il interdit de repro-
cher aux parents et amis de ceux qui avaient cte executes Tin-
famie de leurs proches, ct meme de s'entretenir de ce qui s etait
passe, sous peine de 3(X) ecus d'amende.
A ce moment, survint un desastre veritable pour le bien de la
paix. Mgr Franciotti fut remplace par Mgr Nicolas Conti (i).
(0 € Je note que le 23 deccmbrc n')bf>, M. I'abbc Conti arriva A vVvig-non pour
nostre vice-legat, et il nous fit tous entrcr dans la villc le -j Janvier 1G57. II fit sortir
d* Avignon M. de Crillon quelques jours apres, et Ton nous a dit de faire nos que-
rclles par les voies de la justice, s<;avoir M. de la Faleschc, de Castellet, de Ser\i6re8
de S. Roman, La Baulme. » Ms. 3358, fol. 352.;
T^'2 MEMOIRHS
l^'sprit delicat et d'aristocratique tournurc, il etait, dcs avanl son
arrivee, completemcnt acquis a la faction des pessugaux, et il le
lit bientot voir. II arriva a Avi^mon, avant qu'on n'y cut appris
son depart de Rome, et a peine installe, il ordonna a M. de
Crillon de sortir de la ville(i). Le malentendu, involontaire ou
volontaire, qui devait servir de base a Taccusation contre Tancicn
viguier, produisait done son premier efTet, sous Tautorite du vice-
legat, qui ne prit meme pas la peine de faire un proces a M. de
(]rilIon, avant de Texiler.
Les nobles, reprenant courage, revinrent alors a Avignon et
entrainerentle vice-legat a ouvrir, au mepris de I'amnistie publiee
par son predecesseur, des informations contre les perturbateurs.
M'"*' de Crillon elle-meme ne fut pas a I'abri des poursuites de la
noblesse. Conti lui ordonna de sortir de la ville, lui reprochant
d avoir pcrmis des assemblees dans sa maison et d'avoir favorisd*
les pevoulins. EUe alia a Montelimar retrouver son mari. La,
M. de Crillon re^ut une citation c\ comparaitre devant le vice-
legat en Avignon, pour y justilier sa conduite pendant les troubles.
Mais au lieu de venir a Avignon, il prit le chemin de Rome.
Tandis qu'il etait en route, les nobles poursuivaient leur revan-
;'i) Les responses de Crillon A rintcrroofaloire qu'on lui fit subir dans la tour de
None, donnent sur cet exil des d^itails tr<!js pr6cis. L'acte est redig-t^ en italien. En
voici, en franyais, les principaux passa^res. Crillon repond : « Qu'il est en prison
depuis une heure et demie et qu'il s'est lui-meme constitu(^ prisonnier, parce que
Mg-r Conti, vicc-legat. arrive depuis sept jours cl Avignon, lui ordonna de sortir
de la ville. Qu'il obeit promplemeni t\ cet ordre, et, pour mieux montrer son
obeissance, pria par le moyen de tierces pcrsonnes, le vicc-legat de lui faire
ouvrir les portes deux heures avant le jour... Qu'd'tant sorti de la ville, il
s'cst retire sur les tcrres royales de France, A Montelimar, ou il apprit qu'on
insiruisail son proces en cour d'Avignon... QuMl e^t alors imm(idiatement venu
ti Rome, pour montrer son innocence.... Qu'il ignore pourquoi le vice-lt^gat
lui a donne I'ordre de sortir. La veillc du jcjur ou il fut exile*, vers le soir,
le vice-l<}gat lui avail envovt^ dire par le gouverneur des armes de S. S. d'aller
le trouver dans la matinee, qu'il trouverait toujours, A- toute heure, la porte
du Palais ouverte pour lui, et qu'il I'invitait a lui continuer les ser\'ices qu'il avail
rendus aux anciens vice-legats... Qu'etant all(^ le matin trouver le vice-legal,
ledit Mgr lui dit dans la conversation, qu'il avail trouve la ville d'Avignon desok^e
ct toute sens dessus dessous {sotto soprj), qu'il voulail en faire un paradis lerresire,
qu'il avail ordre de N. S. P. d'y mettre la paix. II lui dit encore qu'il voulail rappe-
ler dans la ville les seigneurs qui en elaient partis el qii'il entendait qu'on s'em-
brassdt. Et parce que Crillon ne rd'pondait rien, le vice-legal lui demanda pour-
quoi il ne r<^pondail pas. Alors Crillon repondil qu'il ne convenail pas que de<
seigneurs, qui depuis trois ans .elaient hor*; de la ville et avaient d(^clar<i qu'ils n'y
rentreraient jamais tanl que Crillon n'en sortirait pas, fussent admis de nouveau
sans que lui en sorttt... Le soir, on remit d M. de Crillon un 6crit portant en
substance : « Monsieur de Crillon, je vous prie de vouloir vousabsenler de la ville
jusqu'd nouvel ordre, vous el voire famille. » (Ms. 3357, fol. 114.)
DE l\\cadkmie de vaucluse 53
che. Henri de Suarez, qui avail ete depute au pape Alexandre VII
I'annee preccdente, fut aceuse d'avoir ete I'ami des pevoulins et
leur conseiller et obligd^de s'expatrier. A Rome, ou, a peine arrive,
il avait donne caution de ib,(y(X) ccusdc ibi sistejiiio, M. de Crillon
representa que les juges qu'on lui pouvait donner a Avignon
n'nlTraient pas de suffisantes garanties d'impartialite, et que le
pape seul, devant qui il portait son alTaire, pouvait la juger avec
serenite. Alexandre VII y consentit, evoqua devant lui seul toute
connaissance de Taccusation et de la defense, et ordonna par un
bref que le vice-legat rec^ut le i" juillet, que toutes les pn^ce-
dures concernant les* troubles seraient remises aux commissaires
qu'il designait.
II fallut en passer par la. Les procedures, a partir du 4 decem-
bre i652, furent remises aux delegues de Sa Saintete etportees a
Rome, ou on les examina.Mais, pour comble de malheur, la peste
eclata en Italie, s'etendit particulierement dans le peuple de
Rome et suspendit toutes les aflaires. Les pessugaux profiterent
de ce delai pour poursuivre et tracasser ceux qu'on pouvait
croire amis des pevoulins, et ceux surtout qui, autrefois, avaient
mis la paille au chapcau. Or, ils etaient tr^s nombreux. Se voyant
desormais a la merci d'une fantaisie du vice-legat, ils prirent le
parti le plus sun et quitterent la ville. Les t^moignages contem-
porains la representent comme presque deserte, quand se lit
I'election consulaire, le 23 juin iTof).
Cependant la peste prenant Un a Rome, M. de Crillon se cons-
titua prisonnier dans la tour de None. Les commissaires designes
I'interrogerent et le firent peu apres elargir. Mais, en somme,
on d'tait toujours bien loin de la paix esperee.
Mgr de Marinis, archeveque et ancien vice-legat, apparut de
nouveau comme le mediateur pacifique. Voyant que les pessu-
gaux se sen-aient du vice-legat pour exercer leurs represailles
personnelles, et que nombre d'innocents etaient confondus avec
les coupables, il prit le parti de faire le voyage de Rome et d'in-
former le pape de la veritable situation de la ville et du Comtat.
Quand il y arriva, Crillon citait deja en liberte et le cardinal Bichi
mourant. Sa tache etait bien simplifiee. Quelques jours apres, le
cardinal legat suspendit toute procedure en cours, toute poursuite
contre les pevoulins qui etaient S()rtis de la ville, et ordonna au
recteurde (]arpenlras (i) de recommencer celles qui avaient ete
faites.
I Cc'>ar Salvani. qu'AIcxandrc VU avail nomnic par bref du ir juin 1G57. Voir Ic
prncc'i-Yerbal concernant cette sccondc instance ; « In causa vertcntc coram
^^ MEMOIRES
Ce flit le signal du retour et de la reunion. Ceux qui avaient fui
devant les intentions peu d(^guis6es de Conti revinrent, et meme
ceux qui 6taient allds a Rome pour se defendrc rentrerent bientOt
d Avignon. Seul, Crillon ne se sentant-pas suffisamment lave.de
Taccusation qu'on lui avait fait porter, refusa de rcvenir, demanda
A ce que le recteur de Carpentras recommen^at la proci^dure le
concernant, et obtint enfin une sentence d'absolution. Le pape
lui 6crivit un bref, lui donnant les plus grands t^moignages de
sa satisfaction pour sa conduite pendant les troubles.
II revint au mois de juillet a Avignon, suivi bientOt de Mgr de
Marinis, et Ton pense quel accueil le peuple leur (it a tous deux.
Le vice-l(^gat Conti porta alors des ordonnances, dont TelTet
dcvait etre d'empecher les combats singuliers que le ressouvenir
des injures donn^es et revues n'allait pas manquer de susciter.
Mais il le fit d'une maniere si extraordinaire, qu'il mecontenta
tout le monde, les pessugaux les premiers. 11 rendit les peres res-
ponsables des contraventions de leurs fils, sous peine de la prison
et de fortes amendes (i). On rnurmura et Ton d(^puta a Rome
M. des Issarts, qui devait obtenir la suppression de ces regle-
ments abusifs. II revint porteur de Tordre de revocation des
ordonnances.
On arriva ainsi jusqu'a la fin de Tannce i658. La paix relative
dont on jouit permit la fondation de TAcademie des emula-
teurs, dont Conti fut le protccteur et I'ami.
Au mois de Janvier 1659, il (^tait rappele k Rome. Le 23 du
m6me mois, ^ 10 heures du soir, arrivait Mgr Gaspard Las-
caris, des comtes de Vintimillc. Le lendemain, Conti partait
a pied du palais et se rendait, accompagne de la noblesse, a la
porte Saint-Lazare, ou un carosse Tattendait (2).
Le 3o, Mgr Lascaris convoquait tous les nobles a son palais, les
Iir*et R"" rectore comitatiis Venayssini, uti judice et commissario specialiter depu-
tato, pro repetitione tcstium... » L'actc est date du 5 mars i658. (Ms. 3357. fol. 128.)
(i)«Etcice que les p«!;res prennent plus de soin de reprimer les pernicieuses
licences de leurs enfants i se porter A tels excc*s et crimes, et les tiennent mieux en
crainte. par ordrc cxpr^s dc mondit Seigneur Eminentissime cardinal legat, il est
declare cl c»rdonne par ce mesme diet, que les p<ires seront et demeureront respon-
sables pour Icursdicis enfants, sera procC»d<^ contre eux de m^me que s'ils estoient
eux m6mcs coupablcs ct complices et encouriront les mesmes peines. (Ms. 2o63,
fol. 60.;— Cf. Recucil des principjux rcglemcnts f jits par les I'^m. cjrdinaux legais...
p. 196 ; ms. 844 cl ms. 2432, fol. 118. — L'article ci-dessus sera renouveld en i663 par
le vice-legal Colonna, mais peu apr<!js, le 25 octobre ifjTq, il I'abrogera ms. 2(»r)3, fol. 60V
2 « El M. Conti, le vieux vice-legat, s'en e>t allc le matin, accompagne de la
noblesse, et^mal voulu du peuple >. ^Ms. 2394, fol. 127 v..
DE i/aCADEMIE I)E VAL'CLUSE 55
r^conciliait. Le i" f^vricr. ramnistie generale etait cri^e aux carre-
fours ct places, et aflichee sur Ics murs de la ville (i).
Le 23 du m^me mois, le vice-lcgat donnait un grand diner ^
toute la noblesse ; un grand bal le suivit, « oil tout le monde s'em-
brassoit de la meilleure grace du monde », disent les auteurs
contemporains.
Restait la question des indemnites, que reclamaient les victimes
des troubles. Le vice-legat Lascaris avait fait insurer dans la bulle
d'amnistie les dispositions suivantes, qui concernaientlepaiement
reclame : «... Et ace que ne reste personne, laquelle n'aye occa-
sion d'etre satisfaite, et qu'unchacun puisse jouir agreablement
de ce bonheur de la paix, faisons s<;avoir que pour les indemnisa-
tions de ceux dont les maisons se trouvent avoir ete pillees et bru-
lees, les ordres de Sa Saintete seront sur ce executes. »
Quels etaient ces ordres ? On ne tarda pas a le savoir. Le vice-
legat fit appeler les consuls et leur remit une lettre du cardinal
Chigi, legat, contenant les ordres du pape, et leur recommandant
de veiller a leur execution. Les consuls promirent de communiquer
la lettre au conseil et de faire connaitre au vice-legat la delibe-
ration qui en devait suivre la lecture. Sansdoute qu'ilsprevoyaient
Taccueil qui serait fait aux instructions pontificales. II devait etre
plus que reserve. La lettre du cardinal 16gat etait conc^ue en ces
termes :
a Sa Saintete, voulant pourvoiraux moyens d'obtenir la paix et
la tranquillitc^ dans sa fidele ville, a creu devoir pourvoir a Tin-
demnite deceux qui ont soulTert des pertes, par les incendies arri-
ves dans les derniers troubles, et a cet eflet, elle veut qu'on impose
une collete sur les maisons et les jardins qui se trouvent dans
I'enceinte de la ville, jusqu'a vingt-quatre mille escus romains,
laquelle somme sera repartie sur ceux qui ont souflcrt du dom-
mage. AL Lascaris, vice-legat nomme, porte les ordres neces-
saires. »
C'etait, en somme, etablir un impot extraordinaire et qui avait
le grave inconvenient de paraitre contraire a tous les privileges
pour lesquels le peuple avait lutte. Etait-il d'ailleurs equitable de
faire supporter aux particulierslepoids d'une dettc, que Tadminis-
tration des vice-legats avait contribuc a contracter, en ne prenant
pas les mesures suflisantes pour assurer la protection des per-
sonncs et des biens ? Les consuls refuserent de donner leur
(j; Of. m.s. 2432, Rcgicmcnis des vice-lci^jits, fol. 125.
5G MliMOlRES
concours a une telle mesure, et en attendant, le conseil deiputa ^
Rome M. de la Barthelasse, qui devait plaider aupres du papc mal
informe la cause de-la ville et de ses intcirets.
Le vice-legat, auquel Jes consuls communiquerent cctte delibe-
ration, vit immediatement que tous ces tiraillements produiraient
a Rome un eiTet desastreux, et que le pape lui en ferait porter la
responsabilite. II crut parer a tout danger, en defendant a M. de
la Barthelasse de partir et aux consuls de lui fournir Targent
necessaire a son voyage, sous peine de 4,(Tx) ecus d'amende. Mais
les consuls, qui ne desiraient pas voir se renouvcler I'aventure
arriveea M. deServieres en 1641, avaient pris les devants. M. de
la Barthelasse etait deja sur le chemin de Rome, muni par les
consuls de Targent que reclameraient ses depenses d'ambassadeur
extraordinaire. Ne pouvant punirle depute qui etait parti et n'osant
frapper les consuls, Lascaris fit demander au secretaire du conseil
une copiede la deliberation, avec les noms de tous les conseillers
qui Tavaient approuvee.Le secretaire refusa delui fournir la copie
demandee, avant d'en avoir referc aux consuls. Avertis de ce qui
se passait, ceux-ci firent aupres du vice-legat une demarche collec-
tive, lis lui representerent, avec force compliments sur son zele
pour rhonneur du Saint-Siege et son obeissance aux ordres du
pape, qu'une telle pretention etait contraire a la liberte des deli-
berations, que jamais ses predecesseurs n'avaient pense a savoir
ce qui se passait a I'hotel de ville, et que deferer a son desir serait
porter atteinte aux privileges de la capitale des Etats de Sa Sain-
tete, etc...
La harangue, moderee dans la forme, mais tres energique dans
le fond, produisit un eflct qu'on n'aurait pu esperer. Lascaris
s'excusa de sa demarche sur son ignorance des prerogatives du
conseil public, etant nouveau venu a Avignon, et renonga pure-
ment et simplement a prendre connaissance de la delibc^ration et
des noms des conseillers.
Mais la querelle n'etait pas terminee pour cela. Le vice-lc^gat
voulait tenir la main a ce que les ordres du pape fussent stricte-
ment'executes, et punir ceux qui n'en pretendaient tenir aucun
compte. Sur ces entrefaites, arri vale jour de I'election des consuls,
et Lascaris n'ignorait pas que le conseil etait resolu a donner a
cette operation lecaractere d'une manifestation contre la lettre du
cardinal legat. Pour laprevenir, il lit defense au conseil d'elire
pour consuls ALM. de la Barthelasse et de Saint-Martin. Cette
enormite soulcva de longs murmures, ct les consuls, peut-ctre
DE l'academie de vaucluse ^7
pour couvrir le conseil dcvant le pcuplc, demanderent au vice-
legat de redigeruneordonnance a cesujet, declarant qu'ils n'obei-
raient qu'a un ordre ecrit. Lascaris la rcdigea seance tenante,
mais en refusant d'en fairc connaitre les motifs. L'ordonnance fut
lue en salle du conseil et, apres les reserves et protestations faites,
au nom de la ville, par Tassesseur, MM. Balthasar deFog-assede la
Batie, Pierre Borelli, Francois Gouget, furent elu-s consuls, et Jean
Savin, assesseur.
Mai.s la soumjssion du conseil a I'ordonnancc du vice-legat
n'etait qu*£ipparente, et s'il parut cederpour le bien de la paix
aux indiscretes exigences de Lascaris, il n'abandonnait pas la
defense de ses interets. MM. de Goult et Ruli, Tun ancien
consul et I'autre ex-assesseur, re;;urent Tordre de partir pour
rendre compte au pape de leur conduite, de voyager rapide-
ment et d'etre arrives a Rome au plus tard dans deux mois,
sous peine de io,ckx) ecus d'amende pr)ur M. de Goult, de 6,(xx)
pour M. Ruffi (I). En attendant, il mit sous sequestrc leurs biens
et mcubles, et defendit aucune deliberation contraire a son ordon-
nance (2).
Malgre sarigueur, cet ordre ne reveilla pas les coleres; on se
contenta de murmurer, de faire des placards et des chansons, que
les consuls prirent la peine de desavouer (3). Pendant ce temps, la
question des indemnitees n'avan9ait pas. Le vice-legat fit defendre
aux tresoriers derien payer aux consuls. Enlln, pres d'un an apres,
resolu d en linir, le conseil donna plein pouvoir aux nouveaux
consuls, qui venaient d'cjtre elus et qui etaient MM. Gaspard de
Fortia de Montr(^al, Nicolas Charles, Paul Roque (avec M. de
Joanniscomme viguieret Francois Bartht^lemycomme assesseur),
(i) MM.de Goult et Ruffi n'arrivcrcnt pas jusqu'd Rome. lis etaient dOencs, quand
lis re<jurenl avis que le pape qui avait re(;u M. de la Rarihelasse, lequel les precedait,
les dispensait du reste de leur voyayrc et se contenlait des raisons exposees par I'an-
cien ambassadeur des consuls.
{2) Voy. Reg. des deliberations mtmicipales. t. XX VII, fol. 45.
l3) lascaris parait avoir plus particulieremeni servi de theme aux chansonniers de
I'c^poque. On salt que, lors de la reunion temporaire du Comtat d la France en
ir>62, il circula dans Avif^mon une chanscm sur I'air du VexilLx regis : Hymnus
canLindus circa dominicim Passionis, quo tempore Avenio a Lascariana tirannide
est liherata. Nous n'en citerons que ce couplet :
Reaia cujus man! bus
Rcstiluctur pretium
Quo rcdimamur barbaris
Cum rcdimamuritalis.
(Ms. 2»ol4, fol. r4! w)
58 MEMOIRES
de negocicT un arrangement avec le vice-legat. II fut conclu sur
les bases suivantes :
I" Le vice-legat donnerait main-levee d la sequestration des ga-
belles. Sans cette mesure, on ne savait ou prendre Targent des
indemnites.
T II serait eflectue un paiement immediat de i(i,(X)0 livres.
3** Le restant du serait paye dans trois annces, en trois payes
egales, mais sans interet. Le premier versement se ferait le
I" mai i()()i.
4" Enfin, laville s'engage en bonne et due forme a satisfaire
ainsi les interesses.
Ces quatre articles furent signes des consuls, de I'assesseur et
de MM. de la Faleche, de la Rousselle, de Castelet, de Conceyl,
de la Baume, Palis et Barthelemv Crivel.
Ainsi tout fut termine. Les evenements, qu'ils venaient de tra-
verser et ou certains d'entre eux avaient joue, a leur corps defen-
dant, un role assez tragique, ne paraissent pas avoir outre mesure
abrege la vie de quelques nobles. Un d'entre eux, M. de Ser-
vidres, mourut a I'age de (p ans et sept mois, le i6 novem-
bre 1689 (i).
Les troubles d'Avignon avaient dure du 4 decembre i652 au
23 fevrier 1(09. lis avaient, pendant ces six ans, paralyse le com-
merce, ruinc les ecoles, entrave tout progres et toutbien. Quatre
vice-legats avaient passe, deux d'entre eux au moins avaient ete
les ouvriers courageuxde la paix publiquc. lis n'en furent qu'A
demi recompenses et ne purent voir sous leur gouvernement
s'accomplir le reve de leur sagesse. Un nouveau venu recueillit
ce qu'ils avaient seme : Sic ros non vnbis mellijicatis apes !
Mgr de Marinis put assistcr au relevement de son peuple, que
rien n'empechait plus. Bichi etait mort, les nobles et le peuple
avaient abdique leurs coleres. Les meneurs avaient disparu.
Louis XIV pouvait venir, on lui montrerait une ville paisible et
laborieuse pour quelquc temps, refaisant au bruit de ses metiers
sa richesse et sa gloire, et tiichant d'oublier les stupides haines
du passe dans les activites du present et les espoirs legitimes
d'un bel avenir.
J. Mhuitax.
{\) Note manuscrile de I'abbc de Servi^re*^, (ils de Jean-Fran(;<>is de Canibis (ms.
3358, tnl. 35r)>. M"* de ScrviC^rcs etait morte a I'dfre de 77 ans sept mois, le 27 Jan-
vier 1688. [IbU:,
DE l'academie de vaucluse 5q
III.
DOCUMENTSWiT PIECES JUStlFICATIVES
I. — COPIE DU FACTUM DE M(iR LaURENT CuRST,
VICE-LEGAT d'AvIGNOX.
La tranquilite d'Avignon, au temps de la vice-legation de Mgr Corsy isic\ fleurit jus-
ques en Tannic i65o, que fut la sixiesme de son gouvernement, et les satisfactions
rticiproques entre luy etce peuple causoii une douceur aux coinmandemensde Mgr
Corsy, qui correspondoit A Tobeyssance de ce peuple, en fayon que la justice estoit
en grande estime.
En I'annee i65o. estant esleu consul Villefranche, finit la commune paix de cette
cit<i, parce que ledit Villefranche, touch<i de certains respects privcs, aima plut6st
satisfaire aux propres passions que d't^viter les dangereux ev6nemens prdjudiciables
A la patrie, laquelle en aprds a soufTert les flammes dont ledit Villefranche alluma la
premiere etincelle. Enfin, au commancement de sa charge, pousse de la chaleur de
sa chol^re, se presenta au vice-16gat, luy faisant instance de vouloir oster les commis
des fermiers de la douarte du Roy, establis sur les ports du Rhosne en la jurisdiction
du Pape, pour espier les contreventions qui se commeitoient au prc^judice de la
douane du Roy. allc^guant certaines suppr)sitions plus apparentcs que fondles, A
s^avoir que le poste desdicts commis, si proches de la porte de la ville, empeschoit
le commerce d'icelle. Monseigneur lui respondit et aux autres consulz, scs collogues,
qu*il ne pouvoit priver lesdits commis de ces postes A eux conc(^des et confirmt^s,
sans en avoir premierement receu ordre du pape, duquel immediatcment depcndoit
cette affaire de consequence et si importante. Et d'autant plus leur donna cette nega-
tive, ayant conneu I'interieur de la proposition, qui proccdoit de ce que Villefranche
ddsiroit telles nouvcautes, en hayne des fermiers de la douane du Roy, amis de
Crillon, entre lesquels et luy y avoit inimiti(^ capitalle, et encore parce que les con-
jonctures lors prtisentes, entre les cours de Rome et de Paris qui n'alloient pas trop
de conserve, ne le permettoient pas ; outre le danger inevitable qu'il prevoioit en pou-
voir arriver d la ville.
Villefranche et les autres consulz, n'estant point appaiscs par cette response, s'en
all^rent. Aprtjs, pour tenter de nouveau la volontc de Monseigneur, ils y retournerent,
accompagnes de quelques nobles. Mais leur mesme entreprise frivole demeura pa-
reillement sans eflfet, leur ayant estc dc nouveau refusce par Monseigneur, avec tou-
tefois cette condition dc mander homme exprt>s au pape et au/ cardinal l<igat pour
en recevoir leurs ordrcs. Les consulz repliqucrent d'estre rcsolus de s'aller prosterner
aux pieds du pape, pour en obtenir la grace, puisqu'ils ne la pouvaient pas obtenir
de luy. Monseigneur leur distqu'il n*empeschoil point leur voyage, pourveu que ce
fusti leurs propres despens ; mais s'ils pretendaient que ce fust despens du public,
cela ne pouvoit estre, obstant la bulle dc hnno rei^imine, outre que encores d ce re-
pugnaient les ordres ecrits que leur furcnt exhibcscn une letlre du cardinal It^gat,
lesquels ordres ne leur permettoient pas d'allor a Rome pour les affaires du commun,
aux despens d'iceluy, si premi(!;remeni n'intervcnoit la volontc du pape ou la sienne.
Go MEMOIRH^
Les consulz s*estanl retires dans Icur obstinalion d'alter A Rome aux despens du
public, oblig-Oirenl Monseiyrneur a leur fairc inhiber de parlir en cette forme, lis
souffrirent cet acle de justice avec beaucoup d'ai^n'eur, en temoi^-nant plus que d'une
ordinaire chol<^re et encor hors de I'ordinaire persev^rans dans leur opinion, retour-
nirenta Monseijrneur le lendemain matin, luy faisant S(;avoir qu'ils voulaient expe-
dier au pape, aux despens de leur bourse. Celte resolution ne leur estant pas em-
peji;chee, envoyerent ci Rome VilletVanche, environ le mois dc may iG5i ; oil estant et
introduit qu'il fust ii I'audience du pape, luy exposa son ambassade t(>uchant les
commis. Mais parcc qu'il list la relation tout autremcnt qu'elle n'estoit, et avec arti-
fice, taisant les circonslanccs qui comme il est en apres ensuivy pouvoient porter
tr(:js grand prejudice aux Aveni(mes. la proposition en fut abro^ee par le pape, et luy
conceda la grace demandee. Monsei^neur ne manqua pas d'en escrire au cardinal
Ijgrat et luy representer le mal que telle invention pouvoit apporter, et' particuliere-
ment pour raison de I'inth'est du Roy, les fermiers de la douane ayant protests: i
S. M. de vouloir rabbais de leur fermes d dixaine de milliers d'escuz, lors et quand
leurs commis ne pourroient exercer leur charye sur Ic port accoustume du cotO des
lerres du pape.
Villefranche revint de Rome, triomphania raison de cette i;racQ, laquelle sembloit
un proffit acquis et fut la perte de la cit^i. Presenta, d'abord qu'il futarrivt^, lesordres
du pape, portant d'oster les commis du port controverse ; auxquels ordres, sans au-
tre replique, fut obey, en fa^on que luy et ses adherens s'en alloient par la ville, se
glorifians d'avoir obtenu leur intention.
Arrivee que fut I'avant veille de S.Jean du mois de juin iG5r, finitla charge consu-
laire de Villefranche, et, suivant la coutume futesleu pt)ur son successeur Monteiller
^Montillet^ et ses coll^nrues. Peu de temps apres, courust un bruit que M" les consulz
avoient re^eu du grand Conseil de Paris un arrest imprime, la teneur duquel estoit
que le Roy, pour avoir les consulz procure la remotion des commis du port du
Rhosne, avoit revocque et aboly tous les privilt^ges que ses antecesseurs avoient
accordes aux Avignonois, et par lui confirmees.
Une des exemptions conct^dees aux Avignonois etr)it qu'eux sortans du royaumc
bleds, vulgairement appek^s annone, ou autres diverses marchandises, pour les trans-
porter dans I'Estat eccld'siastique, payeroient les gabelles comme sujets du Roy ;
doncques, en vertu de ladite abolition, les fermiers de la douane les contraindroient,
en semblables cas de transportations, a payer les droits non plus comme nationaux
mais comme strangers, s^avoir le double ; en fa^on que si. avant Texpulsion des
commis, payoient un escu avec la faveur des privil(^ges du Roy, depuis qu'ils ont
este chassis en payoient deux.
Les citoyens commenccTent a gouster aigrement le fruit du caprice de Villefranche
et pesans I'utile passe avec le dommage present, souspiroient la perte des privileges
si profitables et des plus favorablcs que le Roy eust jamais concMes ; par ainsy
dans laconfiance qu'ils avoient d'estre remis, assembltljrent le conseil, ou fut conclu
que Villefranche, qui estoit alle au pape, seroit encore mande au Roy pour tacher
d'etre reintegre.
Villefranche estant arriv6 A la cour du Rov. il v demeura un an avec trc?s grande
despense de la ville, et comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre
mortifie, non seulcment en n'obtenant pas la pretendue grdce du Roy, mais encore
pour avoir Sa Majeste publie un nouveau arrest sous des conditions plus prt^judi-
ciables qu'au premier : parce qu'il offensoit la jurisdiction ecclesiastique, en
fa<;on que le vice-kgat ne permit point que tel ordre du Roy fust publie dans la ville,
ny en aucun lieu de son estat, et fist en sorte qu'il ne s'en parla mesme pas. Avec ce
p<}riode fort peu honorable, la fonction dc Villefranche finit.
Cependant sortit de son consulat Montillet, auquel succeda Castellet, hrimme cogneu
dans I'exercice de cette charge, d'un esprit seditieux. lequel voyant que I'augmant des
gabelles passoit sans cnntredict en usage, pour laisser encore luy A la posteritc quel-
bK l'acadkmif de vauclusk 6i
que mcmoire de sa mauvaise inclination, ensemblement le second el tiers consulz,
fist instance A M^^r de rappeler les commis ct les remettre dans leur premier poste, et
dans leurexercice accouslume. Mf^r mesprisant la t(^merit<^ de sa dcmande, r^pondit
qu'il ne pouvoii pas revoquer ceite ^race et ce qui s'en esloit ensuivy de I'ordre
d'icelle poursuivie et obtenue du Pape par les consulz leurs antecesseurs, leur re-
prochant leur inconstancc, puisqu'ils avoient parplusieurs fois jure de se prtivaloir
de cetle fifrAce en lout temps. Celtc response suflit alors pour les fairc retirer, mais
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur lefr>^*rcle ne les list rougir.
Uevint Castellet avec les autres consulz, A faire les mesmes instances t\ Monsei-
pneur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la g-rdce de-
mandee. La response de Monseigneur fut qu'il ne pouvoit les i^ratifier autrement
que d'en donner compte au pape pour en s<;av<»ir la vohmtc. Cette response ne plai-
sant pas aux consulz, s'en retourn^rent mecontens.
Castelet estant toujours plus obstine, dans peu de jours apres retourna A Mgr le
vice-le^at luy faire la mesme demande, ci laquelle Monseif^neur ne voulust point en-
tendre, et Castelet, passionne plus que jamais, cntra dans un discours plus ardent
que de coutume, se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus retenir
le pcuple A faire quelque desordre, se voyant ainsi surcharg-e de I'augmant des ga-
belles du Roy ; rcpliqua Monseif,'neur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant
qu'il en auroil bientnst des ncmvcUes de Rome, avec esperance de quelque tempe-
rament. E]t ainsy les consulz se retirerent.
Trois ou quaire jours apres, et arrive que fut le jour et feste de Sainte Barbe, 4' du
mois de decembre el un peu devant I'heure du disner, courul un bruit qu'en la mai-
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Castelet el les autres consulz, suivis
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tardtireni pas d'aller au palais apostolique
pour avoir audience de Monsei^neur, lequel en permit I'enlree seulement aux consulz
et A leur suite des nobles, A I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de-
meura dans la place devant le palais.
Arrives que furent les consulz devant le vice-legal, feignans, par leur visage troubld
et leur voix entrecoupp<ie, d'estre pleins d'amertume -ce qui n'estoit pourtant pas
dans leur cccur. commenc^rent i cxaggerer. que le pcuple estoit sur le point de faire
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jours passes, n'y ayant pas mesme
A present espc^rance de le pouvoir contenir ; ct qu'il avoit dessein d'envahir la mai-
son de ville, les menai^ans de s'en prendre A leur personnes, si enfin les commis
n'estoient remis A leur poste accouslume et A leur premier exercice. Et cependant
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps
alloient vers ce peuple, feignans de le vouloir appaiser, mais par effect contraire les
ff)me*nloient A continucr le tumulte, luy disans que tenant ainsi Monseigneur
dans le S()Up(;(>n, pourroit obtenir ceste grace. — Appcrt par le proems envoye A Rome.
Cette iM'lonnie fut plusieurs fois rciteree en ce temps la par les nobles, lesquels
apr^s revenani vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple esloit toujours
plus obstinc dans ses demandes et que la trouppe peu A peu s'agrossissoit.
Mais le vice-lcgat, qui encor n'avoit pa^ penelre que le peuple eust ete seduitpar les
consulz et par lours partisans A faire ce tumulte, et croyant veritablement que c'estoit
une arrogance populaire, laquelle, comme facile A naistre, ainsy legerement s'eva-
nouii, pria Mgr le nonce Coursiny ,'5ic et I'auditeur Cappellety, comme aussi de ces
nobles, de procurer que cette trouppe assemblee se retirast : mais tout expedient estant
vainet les personnes sans efticace, Monseigneur sepre.sentaA ce peuple assembl(^,par
une gallerie du palais, pour le faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel
inexorable, ^on Industrie demeura sans fruict 01 ne luy put persuader de se retirer.
Mgr ayant experimcntc Tobstination de ce peuple, voulant faire plus grande dili-
gence, se J.isposa de dc>condro A la place ci alleguer en face a ceux qui faisoient
ce bruit les rai^ons qui les pouvoient appaiser. Mais les consulz et les nobles, crai-
gnAns que Mgr no dccouvrisi Tabus de la trame qu'ils avoient faite pour seduire ce
monde avec de certaines prieres feintes qui estoient des violences, I'empesch^rent
6o MEMOIRE^
Les consulz s'estant retires dans leur obstination d'allerA Rome aux despens du
public, obligCjrent iMonseij^mcur a leur faire inhiber de partir en cette forme. lis
souffrirent cet acte de justice avec beaucoup d'aigreur, en temoignant plus que d'une
ordinaire chol^re ct encor hors de I'ordinaire persev^rans dans leur opinion, retour-
ntirent A Monsei^neur le lendemain matin, luy faisant syavoir qu'ils voulaient expe-
dier au pape, aux despens de leur bourse. Cette resolution ne leur estant pas em-
peschee, envoy<^rent ii Rome Villefranche, environ le mois de may i65i ; ou estant et
introduit qu'il fust ^ Taudience du pape, luy exposa son ambassade touchant les
commis. Mais parce qu'il fist la relation tout autrement qu'elle n'estoit, et avec arti-
fice, taisant les circonstanccs qui comme il est en aprcis ensuivy pouvoient porter
trc^s grrand prejudice aux Aveniones. la proposition en fut abrof^ee par le pape, et luy
conceda la grAce demandee. Monseigneuf ne manqua pas d'en escrirc au cardinal
l^^gat et luy representer le mal que telle invention pouvoit apporter, ef particuliere-
ment pour raison de I'intirest du Roy, les fermiers de la douane ayant protests a
S. iM. devouloir rabbais de lour fermes i\ dixaine de milliers d'escuz, lors et quand
leurs commis nepourroient exercer leur charge sur le port accoustume du cote des
terres du pape.
Villefranche revint de Rome, triomphant t raison de cette grace, laquelle sembloit
un proffit acquis et fut la perte dela citc^. Presenta, d'abord qu'il futarriv6, lesordres
du pape, portant d'oster les commis du port controversy ; auxquels ordres, sans au-
tre r(^plique, fut obey, en fa^ron que luy et ses adherens s'en alloient par la ville, se
glorifians d'avoir obtenu leur intention.
Arrivee que fut I'avant veille de S.Jean du mois de juin i65i, finitla charge consu-
laire de Villefranche, et, suivant la coutume fut esleu pour son successeur Monteiller
(Montillet) et ses collogues. Peu de temps apr6s, courustun bruit que M" les consulz
avoient re9eu du grand Conseil de Paris un arrest imprime, la teneur duquel estoii
que le Roy, pour avoir les consulz procurd la remotion des commis du port du
Rhosne, avoit revocqut^ et aboly tous les privileges que ses antecesseurs avoient
accordes aux Avignonois, et par lui confirm^s.
Une des exemptions concedees aux Avignonois etoit qu'eux sortans du royaume
bleds, vulgairement appel^s annone, ou autres diverses marchandises, pour les trans-
porter dans I'Estat eccl6siastique, payeroient ]es gabelles comme sujets du Roy ;
doncques, en vertu de ladite abolition, les fermiers de la douane les contraindroient,
en semblables cas de transportations, A payer les droits non plus comme nationaux
mais comme Strangers, sc^avoir le double ; en fa^on que si, avant I'expulsion des
commis, payoient un escu avec la faveur des privileges du Roy, depuis qu'ils ont
este chassis en payoient deux.
Les citoyens commencerent c\ gouster aigrement le fruit du caprice de Villefranche
et pesans I'utile pass^ avec le dommage present, souspimient la perte des privileges
si profitables et des plus favorables que le Roy eust jamais concedes ; par ainsy
dans la confiance qu'ils avoient d'estre remis, assembierent le conseil, ou fut conclu
que Villefranche, qui estoit alle au pape, seroit encore mande au Roy pour tacher
d'etre rc'integre.
Villefranche estant arrive d la cour du Roy, il y demeura un an avec tr^s grande
despense de la ville, et comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre
mortifie, non seulcment en n'obtenant pas la pretendue grace du Roy, mais encore
pour avoir Sa Majeste public un nouveau arrest sous des conditions plus prejudi-
ciables qu'au premier : parce qu'il offensoit la jurisdiction ecclesiastique, en
fa^on que le vice-l^gat ne permit point que tel ordre du Roy fustpublie dans la ville,
ny en aucun lieu de son estat, et fist en sorte qu'il ne s'en parla mesme pas. Avec ce
pcTiode fort peu honorable, la fonction de Villefranche finit.
Cependant sortit de son consulat Montillet, auquel succeda Castellet, homme cogneu
dans I'exercice de cette charge, d'un esprit seditieux, lequel voyant que I'augmant des
gabelles passoit sans cnntredict en usage, pour laisser encore luy a la postcritc quel-
bK l/aCADKMIK DE VAUCLrSK (n
que memoire de sa mauvaisc inclination, ensemblement le second et tiers consuiz,
fist instance A M^r de rappeler les commis ct les remetire dans leur premier poste, el
dans leur exercice accoustume. Mfj-r mesprisant la temerite de sa demande, repondit
qu'il ne pouvoil pas revoquer cette grace el ce qui s'en cstoit ensuivy de Tordre
d'icelle poursuivie el obienue du Pape par les consuiz leurs anlccesseurs, leur re-
prochant leur inconstance, puisqu'ils avoient par plusieurs fois jure de se prevaloir
de cette griice en tout temps, (^ette resp(»nsc suflii alors pour les faire retirer, mais
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur legjrele ne les fist rougir.
Revint Caslellet avec les autres consuiz, d faire les mesmes instances in Monsei-
gneur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la grdce de-
mandec. La response de Monscigneur fut qu'il ne pouvoil les gralifier autrement
que d'en donner compte au pape pour en s«;avoir la volonte. Cette response ne plai-
sant pas aux consuiz, s'en retourn^rent mecontens.
Caslelet eslant toujours plus obstine, dans peu de jours apres retourna A Mgr le
vice-ltigat luy faire la mesme demande, a laquelle Monseigneur ne voulust point en-
tendre, el Caslelet, passionne plus que jamais, entra dans un discours plus ardent
que de couiume, se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus relenir
le peuple A faire quclque desf)rdre, se voyant ainsi surcharge de I'augmant des ga-
belles du Roy ; rcpliqua Monseigneur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant
qu'il en auroil bicnlosl des nouvelles de Rome, avec esperance de quelque tempe-
rament. Et ainsv les consuiz se retirerent.
Trois ou quatre jours aprcs, et arrive que fut le jour el fesle de Sainte Barbe, 4' du
mois de decembre et un peu devant Theure du disner, courut un bruit qu'en la mai-
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Caslelet el les autres consuiz, suivis
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tarderent pas d'aller au palais aposU)lique
pour avoir audience de Monseigneur, lequel en permit I'enlree seulement aux consuiz
et A leur suite des nobles, a I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de-
meura dans la place devant le palais.
Arrives que furent les consuiz devant le vice-legal, feignans, par leur visage trouble
ct leur voix entrecouppee, d'estre pleins d'amertume 'ce qui n'estoit pourtant pas
dans leur coeur commencc'rent d exaggcrcr, que le peuple estoit sur le point de faire
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jours passes, n*y ayant pas mesme
A present esp^irance de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit dessein d'envahir la mai-
son de ville, les mena^ans de s'en prendre A leur personnes, si enfin les commis
n'esl(nent remis A leur poste accoustume et A leur premier exercice. Et cependant
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps
alloient vers ce peuple, feignans de le vouloir appaiser, mais par effect contrairc les
fome'ntoient A continuer le tumulie, luy disans que tenant ainsi Monseigneur
dans le soup(;on, pourroit r)blenir ccslc grace. — Appert par le proces envoyei Rr)me.
Cette fclonnie fut plusieurs fois rciterce en ce temps la par les nobles, lesquels
aprc's revenant vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple estoit toujours
plus obstine dans ses demandes et que la trouppe peu d peu s'agrossissoit.
Mais le vice-lcgat, qui encor n'avoiipaspenetrc que le peuple eust eie seduitpar les
consuiz et par Icurs partisans A faire ce lumulle, el croyant veritablement que c'esloit
une arrogance populaire, laquelle, comme facile <i naistre, ainsy legdTement s'eva-
nouil. pria Mgr le nonce Coursiny /'5iC' et Tauditeur Cappellety, comme aussi de ces
nobles, de procurer que cette tn)uppc assemblee se retirast : mais tout expedient estanl
vain et les personnes sans cfficace, Monseigneur se presenta A ce peuple assemble, par
une gallerie du palais. pour le faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un nalurel
inexorable, son industrie dcmeura sans fruici et ne luy put persuader dc se retirer.
Mgr ayani expirimonic Tobslination de ce pouple, voulant faire plus grande dili-
gence, se Jisposa de dc^cendrc a la place et alleguer en face a ceux qui faisoieni
ce bruit les raisons qui les pouvoient appaiser. Mais les Consuiz et les nobles, crai-
gndns que Mgr ne decouvrist Tabus de la irame qu'ils avoient faile pour seduire ce
monde avec dc certaincs prieres feinies qui estoienl des violences, Tempesch^rent
1
Les consul/ s'cslani retires dans Icurohstmaii'in j'allcri Rumc au\ despens dii
public obligiroin M^nsci^'ncur ii leur faire inhiber de parlir en celle forme, lis
souffrirentcet acte de justice avec heaucoiip d'ai^reur, en lemolKoan' plus que d'une
'irdinajre chul^re el enc<ir h'lrs de I'orJinaire persevL^rans dans leur opinion, relour-
nireni a MonseiRneur le lendeninin matin. Iiiy faisant sgavoir qu"ils vouiaient cxpe-
peschec, envovi-rcnl a Rome Villefranche, environ li: mnis de may iG^: : ou estanl el
introduit qu'il fust a I'audicrce du pape, luy expos a son aiiibassade loucliant tes
eommis, .Mais parce qu"i1 list In relation tout auiremen^ qu'elle n'esloii, el avec arli-
fice, taisanl !es ciro>nsianees qui comme j] esl en apres ensuivy pouvoion I porter
IrOs ^'rand prejudice au\ Aveniones, la proposition en fui abro^^ee par le pape, ei luy
conceda la prSce demandee. Munsei^ineur ne manqiia pas d'en escriro au cardinal
U'g-al et luy represenler le mal que telle invenliim pouvnit apporter, et" paniculiere-
menl pourraison de rintirestdti Roy, les fenniers di la douane ayani prolesle a
S. M. Jevouloir rabhaisde leurfrirrijes a dixaincde milliers d'eseuz, lors el quand
leurs eommis ne pi'urroient exercer leur charge sur le port aceouslumil- du cole des
\illerranche revinldu Rome, IriomphaniA raison de cetle Krace, laquelle sembloii
un profni acquis el fui la perte de ta citi. Priisenia, d'abnrd qu'il ful arrivd. les iirdres
irc rLplique. ful libey. en I'avi'n que luy el ses adherens s'en alloienl par la ville. se
t.'li'riiians d'avoir nbienu leurinleniion.
.\rrLVL^e que ful I'avant veille de S. Jean du mois de juin [tJJ;, linit la charge consu-
liii: L- de Villefranche, el, suivanl la coulume ful esleu puur son successeur .Monleiller
iM"[iiillet; etseseolli^fues. Peu de lemps apres, cooruslun bruit que M" Ics consuU
av'ikni reijeu du prand Conseil de Paris un arresi imprime, la teneur duquel esloit
qLie le Roy, pour avoir les c<msuli procure la remolirin des ci>mmis du port du
Uhosne, avoii revocquri el aboly tous les privilSfjes que ses aniecesscurs av<iieni
accnrdcs aux Avignonois. el par Uii ciinfirmes.
Vne Jes exempiions concfidees aux Avifrnonnis eloit qu'eus sorlans du royaume
bled-, vulgairemenl appeli^s annone, ou auires divcrses marchandises, pour les irans-
porier dans TEslal ecelCsiastique. payeroient Jes (tabelles comme sujeis du Roy ;
d'liieques, en vertu de ladile abiililion. les fcrmiers de la douane les coniraindroient.
en semblables cas de transportations, a payer les droits non plus comme nalionaux
majs comme 6tran(jers, si;avoir le double ; en fai;"n que si. avanl re\pulswn des
eommis, payoient un escu avec la faveur des privileges du Roy. depuis qu'ils ont
est:- chassis en payoient deux.
Le> ciloyens commenciSrent a gousler aigremenl le fruil du caprice de Villefranche
et rc-.ans Tulile passe avec le dommase preseni, souspiroieni la perte des privileges
si rrolilables el de.s plus favorables que le Roy eusl jamais conciSdcs ; par ainsy
dans laconfiance qu'ils avoieni d'esire remis. assemblireni le conseil. ou fut conciu
quf Villefranche, qui esloil alliJ au pape. scroll encore mandiJ au Roy pourtacher
d'eir.-' reinliJgri;-.
Viilr^franchceslani arriviia la cour du Roy, i1 y demeiira un an avec Ir^s grande
de-pense de la ville. eicumme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'esire
mortifie, o<m seulemenicn n'obieuanl pas la prOlendue grace du Roy, mais encore
pour avoir Sa .\lajeste publiij un nouveau arrtst sous des conditions plus prejudi-
ciables qu'au premier ; parce qu'il offensoii la jurisdiction ecclesiaslique, en
favon que le vice-liJi^-al ne permit point que lel ordre du Roy fusi public- dans la ville.
ny tn aucun lieu de son cslat. el list en sorte qu'il ne s'en parla iriesmc pas. Avec ce
piiii-Je fori peu honorable, la fonclion do Villefranche finit.
Cererdanlsorlildesonconsuiai.Monlillel. auquelsuccedaCaslellel.hommeco'^neu
dans Texerticc decelle charge, d'un esprit. seditieux. lequel voyanl que I'augmanl des
Kabellcs possnit sans eonircdiet en usage, pour laisser encore luy a la po-JlLTile quel-
1)K L\\(:AnHMIK DE VAUCLUSi: 6i
que memoire de sa mauvaisc inclination, ensemblemenl le second el tiers consulz,
fist instance a Mgr de rappeler les commis et les remettre dans leur premier poste. et
dans leurexercicc accoustume. Mf^^r mesprisant la temerite do sa demande, r<^pondit
qu'il ne pouvoit pas rcvoquer cette f^race et ce qui s*en estoit ensuivy de I'ordre
d'icelle poursuii'ie ct obienue du Pape par les consulz Icurs aniecesseurs, leur re-
prochant leur inconstance. puisqu'ils avoient parplusieurs fois jure de se prt^valoir
de cette fifrace en tout temps. (]ette response .suflit alors pour les faire retirer, mais
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur lefr«l-rete ne les fist rougrir.
Revint Castellet avec les autres consulz, a faire les mesmes instances A Monsei-
frncur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la grAce de-
mandee. La response de Monscig-neur fut qu'il ne pouvoit les ^^-ratifier autrement
que d'en donner compte au pape pour en S(;avr)ir la volonte. Cette response ne plai-
sant pas aux consulz, s'en retourn^rent mecontens.
Castelet estant toujours plus obstin(^, dans peu de jours apres retourna <i xMgr le
vice-legrai Uiy faire la mesme demande, a laquelle Monsei^^neur ne voulust point en-
tendre, et Castelet, passionne plus que jamais, entra dans un discours plus ardent
que de coutume. se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus retenir
le pcuple A faire quolque desordre, se voyant ainsi surcharge de Taugmant des ga-
bclles du Roy ; repliqua Mr)nseif,'-neur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant
qu'il en auroit bientost des nouvelles de Rome, avec esperance de quelque tempe-
rament. Et ainsy les consulz se retirerent.
Trois ou quatre jours apres. et arriv(} que fiit le jour et feste de Sainte Barbe, 4* du
mois de decembre et un peu devant I'heure du disner, courut un bruit qu'en la mai-
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Castelet el les autres consulz, suivis
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tardereni pas d'aller au palais apost/)lique
pour avoir audience de MonseijLrneur, lequel en permit I'entree seulement aux consulz
el A leur suite des nobles, a I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de-
meura dans la place devant le palais.
Arriv(is que furent les consulz devant le vice-lc^g-at, feignans, par leur visage trouble
et leur voix entrecouppt^e, d'estre pleins d'amertume (ce qui n'estoit pourtant pas
dans leur cruur commencement d exagj^^ercr, que le peuple estoit sur le point de faire
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jours passes, n'y ayant pas mesme
a prd^sent esp6rance de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit dessein d'envahir la mai-
son de ville, les menac^ans de s'en prendre A leur pcrsonnes, si enfin les commis
n'estoient remis A leur poste accoustum6 et A leur premier exercice. Et cependant
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps
alloient vers ce peuple, feignans de le vouloir appaiser. mais par effect contraire les
fome'ntoient A continuer le tumulte, luy disans que tenant ainsi Monseigneur
dans lo soup<;on, pourroit obtenir ceste grace. — Apperl par le proces envoy<^A Rome.
Cette iijlonnie fut plusieurs fois rciterce en ce temps la par les nobles, lesquels
aprdjs revenant vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple estoit toujours
plus obstine dans scs demandes et que la trouppe peu A peu s'agrossissoit.
Mais le vicc-lcgat, qui encor n'avoit pas penctre que le peuple eust etc seduit par les
consulz ct par leurs partisans a faire ce tumulte, et croyant veritablement que c'estoit
une arrogance populaire, laquelle, comme facile d naistre, ainsy legOrement s'eva-
nouit, pria Mgr le nonce Coursiny .'.sic*; et I'auditeur Cappellety, comme aussi de ces
nobles, de procurer que cette trouppe assembl^e se retirast : mais tout expedient estant
vain et les personnes sans efficace, Monseigneur se presenta A ce peuple assemble, par
une gallerie du palais, pourle faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel
inexorable, son industrie demcura sans fruict el ne luy put persuader de se retirer.
Mgr ayant experimonie i'obstination de cc peuple, voulant faire plus grande dili-
gence, se Jisposa de de^cendre a la place el alleguer en face a ceux qui faisoieni
ce bruit les raisons qui les pouvoient appaiser. Mais les Consulz el les nobles, crai-
gnins que Mgr ne decouvrisi Tabus de la irame qu'ils avoient faite pour seduire ce
monde avec de certaines prijiires fcintes qui estoient des violences, rempescherent
1
Les consuiz si'estanl lelirC-s dans Icur iibsLiiialUm d'oller i Rome aux despens du
public, obIiH'';rcnt Miinseit;neiir a li;ur faiio inhibtr de parlir en felle fnrme, lis
souffrirenl eel acl<; do jusiici; avec beaucDup d'aipeur, en Wmoiwiianl plus que d'une
ordinaire eholiire et encr burn de I'urdiiiairc per^ov^rans dans luiir opinion, reliiur-
n jrent a .Monseiffneur le Icndemoin mnlin, lity faisant sijaviir qu'ils vnulaient expc--
dier au pape, aux dcsptns de leur bourse. Ceite ril-sdluliim nc Icur eslanl pas em-
peschije. envijyJrenl H lirmie Villefranche, unvirc.n 1« mois de may if>?[ : nii eslanl el
iniroduil qu'il fusi A J-auJience du pape, luy expusa .-.on ambassade inuchanl les
commis. Mais paree qu'il list la relalion li>ul amremon"! qu'elle n'esidit, el avec aiii-
(ice, laisanlles circtinsianccs qui comme il esl en apriis ensuivy pouvoienl piirler
irfis grand prejudice aux Aveninnes. la pmrnisiiion en fui abniyee par le pape, el luy
cnnceda la frrScc demandiie, Mimsei-neuf ne manqua pas d"cn escrirc au cardinal
1 jgal el luy repri!senier le raal que lellc invenlion pDUvnii apporlcr, ef particuliere-
menl pnur raison de Tinliresi du Kny, les lermiers d^ la di.uanc ayani prmesli d
S. M. dc ViHiloir rahbaisde leurfernjes iidi\ainede milliers d'eseuz, lors el quand
leurs ornimis ne pourrfiienl exercer leur char^'e sur le piirt actfuslume du ccile des
lerrcs du pape. »
Villefranche revinl de Rome, Iriomphant & raison de celle (,-rdce, laquelle stmbioil
uii proflil acquis el fuila periedela citi. PrL-scnta. d'abord qu'il fm arrive, les ordres
du pape, poriant d'osier les commis du purl cmtniversii ; auxquels ordrcs. sans au-
Ire rOplique, fut i.bey, en fai;"n que luy el ses adhiirens s'en allr.ienl par la ville. .-e
b'lorilians d'avoir nhienu leurinlenlicm.
Arrivie que fut I'avant vellle de S. Jean du mnis de juin ir>5[, linil !a charge consu-
laire de Villefranche, et, suivanl la coutume ful esleu pi>ur son successeur -Mt.nteiller
i.Monlilletlelsesci'llii^'ues. Peu de lemps apris, couruslun bruii que M" les consulz
avoitnl re?eu du [fraud Conseil de Paris un arrest imprime, la leneur duquel esti.it
que le Roy, pour avuir les consulz procure la remolion des commis du port du
Hho^ne, avoit reviicquii el aboly lous les priviliiffes que ses antiicesseurs avuienl
actordi'S aux Aviffnonois, et par lui conlirmes.
L'ne des exemptions eoncKlses auy Avignonois tiioli qu'eux sortans du niyaumc
bleds,vulgairement appelfis annone, ou autres diversesmarchandises, prmrlcs trans-
porter dans I'Eslal ecdfisiasiique, payeroient Jes gabelles comme sujeis du Roy ;
Jrincques, en veriu de ladiie abi)liUon, les fermiers de la dnuane les on train droient,
tn -^Linblables cas de Iranspiiriaiiiins, a payer les droits min plus cumme naiionaux
mai-. Cdmine etrangers, si;avoir le double; en fai;on que si, avant TeNpulsiun des
commis, payoient un escu avec la faveur des prlvil^fjcs du Roy, depuis qu'ils out
e,-.ii: chassis en payoient deux.
Los ciloyens commencirent a gouster aig-rement le fruil du caprice de Villefranche
et pi-sans I'utile passC' avec le dominage presenl. snuspirnlent la perte des privileges
si profltables el des plus favorables que le Roy cust iamais cnncid^s ; par ainsy
dan- laconfiance qu'ils avoienl d'estre remis, assemblSreni le conseil, ou ful conclu
quL' Villefranche. qui esloil alle au pape. seroit encore mande au Roy pourtachcr
Villefranche eslanl arrives la cour du Roy. 11 y demeura un an avec iri^s grande
dc-r^'nsc de la ville, et comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre
moriifii. non seulementen n"obtenanl pas la prelendue jrracedu Roy, mais encore
pour awiir Sa Majesle publie un nouveau arrest sous des conditions plus prejudi-
ciables qu'au premier : parce qu'il offensoit la juiisdiclion ecclesiastique. en
fas-nqiic le vice-loh-al ne permit puinl que lel ordre du Roy fusl publie dans la ville.
iiy (.11 aucun lieu de son esiai. et list en sorte qu'il ne s'en parla mesme pas. Avec ce
po[ i. de fort peu honorable, la fonciion de Villefranche finil.
Ct-peiidant sorlil de snn consulat .\UmlilIel, auquel succeda Castellel. hommeco^fneu
dans I'exercicc de ceiie charye. d'un esprit sediiicux, leqticl voyant que rau?manl des
Kabcllep passoit san> ontredict en usatre. pour lai-ser encore luy a la posierile quel-
que mcmoirc de sa mauvaisc inclination, ensemblcmeni Ic second et tiers consulz,
fist instance A M|^r de rappeler Ics commis ct Ics remeltre dans leur premier poste, et
dans leurexercice accousiume. Mf,^r mesprisant la t<>mcntc de sa demandc, rc^pondit
qu'il ne p(»uv(iii pas revoqiier cette ^race et ce qui s'en estoit ensuivy de Tordre
d'icelle poursuivie ct obtenue du Pape par les consulz Icurs antecesscurs, leur re-
prochant leur inconstance, puisqu'ils avoient parplusieurs fois jure de se prevaloir
de cette prace en tout temps. (3ette response suftit alors pnur les faire retirer, mais
pourtant n'empescha pas que le reproche dc leur le^»-vL'rcte ne les list roug-ir.
Revint Castellet avec les autres consulz, <1 faire les mesmes instances A Monsei-
prncur, adjoustanl que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la frrdce de-
mandec. La response de Monseij,'-neur fut qu'il ne pouvr)it les f^ratifier autrement
que d'en donner compie au pape pour en s^avoir la volonte. (^etle resprinsc ne plai-
sant pas aux consulz. s'en retourn^rent mecontens.
Castelet estant loujours plus obstine, dans peu de jours apres rett)urna i Mgrr le
vice-le^at luy faire la mesme demande, A laquclle Monsei^meur ne voulust point en-
tendre, et Castelet, passionnc plus que jamais, enlra dans un discours plus ardent
que de couiume, se faisant entendre que pour I'advenir il ne pourroit plus retenir
le pcuple A faire quelque desordre, se voyant ainsi surchar^je de I'augmant des ga-
bcllcs du Roy ; repliqua Monsei^meur, que le pcuple ne se fachat point, Tasseurant
qu'il en auroit bicntost des nouvelles de Rr)me, avec espc*rance de quelque tempe-
rament. Et ainsy les consulz se retirerent.
Trois ou quairc jours apres, et arrive que fut le jour et feste de Sainte Barbe, 4* du
mois de decembre et un peu devant Theure du disner, courut un bruit qu'en la mai-
son de ville s'asscmbloit beaucoup de monde. Castelet ct les autres consulz, suivis
d'aucuns nobles ct de tout ce monde, ne tarderent pas d'aller au palais aposLoliquc
pour avoir audience dc Monsei^^neur, lequel en permit I'entree seulement aux consulz
et A leur suite des nobles, A I'exclusion dc cette truuppe de pcuple, qui cependant de-
meura dans la place devant le palais.
Arrives que furent les consulz devant le vice-leyrat, feignans, par leur visage trouble
et leur voix entrccoupp^e, d'estre pleins d*amertume ce qui n'estoit pourtant pas
dans leur coeur commenc^rent A exag^rcrer, que le peuple estoit sur le point de faire
quelque scandale qu'ils avoient desja predit ces jr)urs passes, n'y ayant pas mesme
A pri^sent esperancc de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit desscin d'envahir la mai-
son dc ville, les menai^ans de s'en prendre A leur personnes, si enfin les commis
n'estoient remis A leur poste accoustume et A leur premier cxercice. Et cependant
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps
all«>ient vers cc peuple, feignans de Ic voulnir appaiser. mais par effect contraire les
fome'ntoient A continuer le tumulte, luy disans que tenant ainsi Monseigneur
dans le soupyon, pourroit obtenir cestc grace. — Apperi par le proctjs envoy<^ A Rome.
C^etie fclcmnic fut plusieurs fois rciteree en ce temps la par Ics nobles, lesquels
aprc's revenant vers Monseigneur luy foisoient entendre que le peuple estoit toujours
plus obstine dans ses demandes ct que la trouppe peu A peu s'agrossissoit.
Mais le vicc-lcgat, qui encor n'avoit paspenetrc que le peuple eust etc seduitpar les
Consulz et par Icurs partisans A faire ce tumulte, ct croyant veriiablement que c'estoit
une arrogance pnpulaire, laquclle, comme facile A naistre, ainsy legerement s'eva-
nuuit, pria Mgr le nonce Coursiny -5ic- et I'auditeur Cappellety. comme aussi de ces
nobles, de procurer que cette trouppe as.semblee se reiirast : mais tout expedient estant
vain ct les personnes sans efticace, Mr)nseigneur se prescnta A ce peuple assemble, par
une gallerie du palais, pour le faire desister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel
inex')rable. son indusirie dcmcura sans fruict el ne luy put persuader de se retirer.
Mgr ayant expjrimcnte robsiinati(»n de ce pcuple, voulani faire plus grande dili-
gence, se J.ispo'^a de de^cendre A la place el alleguer en face a ceux qui faisoiem
ce bruit les raisims qui les pouvoient appaiser. Mais les corjsulz et les nobles, crai-
gndns que Mgr nc decouvri»;t Tabus de la trame qu'ils avoient faite pour seduire cc
monde avec de certaines prieres feintes qui estoient des violences, I'empeschcjrent
bo .Mi:M0iRt::5
Les consulz s'esUmt retires dans leur obstination d'allcr A Rome aux despens du
public, oblip^'orcnt Monsci^'nciir a leur fairc inhibcr de parlir en cette f«>rme. lis
souffrirent eel acte de justice avcc bcaucoup d'ai^ncur, en lemoi^'-nant plus que d\ine
ordinaire cholcire et encor hors do I'drdinairc pcr^everans dans leur opinion, reiour-
ncM'ent a Monseifrneur le lendemain malin. luy faisani s(;avoir qu'ils voulaicnt expe-
dier au pape, aux despens de leur bourse. Cette resolution ne leur estant pas em-
pcschec. envoy<>rcnt in Rome Villcfranchc, environ le mois dc may i65i : oil estanl et
introduit qu'il fust A I'audience du pape, luy exposa son ambassade touchanl Ics
commis. Mais parce qu'il tist la relation tout autremcnt qu'elle n*estoit, et avec arti-
fice, taisant les circi>nsianccs qui comme il est en apres ensuivy pouvoient porter
IrOs ffrand prejudice aux Aveniones. la proposition en fut abro^ee par le pape, et luy
conceda la ^Tcice demandee. Monsei«z"neur ne manqua pas d'en escrire au cardinal
Ij^ai et luy rcpresenier le mal que telle invention pouvoit apportcr, ef particuliere-
ment pour raison dc rinti;rcsi du Roy, les fermiers de la douane ayant protest^i il
S. M. dc vouloir rabbais de leur lernjcs A dixaine do milliers d'escuz, lors et quand
Icurs commis ne p(»urn)ienl exercer leur char«,''e sur le port accoustume du cote dcs
terres du pape.
Villefranchc revint de Rome, triomphant ix raison de cette ^"-race, laquellc sembloit
un proffit acquis et fut la perte de la cite. Presenta, d'abord qu'il fut arrive, lesordres
du pape, portant d'osier les commis du port controverse ; auxquels ordres, sans au-
tre rc^plique, fut obey, en fav'on que luy et ses adherens s'en alloienl par la ville. se
glorifians d'avoir obtenu leur intention.
Arrivee que fut I'avant veille do S.Jean du mois de juin i(>5i, finilla charge consu-
laire de Villefranchc, et, suivant lacoutume futesleu pour son successeur .Mf>nteiller
uMontillet et ses collL';,'ues. Peu de temps apres. courust un bruit que M" les consulz
avoient re(;eu du ^rand Conseil de Paris un arrest imprime, la teneur duquel estoit
que le Roy, pour avoir les consulz procure la remotion des commis du port du
Rhosne, avoit revocquti et aboly tons les privile/^^es que ses antecesseurs avoient
acc(.»rdes aux Avis'non(»is. et par lui confirmes.
I'nc des exempti<ms concedjes aux Avi^^nonois etoit qu*cux sortans du royaume
bleds, vulgairement appeles annone, ou autres diverses marchandises, pour les trans-
porter dans I'Estat ecclesiastique, payeroient les gabelles comme sujets du Roy :
doncques, en vertu de ladite abolition, les fermiers de la douane les contraindroicnt,
en '^emblables cas de transportations, A payer les dn>its non plus comme nationaux
mais comme t^tran^jrcrs. sv'avoir le double; en fa^on que si, avant I'expulsion des
commis, payoient un escu avec la faveur des privil<^ges du Roy. depuis qu'ils ont
este chasses en payoient deux.
Les citoyens commencerent a f,n)ustcr aigrement le fruit du caprice de Villefranchc
et pesans I'utile passe avec le domma^re present, souspiroient la perte des privileg-cs
si profitables et des plus favorables que le Rr)y eust jamais conc(^des ; par ainsy
dans lacontiance qu'ils avoient d'estre remis, assemblerent le conseil. ou fut conclu
que Villefranchc, qui estoit alle au pape, seroit encore mandd au Roy pourtachcr
d'etre rointt>f^re.
Viliefranche estant arrive A la cour du Roy. il y demeura un an avec tr«::s ^^randc
despense de la ville. el comme autheurdes inconvenniens passes, merita bien d'estre
mortitie, non seulement en n'obtenant pas la prelendue j^race du Roy, mais encore
pour avoir Sa Majeste public un nouveau arrest sous des conditions plus pr(^judi-
ciables qu'au premier : parce qu'il ofTensoii la jurisdiction ecclesiastique. en
fa<;()n que le vice-letrat ne permit point que tcl ordre du R<»y fust public dans la ville,
ny en aucun lieu de son cstat. et fist en sorie qu'il ne s'en parla mcsme pas. Avec ce
periode fort peu honnrable, la fonction de Villefranchc linil.
Cependant sortilde sonconsulat Moniillet, auquel succedaCaslellet, hommecogrneu
dans Texercice de cette charj^'c, d'un esprit seditieux, lequel voyant que I'ausrmant des
Kabellcs passoit sans contredict en usa^e. pour laisser enc(»re luy a la posterite quel-
hK lAvcAnKMir: de vaucluse 6i
que mcmoire dc sa mauvaise inclination, ensemblemenl Ic second et tiers consulz,
fist instance ii M^r dc rappelcr les commis el Ics remeltre dans leur premier pnste, et
dans leurexercice accoustume. Mfrr mesprisant la tcmiirite de sa demande. r^pondit
qu'il ne pouvoit pas revoquer cctte ^n^ace et ce qui s'cn cstoit ensuivy de I'ordre
d'icelle poursuivie et obtenue du Pape par les consulz leurs anteccsseurs, leur re-
prochant leur inconstance, puisqu'ils avoicnt parplusieurs fois jure de se prevaloir
de cette priice en tr)ut lemps. Cctte response sufiil alors pour les faire retirer, mais
pourtant n'empescha pas que le reproche de leur le^erete ne le^ list rouf,nr.
Revint Castellet avec les autres consulz, ci faire les mesmes instances A Monsei-
fjncur, adjoustant que la ville s'en alloit en perdition s'il n'accordoit la ^rdce de-
mandee. La response de Monseigneur fut qu'il ne pouvoit les fcratifier autrement
que d*en donner compte au pape pour en S(;avoir la volonte. Celie response ne plai-
sant pas aux consulz, s'en retournC-rent mecontens.
Castelet estant loujours plus obstine, dans peu dc jours apres retourna A Mgr le
vice-legrat luy faire la mesme demande, a laquelle Monseigneur ne voulusl point en-
tendre, et Castelet, passionne plus que jamais, entra dans un discours plus ardent
que de coutume, se faisant entendre que pour Tadvenir il ne pourroit plus retenir
le peuple A faire quelque desordre, se voyant ainsi surchar^^ti de Taugmant des ga-
belles du Roy ; rcpliqua Monscigneur, que le peuple ne se fachat point, I'asseurant
qu'il en auroit bientost des nouvelles de Rome, avec esperance de quelque tempe-
rament. Et ainsy les consulz se retirerent.
Trois ou quatre jours apres, et arrivti que fut le jour et fcsie de Sainte Harbe, 4* du
mois de decembre el un peu devant I'heure du disner, courut un bruit qu'en la mai-
son de ville s'assembloit beaucoup de monde. Castelet et les autres consulz, suivis
d'aucuns nobles et de tout ce monde, ne tardtirent pas d'aller au palais apostoliquc
pour avoir audience dc Monseigneur, Icquel en permit rentree seulement aux consulz
et A leur suite des nobles, A I'exclusion de cette trouppe de peuple, qui cependant de-
meura dans la place devant le palais.
Arrives que furent les consulz devant le vice-l<igat, feignans, par leur visage trouble
el leur voix entrecouppt^e, d'estre pleins d'amertume ice qui n'cstoit pourtant pas
dans leur ccvuri commenc<^rent A exaggiirer, que le peuple estoit sur le point de faire
quelque scandale qu'ils avoient dcsja predit ces jours passes, n'y ayant pas mesme
d present esperance de le pouvoir contenir ; et qu'il avoit desscin d'envahir la mai-
.son dc ville, les mena^ans de s'en prendre a leur personnes, si enfin les commis
n'estoient rcmis ti leur poste accoustume et A leur premier exercice. Et cependant
aucuns de ces nobles, entres dans la chambre de Monseigneur, de temps en temps
alloient vers cc peuple, feignans de le vouloir appai^er. mais par effect contrairc les
fomentoient d continuer le tumulie, luy disans que tenant ainsi Monseigneur
dans lo soupv'^n, pourroit obtenir ceste grace. — Appert par le proces envoyt^A Rome.
Cette fcUmnie fut plusieurs f«)is reiterec en cc temps la par les nobles, lesquels
aprd'S revenant vers Monseigneur luy foisuieni entendre que le peuple cstoit loujours
plus obstine dans ses demandcs et que la trouppe peu a peu s'agrossissoit.
Mais le vice-lcgat, qui encor n'avoit pas penetrc que le peuple eust ele seduit par les
Consulz et par leurs partisans ^ faire ce tumuUe, et croyant veriiablement que c'esloit
une arrogance populaire, laquelle. comme facile ci naistre, ainsy legC^rement s'eva-
nouil, pria Mgr le nonce Coursiny ;5/c et I'auditeur Cappellety, comme aussi de ces
nobles, de procurer que cetle trouppe assemblcc se retirast : mais tout expedient estant
vainei les personnes sans cfficace, Monscigneur se presentad ce peuple assemble, par
une gallerie du palais, pour le faire dcsister ; mais comme le vulgaire est d'un naturel
inexorable, son industrie dcmjura sans fruict ei ne luy put per-^uader dc se retirer.
.Mgr a yam experimcntc Tobsiination dc cc peuple, voulant faire plus grande dili-
gence, se Jisposa dc dcsccnJro a la place cl alleguer en face a ccux qui faisoicnt
cc bruit les raisnns qui les pnuvoient appai>cr. Mais Ic*^ consulz cl les nobles, crai-
gtiilns que Mgi ne dccou\risi I'abu^ de la irame qu'ils avoicnl faitc pour scduire cc
rrtonde avec dc certaincs prieres fcintcs qui estoient des violences, rempeschi^rcnt
(Vi MEMOIUKS
d'y aller ; bien que luy de propos dd'libcrti par plusieurs et diverses fois entreprit d*y
aller.
Monseigr' s'advisa cependant que la porle du palais. fj-ardd'e seulement par les Suis-
ses, demandoiten ces conjonctures uneplus forte g-arde, etpour cet effect ordonnaau
maistre de camp Seru^fui d'y faire conduire jusques ii cinquante soldatz de la g-ar-
nison, tant pour la deffense du palais que de la Cour ; or. ce pendant que ces soldatz
vcnoient A la garde du palais en suitte de I'ordre, furent surpris par ce pcuple assem-
ble et, n'estant pas assez forts pour se defTendre» demeurirent dessous et furent d6-
sarm<is et mesmes aucun d'iceux furent bless<>s A coups de pierres, estant ce peuple
assemble depourvcu de touie autre sorte d'armes, et cela arrlva de la peur qu'il cut
quecessoldats n'ous^^enl (»rdrc de Ic prendre et Temprisonner.
Cetie rt^solution de les fairc emprisonner auroit este prise par le vice-l^gat contre
beaucoup de ce peuple, s*fl I^usi peu faire avec la force de la soldatesque, si elle
eust este suftisante : mais en un g-ouvemement sans force, les commandemens de-
meurent inutiles et ne peuvent sortir leur effet.
Doutant le peuple que du fortde Saint-Martin, qui estaii-dessusdu palais, ne peusl
descendre quelque escadre de soldats pour les rcprimer, s'y eo alla^uni, et ayantdd-
mantelti la muraille bastie d sec, A cause que la vieille muraille abattuepar le feu de
la poudre allumC* par le foudre qui estoit lombj cctte ann^e, n'avoit encor c&l^ re-
mise sur pied, entra dedans et mirent en fuitte trois ou quatre soldats qui y estotiAt
en sentinelle, et ciprim cncloucTcnt deux pieces de canon qui estoient lA d^montis. —
Appert au proc<!?s mandt^ A Rome.
Cependant la nuict s'advan^oit, et les soldats destines pour la garde du palais, qui
s'estoient mis en fuitte cau^ice par le peuple, ne comparoissoient plus, et ces nobles
qui estoient dans la chambre du vice-legat le pressoient vivement A se rdsoudre i
accorder cette grAce au peuple, avec protestation que dans Tobscuritd de la nuicl
se pouYoit soup^onner et encore croire que ce peuple mutind licentieusement
courriroit la ville et forceroit les boutiques des marchands et maisons des nobles.
Le vice-16gat, faisant rciflexion t tantet telles instances r<^it<ir6es, pensa d'inventer un
moyen par lequel, sans desob(^yraux ordres du pape, pourroit appaiser ce peuple. II
fist done un ddcret, par lequel il permettoit aux commis du Roy d'exdcuter le
pareatis dans TEstat eccl(isiastique, suivant les concordats et non autrement.
Ce d(icret public*, les consulz s'en retourn^rent satisfaits et avec tr^s grande facility
ils firent retirer ces populaircs de devant le palais. Ce tumulte violent estant appais*
avec industrie si facile, forma un soup^on qui fut vc^ritable, que cela avoit este con-
cert^ entrc les consul/, et leurs adherens pour I'obliger A conceder cette grAce. laquelle
accordee en cette manicrc demandoit en substance explication, y ayant beaucoup, de
chefz dans les concordats entre le pape el le Roy, et le dccret provisionnel fait par le
vicc-lcgat .se pouvoit expliqucr diversemeni.
Les consulz. voyans qu'ils estoient la cause de Tinconvenient arrive, non preveu»
voulans d^guiscr leur propre faute avec une demonstration affectee du z6le commun,
comme si ce qui s'estoil passj eusi esie contre leur gre, et sous couleur d'en estre
marris, donntirent conte dc tout au cardinal Icgat, et pareillement. Mgr en escrivil
sans pourtant faire demonstration de chastiment, laissant leschoses en balance pour
ne contrevenir aux ordres qu'il avoit du pape de ne rcsoudre aucune mati^re grave
du gouvernement et qui demandast une application d'estude, avant que d'en avoir
ses ordres. De U\ en peu de jours, il manda A Rome le proces informatif, fait contre
ceux qui en pcurent estrc accusc.s, et par lettre cxposa au cardinal l(igat, que sans
ordre priicis il ne vouloii ricn innover dans les troubles prcisents et portant lui de-
mander provision, tant pour prendre ces cxpcJiens nccessaires contre les delinquans
processes, que pour pourveoir sur la pretension des consulz i faire revenir les com-
mis, s'estant pris garde les consulz et le peuple que le ddcret fait ce jour lA, 4' de d6-
cembre, n*estoit d'aucune valeur et ne leur profiiloit en rien.
Le cardinal fist re^ponce a la relation qu'il en eust de Mgr de la teneur suivantCr
s^avoir qu*il luy donnoit ordre et pouvoir de conceder aux commis un indull que
bE l'academie de vaucllise h3
fust la mesme chose que de les remestre ; et que pour un an, dans I'Estat du Pape,
pourroient poursuivre ceuxqui frauderoicnt les ^'■abcllcs du Roy ; ce qu'estant sceu
par la cit<i dissippa tous les ennuys dont elle fut a^rit^e par le dommage qu'elle
soufFruit, consol<}e dans I'esptirance du profit qu'en pouvoit rcsulter, et quand au
chastiment des delinquans il nc vim aucun ordre, et par ainsy dcmeuriircnt impunis,
ayant Mg:r en semblable cas son authority restreinte.
Tous les diffOrens passt^s estoient en silence, quand il se souleva et courut un bruit
sourd par la cilte, que les consulz et les nobles Icurs partysans avoient suborne les
populairesa commettre le tumulte qui arriva le jour de Sainte Darbe. Ceilev^tefas-
choit extraordinairemeni les consulz, parcequ*elle leur apprenoit que les cctursn'oni
point de coup £\ soulTrir plus ^rand que celuy d'une conscience coulpable, et affin
que ce bruit deshonneste pour eux n'ticcreust et so dissipast, et pour fciire voir qu'ils
n'avoient aucuncment coniribueavec le peuple et couvrir leurs fautcs sous des pr<i-
lextes col ores. repr<^sent6rent A Mgr qu'il y avoii dans la ville beaucoup de
vagabonds, et partant luy demand^rcnt de pouvoir faire une perquisition ^6n<irale
pour les recognoistre, affin qu'ils n'eussent A naistre si le^'crement des tumultes, et
que cela pourroit facilement et agrt^ablemenl r^ussir, semblables gens estant
dis(raits et eloiffn^^s, et qu'A cet exemple les populaircs natifs auroient peur et se
retiendroient.
Cette requesie sembla a M^t devoir estre exccutec, d'autant plus qu'autrefois elle
avoit este pratiqud-e, tendant A la paix commune, bien que pallice des finesses de
ceux qui la demandoient. Les consulz commenc^rent la visile ensemblemcnt avec
beaucoup de nobles, et pour leur conservation et encore pour I'honneur de cette
fonction, le vicc-lcjrat leuraccorda quelques mousquetaires de laj^arnison.
Les consulz, visitans ainsy les maisons du peuple, mena»;oient ces ^ens-la et leur
faisoient s^avoir de la part de Mgr que c'cstoit de son ordre et que si jamais il leur
arrivoit dc semblables fautes qu'ils avoient commises par le pass6, troublans le repos
de la citle, ils encouriroient les peines et rigueurs de la justice que leur d^m^riie re-
quereroit ; et en outre les consulz, pour monstrer qu'ils avoient une aversion contre le
peuple, el pour osier le soup<;on respandu dejA par toute la citle de leur subornation,
maltrait^rent beaucoup de ce peuple, et de ceux encore qui estoient en plus grande
eslime parmy eux.
La citt<^ jouit d'un repos sans interruption durant Tespace de trois mois, et cepen-
dani fut appel<S A Rome Villefranche autheur des machines pass^es ; et suivanl les
ordres A luy presents, il partil promptement et s'y en alia.
Dans un mois aprtjs fut fait semblable commandement A Perussy, lequel temporisa
son voyage et n'y obeist pas, appuyant sa dcsobcyssance sur la protection du cardi-
nal Bichy, qu'un sien fr^re sert actuellement.
Le cardinal done picquc, parcc que son Eminence se trouva en Avignon lorsqu'on
fist ce commandement A Perussy, promit de le proteger, et pousse d'autant plus de
la hayne qu'il nourrissoii contre Mgr, A cause qu'A sa pri^re il n'avoit voulu absoudre
un notaire d'un crime de faussete t^vidente, sans avoir 6gard aux respcct^^ publics
de la justice, laquelle ne pouvoit souffrir I'impunite de ce faussaire, pour ne laisscr
un exemple si detestable aux autres de cette profession, et parce qu'il soup(;c)nnoit, —
en quelque fa(;on que la resolution et les ordres fus.scnt vcnus immediatement du
vice-ltigat, — que le vice-legal eust est<> participant en la rem(»tion d'un domestique de
son Eminence du rectorial de Carpcntras, comme aussy d'un autre sien domestique
du gouvernement d'Entrechaux et finalement A I'occasion de I'achapt de Serignan du-
quel son Eminence demeuraexclu ; joignant avec les autres passions Ic sentiment
de ce commandement.il augmenta sa chol^re et commen^;a A^tramcr tous les in-
conv^nients qui peu A peu onl accablc la cittc d'Avignon.
Le cardinal parla A quelques nobles de sa faction, imprimant dans lours esprits
qu'il ne fall(»it du lout point soiiflfrir cette coustume d'ostre appoles A Rome, et qu'A
son temps ils en dcvoicnt avoir quelque ressenliment ; qu'autrement tous prouve-
roient ^sic pour eprouveroient) la mesme peine aux occurences, leur assurant que ce
^q MEMOIRKS
n'estoil qifunc singulitljro invention du vice-lcfrat, ei leur promettant son assistance,
et de prendre part it leur cause. En aprc;s, entre eux fut conclu de mander un ambas-
sadeura Rome contre le vice-legat, mais la deliberation plus ineurement consid^r<ie
ne fut accomplie.
Les nobles, echauffes d'une si ^rande affection, laiss6rent emporter leurs volont<^s
^ I'arbitre du cardinal, d'oCi s'ensuivit qu'ils se retir<^rent du palais et ne le frequen-
terent plus. Bien que MffT ne manquast du tout point et fist son possible ^ leur t6-
moigncr des resscntimens d'amour et d'csiime, le fuyoient* quand nnesme ils ne
pouvoient pas eviier son rencontre dans les lues. Le mauvais talent du cardinal
ptissa bien plus avant. faisant dire ci Crillf)n, un des premiers barons du Contat, gCi-
neral de Tartillerie du Pape et vi^aiier d'Avi-rnon, par Castclet et La Garde, qu'il
cusl a declarer s'il se vouloit declarer du party du vice-legat et se jettcr A celuy de
son Eminence. Cette proposition fut faite en la presence d'Amat et d'autres sujets
qualifies, lesquels promirent de le tesmoi^'-ner en cas de besoing ; mais la prudence
de Crillon endoctrinee de la lidelite luy en dicta la response et dit qu'il estuit sujet
du pape et b(m amy et serviteurdu cardinal comme aussy de Mg-r, s'estonnant beau-
coup de cette demande non attenduc, ne vse pouvant imagincr que dans I'Estat ec-
clesiastique il y deust avoir autre parly sur pied que celui du Souvcrain Pontife.
auquel il protestoit de vouloir demeurer. Ce lidC^le vas.sal du S. Siiigc a toujours per-
severe, sans d<^generer de .ses ancestres qui y ont estd toujours est6' fidtileset ob^ys-
sans. Castelet et I^ Garde prenans en mauvaise part cette responce, fascines de rage,
avec un visage hostile, le mena<;<^rent que s'il voyoit estre adherent au cardinal, il
6prouveroit reflet de sa choR're et que son authorit*^ et puissance avoient des bras
asses forts pour le perdre et toutts ses volonies ; Crillon demeura ferme dans sa re-
solution, et Castelet et la Garde ayant rapporte le tout au cardinal, son Eminence
s'echauffa davantage contre le baron et se resolut de le perdre.
Mais en ces entrefaitcs, les nobles du party du cardinal se servoient de toute sorte
d'invention pour disposer h leurs volontc^s le maniement de la maison de ville, et
s'occuperent A m^diter la creation d*un nouveau consul, qui se devoit faire dans
deux mois, le jour de I'avant feste de S. Jean de juin, et ne trouvc*rent aucun sujet plus
propre a suivre leur passion que la Garde, qui estoit ouvertement ennemy de Mgr,
comme I'estoit aussy son fr<ire I'evesquc de Cavaillon, lequel pour negotier a I'en-
contre de luy s'csioit transporle d Rome aux dc'pens du public, contre les expresses
inhibitions a luy failes par Mgr. Cetic pratique avoit si bien commcncti de s'esta-
blir que, s'il n'y eust eu de la resistance, peut estre la machine auroit reu.ssy.
Pour asseurerla ligne du cardinal, en cas des rumeurs qui auroient peu arriver
en la future election des consulz, les Issards etjavon. tous deux chevaliers de Malte
sujets hazardcux et n(»n moins fascheux que sediiicux , s'en alloieni par la ville, et
avec eux certains autres de meme genie, faisant passer parole entre les populaires,
que ceux qui auroient intelligence avec le cardinal et ses partisans gaigneroient de
I'argentct protection, et sentient toujours deffendus contre quiconque entreprendroil
de lesfaschor. Dc cola appcri par 1j projes envoye a Rome.
Mais ce peuple, qui avoit vergo^^ne et se ressenioit dans le co.*ur un remords dela
faute commise le jourdeSainte Barbe, lorsqu'il futseduitpar les nobles, etseressuu-
venant de I'atTront qu'il avoit soulTert au temps de la visile, irrit<^ de la double Irahi-
son. nr)n sculement refusa de so ranger du party du cardinal et des nobles, mais
encore advcrlii Mgr des embusches qu'on preparoit contre luy et la nouvelle subor-
nation conientoit vS/c. your qu'on lentoitj envers le peuple pour commettre de sem-
blables desordres.
(Jes advis et accusations populaires estoient rapportes ii Mgr en grand secret, parce
que les populaires craignoieni d'cstre nuiliraiies de la noblesse ; ne restoient pas
pourtant de protester leur fnv obligee a leur prince, avec promesse de la luy tesmoi-
gner en toutes sortes d'occasion^. Le vice-legal les remcrcia. les exhortant de luy re-
mettre en son pouvoir ceux qui les fomenloient.
Les nobles, qui avoient este accuses par les populaires, en ayant eu advis, enflam-
DE l'aCADEMIE DK VAUCLl'SI:: i\b
mds d'une chol6re enragde, se vantoientde vouloir laver leurs mains dans leur sang
et de paver les rues des testes de leurs enfans et ks donner A manger aux chiens,
el vomissant plusieurs autres outrages qui ne pouvoicnt estre soufFerts par les popu- jj
laires que trcjs am^rement, firent ecarler les subornateurs ; et ceux qui s'estoient
monstr6 bons vassaulx et avoient tesmoigne de tenir Ic party juste sous I'authoritc* du
vice-legat, les mena(;oient mortellement et les mesprisoiententre autres « pallis » .noia
que pallis en italien veut dire fol , leur faij>ant des actions conformes aux noms
qu'ils portent, e^Lagnes qui avec des actions non moins legeres les mocquoit, vou-
.lans Tun et I'autre par des actions viles et blasmables plutost rassasier leur anti-
pathic en injuriant le vulgaire que de se comporter avec modestie, A laquelle la can-
deur [grandeur] de leur naissance les obligeoit.
Par celles et plusieurs autres occasions justes, et particuliCirement pour avoir plu-
sieurs de ces nobles usurpe les rentes du public dans le maniement de la maison
* de ville, les coeurs des populaires estoient ulceres d'une playc incurable el animcs
contre leurs advcrsaires, en fa^on que la garnison de cette playe onvenim^e esioit
plutost A desirer qu'd csptl*rer.
Ainsy la hayne morlelle rticiproqucmcnt entrc eux allumcc alloit coniinuellement
augmentant, et d'autant plus s'approchant la nouvelle election des consulz, Ic peu-
ple ne pouvoit soufTrir le S()up(;on qu'il avoit de la promotion de La Garde en cetlc
charge.
Le cardinal s'estoit transports expressement en Avignon pour .praiiquer le total
establissement du consulat en la personne de La Garde, lequel esioit ennemy in-
diffc^rent de Mgr et du peuple; mais Mgr. pour maintenir le repos qu'infailliblement
on auroit perdu si cet homme odieux A lout le peuple eust est(^ C'leu consul, irailia
par moyen du p^re Dufour, inquisiteur de la legation d'Avignon, affin que La Garde
renon^ast A la pretension consulaire. Ce p6re en une telle occasion lesmoigna la va-
leurde son talent, et t^teignit par son addresse cetle flammequi ne passa plus avant.
C^dant La Garde A ses conseils, en se satislaisanl de refuser la charge ambitionnee
et faisant reflexion A I'affronl qu'il pouvoit reccvoir en ne robtenant pas, n'cstant pas
d'une famille pour parvenir H cette prerogative consulaire, pria le vice-legat qu'il
Texemptast des charges publiques de la cite, ce qu'il obtint facilement, el le reus-
sissement de ce refus appaisa les esprits cfTarouchcs des populaires qui en curenl
grand plaisir.
A peine cette difference du peuple fut appaisee, qu'il survini une nouvelle contro-
verse de la part des nobles. Ces nobles, enclins aux rumeurs, prindrent occasion en
disant que le peuple vouloii proclamer pour consul Chaslcuil, leur ennemy el du
cardinal. Mais le vice-lc-gat, vigilant A donner satisfaction A un chacun, le persuada
d'abandonner cclle pensee du consulat. Et si bien Chaslcuil avoit les conditions
requises pour prclendre A cette charge, neantmoins, A la supplication de Mgr, se
demist de loute pretensirm.
Les consulz et leurs partisans, non encore contens et accousiumcs et familiers au
bruit, cherchoient par loute sorte de moyens I'occasion pour s'en ra«;sasier, et re-
tournans A Mgr avec des inventions pleincs de malice, luy demanderent que, le jour
de Telection du nouveau consul, lour fust pcrmis de faire gardcr la maison de ville
non seulement par les cinquante hommes a choisir, comme est de cousiume, d'une
des paroisses de la cite, mais encore des autres sept jusqu'au nombre de cent. Mgr,
ayant pour vain et impertinent ce nouveau motif, leur rc^pondii que telle pensee
cstoitpropre il susciterdcs bruiis et non d apporter la quietude au public, laquelle,
en si peu dc temps, lant et tant de fois avoit souffert naufragc. et partant qu'ils eus-
sent A faire comme de coustume sans chercher autre nouvoaute. L'(»bsiinaiion des
consulz ne cedoit point A la raison, et quand elle manquoii d'un coste la sousleni>it
d'un autre. Et Mgr ne leur eut pas plutost repondu qu'iN rcpliquercnt intrepidemenl
et avec impatience que le peuple est(»it leur ennemy jure, et que ils se vouloient pre-
cautionner le mieux qu'il leur seroit possible. Le vice-legal leur redist qu'il leur
attestoit le contraire, et qu'asseuremenl le peuple nc feroil point de bruit si I'on ' - '
,\ •
()(j MKM<HUI:S
n'inovait rien de ce qu'cstoitaccoulumti defaire; mais enfin,puisqu'ils s'estoient foi-
mis ceite crainte dans leurs esprits, qu'il feroit ^'■arder la maison de ville par la gar-
nison italienne, et encor pour leur plus firrande satisfaction leur promit de les faire
assister par la soldatesque du Contal, leur offrit pour leur plus ^rande asscurance
le palais apostolic pour s'asscmbler et le leur ofTrit libre, promettant d'en sortir pen-
dant qu'ils seroient assembles, et que, s'ils ne vouloient le palais apostolic, il leur
proposa le palais de Tarchcvesque ou bicn Ic convent des Recollects de Montfavet
proche la ville et dependant d'eux.
Tous ces partys proposd's par Mgr furent rejcttd's par eux, el refusdrent encor le
sentiment de I'archevesque. lequcl taschoit de leur persuader de s'assembler dans le
palais apostolic. Enfin ils se retirerent avec la mesme voIont6 et plus ferme inclin6e
A I'inquietude de la^cit(^. Avec tout ccla, le vice-lc^at, voyant que les consulz ai-
moient le danfjer et couroient d la ruine, ne laissa jamais de compatir avec une tris
grrande patience heur caprice trop corrompu, qu'il n'y avoit pas moyen de satisfaire
par aucun expedient ndcessaire au bien public. Confiant d la valeur et A I'addresse
de I'inquisiteur, et espt^rani le success de son employ comme il avoit fait envers La
Garde, le chargeade faire de nouveau les mesmcs ofTres aux consulz ; et bien que
ce p6re eust pris cet emphn' A c(t;ur et employe loutes ses forces pour le faire r6us-
sir, neantmoins par I'opiniastretd de leurs volontcs ne put rien avancer.
De telle perfidie. le soupgon conceu dans Pesprit de ces populaires s'augmenta et
fut concleu que les consulz ayant refuse tanl ct tant de raisonnables partys, ils
avoient infailliblement quelquc mauvaise et pernicieuse intention. Cette afTaire de
I'inquisiteur n'appert point au proccz, parce qu'il ne I'a point voulu d(^poser en jus-
tice, mais bien promit A Mgr et A Entremont, son parliculier amy, de I'attester par
lettres quand il en .seroit dc besoin.
Cependant le jour de S. Jean approchoit. auquel devoit proceder la furie des mal-
heurs desjA prepares contre la cit6. et dans cet intervalle, on voyoit entrer dans la
ville, plus qu'A I'ordinaire, des etrangers. Ceux qui estoient dd'goust^s du cardinal,
et entr'autres Crillon, examinant le concours extraordinaire des estrangers, entr^rent
en soupgon de leur personnes, et les voulurcnt asseurer avec quelques nombres de
gens armc'S proprcs A leur deffonse. Ccla par\int aux oreillcs du vice-legal, lequel A
son accoustumee prepara les antidotes pour e viler le venin des inconv^niens. II en-
tremit fr^re Simon Corsy, capitaine de la garde des Suisscs de la legation, et le colo-
nel de I'Eglise avec Castclet, autheur de ces pratiques. Afin de faire retirer tous ces
estrangers, qui estoient entrcs dans la ville pour garder quelques maisons des
nobles, entr'eux de ce fust estably un accord el fut prouvce I'introduction desdils
Strangers, parce que ceux qui en avoient garny leurs maisons...
En suiite de ce, le vice-legal fist publicr un t^dict qu'on ne peut aller par la ville en
trouppe par dessus le nombre de quatre, ayant encore este prohibc qu'on ne don-
neroit I'entrce A aucun cslranger, auquel [edit] on obeissoii, et I'apprehention des
populaires avoit quelque peu de relache, laquelle fut bientot interrompue, parce
que le peuple estant toujours en soupi^on se prist garde que bcaucoup d'estrangers
entroient dans la ville, deguises en labourcurs de campagne, et la saison du temps
leur donnoil I'occasion de la sorte. bicn qu'ils fusscnl des pens de guerre.
Cependant il n'y avoit pas grand bruit ; mais tout A coup le peuple appr<ihendant
d'etre surpris par de nouvellcs inventions, le jour dc I'avant-veille de S.Jean, barri-
cada les rues, les foriitiant pour sa detTense, particuli^rcmcnt les habitants de la
conlrce dicte la Carterie [Carrctcri<l*"j.se munircnt avec des armes plus considerables
et de plus grandcs forces nalurelles ; en ra*;on qu'il sembloit que le sort eust
assemble en ce earlier les courages plus farouches de la cit(}.
Le cardinal arriva en Avignrm le dimanche au matin, bien que le p6re inquisiteur
en vain eust employe tous ses soins et conscils pourle faire abstenir de cette arrivde,
comme esiant un pronoslic trcs certain et trcs puissant des troubles qui devolenl
arriver en Avign<m.
Le cardinal esioit dans la maison de Lanon,oO le vice-16gat se transporta pour le
Dt: L^ACADEMII-: DK VAUCI.USE 67
visiter, et lA se discounit d'oster les causes qui auroient pu apporter des desordres
dans la cit6, en cette prochaine fonction. promettant le cardinal que les nobles ses
confi6d<^rds demeureroient avec son Eminence dans cette mSme maison et ne s*esloi-
gneroient point d'elle, asseurant le vice-Ic^grat de leur modcstie et qu'il ordonneroit
i ses lacquais de n'aller point par la ville lors de I'assemblee du conseil de la
maison de ville, et puis comme pleige des actions de ses d^pendans aussy bien que
pour rindemnite du bon gouvernement et pour I'asseurance de sa parole, offril au
vice-ltigrat de vS^questrer sa personne dans la tour de Trouillas. iMgr, se confiant iH la
parole du cardinal et la tenant inviolable et constante, promit de nouveau que le
peuple se contiendroit dans son devoir et obeyssance, demeurant chacun dans son
cartier.
Ce discours donna sujet au cardinal d'offenser Grillon par paroles expresses, Tap-
pelant particuli^rement brouillon, jurant de le vouloir perdre, reiterant fort souvent
ces menaces contre luy, en pr<}sence de toute cette noblesse qui le courtisoit, du
maistre de camp Seruguis (r), sergeant-major del'infanterie.et d*Ursini,capitaine des
chevaux 16gers.
Le vice-16gat done, se fiant A la parole donnt^e par le cardinal, envoya assert^ner
[sic pour assurer) le peuple de ses asscurances par le capitaine Ursini et Terlet, par
lesquels luy fist promettre qu'il ne luy seroit fail aucun tort, et fait dire d'abattre les
barricades, comme deffensc qui ne luy seroit plus necessaire ; mais la promesse du
cardinal commen(?oit d6]^ a pr(>variqueret son Eminence ne se pouvoit plus contenir
dans les bornes de la foy qu'elle avoit donn<>e A Mgr et par luy signifiee au peuple ;
mais, pour faire voir qu'il ne faisoit pas estime de Mgretle vouloit traitter A sa dispc-
siiion, incita le marquis de la Rousselle ci courre la cittt^ A cheval, suivi de ses
laquais avec des pistollets en main, et mena<;ant les populaires en paroles et par
regards, leur tira quelques coups, dont quelque en fut bless<i. Foulard encor sortit
de la maison oil estoit le cardinal ct, poussci du desir de desordres, assaillit un
populaire et le pik^nant par le col le battit A grands coups de poing, Les Issarts
suivant encor, A multiplier les actes du scandalc commence, menant apr(!5s lui beau-
coup d'hommes, rodoit insolemment la cit6.
Les inimiti^s ainsy triomphantes faisant retentir les injures et les menaces par
tous les coins de la cite, jusques mesme dans le palais, par le jeune Caslelet et par
Pt^russis, qui sevantcTcnt A vouloir irempcr leurs bras dans le sang des populaires,
tout ordre de paix mis en confusion, tous les respects d'estime et d'amititi aban-
donn^s, I'insolcnce des nobles et la defFense du peuple se rendoientde plus en plus
licentieuses, parce que le peuple se voyant tromp(i remit sur pied les barricades,
plus fortes que les premieres, et avec plus grande dcilib^ration d'hardiesse et pre-
paration d*armes, se faisoit voir prest d sa deflVnse.
I>evice-l<igat, voyant que les rumcurs s'augmentoient et menai^oient d'une tr^s mau-
vaise issue, s'en alia par la cite, ordonnant aux populaires de ne se bouger de leurs
postes, et que le lundy, veille de S. Jean, ils n'eussent k approcher la maison de
ville, affin que sans bruit et sans soup^on on peust proceder A lelection des nou-
veaux consulz. Mais le cardinal, le soir precedent le jour de rejection, au lieu de
demeurer dans la maison de Larion, comme il avoit promis, se transporta dans une
autre jointe d la maison de ville, pour donner aux siens, par le voisinage de sa per-
sonne, plus grande chaleur contre le peuple et courage A ne le craindre point. Les
nobles ses parlials, le matin destin«i pour le conseil, firent faire de nouvelles barri-
cades, fermans tous les coins et recoins par oil on pouvoit passer cl la maison de
ville, y ayant i la garde beaucoup de ces nobles, outre trois cent estrangcrs, entre
lesquels il y avoit quantite d'huguenots.
Les consulz, sans permission du colonel de I'ariillerie, firent meUre hors le canon
de la maison de ville, lequelbien que remis par ordre du vice-ldgat pond aux consulz
de Vive voix par le doyen de Saint-Pierre, fut de nouveau veu, expose. A tout
moment on voyoit hausser les barricades d'alentour la maison de ville et Grillon,
70 MEMOIRES
qu'ils voyoient les plus obstines et qui pr^paroient les feux aux maisons de leurS
ennemys, de se retirer, leur mettans en avant que des particuli^ires incendies quHls
pr6tendoient de faire, se pouvoit suivre rincendie de toute la patrie.
Le vice-I^gat s'afflif,^eoit, voyant ces incendiaires demeurer impunis de leurs inso-
lence, se monstrans toujoursplus arrogans, ne pouvant se prevaloir de son authorit6
dans cette in<ivitable n<icessi<^, faisait le mt^diateur, et oCi sa force et son authority
manquoient pour les reprimer et chastier, au moins supplioit par pri^res et avec
adresse pour les retenir.
Toute cette fatigue dura toute la journ<^e. Enfin ce peuple fut gaign6 et appais<5,
et chacun se retira dans sa maison. Le soir de ce malheureux jour invitoit chacun
de se restaurer pour une fois, et Mgr avec tous ces Messieurs all6rent souppcr
ensemble et mang^rent les mesmes viandes qui avoient estd apprest6es au disner
de Mgr, lorsque ces bruits s'eveill6rent.
Ces bruits estoient d6jA cesses, mais n«^antmoins on ne voyoit pas mettre & bas
les armes par la ville, d'oii s'ensuivit que fut faitte une assembl6e, en laquelle inter-
vinrent I'archevesque, le nonce, le vice-l<^gat, les consulz, le maistre de camp, le
capitaine Ursini et M. de Saint-Martin, et se discourut que, puisqu'il n*y avoit plus
rien A craindre, le peuple devoit dt^sarmer et abattre les barricades qu'il tenoit
encor en estat, pour eviter les mauvais desseins de ceux qui s'en alloient par la
cit6 esmouvoir les uns et les autres A discorde.
Pour effectuer done les choses conclues, le nonce, le vice-l(§gat, les consulz et
plusieurs nobles, suivis de la cavallerie et infanierie de la garnison, parcoururent la
ville durant toute une matinee, et ne se retir^rent jusqu'A ce qu'ils virent enti6re-
ment abattues les barricades et armes A bas, laissant le peuple satisfait et remis d
la paix ; mais elle sembloit ne se pouvoir 6tablir, puisque d'un bruit en sortoit un
autre. Et fut que dans la maison du marquis de la Rousselle, apr^s qu'elle fust
brusl^e, quelques populaires y trouv(!;rent certaines grenades; lesquels,en parcou-
rant la cit(i, les faisoient voir A tout le monde, en d^testant la pens^e du marquis
qui tenoit chez luy semblables instrumens, qui formoient dans les esprits des
hommes une mauvaise conception dudit marquis. Parmy ces indiscr^tes courses,
ces populaires rencontr6rent un noble, et I'estimans un des peu affectionn^s au
pape et au vice-legat, un de leur troupe se destacha avec un Flamand, serviteur
actuel de Mgr, et allant d luy, luy firent lever le chappeau et crier : Vive le prince,
d'autant que dans ce mesme instant, il n'avoit de sa voix accompagn^ semblables
exclamations pareux faites, et n'avoit pas applaudi A icelles ; et si bien toute cette
troupe de gens ne fut pas punie pour cette licence tumultueuse, qui apportoit du
trouble A lacit^. Le domestique du vice-li^gat, par le mesayse de la prison, souffrii
seul la peine de la coulpe par eux unanimement commise.
Dans le mesme jour, A I'insceu du vice-16gat, vint aux oreilles des consulzque Cas-
lelet s'estoit appropri^ des clefs d'une porte de la ville, et estant Castelet tenu pour
un homme porte A la discorde et au dommage d'icelle. de cet estat douteux de fid6-
Iit6, les consulz se poi t^rent A faire renouveller les clefs de ladite porte, pour s'oster
de I'espril toute sorte de soup(;()n et pour rendre stable le repos de la patrie.
La paix et concorde d'Avignon reposoit, et les esprits rasseur^s jouissoient d'une
paisible tranquillity, et I'archeveque, dans un rencontre si proportionn^ A son ddsir,
lit faire une procession solennelle lo jour et feste de Saint Pierre, pour prier Dieu A
protcger ce peuple et A le d^livrer de toute autre disgrace imminente. Cette devote
demonstration fut accomplie, touch^e (>' d'une piete exemplaire.
La quietude s'afTermissoit de jour en jour, et chacun racontoit I'histoire des choses
passdes. Sembloit que la Falesche fut A compatir pour I'embrasement de sa maison;
mais son fils etsa belle-fille de Brantes n'estoient point pleints. et on leur en impu-
toit la cause. Tun pour avoir blessd d'un coup de pistolet certain populaire, et I'autre
les avoir offense en paroles injurieuses ; mais pour le marquis de la Rousselle, on
disoit qu'il estoit eslranger A son roy, et que dans les guerres entre le comte d'Alais
el S. M. dans la Provence, il avoit bruslc et pilld plusieurs villages, desquels dom-
DE L*AGADEM1E DE VAUCLUSE 7 1
magfcs s*csioient resscntis beaucoup de gens du Contat, qui possi^doient des biensen
COS cartiers el autres de ccttc province qui s'estoient retircis A Avignon, et par ainsy
que c'estoit une digne r^icompense dc ses mefaits.
Avec tout ce que le s6jour se passa paisiblementdans la ville, ndantmoins, la no-
blesse affcclionnee au cardinal et qui s'estoit absentee de la ville, se faisoit entendre
de vouloir altroupcr des gens du Contat pour insulter le peuplc, de quoy fut donn6
advis A Rome par lettres. De lA, pour se pourveoir de rem6des ndcessaires contre
les menaces des ennemis, le vice-lt^gat manda d tous le barons et vassaulx dese tenir
prest pour le service du pape, en toutes les occasions qui pourroient arriver, et aux
consulz et gouverneur des villes et villages du Contat, d*en bannir les estrangers et
vagabonds, de prohiber les assemblages et de donner conte de leurs forces, affin de
s^;avoir la quantite du monde propre h. mettre sous les armes, et en outre fait trans-
ferer tous les soldatz de la garnison du Comtat dans la ville, pour augmenter ses
deflenses, bien quo cct ordre fut plutost une diligence du vice-legat pour I'asseurance.
qu'un moyen de restablissement d'icelle en ce gouvernement, le commandemenl
duquel e.sl appuye d'un corps de milice si foible d'hommes et d'armes.
De ce changemenl de soldals le cardinal en lit ses pleinteshaulement, et ces nobles
en suitte se vanit>ient de surprendre quelques terres du Contat et de faire levee de
gens contre le peuple. sc promettant encor d'affamer la citd pour venger leur exil. Le
cardinal ne resit. it pas de les maintenir avec vigueur dans leurs d(ilib<irations.
coopiirant avec force que plusieurs abandonnassent la cit6 pour la rendre d6peu-
plee. mais son dcsir manqua ; parce que, lorsque quelqu'un pour luy complaire en
sortoit, d'autres y revenoient par Tenlremise des nobles citoyens marchands et
bf)urgeois, fidcles au pape, lesquels constituent le corps de la cit(S et ne parloient
aucunement de sortir, mais seulement certains oisifs, qui pour comploire au cardi-
nal, en sollicitoient les personnes rassises et modestes.
Les influences qui ont travaille A Avignon ont cst6 les restes de celles qui ont ap-
p<»rte du trouble aux autres partyes de la France, puisque dans ce si6cle Paris,
Montpcllier, Bordeaux, Lyon. Aix et loute la Provence, ont souffert la r<ivolte de
tous leurs peuples, mais les mauvais esprits, qui semoient la dissension dans Avi-
gn(»n. par m»»yen de la divine piete ont esid* en peu de temps dissipds, et la ville a
eviie le coup dc la lotaleruine qui la mena»;oit.
Or, pendant que Tire reciproque des esprits populaires et des nobles sortis de la
ville demeuroit en balance, I'archevesque, en consideration du vice-legat, ztil<is de
les voir contrepjscs dans la Concorde, se transporta vers le cardinal, pour obtenir
de luy quelque eflicace expedient pour Tentiere paix de la ville. Mais avec une
briefve esperance s*en revint par deux fois. sans rapporler aucun fruict de ses oeu-
vres. De Ici, s^achant qu*a la toule puissance divine toute puissance humaine c6de
et que la seulemajeste divine est arbitre de la fortune, fit en sorte qu'on recourust a
son aide par des f)raisrjns publiques el privees. Les consulz, par des actions extd-
rieures s'appliquans A la devotion universelle, au nom de la ville tirent V(cu a
saint Dominique de Poriano, qu'ils invoquerent pour leur intercesseur, de luy ofTrir
tous les ans un ciergede Irente livres, ayans les consulz desjA commenced I'execution
de leur promes.se, Les audileurs de rote, les juges de Saint-Pierre et les officiers des
autres tribunaux lirent voeu de luy presenter aumosnes ; Tarchcvesque donna
a rimage du mesme une lampe d'argent, pourdemeurer perpetuellement allumde, et
le vice-legal doia huicl pauvres filles vierges et les habilla de drap blanc.
La maje.sle divine refrenoit cependani la discorde de ces humeurs desordonnties,
et dans les mois de juillet, aoQt et septembre, ne s'entendoient aucuns bruits dans la
cite, on serolent que les nnbles de dehors, renconlrans parfois les populaires, les
provoquoicnt par outrages, et le cardinal, pour leur d«)nner toujours courage et lier
A son party, se promolti»il que dans imis mois il feroit rappeler A Rome le vice-legat-
Le cinquiesme d'octobre n>51< a pre s disner, Alphonse, qui avoit esie mande A Rome
par I'archevesque. p^Mir afl'aire" Je la n«)nciature extraordinaire au Roy tre> chrestien.
70 MEMOIRES
qu'ils voyoient Ics plus obstincs et qui pr^paroient les feux aux maisons dc leurS
ennemys. de se retirer, leur meitans ea avant que des particuli^res incendies quHls
pr^lcndoicnt de fairc. se pouvoit suivre I'incendic de louie la patrie.
I^e vice-l<^8rat s'afflif,^e()it, voyani ces incendiaires demeurer impunis de leurs inso-
lence, se monstrans toujoursplus arrograns, ne puuvant se prevaloir de son authority
dans cette intivitable ncicessie, faisait le mcMiateur. et oil sa force et son authoritc
manquoient pour les rcprimcr et chastier, au moins supplioit par pri^res et avec
adresse pour les retenir.
Toute cette fatigue dura toule la journ<ie. Enfin ce peuple fut gaign^ et appaisd,
et chacun se retira dans sa maison. Le soir de ce malheureux jour invitoii chacun
de se restaurer pour une fois, et Mgr avec tous ces Messieurs alldrent souppcr
ensemble et mang-^rent les mesmes viandes qui avoient estd apprestdcs au disner
de Mgr, lorsque ces bruits s'eveill<^rent.
Ces bruits estoient d6jA cesses, mais neantmoins on ne voyoit pas metlre & bas
les armes par la ville, d'ou s'ensuivit que fut faitte une assembl6e. en laquelle inter-
vinrent I'archevesque, le nonce, le vice-lc-gat, les consulz, le maistre de camp, le
capitaine Vrsini et M. de Saint-Martin, el se discourut que, puisqu'il n'y avoit plus
rien d craindre, le peuple devoit desarmer et abattre les barricades qu'il tenoit
encor en estat, pour (Svitcr les mauvais desseins de ceux qui s'en alloient par la
cit6 esmouvoir les uns et les autres A discorde.
Pour effectuer done les choses conclues, le nonce, le vice-l(^gat, les consulz et
plusieurs nobles, suivis de la cavallerie et infanteric de la garnison, parcoururent la
ville durant toute une matinde, ct ne sc retirt^rent jusqu'A ce qu'ils virenl enti^re-
ment abattues les barricades et armes a bas, laissant le peuple satisfait et remis A
la paix ; mais elle sembloit ne se pouvoir etablir. puisque d'un bruit en sorioit un
autre. Et fut que dans la maison du marquis de la Rousselle, apr«^s qu'clle fust
bruslt^e, quelques populaires y tr()uv(irent ccrtaincs grenades; lesquels, en parcou-
rant la citd. les faisoient voir A tout le monde, en detestant la pens^e du marquis
qui tenoit chez luy semblables instrumens, qui formoient dans les esprits des
hommes une mauvaise conception dudit marquis. Parmy ces indiscrcjtes courses,
ces populaires rencontr^rent un noble, et I'estimans un des peu affectionnes au
pape et au vice-legat, un de leur troupe se destacha avec un Flamand, serviteur
actuel de Mgr, et allant A luy, luy firent lever le chappeau et crier : Vive le prince,
d*autant que dans ce mesme instant, 11 n'avoit de sa voix accompagnd semblables
exclamations pareux faites, et n'avoit pas applaudi A icelles ; et si bicn toute cette
troupe de gens ne fut pas punie pour cette licence tumultueuse, qui apportoit du
trouble A la c'li^. Le domestique du vice-liigat, par le mdsayse dc la prison, souffrii
seul la peine de la coulpe par eux unanimement commise.
Dans le mesme jour, A I'insceu du vice-lcgat, vint auxorcilles des consulz que Cas-
telet s'estoit appropriti des clefs d'unc porle de la ville, et estant Castelet tenu pour
un homme porte A la discorde et au dommage d'icelle, de cet estat douteux de fid6-
litd, les consulz se port<>rent a faire rcnouvellcr les clefs de ladite porte, pour s'oster
de I'esprit toute sorte de soup«;()n et pour rendre stable le repos de la patrie.
La paix et Concorde d'Avignon reposf)it. et les esprits rasseures jouiSvSoienl d'une
paisible tranquillitt}, et I'archevCque, dans un rcnconire si proporiicmn^ A son ddsir,
fit faire une procession solennelle lo jour et feste de Saint Pierre, pour prier Dieu i
protcger ce pouplc et A le delivrcr dc toute autre disgrace immincnte. Cette devote
demonstration fut accomplie, toucht^e i> d'une pielc exemplairc.
La quietude s'afformissoit de jour en jour, et chacun racontoit I'histoire des choses
passives. Sembloit que la Falesche fut A compatir pour I'embrasement de sa maison;
mais son Ills etsa belle-fillc de Branics n'esioient point pleints, et on leur en impu-
toit la cause, I'un pour avoir blcss^ d'un coup de pistc)let certain populaire, et I'autre
les avoir (jrtcnse en paroles injurieuses ; mais pour le marquis de la Rousselle, on
disoit qu'il estoit cstranger a son ruy, cl que dans les gucrres entre le comie d'Alais
ci S. M. dans la Provence, il avoit bru^le cl pille plusieurs villages, desquels dom-
t)E L*AGADEMIE DE VAUCLUSE 7 1
mag'cs sVstoienl resscntis beaucoup deg-cns du Contat. qui poSvScidoient dcs biens en
CCS carliers ct autres de celte province qui s'cstoient retires d Avignon, et par ainsy
que c'esioitune digne recompense dc ses mefaits.
Avec tout ce que le sejour se passa paisiblement dans la ville, nt^antmoins, la no-
blesse aftectionnee au cardinal el qui s'estoii absentee de la ville, se faisoit entendre
de vouloir attrouper dos^'-cns du Contat pour insulter le peuple, de quoy fut donn6
advis a Rome par leltrcs. De lA, pour se pourveoir de rcm^des ndcessaires contre
les menaces des ennemis.le vice-legat manda A tous le barons etvassaulx dese tenir
prest pour le service du pape, en toutes les occasions qui pourroient arriver, et aux
consulz el fjouverneur des villes et villa^^es du Contat, d'en bannir les estrangers et
vagabonds, de prohiber les assembld-es et de donner conte de leurs forces, affin de
s^avoir la quantite du monde propre A mettre sous les armes, et en outre fait trans-
ferer tous les soldalz de la garnison du Comtat dans la ville, pour augmenter ses
deffenses, bien que cet ordre ful plutost une diligence du vice-legat pour I'asseurance,
qu'un moyen de restablissemenl d'icelle en ce gouvernemcnt, le commandement
duquel est appuye d'un corps de milice si foible d'hommes el d'armcs.
De ce changement de s(jldatsle cardinal en lit ses pleintes hautement, et ces nobles
en suitte se vaniDient de surprendre quelques terres du Contat et dc faire levee de
gens contre le peuple, se pmmettant encor d*afifamer la citti pour venger leur cxil. Le
cardinal ne rcstoit pas de les maintenir avec vigueur dans leurs d(51ib<irations,
cooptirant avec force que plusicurs abandonnassent la cite pour la rendre di^peu-
plee, mais son desir manqua ; parce que, lorsque quelqu'un pour luy complaire en
sortoit, d'autres y revenoient par Teniremise des nobles citoyens marchands et
bourgeois, fidt^les au pape, lesquels constituent le corps dc la cite ct ne parloient
aucunement de sortir, mais seulement certains oisifs, qui pour comploire au cardi-
nal, en solliciloient les pers(mnes rassises et modcstes.
Les influences qui ont travaille a Avignon ont cstii les restes de celles qui ont ap-
portt^ du trouble aux aulres parlyes de la France, puisque dans cc si6cle Paris,
Montpellier, Bordeaux, Lyi>n, Aix et toutc la Provence, ont soufTeri la rdvolte de
tous leurs peuples, mais les mauvais esprils, qui semoient la dissension dans Avi-
gnon, par moyen de la divine piciconi esie en peu de temps dissipes, et la ville a
eviie le coup de la lotale ruine qui la mena^oit.
Or, pendant que Tire reclproque dcs esprits populaires et des nobles soriis de la
ville dcmeuroit en balance, I'archevesque. en C(.>nsideration du vice-legal, zeles de
les voir contrepjses dans la Concorde, se iransporla vers le cardinal, pour obtcnir
de luy quelque eflicace expedient p«)ur Tentiere paix de la ville. Mais avec une
briefve esperance s'en revlnl par deux fois. sans rapporter aucun fruict de ses ceu-
vres. Dc la, s^'achant qu'a la loute pui<sance divine louie puissance humaine ctide
et que la seulemajeste divine est arbiire de la fortune, fit en sorte qu'on recourust a
son aide par dcs oraisons publiques et privces. Les consulz. par dcs actions exie-
rieures s'appliquans A la devotion uni\crseUe, au nom de la ville lirent vocu a
saint D<»miniqucde Poriano, qu'ils invoqucrcnl pour leur intcrccsseur, dc luy ofl'rir
tous les ans un ciergcdc trcnic livrc^,ayans les consulz dcsja commence Texecution
de leur promesse. Les auditcurs de rote, les juges de Saini-Picrre et les oHiciers des
aulres iribunaux firciil vteu de luy presenter aumosnes ; I'archevesque donna
A rimage du mesmc une lampc d'ar;^cnt, pourdemeurer pcrpetucllcmeni allumec, et
le vice-legal dota huict pauvres lilies vicrges el les habilla dc drap blanc.
I-a majeste divine rcfrenoii ccpendani la discorde de ces humeurs desordonnecs,
ct dans les mois de juillel, aoUt el scpicmbrc. ne s'enlendoient aucuns bruits dans la
cite, ou seroient que les nobles de dehors, rencontrans parfois les populaires, les
provoquoieni par outrages, el le cardinal, pour leur donner toujours courage et lier
A son party.se promclloii que dans tmis m<»is il fcroil rappelera Ur>me le vice-legal'
Le cinquiesme d'octobre nc:^ apres disncr, Alphonse, qui avoii esle mande A Rome
par Tarchevesque. p<>ur alTairc^ de Ki nonciaiurc exiraorjjnaire au R<>v ires chrestien,
/
2 MEMOIRES
revint en Avignon portant dcs lettres de response A rarchevesque. Dans cet instant
ne se peut pas si tost pdnt^trer le contenu desdittes lettrcs.
Sur le commencement du soir, Crilltm alia trouver le v.-legat, et luy communiqua
I'advis qu'il avolt eu comme Alphonsc portoit d rarchevesque des ordres qui le
d^claroient vice-legrat d'Avi^-^non et son rappcl d Rome. Environ les Irois heures de
nuict, rarchevesque alia trouver le vice-16^'at et luy dist qu'il avoit A luy dire une
parole dans le cabinet. Le vicc-legatavcc un visajrc joycux luy respondit que ce seroit
Iti oCi il commandoroit. Ainsy s'estans tons deux assis. rarchevesque commen^a k
luy parler en ces termcs : « Monseigrneur, je vous porte unc bonne nouvelle et mau-
vaise pour rrioy. Vous estes appellc A Rome, et je suis declare* voire successeur. —
Chacun de nous, repliquale vice-l^{Lrai doit obeyr», et le pria instammcnt de luy faire
S(;avoirquand il avoit A depuscrle commandement. Alors I'archevesque luy presenta
une lettre du cardinal Icgat, contenant Tordre de se retourner A la cour, auquel ordre
se monstra prompt; apr6s s'entretinrenl sur le moven de son depart, d'autant que les
populaires ne le voulussent laisser partir. Comme dejA s't^loient fait entendre de le
vouloir retenir, et qu'ils ne pretendoient point d'cstre abandonnds de luy dans les
pr6sentes occurences, fut pcnse entr'eux d'apporter remade i cette repugnance, en
leur donnant quelque satisfaction, comme de donner la liberie A un populaire parmy
eux grandement chery, qui par ordre du vice-legat avoit est<iemprisonn6, el raflfaire
fut conclueue de cette fa«;on.
Public que fut le depart du Mgr, quasi tout le monde de la ville accourutau palais,
et plusieurs disoient ouvertement qu'ils ne vouloient aucunement souflfrir sa retralle,
parce que eslans privets de son ombre apprehendoient d'eslre perdus, et dans cette
apprehension s'assembloicnl pour Tempe^chcr.
Le vice-legal douta que cette grande rt^sistance populaire, interprdt^e sinistre-
ment, eust pu induire I'cspril du pape et du Ic^gat ci croire que luy Veuat mendidepar
un zclt> pretexte de ne partir point, el avec la passion du peuple, jouir du propre
desir de demeurer dans la continuation de sa charge ; pour se d6velopper de cet
empeschemenl, il recourul aux sujets les plus doux de la cite et auxquels le peuple
avoit creance ; pour s'y entremeltre et porter le peuple d le laisser partir et obeyr aux
commandemens de ses maistres, et que, ce faisant, luy tesmoigneroit rafifeciion qu'il
luy porloit, el qu'en cette occasion la luy devoienl monstrer, pour luy aider €t non
pour luy nuire. Enfin, ils reussirent dans leurs entreprises, et les populaires consen-
tirent que le vicc-li3gat parlist, d'autant plus que quelqu'uns d'iceux luy priisentt^rent
certains bons services, et luy pour les appaiser el affin qu'ils ne I'empeschassent de
partir, les leur souscrils, el la neccssile dans laquelle il sc Irouvoit pour pouvoir
obeyr au pape, I'auroil oblige A leur donner d'aulres satisfactions encor plus grandes.
Plusieurs des nobles retires de la ville, pousst^s de rage, entreprenoienl mesme de
mellre de la division entre la jurisdiction du pape et du Roy, sur le pont du Rhosne
qui fait la separation de Villeneufve avec Avignom. LA, un jour du lundy, passant un
populaire tailleur d'habits, qui reveuoit de la Chartreuse dudici Villeneufve oiJ se
celebroii certaine feste, et ayant csie arresie par Casielel, il luy dil : « Eh bien! iras-
tu accompagner ton Laurens Corsy? » L'autre respondit g^nereusemenl: « Non seule-
mcnl j'iray, mais loute la ville. » Les nobles qui esloienl sur le pont avec Castelel,
pousses de rage de cette response, se jettereni comme des. forcend'S sur ce pauvre
miserable, el avec Ongles el poings lui gastcMent lout le visage. La Constance de
Tassailli ne ceda point a la ra«-e des agre'^seurs ; mais, inirc'pidement, renforganl son
courage : « Que encor il baiseroit la terrc sur laquelle le vice-legal marcheroit », ces
nobles augmentanl leur barbarie par telle replique,estimani les coups de main l<^gtrre
vengeance, voulurenl encor u<er du fer alfln d'en boire le sang. Commandans A un
de leurs lacquays de le frapper, lequel, obeyssant A I'injusle commandement, luy
ouvril les reins avec un revers d'espee. (>e miserable done, ainsy bless(5, s'en alia
pre^senier A Mgr dans le palais, ou se rencontreient environ six cents personnes,
nobles et populaires mesles, lesquels exagerans du profond de leur ceeur i'offensc
DE l'academih dk VAUCLUst: 73
que le peuplc avoit receu en un seul corps, commenv'oient A sc mouvoir de nouveau
et se ressentans de ce premier coup de vengeance, s'emportoient desja £1 mettre le
feu A quelques maisons de leurs ennemys.
Le vice-ld^g-at, pour (iviter ce precipiteux effet et dans ICvS dernieres heures de son
gouvernement, dosirant d'employer tout ce qu'il avoit de bon et d'utile pour ce
peuple, commanda que les portes du palais fusscnt ferm^es et tout ce mondc arrests
pour adoucir I'ardeur de leur choltjre et pour dcsrangcr les effects de cetie delibera-
tion. Et cepcndant, le blcsse fut conduit secrettement A Tarchevesque comme nou-
veau vice-l(^gat, pour former le proces contre les dt^linquans, lequel apres luy avoir
promis de luy rendre justice, le fist reiirer.
Celuy-cy se retiroit en sa maison, et monsirani sa chemise teinte de Sf)n propre
sanff et sa blessure aux reins, enjoignoit A cettc espouvante la cause de son maltrail-
temcnt et crioit venj^^eance contre Tautheur de cct ouira^'c tantcommun que sien. Le
peuple ne se put contenir de n'avoir compassii-jn de son concitoyen, formant contre la
hardiesse de la noblesse des pensecs ires jrrandes et dan;,'-ereuscs contre elle et, avant
le depart de Mgrr, commen(;oient ill tenter d'estran^jes meft'ects. Laissant pour l<irs
I'usage du feu. mist la main a des instrumens A gaster et rompre el accourans vers
la maison de Gastelet. mirent par terre les portes, ddmantelerent partie des toicts et
peut-^tre I'auroient abbattue, si Mgr Tarchevesque, le vice-le^^at ensemblemenl avec
Crillon, Chasteuil et autres ne s'y fussent opposes et empesch^ I'envle qu'ils avoient
de se vender.
Mais ces populaires obeyrent volontairement a leur authorite, plus par une pure
obeyssance que par crainle, leur authorite n'eslant pas appuyee des forces ne se
pouvoient rendre imperieuses, el qui ne sv'ait qu*une justice desarm^e ressemble 4
un foudre en peinture? Ainsy ne passant pas plus avant A leur ressentiment, sereti-
rtrrent de lA, et pour satisfaire au project de leur rage, allerent A I'autre maison de
Gastelet, A laquclle donnoient desja les premieres secoussespour la ruiner, si bientot
les susnommds n'eussent estt^ au secours, les ayant fait rctirer apr^s un domma^»-e
fort Icj^er, ayant mJhque A ces populaires la faveur du temps pour Taccomplisse-
ment de leurs desseins.
Les cocurs oflenses brusloient d'envie de se ven^jrer, et s'ils furent repousses de ces
deux maisons, coururent A surprendre la maison de Perussis ; mais Tayde qu'y
apporta promptement Crillon Tevita de cet assaut; et comme les torrens, trouvans de
la resistance en une part bien reparee, se fondcnt dans une autre plus faible, se
transporterent en la maisr^n de Serviere parmy eux extremement odieux, parce qu'A
Paris, avec fr>rt pcu de fidelite, traitta la cause de leurs privile^res, ou se faiiyuerent
tout autant que la maison donna matiere A leur fou^rue, laquelle termina avec fort
pcu de domma^re, parce que Serviere en avoji osle ifius les meuble^, prevoyant de
la haync du peuple un tel iiccident. et luy encore s'esioit mis en seureie.
La nuict s'approchoit et invitoit larchevcsque et le vice-le^^at A se rctirer, comme
lis firent. ayant lai>se les ordres opportuns pour evitcr de ncmveaux inconveniens.
Cependant le vice-le^^'-at, bien qu'il pensast A snn depart, fasche de ce dernier
exces, voulut que quelques-uns de ces fauleurs fu.ssent empri>^onncs pour donner
une crainte cxemplaire aux autres de semhlable estoiYe. et la capture ordunnee aux
serfrens epaules de plu^ieurs populaires en firent prisonniers environ une vintrtaine
qui furent lais^cs la au chasiiment qu'en devoit faire le jugcment de I'archcvesque.
Le mardy, le vice-le^^at vouloii deposer la charp-e pour s'enaller et en fit instance a
I'archevesque, en presence des consulz : mais I'archevesque conlredii de publier le
brcfetnia de vouloir pour alors .succeder au ;4"<»uvernement ainsy desordonne et em-
brouille, sans premierement avoir dnnne compte aux patrons des nuuveaux desor-
dres. Mais le vice-le^'-at protesta qu'il parliroit. bien qu'il n'eust desposc la charge,
parce qu'il vouloii obeyr au pape ; neantm«»ins laissa I'archevesque d'autani plus
fermcdans son opinion. Le< consulz, se prevalans de cetle occasion, red<»ubluient leurs
prieres envcrs le vice-le;,^at, comme tout le rcsie de la vilie, a ne les abandonner
point et vuuloir dcmeurer, ayant rex. lu do mander au pape aux deepens du public
74 MtMOir<ES
p »^r tibienir >a o'ntirmati..n. d^ni !e vic^-ljijal, combailu el vaincu de la volonte de
lMU««, '^e lai*«-<.a jinp^iriera Jt^incurjr »u^ue<; a lar.i que la re*«r'*nse dc Rome fust ve-
viie ; rrai-^ rarch^vc^quj. ayani p'i'' nouv^au x:"n>cii. chaiii^ea en brcf de propos.
Apro-- JSrscr, rr.anJa dire au vice I;.;.'ai par le due de Villar^. qu'il esioii presi d'ubeyr
au pare >an'* plj-- diiT.;rer, el que le mercrcdy suivani au maiin Y«>iiloii faire lire le
bre:'. M_rr. ne Ve'-t'innani p<iini Ju chan^'jrn.^ni --i prompt de I'archevesque, lesmoi-
;.T!a -a premiere prL«:r.pii:L:de a J-.-pi-^^-r sa char^-^j. Ce qui .s*cn'«uivit la matinee ^ ce
dr-!:'^.ee, deiTieurant '.'arch jve-que en p •>>e<*-i> n de la prMlejrai:<»n el M^i^r dcposd*.
M;:r derr.cur.'ii privativ^mcni di-*pM*.ani cependani le< aiTaires de >«»n depart, lors-
qje le mr-me i««ur le inarqu's de Perault le vim ad\criir de la part de Tarchevesque
n* jveau viece-lct.'-at. ra>--v.Lirani qu'il e« ur«»:t certain bruit ^uere bon pour sa per-
<«'nr.e, e: partani iijtrj'»ii a p:»r-«> qu'il dev.ii ha-ter -">n depart p<»ur nc donner *k:-
ca^i'-net ternp< au\ embu-chcs de >e-^ er!ne:ny>. lc>quel> >'in^'enii>ieni a faire des
e:r.bu-cade> p'»ur Taiiraper >:: te:i»ient «»ccape> I'U-- le^ pa-'-^aj^es, par«»u il> pouvoicnt
^'imaJ■:^e^ quil pa»er«'ii.
M:.T e^i"it f.-rt ir.'ub'.c el dan-n un labyrinihe de d"Uieu^e> rsl>«ilutions sur son
depart Eniin l\ approuva que dc prendre -"n che:n:n par cau. c'otoii une route
m -in-* dan;jereu^e, ei p<«ur eel eiTeci ri-^i mettre en ««rdre deux balteaux. Tun grrand
el I'auire mc indre, et piur laire appar^ir la vo]. .nte diver-HC de ce qu'il avoil eslably,
ir.anJa dch<'r>de la cite, par des chemin^ feints, de> chevaux de voiture, quelques
ca\a!lier*- et '^•■n carri»>>-e a «-ix. IVux heurc-^ avani la minuici. s'embarqua dans le
petit baiteau. accompai.'^ne de quelque>-uns de >eN amis. s^avMir MM. de Raymond,
Enirem'-nt. Kdix. la R'-que, la (jr.«ui:iere. dWuberi. Pie!at et de sa famille : Tescuyer
el le "secretaire sur la j.'rande barque, entrc beaucnup d'autrcs de sa famille, y
e^ii'ieni cnire< environ soixanie mou-»queiaires bien armes, p<»ur epauler Tautre
batieaa.
Mai^ la \iiri!ance des cnncmis fut >i irrande en I'exploraiion du depart de Mgr,
qL"cIIe >urpa>^a i^uie la precauii<>n quil y a\oii app*>riee pou» >'a»eurer de leur
trah:-ii»n. Avec ceiie c«»ni^n^'i^♦;ance qu'iU curent du depart de mondict seig^neur,
raitendani le h*n.z de la pla^^e du Rhosne. di-iante deux lieuesd'Avii^^non, et la alien-
dans ic> batieaux au pa>. a iimpu«\i^u >i.i\ircnt a la queue les balteaux et luy
de<char:,'erent une >alve d'arqucbu>adc> ; a qu'»y fui couraj,'eusemeni respondu du
'^".i^.d baiteau par la de»-char^ire des m«^u-quct^. el comme il arrive tnujoursque Dieu
d_*Yv-r.d le- cause- iu-io. ceu\ de la >uiue d^, Mirr ne rcceureni aucun mal, el en
djrrjurereni rr\«»ris deux "u tr-u^ d^> enn^mi-. Avec i^ui cela. san> moditier leur
hardie>se et leur hayne. -'ha/ardereni de s'attacher aux ba:ti.-aux de M'.'^r. Mais son
inclination n*e-iani poriee qu'a ^o^ -aUit et de cjux qui esioicnt avec luy, et non
p<intau de>ordre, ordonna que le> inannier> rameroient a force de bras pours'eloi-
^-ner de< as<ai!!an>. le<queN n'ayant pas Je si b^n bra< p»ur ramer nc le peureni
>ui\re et fureni coiuraints de le- lai^-er.
< »n douia que daMs la <uiiie du pa->a;.'-e du Rh.»-ne. il n'y eutquelque autre embus-
cade de-ennv.ni:-. ver< Airde ou vraytneni aiT.eur-. el partani M:,'-rpri>l resolution de
chariTjr -a rouic par un tleuve qui va au Lan;.ri3eJoc : et y :ai-ant le trajeci pendant
la naici, au point du four -uixani fui irovive un \a:--au. qui chartreoii des mar-
chandi-es \ers S. (li-le-. Ce vai^-eau tut trouxc i ut a pr« po> p«.ur la conduiie de
M«r. el p"ur ce lut I"Ue -u-qise- en lialie ; e;le- pariie- e>iani d*acc«>rd,le patron du
va:--eau lai--a >a chat^e et c« nJ.ui-ii Mjr ei les <ien-. II- navi^'^uerent lout le jour,
et apres avoir pa--e la nuici en une s^ule h'>>ie:'.ene, le lendemain le vaisseau avec
un vent favorable semi-ien mer. et paiceoue 1". 'Ccu'-te depart ne luy avt>it pas permis
dj fa re provisi^»n de vi\re- ny de -e pour\^.i>ir »ie- autre- cho>cs necessaires pt»ur le
\ -yaiTj. fa!lui enxoycr I'e-quif a\ec vjue'que- -narinier- a\ix Sainted-Maries pour en
idi"-^ '.a pro\i^i..n. Cependatu le^a-ni- J, Me- p:i iieni c -r.^-e de luy else relourn^-
r^ni en A\ ion, in.
n^- le n:aiin. dan- le temp- qu^. 'e baii.au e>;<.;t al*c aiix Sa:nies-Maries, csluicni
'.a ,.\p;r>.x- \int et une heu'e- dlui!:.. qii: -'^jt dan- c^lie .-a:-.>n environ deux heurc>
DE L^ACADliMIE DE VAUCLUSE jS
apr^s midy ne sc voyoit point retourncr, et ce rcuirdcmcnt commcn(;a ci Ics travailler
tous, appr^hendans que les ennemis no reussent entretenu pour attcndre la nuict et
puis venir donner sur les vaisseaux, ct pendant cettc perplexil(i lis Ic virent venir
avec la provision. Apres fircnt voiles pendant deux heures seulemcnt de chemin, du-
quel furenl contraints desister, parce que le vaisseau sc trouvant trop leger ne r<^us-
sissoit pas bien ^ la navigation ; partant jetii^reni I'anchre et demeur«ircnt lA, a la
discretion des ondcs jusqu'au jour.
Avec I'ayde de quelques barques, qui avoient fait halle dansle mesme g-ouffre, ils
se mirent d bord de terre, et ayant mieux adjusi(^ le vaisseau dans deux heures de
soleil firent cent milles d'heureux voyage, et prireni port A la Cioutat. De lci,pour al-
ler plus asseures, laissi^rent la mer et prirent le chemin par terre, et ainsy allans d
cheval par des sentiers indirects, arrivcrent d Nycc, d'oCi cnirans dans I'ltalie, Mgr
et les siens furent hors de tout le soup<;on qui les travailloit et appr<^hcndoit dans les
terres de France.
(Bibliolhcque du Musoc-Calvet, ms. 2394, fol. 129'.
II- — Lettres echangees entre Henri des Laurens, primicier
DE L'UnIVERSITE, ET LE PREMIER PRESIDENT DE Cll AMBER Y, a
' L'OCGASION des affaires du (iRAND COLLEGE,
I. Lettrc an premier president de Chambth'v,
Monseigneur,
Ayant pleu au coll<^gc de Mess" les docteur^ de I'Universitc d'Avign^m de m'eslire
pr)ur leur chef etgouvcrneur, la premiere penscc que j'ai eu dans la charge, (;'a este
pour la manutention et conservation de ses privilcjgcs et nommement pour Tobser-
vance de la fondation du principal membre d'icelle, qui est le college qualifie du
nom et tiltre de Savoyard, destine et fonde principalement pour les subjects natu-
rals de Son Altesse Rc'alle. C'est le subject pour Icquel j'ay ose vous adresser la prc-
sente, pour supplier Vostrc Grandeur A interposer vostre autr)ni6 et pouvoir dans
ceste affaire, qui regarde le bien comun de I'estat que vous gouvernes,et joindre vos
pri<>resen cour de Rome A cello de Madame Rcalle, A laquelle j'ay prins la hardiessc
de lui en escrire pour obtenir de Sa Sainctelt^ la conlirmation des privileges des
escoliers, dans cet estat et que la fondation qui les regarde soit pleincmeni observee
ct remise en son premier lustre et splendeur. 11 I'y a M. Chardi, docteur de ceste
Universite, lequel est instruict suffisamment dcsdits atTalrcs. pour y avoir vaque
longtemps. C'est done. Monscigneur, ce que nous esperons de v«>stre favorable
pouvoir et moy particulicjrement, qui me doneray Thonneur de me dire,
Monscigneur,
Vostre tres humble tres obeissantet trcs oblige serviteur.
H. Di: Laikans, primicier de TUniversite d'Avignon
et auditeur de la rote d'icelle ville^.
D'Avignon, le \'S julie i655.
A Monscigneur le premier pre^^ident de Chamberi.
Bibl. du Musce-Calvet, ms. 2484. Gcsla mei primic2rLUus
I Am prim I if nam secunJt, fol. 78.
76
MEMOIKES
2. Letirc de Henri des Laurens a la princesse de Saroie.
Madame,
LTniversitc d'Avi^jnon, trcsobli^'-<>ea Vostre Scronissimc Altesse Rcale, s'estant de-
puis lon^^temps jcitcc cntre Ics brasdc vostrc protection, dont clle en a rcs^enti Ics effcts.
ose aujourd'huy demander la continuation de ces mesmes faveurs, affin qu'ellcpuissc
plus facilemcnt tesmof,'-ner aux subjects naturels de Son Aliessc Reale, le z«i!e ct la
passir)n qu'elle a de les senir dans la conservation de ses privil^ljnres, qui consistent
particulitJicment en la manutention de la f(»ndalion du colleye, membre principal
de laditte Universite, qui porte le nom et Ic tilire de vos naturels subjects, espiirant
que par le nKfven de I'appuy ct protection de Sadittc Altesse, clle obtiendra facile-
mcnt de Nostre Saint Pere le Tape TentC'rinement de sa requeste ly faisant cognois-
tre, comme nous le souhaitons et desirons, principalement soubs le regne et empire
du pape, si sainct, si juste, duquel tout le monde admire un si glorieux et parfaicl
commencement. C'est de quoy vous supplie tres humblement ladicte Universite par
la voix et la plume de celuy qui a receu I'honneur d'estre esleu son chef et gr)uvcr-
neur d'icelle, et laquelle priera Dieu pour la f?randeur et prosperite de Son Altesse
Realle, A laquelle joignant mes vcxiux, je me d^vray I'honneur et la gloire do me
qualifier,
Madame,
Voire tres humble, tre.s obeis^ant et tr«!js oblige servitcur,
Di: Laiuans, primicier de rUniversjte d'Avignon et auditeur
de la rote d'icelle villc.
D'Avignon, ce 14 juille lOrr.
(Jl^idcm, fol. 80.
3. Reponse du premier president de Cbambery,
Monsieur,
La digne election que le colle^-^e de^ docieurs de I'Universite d'Avignon a faicte de
vo^tre personne pour leur chef et gouverneur, nc pouvoit pas cstrc ni plus juste, ni
plus plausible A ceux qui connoissoient vos merites, desquels je fais une estime bien
pariiculiere. Get K.stat la juge Ires avantageuse in son utilile, puisqu'en ce commen-
cement vous luy donnes de prcuvcs bien snlides de V(»trc zele, par le soingque vous
aves de metre la main en ce qui Tinlercsse en Taflaire du college dc Savoyc. fonde en
vostre I'nivcrsile. La creation de ce pape, que nous pjnsons estre favorable ix la jus-
tice de ccsle cause, m'invita. au temps de stm exaltation, de ressouvenir S. A. R. : <le
quoy laquelle me commanda de faire dresser les memoire^ qui pourroieni servir en
ceste alTaire. pnur en charger M. le comie Nomis, qui a e.ste envc»ye -^ Sa Sainctetc
par la royalle maison de Savoye ; A I'instant j'y fis travallier et j'envoya a Sadictc
A. R. les amples instructions sur ce subject el je commis en cour de Rome lenomme
Charrot, dc Chamberi.qui a une parfaictc cognoissance de ces affaires et qui est bien
coyncu en ce pays li, Icquel a commence de negoticr aiipres de M.le comte Nomis.
Vostre depute de ITniversiie se pourroit joindre pour en ccmferer. En cc qui me
regarde, je n'oublicray aucune des choses qui fain»nl au succes de ceste affaire el
de vous tesmogner en toutes occasions que je suis de tout mon c«vur.
Monsieur,
Voire Ires humble et nbeyssant scrviteur.
Chamberi. ce aoust lOrr.
Ibidem, fol. 81.
bE lAvcADEMii: 1)1-: vauclcsI: -^
III. — AcTE d'accusatiox du baron de Crillox.
Et D. dicente quod bene advertat veritatem diccre, quia curia et fiscus pretendunt
h. esse optime informaium de dd. factionibus pevolinae ct pezzegaus in civitate
Avenionis introductis et excitalis, Quinimmo pretendunt quod h.esset caput et prin-
cipalis dux et motor factionis pevt)linac, cujus de causa seditiones et discordiae actae
fuerint, in dicta civitate Avegrnonis adversus publicam quietem et securitatem, et
in damnum et prejudicium principis ac Sedis Apostolicae, ob tumultus sublevationis
et cetus hominum armatorum quae in civitate vigebant ct ducebanlur respective, et
presertim in maximum damnum et prejudicium nonnullorum nobilium et aliarum
personarum,ejusdem civitatis incolarum, in devastationibus et expilliationibus pro-
priarum domorum, inaliqua etiam parte combustarum, una cum mobilibus in eodem
domo existentibus sive in parte, sivc in tolum ; qui tumultus, vseditiones et damna
ascribitur h., tam per curiam quam fiscum et adherentes ex pluribus et diversis
indiciis ac praesumptionibus, rcsultantibus tam ex primo processu informativo quam
ex aliis impugnativis super premissis fabricatis, et ad Urbem a dicta civitate Ave-
nionis transmissis, et signanter :
1. Quia h. publico et palam reputabatur caput et protector factionis pevolinae
adversus alteram factioncm pessegaus, ut quam plures deponunt testes de publica
voce et fama.
2. Quia mediante dicto populo, ad seditionem excitato, pretendebat h. habere et
acquirere potestatem gubernandi et regendi dominium communem ad sui libitum,
tam in electione consulum quam in aliis, ut duo testantur testes de publica voce et
fama.
3. Quiadictae factiones, ut facilius agnoscerentur, deffercbant signa : factio pevolina
deferebat modo paleas, modo colares cavallenses, quae signa detulit quoque h., ut
plures deponunt testes de visu, et alioquin asserunt quod h.met palam distribuebat
aliis, et hoc habetur etiam in propria ejus confessione.
4. Quia factio pevolina regebatur de ordine h., ut unus de publica voce et fama
deponit, et ad ejus domum accedebant, ibiquc se congregabant ad peragenda ne-
gocia et ad deliberandum quid occurebat circa dictam faclionem, ut pluries depo-
nunt testes qui intervencrunt.
5. Quia, dum h. per civitatem incedebat, habebat in comitatu alios de dicta fac-
tione pevolina, ut plures testes de visu affirmant.
6. Quia, dum aliqua oriebatur discordia inter aliquos de factione pevolina, illos
sedare curabat, ut pluries deponunt testes, qui interfuerunt et alii de publica voce et
fama.
7. Quia sepe h. monebat eosdem de factione pevolina ut bene se gererent, quia
bonum sperabat evcntum do eorum negotiis, eosdemquc monendo ut quando occur-
rebat percutere illos de pessegaus, bene verberarunt, quia tantum ct idem erat sol-
vendum pro compronenda dissidentia, ut aliqui deponunt testes.
8. Quia dicto tempore seditionum plures fiebant choreae in eadem civitate per eosdem
de factione pevolina, qui. junctis manibus, civitatem perambulabant, exarantes hoec vel
similia verba : a Viva Grillon, Viva la pevolina, Forili pczzegauz » ; et una viceper-
venerunt usque ad domum h., replicantes dicta verba : « Viva Grillon etc... » h.met
presente.qui in signumapprobationis jussit potum illis dari. qui cum asportatus fue-
rit et dum bibebant hie, proferebant verba, scilicet antequam biberent : « AllasanitA
diGrillion » ; ut plures deponunt testes super dictis choreis etvocibus, et duo super
potu praestito.
9. Quia idem ser\*atum fuit inquadam caupona, ubi alii dc dicta factione pevolina
biberunl ad sanitatem h.. imo faciebant aliis ut eodem modo biberent, ut quatuor
testes visu deponunt; et habita de hoc notitia ab h., eisdem gratias egit.
7^
MKMOIUKS
It). Quia, cisdcm lemporibus scdit.onum, unus qui nuncupabatur h. inccdebat
per civitatem, dcscribendo singulos qui volcbant esse sequaces in dicta factione pevo-
lina, ut aliqui testes deponunt de visu.
11. Quia h. met non solum reputabatur dux et protector factionis pevolinae, verum
etiam pater et unus de dicta factione hoc publice dixit, occasione confabulationis
cum h., ut unus deponit testis qui interfuit.
12. Quia in clectioneconsulum iidemmet de factione pcvolina, quum jam ellectum
recusabant servirc, audiendo ab h. quod crai ejus consanguineus, ilium acccptarese
declaraverunt.
i:<. Quia, in devastationihus et expillationibus domorum, inter alios intervenerunt
Cabri^res, Bdrard et An^'les ; et isii precipuepraiicabant in domo h. illumque comi*
labanturper civitatem, ut plures dcpossunt testes et dictus Angle,sius secrete cum
h. loquebatur, ut unusde visu deponit.
14. Quia, antcquam combusta fuisset domus domini de la Falesche, monita fuit
quaedam famula a quodam domestico h. quod comburenda esset dicta domus, ut
ipsamet famula deponit.
• i5. Quia, post incendia domorum de Falesche et de Rosellis, h. tempore carnis-
privii fecit quoddam convivium in ejus domo, nuncupata Rocana, ubi intervenerunt
aliqui ex dictis incendiariis et expilliatoribus, et prelenditur id factum fuisse in lacti-
liam mail patrali.
lO. Quia h. quamplures convocavii personas. non solum extra civitatem Avenio-
nis, verum etiam extra sialum Vcnaissinum, ut h.met fessus fuit et probatur per
testes de Spiritu Bausani cum aliis sociis. qui recepti fuerunt per h. et consignati
penes aliquos ex diciis incendiariis.
17. Quia in incendiis el devaslationibus domorum Servi^res et San Roman, dum
h. ad easdem domos accessisset et jussit ne aliquod mali fecerint. accesserunt et
obtemperaverunt ; ex quo prelenditur quod dicii incendiarii ac devastatores obedicn-
tiam, praestarent h.. tanquam eorum duci ac protcctori, ut dedictojussu et recessu,
aliqui deponurU testes.
18. Quia, in eisdemmet incendiis ac devaslati<")nibus domus D. de Castellet, clama-
bant, haec vel similia verba profercndo : « Gras.siamo e robbamo, che Grillon ci
detTendera : » el unus deponit, poslquam dcposiius a tormento torturae.
nj. Quia Jo. Antonius el (^abrieres, duo ex principalibus delinquentibus in dictis
incendiis ac devastationihus. quando eranl coniumaces curiae, ob aliquod prejudi-
cium. lactitabantur et retinebanlur in domo h.
20. Quia, post delicta patraia, el dum aliqui ex delinquentibus debitis poenis fue-
rant ultimo supplicio tradiii, alii clamabant el maledicebant h., videntes se in per-
dilione, ut unus deponit deauditu ab aliis qui sic maledicebant.
ai. Quia nulla domus ex eis, qui eranl amici et benevoli h., fuit in aliqua parte nee
minime devastata, nee damnilicaia, el licet h. ad aliquos ex dcversatis se contulerit
ad efToctum impediendum, ul prelendii, nihilhominus creditur id fecisse, simulando
auxilium prebere velle, scd poiiusad efToctum [>] mala aliena.ut duo testes de publica
deponunt, el praescriim quia domini diclarum domorum combusiarum et expillatarum
esscnt male aflecli et inimici cum h., ut dd. de la Baume, de Servieres, de Falesche,
de S. Roman cl doctoris Crivclli ac notarii Bremondi, causis de quibus in processu.
23. Quia h. post dicta incenJia. devastaliones ac expillaliones diclarum domorum,
abiil a dicta civitate Avenionis el extra Staium. ci per dili^'-eniiasfactas, etperquirenda
ejus persona, et edicla contra ipsum publicala et cmanata pro interpellatione et
rcf^nmine, ut comparcre debcrel, minime comparare ausus fuit, sed in contumacia
publicari et in banJo poni permillit.
Ex quibus omnibus el singulis ac ex omnibus singulis aliis indiciis, presumptloni-
bus, conjccturis et ex responsionibus h.met quoquomodo daiis, et in processu ac
processibus respective existcniibus, curia et fiscus prelcndunt h. esse reum et cul-
pabilem de omnibus gravissimis criminibus et exces>ibus, quarum unum sunt sedl-
tiones, tumulius sublevationes excitaiiones ct comm(»liones in dicta civitate Avenio-
t)K L^\CAI)l':MI^: dk VAUCLi^b^K 79
nis, adversus publicam quietem et in damnum ac prcjudicium Sedis Aposiolicac ; alle-
rum vero sunt incendia, devastationes factae, expillationes domorum particularium, de
quibus facta fuit mentio supra, quibus incendiis et devastationibus ac cxpillationibus
domorum curia et fiscus pretcndunt h. dolose causam dedissc ex inimicitiisexisten-
tibus in processu, et in cisdem habere complicitatem et participationem, mediante
auxilio et favore. ac facta esse eiiam praeccdentc favore et mandato, vel saltem ha-
bere culpam latam, ex eo quod fuerit caput, protector et dux dictarum personarum ad
dictos seditiones et tumultus coUectarum etconvocatarum. et sic incidisse pro dictis
criminibus et excessibus in penas contenlas in sacris constitutionibus apostolicis,
ac in aliis legribus ctbonimentis et dispositionibus, tam in jure canonico quam civili
conientis. Ideo super premissis veritatem dicat.
(Bibl. du Musce-Calvet, ms. 335?, fol. 121 V
IV. — Justification de M. de Crileox.
Le procureur pour et au nom de Mons' Louis de Berton, baron de Crillon... produit
les articles sy basescriis contre le fisc el tous les autres aderans, qu'il demande estre
fldmis A prouver... etc.
Premidrement, il veut prouver, parlant vul^''aircment pour la plus claire intelli-
gence des tesmoins. que la vt^ritii a cste et est que ledit sieur baron de Crillon est
gentilhomme et cavalier de trOs belle qualite et bonne reputation, de bonnes et
louables coustumes, et a coustume de pratiquer avecque des g-cns d'honneur de
bonne renommee, qu'il n'a jamais eu aucune amitie ny pratique avecque de pcrsonnes
seditieuses de mauvaise vie ou de mauvaise reputation, a est(} et est craignant Dieu
et sa divine justice et humaine, a coustume de frequenter les epHscs, d se confesser
el comunier une el plusieurs fois Tannee, et comme tel il a cte reputO tant en I'annec
i652 jusques d la prescnte de tous ceux qui Pont connu... et pour tel Ic tiennent
encore Icsdicts temoins...
Item, que ledit sieur baron a toujours prontement, avecque toute fidelity et fran-
chise, obei aux commandemens des vice-legats et autres ministrcs apostoliques qui
ont est(ipour temps en Avignon, se temoignant en toutes sortes d'ocurenses veritable
et fidelle subjet...
Item, que ledict sieQr baron de Crillon esersoil en I'annee i653 la charge de viguier
de notre S. Pere en la ville d' Avignon.
Item, que Monseigneur Coursi. vice-lcgat en I'annee i653, ordonna audit baron
qu'il se tint pr6t avecque scs gens el autres amis pour le service du prince, Icquej
ordre luy fut donne par ledict seigneur pour les causes que dironl les temoins
informcs.
Item, que mondict seigneur Coursi onvoia a la maison dudict baron 100 mousqu«is
dans une sicnne carosse, afin que lc^ susdicts gens pusj>enl allcrpour le service du
prince en execution dudict ordre, comme mieux deposeront les tesmoins.
Item, que le susdict baron, pour obvieraux desordres pour lors nOs en ladicte ville,
fit faire des barricades par ladicte ville par le moien dc sondict monde el amis,
comme dessus assembles et unis avecque les soldals de la garnison du prince A lui
envoi<5s pour cet efl"et... auxquels soldals et gens ledict sieur baron faict prendre la
paille pour signe qui les put distingucr enlre tous avecque les gens ennemis ct
contraires audict vice-lc^gat.
Item, aprtJS quelques jours, que le bruicl soubleve en la ville fut apaise, Monsei-
gneur Coursi envoia reprendre les susdicts mousquds avcc sa mesme carosse et ledict
baron congedia ses amis cstrangers assemble^.
Item, que estant vice-legal Monsieur Eranchioiy, en I'annee iG55, ledict baron
depute', capit(>ne de deux paroisses, savoir Saint-Genies et la Principale, ledict baron
8() MEMOIRKS
comme tel et par ordre esprtjs dudicl M. I'Y. avoit encore une companie de soldas A
luy envoids... et prit tous les soins possibles pour remddier comme s'en suivit et en
la mani^re que d(iposeront les tesmoins bas nommtJs.
Item, que il n'y a jamais eu dans la maison dudict baron armes, sinon auxdictes
occasions et d'ordre dcsdicts vice-lj^'-ats et luy estant Ci\pit6ne comme dessus...
Item, que annoes i653, 54, ^5, dans Icsdictstumultes arrives en Avignon, ledict baron
a fait lout son effort pour le empecher et a tousjours ob6i aux vice-Iegats, lesquels
dans'lesdicls tumulles se sont tousjours servi de son moien, et ledict baron s'y est
emploie tout de bon et sans fintise, ayant esposc^ en diverses ocasions sa propre vie
et son bicn ; et, sans son ordre, tous auroicnt foulle aux pieds I'authorite des vice-
l(^<,'ats, lesquels ont louo Ic service rendu par ledict baron.
Item, que ledict sieur baron fut dcput(i par les consuls pour ouir les offrans des
gabclles de I'annee 1G54 et fut aussi dispute pour acomoder un different entre les
rubanticrs et les velotiers, et pour ce subject LichcTe et Jean Antoine et autres arti-
sans alloient dans la maisof) dudict sieur baron, auquel temps lesdicts Lich^re et
Antoine n'estoient point... accuses, comme mieux...
Item, que le sieur baron n'a jamais eu aucune pratique ni conversation avec des
sceld'rats et particulierement avec ceux qui ont este condamnes en la villed' Avignon,
et si aucun des sUvSdits est alle dans la maison dudict baron, il luy est all<^ pour les
causes susdites. estant des m^mes artisans.
Item, que ledict sieur baron n'a jamais professe de porter inimitie ^ aucune per-
sonne, ni s'est jamais declare chef ny protecteur ny fauteur d'aucune faction conire
autre faction, mais seulement a pris les armes et les a faict prendre A ses amis pour
la defense de I'authorite du prince...
Item, que ledict sieur baron est personne quieste et de naturel paisible, n'est
point vindicatif, ni grarde haine ou mauvaij>e volonte contre aucun, et bien qu'il
aye eu different avecque certaine personne, ne^anmoins il s'est tout incontinent ajustci
comme lepratiquent les gentilshommes de la mode de France et comme en use ledict
baron, lequel pour celaest ayme...
Item, que ledict sieur, baron n'a jamais recherche ni souhaitti le maniement de la
maison commune de la ville d'Avignon, ni les chargres publiques d'icelle ; au con-
traire a fait instance au vice-lcg-at pour n'estrc pas elu consul, etantde nature paisi-
ble etqui cherche tant qu'il peut de vivre quie.^tement et sans facher...
Item, que ledict sieur baron n'a jamais porie inimitie avecque Monsieur Pol de
Cambis, seig^neur de la Falesche, et qu'il n'a eu autre different avecque luy que
d'un proces, lequel ne passe pas la somme de cinq ou six jullies, annuellement
pour une cense sur une tcrre du lieu de Vellcron, ctlc lils dudict sieur de la Falesche
a fait alliance avecque belle-sieur dudict sieur baron et ont tousjours pratiqud et
mang6 ensemble, et comme mieux...
Item, que ledict sieur baron n'a point eu inimitie avecque M. Jean-Fran9ois de
Cambis, .seig-neur de Scrvi<ires, cscple un different survcnu il y a vint ans, qui fut
d'abord pacitie par le g-eneral des armes, et depuis ont toujours pratique par ensem-
ble ; et la femme dudict sieur baron a tenu au baitesme un enfan dudict sieur de
ServidTcs, comme aussi le fils aync dudict sieur baron a tenu au baptesme un enfan
d'un autre pariiculier avecque une lille dudict sieur de Scrvieres.
Item, que ledict sieur baron n'a jamais eu aucun dtibat ni inimitie avec Monsieur
Frani^ois de Conseil, sei'^-neur de Saint-Roman, et ledict sieur baron preserva le
cadet dudict sieur de Saint-Roman de la furye du peuple, comme mieux...
Item, que ledict baron n'a jamais eu inimitie avecque M. Jean Bat. des Achars,
sieur de la Haume.cl le fils de M. Ravmond I^allis. et si bien une fois ledict sieur baron
reprit Louis Pallis parcequ'il lisoit un libelle diffamaloire contre le roy et la reine de
France, neanmoins ledict baron et ledict s. de la Baumc, oncle dudict Pallis, ont eu
tousjours bonne intelligence et continue de jouer ensemble comme auparavant dans
le palais du vice-leg-at.
nt: L^ACADEMn-: he val'ciask Si
Item, que ledict sieur baron n'a jamais cu a dcmOlcr avecque Monsieur Barthc^-
lemy Crivelli. a peine le connaissant, estant infcTicur A luy de naissancc, et il n'est
pas possible que ledicl sieur baron sc s<^it desgoute parccque Ic cadet dudict sicur
Crivelli ne le saluoit ; et le baron vit sans c<iremonie a la mode de France.
Item, que depuis les derniers dcs«»rdres, le dimanchc suivant, Lichcrc ci autros
voiantque ledict sieur baron semetoit en estat de ayder Monsieur I'Vanchintti, lequel
faisoii venir du monde dehors pour avoir en sa puissance les coulpables, allerent A
lamaison dudict sieur baron le menacer que s'il continuoit sa maison <eroit abattue,
ce qui oblii,'-ea ledict sieur baron d'envoier i\ M^r, afin que sa maison fut ^^ardec, cl
en eflfet Mgr envoia Cesi avecque 25 soldats italiens de la ^arnison, lequel dcmura
d garder Uidicte maison avecque d'autrcs amis dudict baron ct a la fortifier, ct s'y
arest^rent 2 ou 3 jours.
Ont signe :
R. P. Antoine Imonier. prelrc de la congrcj^-ation de I'Oratoirc du royaume do
France.
R. P. Guillaume Sylvestre. de Tordre des Peres Celeslins.
R. P. Paul Pouchety. de I'ordre des Peres Minimes.
Illuslrissime D. Franv*<MSde Grenouillas, seigneur dc Saint-Martin.
Illustrissime Henri d'Alphonse.
lUustrissime D. Anaslase de la Roque et N. N. X. N. N., noms et surntuns des au-
tres tesmoins.
Biblioth.du Musee-Calvet, ms. X^5-j, fol. 14
< I.
V. — BULLE D'aMNISTIE.
Caspar Lascaris Castellar, des comtes de Viniimillc, abbe de I'abbaye de Saini-
Pons, prothonotaire du S. Sic^ge apostolic du nombre des participant, refercndaire
de Tune et I'autre signature de X. S. P. le Pape, et Tun de ses chambricrs d'h(»n-
neur, vice-lt^gat ct gouverneur general en la cite et legation d'Avignon. et surinten-
dant general des armes de Sa Sainctete en cet Estat.
I-,c paternel amour, qui est ordinaire et essentiellement attache i\ Sa Sainctete,
Tayant emporte sur les peines que les incendic^, larcins, pillemcnts, mcurlros el
autres desordres arrives en cette ville d'Avignon, pouvoienl obligor sa justice d'or-
donner aux delinquans et coulpables, qui mesme par une hainc, laquelle a tousjours
paru irreconciliable et qui a continue depuis six annees cnticres ct davantagc cnlrc
les habitants d'icelle, sans qu'aucun soin ait pu la faire cesser, avoii d'autani plus
d«>nne lieu i\ les meriter. Ce Pe*re comniun. par Tentrcmise de Monseigneur I'l-Jmi-
nentissime cardinal Chigi, son ncpvcu.legat en cclle cite et legalirtn. a voulu se
servir de sa cli^mence pour establir le repos dans cette sicnne et lidclle \ille, en
accordant une amnistie ct pardon general, lequel Sadite Eminence ayanl voulu qu'il
n'eu St effect que du jour de sa publication, nous auroii ii ces tins remis de la faire
faire A son temps, en nous honorant do cette vice-legation, dans le commencement
de laquelle le bon Dieu nous ayant este si favorable, en beni^^ant noz soins, ^jue
d'avoir fait embrasser par une reconciliation generale ceux que le leu ei le sang
avoient fait ennemis, dans le temps auquel si bien il y avoit lieu d'esperer que la
paix seroit facile A establir; neantmoins, dans Tinterieur, il y avoit plu< d'aiL;ieur
que jamais et toutes les choses sembloient se disposer pour causer une plus grande
disunion, ainsi que nous a estii trd's bien connu par les difficultez que nous a\<'ns
treuvees, et lesquelles par moyen des bons ordres a nous donnez par SiiJitc Eminjnce
8*2 MKMOlkKS
nous avons siirmontcos. En suite de co, nou^^ avons cru pour plus grrand affermi^-
sement dc ccltc paix et consolation gcncralc, nc devoir rctardcr plus lon«jrtcmps dc
faire proceder A la publication de ladilc amnislie, r<^dit dc laquclle emane dc Tau-
thoritt^ dc mondit Sei^mcur rKinincntissimc cardinal le^fat, ayant fait traduirc pour
plus facile inteHif,'^cncc de lan^Hie ilalienne en laquellc se trouve conccu, en lani,''uc
fran(;oisc, est dc la tencur cy-apres.
« Flavie Chipi, prcslre cardinal de la Sainle RomainoKft-lise, du tiltre Saintc-Maric
de Populo, surintcndant-general dc tout I'Ksiat ecclesiasliquc, et legal de la cite
d'Avi^non, comte dc Venisse, et provinces adjacentes. »
Kntre les prrands et plus pcnibles sr>insque N. S. P. le pape Alexandre VII, heurcu-
scment scant, ail eu depui.s son heureux eslevement au Pontiticai, celuy en a esic vu.
de voir le repos et quietude, cstablis dans sa fidelle et cherie cil6 d'Avi^non, pour
lequel par noire entremise, et autrement par lout autre moyen, il n*a ccsse d'app«>rler
toute dilif,''encc pour y parvenir. Kn fa(;on que (l)ieu g'rt\ce.' ne luy restant pour voir le
lout bien estably. autre chose A faire que de se scrvir dc sa clemence et paterncl
amour A I'endroil de ses sujets.
Pour ces causes Nous, par ordre expres de sa dite Sainciete, publionsel faisons s^a-
voir par ce pr<^senl nostre Edict. Tamnistie et pardon j^^eneral pour tous ceux lesqucl.s
en la mesme cit(i d'Avi'^'-non, tant Nobles que Citoyens ou du Peuple, aux mouvemenl>
passez arrives en icelle, se trouveront avoir delinque, conlribue, assiste, conscill^ ou
iiutremenl comme que ce soil donne la main a la perturbation du repos public, aux
incendies, larcins, et aulres rapines, mesmes aux meurtres arrivez pour ce sujet.
Declarant sadiie Saintele par nous que d'liors en avani, ceux qui en la mesme
ville et citi^, declarez ou non declarez deJinquants, ou qui que ce soil qui ait pour
celaeste declare pour tel, ou banny par la justice, ou par crainte. des dclits commis
en ces rencontres et occasions, se treuvent esire dehors I'Esiat d'Avignon ou Comte
de Venisse, pourront librement en vertu de ceite Amnislie el pardrm ^--eneral, venir
arrester, practiquer, aller et reiourner, tout dc mesme comme s'ils n'avoient jamais
commis telsdelits. Les bannys neantmoins capitalemcnt et par sentence devront re-
iourner el revenir dans six mois pour pouvoir jouir de reflet de cette grace.
« N'entendons, avec tout cela que ceux qui revenans recevront cette grace, doivent
ny puisscnt en vertu de ce pardon, reavoir les biens qui se treuvent avoir este con-
fisquez, ou en quelle autre fa(;on que ce soil incorporez ti la Rdverende chambre.
Voulans que le present Edict aye lieu du jour de la publication d'iceluy, et qu'il
sorte son plein et entier cftet. Donne ci Rome le premier de Janvier, annee mil six
ccns cinquante neuf. »
F. Card. Cuioi.
Et partant, a ce que personne n'en pretende cause d'ignorance, nous avons voulu ct
ordonne la dite Amnislie et pardon general, et tout le conlenu aux presentes, eslrc
publie i\ son de trompe et cry public, par tous les lieux et carrefours dc la prtl'sente
ville, et copie d'icclle imprimee y eslre aftichee.
Et«i ceque ne resle personne laquellc n'aye occasion d'estresatisfaite, et qu'un cha-
cun puisse jouir agreablement de ce bnnheurdela p^iix, faisons syavoir que pour les
indemnisations de ceux donl les maisons se treuvent avoir este bruldes et pillces, Ix^s
ordres de Sa Sainciete seront sur ce executez.
Exhortans comme nous cxhortons tous ct chacun les habitans de cette dite ville»
tant Nobles Citoyens que Peuple d'icclle, el tous autrcs qu'il apparliendra, de se
maintcnir dans la paix et union, de concourir et coniribuer A icelle, et de n'avoir
qu'un mesme coeur, une mesme afleciiun et une mesme volont«i pour le service el
obeissancc deiie A Sa Sainciete, el pour le bien public,
Leur faisans sc^avoir que comme Sa Sainciete nc pourroit entendre la rupture de
cette paix sans bcaucoup de douleur et rEminentissimc cardinal legal ne pourroit la
soufl'rir san^ bcaucoup dc ressenlimcnl, nous scrons forcez d'en faire le chastimeni
DE l'academie de vaucluse S
o
mcritoire qui sera severe et ri^oureiix. en punissant les infracteurs comme decheuz
de la pr<l'scnte ft-racc et suivant la frrandeur de Icur faute, par toutes les peines que
le droit ct la justice permettront, irremissiblemont et sans espoir d'aucun pardon ny
grace.
Di^clarants qu'il sera proci^J6 contre cux d'office ct avec la plus exacte inquisition.
Donne en Aviynon au Palais Apostolic, ce premier jour du mois de fevrier, annt^e
mil six-cens-cinquanie-neuf,
G. Lascaris, vice-legate Veu. Gartikr, advoc.et proc. gen.
Fi.oRLX, archiviste et secretaire jd'Eslat et de la R<^verendc Chambre.
(Bibl. du Musee-Galvet, ms. 2432, fol. I25.}
eanc
de TAcademie.
FROCFS-VERBXUX
\
^ "^
• *. -^ A.
DK L'ACADliMlE DE VAUCLUSE 85
peler id quelle perte Thistoire de I'art, autanl que la science architecturale.a faito en
sa personnc. L'Acad<imie de Vaucluse accueille par des applaudissements unanimes
I'exprcssion des regrets, que son Secretaire-general a bien voulu formuler en son nom.
M. le Tr^sorier rend ensuite compte de la situation financiere de TAcademie. II
expose le budget de I'an passe et celui de I'annee prochaine. M. le President se fait I'in-
lerprdte de tous, en le remerciant de sa gesiion et des soins qu*il apporte A maintenir
r^quilibre de nos recettes et de nos depenses. MM.de Vissac, Joleaud, de Lacroze
sont nomm<^s membres de la commis.sion de verification des comptes.
M. I'abbe Mdritan dt)nne ensuite lecture d'une courle note sur le tenioignage de
Petrarque et I'^ge du Dante. 11 resulte d'un passage de la correspr>ndancc de Petrar-
que, gc^ni^ralement oublie ou inaper(;u de rimmense majority des dantisanls, que
I'auteur de la Divine Conn(^die serait n^ en 11242 et non en i-2Gb, etserait mort vers i32i
et A rage de 77 ou 78 ans et non A 50 ans. II ne faut pas oublier cependcint que le
passage en question ne tranche pas d«^finitivement la question, A laquelle un jour pcut-
6tre quelque membre de notrc Societii apportera le secours de son erudition.
M. le President donne ensuite lecture d'une notice sur M. de Lagardette, cure d'Au-
bignan. avant, pendant et apres la Revolution. Notre confrere, M. I'abbe Sage, qui en
est I'auteur, donne en premier lieu un exposd de la situation sociale et economique
d'Aubignan au moment de la Revolution. II ddcrit les mcturs et les personnages de
la localite, et fait un tableau rapide de la vie populairc A cette epoque. Puis il trace,
avec quelques details, la biographic dc son predecesseur, et racontc les diverse^^ cir-
constanccs dans lesquelles il ful appelt^ i jouer un role. L'aflairc du serment civique,
les Elections de delegues, lui fournissent la maticTc dc plus d'un episode interessant.
A la tin de la seance, M. Grimaud est elu ci I'unanimite membre titulaire de I'Aca-
demie.
Annexe au proces-verbal du io Janvier 1901.
Etat Jes rccettes et dcpcnscs de I'AcaJemie pendant Vannee lyoo.
RECETTES.
En caisse au i" Janvier 1900
i39 cotisations a 12 fr. 10
27 cotisations ii 6 fr -
Subvention du Conseil municipal
Subvention du Conseil genertil
Vente de fascicules et de catalogues Esperandieu
Interets du legs Dufo>se
Participation de M. Sagnier d I'illustration des Memoires
DEPENSES.
Etrennes apparitcur et facteur)
A M. Scguin, impression des Memoires ct convocations
Appoinlements dc M. Binon
A la Societ(3 des arts griphiques k Geneve, pour illustration des
M<Jmoires
A M. Rover, A Nancy, pour illustration des Memoires
A M. Vionnet, gravcur, pour illustration des Memoires
Prix Dufosst^: note du libraire Laffite, d Marseille
Frais de C()nvocatit)n des membres de I'Academie
Frais d'envoi des Memoires
Erais de bureau et de correspondance de M. le Secretaire general. .
Lover du local des reunion^ du lUnvau de rAcaJeinie
Frais d'encai»ement et timbre:
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Soldc cn caisbc.
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Seances de I'Academie.
PROCES-VERBAUX.
Jakvikr-Fevrier igor.
Scjfice Jtt 10 jjinvier /<;n/. — Prcsidence dc M. Laval, president.
Presents : MM. Laval, Bourf?-es, Chobaut, Labande, de Vissac, Avon. Laroche,
Pansier, Alphant, Bonnecaze, de Lacrozc, Michel-Bcichet, Joleaud, Moural, abbe
(jrimaud, Limassel et J. Meritan.
Au commencement dela seance, M. le President, en une courte et aimable allocu-
tion, presente :^ rAcadi}mie, qui lui en est infiniment reconnaissanlc, ses souhaits de
nouvel an. 11 espere que, pour chacun des mcmbres de notre Societe, I'annee qui vient
de s'c'uvrir f^-arde beaucoup de joies. et exprime le v(tu que nous n'ayons tous que
des jours heureux A compter, A la fin de itj<n. 11 souhaite egalement A notre Acad^mie
de vivre lnn<rtemps et de prosperer toujours, grace au devouement, au zOlc laborieux
de chacun de nos collegucs.
II an nonce ensuitc que par les soins obligeants et Tintermediairc efficace de M.
de Lasieyrie, membre de I'lnstitut, le Minist<ire de I'instruction publique a attribue
ii I'.Vcademie de Vaucluse une allocation de mille francs, exclusivement destin^e d
couvrir les IVais de publication des dcssins deM. Alegre, sur les eglises romanes du
(lard. L'Accidemie est heureuse de remercier M. de Lasteyric de son intervention,
en lui deccrnant, ii I'unanimitd, sur la proposition du Bureau, le titre de mem-
bre honoraire, et d'associer A ses remercicments son d<l'vou6 Secretaire general, qui a
bicn voulu s'occuperaciivemcnt de cettc affaire.
M. le President tail connaitre Ic nom dc quelqucs socieies departementales, simi-
laircs dela notre, auxqucllcs a etc oHort. par une circulaire, I'echan^re de leurs me-
moires avcc Ic hulleiin dc notre Academic, el qui ont accepte.
11 pioposc cnMiitc de prelcver chaquc annee sur le montani des cotisations une
sjimme de um francs, doiinee ii constituer un foods de caissc qui permeltra dcpouvoir
peu a peu reunirla somme necessairca la reconnaissance d'utilite publique, que nous
av(»ns toys i\ cieur d'oblenir.
.M. le President fail ensuite part a r.Vcademie de la publication prochaine de la ta-
ble des matiere.s des dix-neuf premiers volumes de n(»s memoires. Ce travail est aciuel-
lemeni sous presse et paraiira dans un mois environ.
I'St presenle commc membre titulaire : M. Tabbe Grimaud, cure de Sorgues, par
M.M. de Lacr«>ze. SaiTnier et Requin.
La parole e^i J(»nnee ensuite i\ M. le Secreiaire-preneral, qui lit un cMogc fundbre de
Mile Pellechei et de M. lievoil. membres honoraires de notre Academic. La genero-
site de .Mile Pellechet poiu" notre S«»cieieeut sut'ti d lui allirer les respectueuses sym-
pathies >.ie t<»us. 11 s'y est ajoute son erudition, ses travaux remarquables sur les in-
cunaMcs dcv hiblioth«Jques piibliquesde l''rance el de I'etranj^'or, el pour tous ceux
qui r<ini approclue. le souvenir de son affabilite el de son empresseinenl A mettre au
sersice de ceux qui le lui demandaieni, s<»n temps, sa science et son infatigable
devouement. M. Revoil est Uop connu parmi nous, pour qu'il soit neccbsaire de rap-
Dii i/acadkmie de vaugluse 85
peler ici quelle perte Thistoirc de Tart, autant que la science architecturale,a faite en
sapersonne. L'Academie de Vaucluse accucille pardes cipplaudissements unanimes
I'expression des regrets, que son Secretaire-General a bien vduIu formuler en son nom.
M. le Tresorier rend ensuite compie de la situation financiere de TAcademie. II
expose le budget de Tan passe ct celui de Tannee prochaine. M. le President se fait I'in-
terpreie de tous, en le remerciant de sa grestion et des soins qu'il apporie A maintenir
Tiiquilibre de nos recettes et de nos depenses. MM.de Vissac, Joleaud, de Lacroze
sont nomm^s membres de la commission de verificati<m des comptes.
M. I'abbe Meritan donne ensuite lecture d'une courte note sur le temoiynage de
Petrarque et I'ilge du Dante. 11 resulte d'un passage dc la corrcspondance de Ptlnrar-
que, g(^n<iralement oubli6 ou inaper<;u de I'immense majoritd- des danti.sants, que
Tauteur de la Divine Commie serait ne en 1242 et non en i2Gr, etsurait mort vers 1^21
et A TAge de 77 ou 78 ans et non A 56 ans. 11 nc faut pas oublicr cependant que le
passage en question ne tranche pas dv^finitivement la question, ii laquelle un jour peut-
etre quelque membre de noire Soci(}te apportera Ic secours dc son erudition.
M. le President donne ensuite lecture d'une notice sur M. de Lagardette, cure d'Au-
bignan, avant, pendant et aprcs la Revolution. Notre confrere, M. I'abbc Sage, qui en
est I'auteur, donne en premier lieu un expose de la situation sociale et <^conomique
d'Aubignanau moment de la Revolution. II dt^crit les m(x.'urs et les personnages de
la localite. et fait un tableau rapide de la vie populaire a celie epoque. Pui.s il trace,
avec quelques details, la biographie de son predecesseur, et raconte les diverses cir-
constances dans lesquelles il fut appele a jouer un role. L'alTaire du serment civique,
les elections de delegues, lui fournissent la matitire de plus d'un episode interes^ant.
A la fin de la seance. M. Grimaud est ^u a Tunanimite membre titulaire de I'Aca-
demic.
Annexe au proces-verbal du io Janvier 1901.
hLU Jcs rccctics ct dcpcnscs dc VAcadcmic pendant Vanncc lyoo.
RECETTES.
En caisse au r* Janvier iqjxj
i3o cotisations a 12 fr. 10
27 cotisations A 6 fr -
Subvention du Conseil municipal
Subvention du Conseil gtineral
Vente de fascicules et de catalogues Esperandieu
Interets du legs Dufosse
Participation de M. Sagnier a I'illustration des Memuires
DEPENSES.
Eirennes appariteur et facleur"*
A M. Seguin, impression des Memoires et convocations
Appointements de M. Binon
A la Soci^te des arts griphiques A Gen<!jve. pour illustration des
Memoires
A M. Royer, d Nancy, pour illustration des Memoires
A M. Vionnet, graveur, pour illustration des Memoires •
Prix Dufosse: note du libraire Lafiite, A Marseille
Frais de convocation des membres de rAcademie
Erais d'cnvoi des Memoires
Frais de bureau et de corre^^pr^nJance de M. le Secretaire genC-ral. .
Lover du local des reunions du lUnvau de rAcadeinic
Frais d'encaissemeni et timbre*^ :
Solde en caisse.
12
o5
1. 681
40
162
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200
»
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86 MEMOIRES
Projcl dc budget pour I'anncc kjOI.
RECETTES.
En caisse au i" Janvier 1901 i3i 8!
8 cotisations ii 12 fr., solde dc n/«j 96
i5o cotisations A 12 fr.. pour iyi>i 1.800
m
3o cotisations A 6 f r 180
Subvention du Ministtrre ixtmi
Subvention du Conscil general ior>
Subvention du Conseil municipal 2f»r>
Interets du legs Dufosse 45
Vcnte des catalogues et fascicules 5o
I • •
DEFENSES.
Etrennes
Impression et illustration des Memoires
Krais d'encaissement des cotisations et achat de timbres.
Appointements de M. Binon
Prix Dufosse
Lover du local du Bureau
Frais de convocations
Frais d'envoi des Memoires
Frais de bureau et de corrcspondance de M. le Secretaire-general.
Frais de seance publique
Reserve
Solde en caisse.
3.G02
85
i5
2.8fX)
f)0
70
45
200
i5
60
5o
10(j
100
3.5i5
V
87
8?
3.G02
85
Avoir de rAcaJcmie de WiucWse au /" janvler if/or.
En caisse i3i 85
Livrct dc la Caisse d'epargne :
Versements anterieurb. ...... 'J^>i 56
3 cotisations perpetuees 45o >
Capital de 45 fr. 3 "/• provenant du legs Dufosse i.5oo »
Total :i.3^2 3i
75 1 56
Seance du ■; fevrier ifjor. — Prcsidcnce de M. Laval, president.
Presents : MM. Laval, Avon.Limasset, Aurouzc, Joleaud, Labandc, Bourges, M«>ur-
ral, de Vissac, de Villaret. Pellat, Laroche, Gf)uel]e. abbe Grimaud et Meritan.
Le proctjs- verbal de laprecedente seance est lu el adopte. M. le President commu-
nique i\ ses colleagues deux letires, I'une deM. dc Lastcyrie, remerciant I'Academie de
I'avoir elu mcmbre h<morairc. On sail que, paries soins obligeants dc M. de Lastcyrie,
une allocation do millo francs, de.siinee lout specialement a la publication des dcssinb
de M. Alegre, a ete all<»uct.- a notre Socicrte. L'autre leitre concerne le prix Nobel, des-
hli L'ACADKMIE Dl!: VAUCLL'SK Hj
tini d r(icompenser le litterateur, potJte, dcrivain, philosophe, qui reuniraitla majorito
des suffragres du monde savant. Repondant avec empressement ci I'invilation faite par
TAcademie d'Aix par I'orgrane de son president, notre Academic a designed a I'unani-
mite le poete Mistral.
La parule est cnsuile donnee a M. Tabbe Grimaud pour sa communicatiun sur les
causes des anomalies. Le devoue directeur de I'in^'titution des sourds-muets, bdgues
et enfants anormaux, a bicn voulu dcHacher pour TAcademie quelqucs chapitres d'un
ouvrajj^e qu'il prepare sur ce sujet. Apres avoir rappele qu'il y eut de tout temps des
anormaux, il ram(^ne in I'heredite plus specialement la cause gren^rale des anomalies.
Mais I'heredite elle-meme est commandee par des causes plus spciciales, plus preci-
ses. Notre coll«^grue enum<ire successivement Talcoolisme, Tabus du tabac, I'intemp^-
rance, les exc«^s, I'opium, la morphine. Tether. Ne pouvant cmbrasscr dans une sim-
ple causerie Tetude de ces divers agrents de deyen^rescence physique, il donne un
aper<;u g-en<^ral de ces causes, sc proposant d'en parler plus au long- dans Touvrage
qui est actuellcmenl en preparation.
M. le Pr<^sident remercie notre coll(^gue de son travail.
La parole est donnee ensuite ci M. Mourral, qui communique A TAcad^mie, sous le
titre D^ ci dc la en Avignon, une scrie de poesies ecrites avec goQi, et dans cette note
humourisiique et gaie qui ajoute, bien loin qu'elle puisse rien en distraire, ii la va-
leur artistique des vers. Ecrites d'abord pour un cercle intime, ces pieces charmantes
n'etaient pas deslinees d voir le jour de si tot. Mais TAcademie est reconnaissante (i
Tauteur de lui avoir permis de les goQter la premi<>re. l^% statue dc Crilion, Ic Conser-
vatoire de musique, le Rhone en Avignon, le Mistral, et pour terminer, les vers vibrants
sur le drapeau du 7' regiment du genie, ont permis a tous ses collegues, s'exp'rimant
par leur President, de dire a.M. Mourral combien ils avaient etd charmes de sa lecture.
La communication de M.Delmas sur Ic terrain aptien, confiee A Tobligeance de M.
Labande, suscite vers la fin de la seance des observations de plusieurs de nos coll<i-
gues, qui ne peuvent d'ailleurs les developper, Tauteur extant absent.
L'ordre du jour etant epuisd, la st^ance est levee.
Le Secretaire, l^ President,
J. Meritan. D' L.wal.
Volumes et Fascicules
REgus PAR i;acadeaiie
Pendant le /«-''' Irimcstre de I'annee ifjoi.
I. — Envois du Miniature de rinstruction publique
et des Beaux- Alts.
.Comitti des travaux historiques et scicnlifiques. Comptes rcndus du congr^s des
socictcs savantes de Paris et des departcments tenu A Paris en 1901. Section des
sciences. — Leitres de xM"* Roland publiees par Claude Perroud, t. I" (1780-1787). —
Bulletin historique et philolo^que. 1900, n" et 2. — Bulletin du (Somite des travaux
historiques et scientiiiques. Section des sciences cconomiques et sociales. Congrcs
des societcs savantes de uji» tenu A Paris.
II. — Dons des auteurs.
1° M.Emile Bonnet: Les ouvragcs de Jean Plantavil dc la Pause, eveque de Lod6vc.
— 2' M. L. de Berluc-Pc'russis, membre correspondant de TAcademie : Per I'inagura-
cien de la fouont Jano dWrc ci Fourcouquic 28 d'outobre 1900}.
III. — Envois des Soci^tds correspondantes.
Revue historique de Provence, 1901, n" i, 2 et 3. — Revue de Saintonge et
d'Aunis, bulletin de la Soci6te des Archives historiques, t. XXI (tgoi), i" Hvr. —
Bulletin de la Soci6t<^ d'etudes des Hautes-Alpes, kjoo, 4' trimestre. — M^moires de
r Academic de Stanislas, 5* serie, t. XVII (i 899-190.^). — Societe des Antiquaires de
Picardie : La Picardie historique et monumentale, n* ; — bulletin, 1899, 2% 3' et
4* trimestres ; i9(X), i" trimestre. — Academic du Var : Livre d'or du centenaire,
1800-1900. — Soci6t(i des Antiquaires de la Morinie : Bulletin historique, t. X (1900},
4* fasc. — Revue des langues romanes, t. XLIII, n" 5 A 12. — Bulletin de la Society des
sciences naturelles de Saftnc-et-Loire, nouvclle s^rie, t. VII, n** i et 2. — Bulletin dela
Soci6t6 languedocienne de geographic, t. XXIII, 3* et 4' livr. — Soci6t6 archdologi-
que, scientifique et littc^raire de B<iziers, 3* serie, t. Ill, 2* livr. — Anales del Museo
nacional de Montevideo, t. II, fasc. xvii ; t. Ill, liisc. xvm. — Revue horticole
des Bouches-du-Rh6ne, 1901, n" 558 et 559. — Bulletin et Memoires de TAcademie
des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, iSyy-hjoij. — Bulletin de la
society Les Amis des sciences et arts dc Rochechouart, t. X, n* v. — Stud] e d(icu-
mcnti di storia c diritto, accadcmia di C(jnfercnze storico-giuridiche, anno XXI,
fasc. 4.— Bulletin historique du diocese dc Lyon, 1901, n" 2. — Bulletin de la Soci(ite
de statistique des sciences naturellcs et des arts industriels du d^partement de
ris6re, 4* serie, t. V uj^^i. — Bulletin de la Commission historique du dt^partement
du Xord, t. Ill 11849, V (isr>.\ VII ;r8r,3' i XXIV (i9.x>\ — xM^^moircs ct documents
de la Societe savoisienne d'histoire et d'archcnlogie, t. XXXIX (i90o\ — Bulletin de
la Societe scientifique ct liiterairc des Basses-Alpes (i90<j), n" 76 A 79. — Academic
des sciences, belles-lettres et arts de Besans:«m. iH'/j. — Soci6t«l* des lettres, sciences
et arts de TAveyron, i885, i'* partie, i9<xi, 2* partie. — Memoires de la Soci6t^
arch^ologique dc Montpellier, t. II, 2' fasc. — Memoires de la Society archeologique
de Bordeaux, t. XXII ''i8.)7\ 3* et 4' Hvr.
Opp^de et ses environs
FRAGMENTS D'ARCHEOLOGIE ET D'HISTOIRE LOCALE
L
La vallke Di' Caulon. — Soulevemext secoxdaire.
Lacs. — Station lacustre de Saint-Antoxix, commuxe
d'Oppede.
Dans le cours d'un travail de captage d eau, efTectu^ dans la
parcelle n° 3i du plan cadastral d'Opp^de, quartier de Saint-
Antonin, le propri6taire, M. R... aper^ut quelques fragments de
silex, m^lang^s dans les d(iblais extraits par les (mvriers, a la
profondeur de 2"5o environ. Ces premiers Eclats n'olTraient rien
de particulier et nul indice ne permettait de supposer que Ton
puisse faire, sur ce point, une trouvaille interessante quelconque.
Neanmoins, en quittant ses ouvriers, M. R... leur recommanda,
£\ tout hasard, de ramasser et de mettre decote tous les morceaux
de silex que la suite des fouilles mettrait a decouvert.
On creusait un foss6 et on 6tait arrive, ^ ce moment, d une
profondeur de 2'"5o. A ce point se terminait la couche de terre
v^getale superieure. En continuant, on traversait alors une zone
assez ind6cise et de faible epaisseur, formee par un melange dc
terre, sable et graviers, au dessous de laquelle on rencontrait
ensuite une c^paisse couche de sable jaune, prcsque pur ou
melange de graviers, et dans lequel se trouvaient diss(^mincs des
cailloux roules de toutes dimensions.
Cette couche de sable aquif6re, identique commc composition
ct aspect au lit actuel du torrent du Caulon, distant de 4(X) metres,
constituait 6videmment I'ancien lit de ce torrent, alors que, ante-
rieurement d tout d6p6t s(idimentaire de terre arable, il c^pandait
ses eaux et ses alluvions dans toute sa large vallee primitive.
i
l((J MLMOIRKS
La recommandation dc M. R... fut suivie ; ses ouvricrs mirent
dc c^lfi et lui apportcrent, trts peu de temps apres, 3() fragments
dc silex tmuvcs siir une longueur de Utss6 de r'xi a s"" environ,
ct dont la largeur au fond n'cxcedait pas o'"70 ou o"'8o. Ces silex
furent rccueillis au dessus de la couche de sable aquifere infe-
rieure, et au dessous de couche s6dimentaire de terre arable supe-
ricure. Dans cet apport ne furent pas compris les premiers eclats
de silex tnmvOs et rejetes dans les deblais.
Sabla Bquifsre dccc c^ I oua rouie^
AK Emplacement des St/ex.
II importe d'ajouter que M. R..., ayant temptirairement quitt6
scs ouvriers, n'etait pas present sur les Heux au moment de la
dticouverte de ces silex, et qu'il ne put pas constater leur mode
de dissemination dans le sol. Aucun des ouvriers ne sepr6occupa
de cc detail et ne donna des indications A ce sujet ; ce point
n'etait pas sans importance, parce que la maniere dont ces 6clats
6taient dispensers aurait pu fournir quelques renseignements
compMmentaires int6ressants.
Quand plus tard lous ces Eclats de silex furent examines atten-
tivemcnt, apres.leur classement selon leur nuance, il devint Evi-
dent que onze fragments provenaient du meme bloc. A la suite
de cette obser\'ation, et guidd; par les veines ou les coloration de
la pierre, on est parvenu S appliquer tous ces fragments sur les
faces d'nii ils avaient 6tc detaches.
La figure i (voir la planche) repr^sente en photographie, mats
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 9 1
reduit d moiti^ de sa grandeur, ce nucleus de silex reconstitu6,
dont la hauteur totale est de o'",i24, avec les dix morceaux
adherents.
Les vides que Ton y aper(;oit sont produits par Tabsence de
divers fragments ou Eclats detaches, qui n'ont pas et(^ retrouv^s ;
ils seraient peut-etre mis au jour par des travaux embrassant une
plus grande surface. Ces vides prouvent d'ailleurs que le travail
efTectu^ sur ce nucleus ne s'cst pas borne au seul detache-
ment des debris trouves.
L'examen des eclats decouverts et de leur superposition sur le
nucleus a fait comprendre les diverses operations de clivage dont
il a et6 Tobjet, et on en a facilement d(^duit I'ordre successifdc.
leur detachement, ainsi qu'on va Texpliqucr.
La figure 2, qui montre le nucleus avec six morceaux separ^s,
permet d'ailleurs de saisir I'cnsemble de ce travail et de sc rendre
compte de son execution successive.
Le gros morceau A a ete le premier fragment detache : la preuve
en est qu'il faut d abord enlever cette partie du nucleus, pour
mettre d d^couvertle point de frappe, au moyen duquel on a separe
le morceau B, lequel doit 6tre egalement enlev^, afin que les
autres 6clats puissent avoir 6te disjoints.
Le morceau B a 6te le second eclat detache apr^s A, attendu
que si ce dernier morceau couvre le point de choc qui a s^parc B,
une des faces de celui-ci recouvre aussi, de son c6td, le point de
choc et de d(^tachement des autres fragments.
Cette pi6ce B ao",078 de longueur totale ; elle semble constituer
un veritable racloir qui, par suite de Tenl^vement de deux eclats
(dont le d6tachement pourrait etre ant^rieur A celui des morceaux
A et B), se trouve bien en main et facile A tenir. C'est parce que,
avec ce fragment de silex, on ferait le meme travail qu'avec I'outil
arrondi appel6 echarnoir, servant a detacher des cuirs tous les
debris de chair ou de graisse rest^s adhc^rents a la peau, apres
le d^pouillement d'un animal, qu'on I'a ainsi denomme.
Ce racloir qui, au besoin, pourrait aussi etre employ^ comm3
instrument tranchant, a ete dc^tache du nucleus par un coup
frapp^ a la face posterieure, a un point B\ Ce coup nc parait pas
avoir et6 frapp^ directement ; d'apres Taspect du point de choc,
il semble que Touvrier a du se servir d'une pierre dure et pointue
comme d'un burin, afin d'assurer la percussion sur un point bien
fix6 et, sans doute, pr6alablement determine.
Le morceau de silex inscrit sous le n** 23, fig. 3, reunit touted
()2 MEMOIRES
les conditions d'un instrument de I'espece ; comme on Ta trouv6
sur le meme emplacement et qu'il est emousse, ou peut supposer
qu'il a servi d cet usage.
II ne faudrait pas conclure de ce qui precede, que Touvrier, en
clivant ce silex, a voulu en detacher un racloir.ix Texclusion d'un
autre outil quelconque ; ce serait une erreur. A cette p^riode,
rhomme savait, par experience, que certains Eclats de silex
etaient tranchants ; se rendant compte des services que pou-
vaient lui rendre des Eclats de Tesp^ce, il devait done probable-
ment chercher a detacher, d'un nucleus de silex, des fragments
ow morceaux susceptibles de lui etre utiles. Lorsque, dans un de
ces eclats, detache un peu au hasard, il reconnaissait une forme
avantageuse, il s'en servait. Dans certains cas, il achevait m^me,
au besoin, de facjonner de son mieux ces fragments, pour les
rendre le plus apte possible a I'usage auquel on les destinait.
Cette observation semble justifiee par la difference des deux
pointes de fleches n''" 3 et 5 (fig. 3), dont le n" 5 montre un degre
d'achevement sup^rieur d celui du n° 3.
Comme les divers instruments en silex taille ne peuvent jamais
avoir la meme forme, pour le m^me emploi, ce n'est en r^alite que
par leur usage presume qu'on les distingue et les qualifie, en
appelant coiiteau, tout ce qui peut servir d couper ; racloir, les
eclats paraissant servir a racier ; poin(;on, les morceaux pointus
capables de percer des peaux, et pointes de fleches, les fragments
susceptibles de servir de dard a ces armes. C'est done sous la
reserve de ces observations, que Ton donne a ces fragments de
silex une designation correspondante d leur usage presume.
Apres avoir enleve le morceau B, dont le chiffre iv sert de signe
de raccordement [voir fig. i et 2), Touvrier a probablement place
la pointe de la pierre qui lui servait de burin (voir fig. 3, n° 23),
sur la section du nucleus ainsi mis a d^couvert, au point c', et en
a ainsi detache la partie superieure. Ce fragment, qui n'a pas ete
trouve dans les fouilles effectu^es, doit etre classe comme le troi-
sieme ou le quatrieme, parce que sur la paroi mise d decouvert
par I'enlevement du fragment B, il y a deux points de frappe,
dont Tun a s^pare cette portion superieure du nucleus et Tautre
a disjoint 1 eclat E.
Si on est ainsi bien certain que ces deux morceaux occupent le
troisieme et le quatrieme rang, dans Tordre successif du clivage,
il faut ajouter que Ton n'a aucun jndice permettant de leur assi-
gnera chacun, avec certitude, un num^ro d'ordre special.
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 98
Apres avoir separe ces quatre morceaux, Touvrier semble avoir
change sa methode de travail, et parait avoir alors frappc directe-
ment sur le bord de la section sup^rieure du nucleus, aim d'en
detacher des (Eclats verticalement, ou de haut en has, dans le
sens de sa longueur. Avec ce nouveau genre declivage, il aenleve
successivement, d'abord le morceau D, qui se superpose sur un
fragment du groupe F ; en second lieu, les trois (Eclats du groupe F,
qui se tiennent en se recouvrant Tun Tautre, ensuite les frag-
ments 6 et VI et un 6clat qui se trouve entre ces deux derniers
morceaux.
Continuant le m^me travail, I'ouvrier a detache encore succes-
sivement tous les fragments qui manquent, et dont I'emplacement,
figurant en creux sous les morceaux ci-dessus, prouve clairement
que leur enlevement est posterieur aceux-ci. Tel est Tordre suc-
cessif du travail de clivage que dec^lent les Eclats trouves.
Le morceau D, d'une longueur deo'",i02 (fig. 2;, constitue evi-
demment un couteau, c'est-a-dire un eclat qui a dii ou a pu etre
utilise comme un instrument tranchant, attendu qu'il est bien en
main pour cet usage, surtout si en voulait sen servir pour enlevcr
la peau du cadavre d'un animal tu6. Dans la figure 2, cet instru-
ment a et(!: photographie le tranchant en bas et le manche en
haut, parce qu'il se trouve dans cette position lorsqu'on le separe
du nucleus.
• •
L'etude de ce nucleus, le nombre et Taspect des fragments en
provenant, les traces laissees par les chocs d'eclatement et leur
disposition, ainsi que la superposition des (Eclats, entrainent ainsi
la conviction absolue qu'une main intelligente et industrieuse a
elTectu^ ce travail, tantOt par chocs directs, tantot en se servant
d'une pierre pointueen guise de burin. Le travail de I'homme
pr6historique,anterieurement aux depots sedimentaires, peut ici
etre d'autant moins mis en doute, que les silex des figures i et 2
ne sont pas les seuls decouverts au meme endroit.
Tous les fragments de la figure 3 ont <^te, en efiet, trouves au
meme point, et leur couleur, ainsi que leurs contextures difie-
rentes, prouvent que le travail de la taille des silex s'est exerce sur
des blocs ou nuclei divers. Tous ces eclats sont en general isoles,
c'est-a-dire qu'ils ne se rejoignent pas entre eux, exccpte Ic
num^ro 25, qui est compost par deux fragments reunis.
94 MEMOIRES
Si on veut bien remarquer que la surface explor^e, a roccasion
de ce travail d'ouverture de fosse, n'a pas d(^pass(^ deux ou trois
metres carres, il semble que Ton est en droit de dire, sans etre
tax6 d'exage ration, que Ton a peut-etre rencontre lemplacement
d'un atelier de taille de silex, et que les fragments mis au jour
auraicnt ete probablement plus nombreux, si les fouilles avaient
embrasse une plus grande surface ou si au d^but on s'^tait dout6
de leur interet. II faut ajouter aussi, que le nombre des eclats de
silex, sans forme reguliere et sans emploi prc^sume possible,
trouves sur le meme point, est une preuve que la taille des silex
par rhomme prehistorique etait tr6s aleatoire, et que si, dans un
meme nucleus, il pouvait trouver parfois plusieurs eclats utili-
sabl^s, par contre les fragments detaches d'un ou de plusieurs
blocs et sans emploi utile etaient, en somme, bien plus nombreux.
m •
En examinant tous CCS divers morceaux de pierre, on peut se
demander pourquoi des eclats de silex presumes utiles se sont
trouves m^lang^s, sur le meme point, avec des fragments inutili-
sables. N'y aurait-il pas la quelque chose d'anormal ? II semble,
en efTet, que I'homme prehistorique aurait du mettre soigneuse-
ment de cote, au fur et a mesure, les fragments tels que le racloir
B et le couteau D (fig. 2), comme les points de fkches n**" 3 et 5 et
le poin(;on n" 4 (fig. 3), si ces eclats avaient pu reellement lui etre
utiles.
Enfin, est-ce que le melange de tous ces morceaux de silex,
trouves ensemble et sur le meme point, ne peut pas devenir,
dans la circonstance, un argument contre Thypoth^se 6noncee
ci-dessus, relativement a la qualification deces fragments, d'aprds
leur utilite ou leur emploi presume ?
En semblable mati^re, et surtout vis-a-vis d'objets se rappor-
tant ci des epoques si cloignees, toutes les suppositions sont
possibles, et toutes les hypotheses sont permises. Mais si on entre
dans cet ordre d'idcies, la logique va conduire a d'etranges
conclusions. En eflet, comme on ne peut pas avoir la preuve
complete que I'homme prehistorique ait volontairement tailld
dans des blocs de silex des couteaux, des racloirs, des poinc^ons,
etc., pour s'cn scrvir, il faudra nccessaircment conclure de la
dccouvcrte dc tous ces fragments de silex melanges, ou que
rhomme de cette periode cassait des silex sans aucune raison,
DE L academil: de vaugluse 9D
ou bien que tous ces c^clats divers, trouves melanges ensemble,
sont le resultat du hasard ou d'un cas fortuit.
Mais si on faisait la preuve demandee pour quelques-uns de
ces eclats, celle-ci ne serait-elle pas faite pour tous? Or, il faut
remarquer que Ton n'a pas seulement decouvert les fragments
D, couteau, B, i*acloir (fig. 2) et le poin^on n" 4 (fig. 3), vis-^-vis
desquels le champ des hypotheses peut etre considere, au besoin,
comme illimitd ; on a trouve aussi deux pointes de Heche en
silex n"" 3 et 5 (lig. 3) et, a cet e^gard, on va pouvoir invoquer une
preuve materielle, devant laquelle aucune contestation n'est pos-
sible. C'est la vert^bre d'animal traversee par une pointe de
fl^che en silex, que Ton peut voir au musee lapidaire d'Arles-sur-
Rhone.
Voild un fait materiel et incontestable ; il prouve d'une
fa<;on irrefutable que Thomme prehistorique se servait, comme
arme de chasse, de Heches a pointes de silex. Voila la preuve
evidente que les pointes de fleches en silex sont un produit
volontaire et utile de I'industrie de Thomme prehistorique ; voila
enfin la demonstration, aussi complete que possible, que les
eclats de silex, ayant la forme de pointe de fl6che, quoique trouves
en melange avec d'autres eclats inutiles, n'en sont pas moins des
instruments utiles, fabriques volontairement par I'homme pre-
historique, et pour Tusage auquel ils paraissent destines.
Et maintenant, pourquoi ce qui est vrai pour les pointes de
fleches ne serait-il pas vrai pour les couteaux, les racloirs et les
poincjons? Toutes les probabilit^s sont la !
Le fait materiel de rcmpk)i de fleches a pointes de silex entraine
avec lui bien d'autres deductions. II faut observer, en eflet, que
des fleches armees d'une fine pointe de silex, tres aceree, mais
aussi tres cassante, ne pouvaient etre employees, avec succes, que
pour la chasse et la destruction des animaux de taille mediocre
ou petite, dont la peau n'oflraitni une grande epaisseur, ni une
forte resistance. Or, apres avoir iu6 un animal de Tesp^ce,
rhomme prehistorique devait evidemment le dcipouiller de sa
peau, pour se nourrirde sa chair, et on conviendra sans peine
qu'un instrument tranchant quelconque lui etait, dans ce cas, un
auxiliaire tres utile pour une semblable operation. Ensuite, a
moins d'abandonner et de dedaigner la fourrure de ces animaux,
il devait la preparer pour s'en servir de vetement ou de parure,
et, dans ce cas encore, un instrument de raclage lui etait d'un
grand secours. Enfln, si les animaux tues etaient de petite taille,
n6 MEMOIRES
leurs depoLiillcs ne pouvaient pas etre grandes, d'oii obligation
d'en r^unirplusieurs ensemble pour lesutiliser; mais,de la aussi,
necessity absolue d'un poincjon pour les assembler, c'est-a-dire
les joindre et les coudre les unes avec les autres.
Si done il est incontestable, malgre I'absence de preuves mate-
rielles, qu'un couteau, un racloir et un poin^on pouvaient etre
des outils, en quelque sorte indispensables ^ Thomme, precise-
ment comme consequence de Tusage prouv^des pointesde fleches
en silex, n'est-il pas logique d'appeler couteau, racloir ou poinfon,
des eclats de silex capables de servir a couper, racier et percer,
quoiqu'il ne soit pas possible de fournir aucune preuve certaine
ou mat^rielle que ces morceaux de silex ont ete des outils meri-
tant les noms ci-dessus, pas plus qu'on ne pourrait prouver, dans
le cas de Taffirmative, qu'ils ontet6 rtellement employes ^ I'usage
indique par ces d(!inominations. Mais est-ce que la seule absence
d'une semblable preuve, impossible d faire, peut suffire pour
combattre de pareilles probabilites ?
Le poin^ondeo",o6de longueur, n** 4 de la figure 3, meriteenfin
une derniere observation sp^ciale. Nul ne contestera que ce frag-
ment de silex, taill^ a plat sur deux faces, de telle sorte qu'il ne
tourne pas dans la main, et suffisamment pointu pour percer du
cuir, sans se briser sous TefTort n^cessaire pour ce travail, ne soit
un instrument tres bien approprie a cet usage exclusij. Or, si on
Texamine avec attention, on constate que certaines aretes de la
pointe paraissent leg^rement emoussees, tandis que les angles de
la portion plus large, et pouvant etre consid^r^e comme le man-
che, sont a vif. Est-ce la preuve que ce poincjon a servi? Est-ce a
Tusage ou a toute autre cause qu'il faut attribuer ce fait? Nul ne
pourra evidemment jamais elucider ce point de detail, qu'il conve-
nait cependant de signaler.
Apres ces explications, desquelles il resulte, d'une fa^on evi-
dente, que ces Eclats de silex sont le resultat d'un travail volon-
taire et intelligent de Thomme prehistorique et prouvent son
existence a cette epoque, il convient de rechercher la cause pro-
bable du melange de tous les fragments inutiles avec les Eclats
presumes utilisables.
La couche de sable et graviers, melangee de cailloux roul6s de
diverses dimensions, au-dessus de laquelle on a trouve ces silex,
etant Tancien lit du torrent du Caulon, dans lequel on rencontre
DE lVcademie de vaucluse 97
actuellement de nombreux cailloux et blocs de silex roules, on
peut supposer qu'a une periode de basses eaux, rhomme prehis-
torique a taille ces silex sur les Heux niemes. Puis, que, dcirange
dans son travail par urte Cause iriconnue, il s'jn est eloigne, en
abandonnant, sur place, pele-mele et endesordre, tous ces eclats,
avant d'avoir eu le temps de les choisir, et qu'il n'est plus jamais
revenu en cet cndroit. Tel est le concours de circonstances qu'il
faut supposer, vis-a-vis de I'homme. Mais cela ne serait pas encore
suffisant.
Ces eclats de silex, dont quelques-uns sont tres legers et tres
fragiles, sont restes intacts, ce qui prouve qu'ils n'ont jamais ete
roules ni deplaccis par les eaux. Ce fait materiel oblige done
d admettre d'abord que les eaux torrentielleset rapidesdif Caulon
n'ont plus coule sur ce point, depuis le moment de la taille de ces
silex jusqu'^ la formation du d6p6i sedimentaire de terre arable ;
et, en second lieu, que les eaux ayant form6 le depot de 2'",5o de
terre vegetale sont arrivc^es, sur ce point, d'une fa^on assez calme,
pour ne pas agiter ces eclats.
Tel est Tensemble des conditions supplementaires qu'il faut
6galement accepter, malgr6 leurs difficultes d'applications.
Si, par suite, on rejetait cette hypothese, on serait alors force
de supposer que rhomme prehistorique a taille ces silex sur le
plancher d'une habitation lacustre ou d'une hutte, situee sur un
radeau (i), et qu'un accident fortuit a occasionn^ leur chute dans
Teau. On comprend que, dans ces conditions, tous les eclats ont
du se trouver forc^ment r^unis pele-mele, sur un m6me point,
et qu'ils y ont ^ie ensuite recouverts ensemble par les depots
s^dimentaires successifs. Cette hypothese, si simple, expliquerait
tout. Ce serait m^me la seule solution admissible, s'il 6tait
demontre qu'il y a eu jadis des lacs dans la vallte du Caulon.
C'est done I^ le point interessant a expliquer, et, quoiqu'il
n'ait jamais et6 signale parlesg^ologues, il ne se heurte cependant
^ aucune impossibility naturellc.
Si on examine la vivacite des aretes de tous ces eclats de silex et
la petitesse de certains d'entre eux, on arrive a cette conclusion,
que ces fragments n'ont jamais ete roulds ni dc^places par les
eaux, et n'ont, par consequent, jamais subi Taction d'une eau en
mouvement. Ce fait materiel exclut ainsi les eaux debordees du
T; On laisse de c6t6 Thypothtisc U'un canot, d'abord parce qu'il n'est pas prouve
que rhomme prehistorique en ail consiruil et fait usage, el, d'autre part, parce que
cetle supposition ne modifierait en rien les conclusions au point de vue gdologique.
Cf, MEMOTRES
torrent du Caulon, C(.»mme agent de formation de la couchc do
terra arable de 2"\5() d'epaisseur, au-dessf)us de laquelle on a
trouve tous ces sllex reunis. D6s lors, si cette couche de terre
vegetale n'apas pu etre formee par Teau courante du torrent du
Caulon, il faut absolument quelle soit le resultat des sediments
d'une eau tranquille, c est-il-dire lacustre. Mais si c'est uniquc-
ment £1 letat de depot, au fond d'un lac, que ces silex trouvent
rt^unies toutesles conditions de leur recouvrement par une couche
de terrain sedimentaire arable de 2'"5(), il rcssort alors de ces
observations, basecs sur des faits constants, la preuve qu'il y a
eu, sur ce point de la vallee du Caulon, un amas d'eau tranquille,
c'est-c\-dire un lac.
Pour elucider a fond cette question, il semble necessaire d'in.
diquer encore brievement les conditions dans lesquelles il peut se
constituer un amas d'eau tranquille, tel qu'un lac. 11 faut, pour
cela, soit un affaissement du sol au-dessous des terrains envi-
ronnants,ce qui dc^termine une cuvette oil I'eau sejourne, ou bien
la formation d'un barrage ou d'une digue transversale retenant
les eauxet elevant ainsi leur niveau au-dessus de la surface du
sol. Comme les silex ont etc trouves a peu pres sur la couche de
sable et graviers formantl'ancien lit du torrent du (Caulon, dont le
lit actuel, situe a 4(xj metres environ, est maintenant a un niveau
un peu inferieur, il resulte de ces faits la preuve que, sur ce point,
il ne s'est produit aucun atTaissement des terrains. Des lors, pour
que leseaux aient ete assez sureleveespour deposer, au-dessus de
Tancien lit du Caulon, une epaisseur de terraiw sc^dimcntaire de
2'"?o, il a ete absolument necessaire qu'un barrage transversal de
la vallee ait arrete Tecoulement naturel des eaux du torrent, et en
ait eleve le niveau, au moins a cette hauteur. Ce travail n ayant pu
etre efTectue par la main de I'homme, ne peut etre attribue qu'ili
une modification geologique du sol.
Si on veut bien remarqucr que la vallee du Caulon a ete d(^ter-
minee par les grands soulevements du Luberon, du Ventoux et
des monts de Vaucluse, qui, d'apres Scipion Gras (i), sont con-
temporains et se rapportcnt a la meme periode geologique, il
devient incontestable que tout autre soulevement du sol, dans
r Description ftcoUt^ii^uc Ju Jcf.\irtement Jc Vjuclusc. p. i<».
t
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 99
cette vallee, constitue un phenomene geolog-iquc dilKrent et pos-
terieur(i). Telles sont les deductions qui sc tiennent ct s'cnchai-
nent forc^ment.
Le soul6vement posterieur, partiel ou local, d)nt il est ici ques-
tion, n'a jamais ete signale par les gcologues, probablement
parce que n ayant donne naissance qu'^l des collines peu elevces,
il n'a pas pr^sent^ de dislocation, ni des fractures de couches
stratigraphiques pouvant servir de point de repere ou de recon-
naissance. D'autre part, comme ce soulevement n'a dilTere du
pr(^c(bdent que par sa direction ct a agi sur les memes terrains,
qui constituaient deja les ramifications des montagnes voisines,
il est facile de comprendre comment il a pu etre, par cela memc,
confondu avec le soulevement principal du Luberon et du Ven-
toux, et compris dans une seule et meme revolution geologique.
II ne faudrait cependant pas supposer que ce soulevement s'est
borne d la constitution d'un seul barrage transversal de la vallee
du Caulon, entre Robions et la tour de Sabran ou plus en amont,
vers les derniers contreforts des collines venant de Gabrieres et
deMaubec, pour former le seul depot d'alluvion deSaint-Antonin.
La mttne convulsion geologique semble semble s etre fait sentir
depuis le Pont-Julien jusqu'aux collines de Lagnes. C'est a son
action, qu on peut rattacher le soulevement des collines secon-
daires du Devens, de Goult, de Notre-Dame des Lumieres, des
Beaumettes, de Picordon et de Saint-Peyre, sur la rive droite du
11' II n'esl pas possible d'expliquer lous les phenomenes constates, au moyen du
seul et unique soulevement des montagnes du Luberon et de Vaucluse, mCine en
admettant que les ramifications lat(}rales de ces montagnes, en se rejoignant, aient
pu constituer un ou plusieurs barrages, ayant donn6 naissance A un ou plusieurs
lacssuccessifs.il faut remarquer, en effet, que les eaux du torrent, en s'epandant au
fond de la cuvette d'un lac primitif, ont pu y deposer une premiere couche de sable
avec des cailloux roules. Mais, d<^s qu'un certain volume d'eau a 6t<i retenu dans
cette cuvette, ce liquidc a fail obstacle au courant du torrent, dont les eaux,perdant
alors leur vitesse et leur force de transport, ne pouvaient plus di'^seminer au loin
do gTOS cailloux roules. La presence de ces cailloux, dans toute I'epaisseur dc la
couche sableuse, devient ainsi la preuve de sa formation par une eau en mouve-
ment, c*est-d-dire courante,ce qui nepeut se produire que dans une vallee continue,
ouverte et sans barrages.
Enfin, en admettant des lacs provcnant du premier soul<^vement, aprcs la rupture
des barrages de retenue, laissant un libre cours aux eaux, il n'aurait pas pu se
ddposerdes terrains de sediment a 5our> metres au-de^susdu niveau du litdu torrent,
et ces d<ip6ts ne devraient 6tre formt^s que par des vSables, des graviers et de gu^s
cailloux roules, parce que ce sont U les matiOires dont le Caulon forme scs alluvions.
L'existence de strate de terre arable, sans gros cailloux roules, ct ayant par conse-
quent une autre urigine que les alluvions ordinaircs du torrent du Caulon, impose
les conclusions relatives a un soul^lJvement secondairc.
«
«
Caulon, ainsi que dt:smamelons voisins i
des Artemes, de 1' Auziere, de Roque-Vent'
Flaux, sur !a rive gauche de ce torrent, l-
en se rejolgnant, ont dti conslituer plusi'.
la vallee. Ceux-ci, en retenant Icseaux, uni
d des lacs successifs plus ou moins cten^
se sont ensuitc deposes les terrains de bl\
plaines de Bonnieux. de \otrc-Dame des Lun
des Beaumettes et d'Oppede [i'.
Puisque ces grands depots de terrains s6di
preuve de Texistence, anterieure de nombreux
■quille, c'est-a-dire de lacs successifs, superposit'
Caulon, et relies par des cascades de ce cnurs d
done plus contester le fait de la possibilito d'une
a Saint-Antonin, sans rejeter en mfeme tLimps
phenomene geologique qui aurait donn6 naissai.
Mais alors, comment expliquerait-on la format ion
depots sedimentaires, en dehors de ces lacs et d'un
secondaires (•>)?
On a vu que les silex en question ont ttii truuves ..
toute la couche des terrains s6dimentaires, c'est do
(i) Bienque la forte penie de la valine du Caulon, variant de 4 i 6V.. 1
les diffiiiences d'aliilude des plaines de Bonnieux ■ 160" . de Goull (i.
(i35") el deRobion (•)5->, resilience prihistoriquede barrages nalurels,
superposes, I'expliquerail encore tnieux.
;a; C'est vainement que I'on voudrait expliquer ct juslifiLT, par les i
torrent du Caulon, en lemps de crues. la formation de la couche de ten
g-Sod'^paisseur, deposiesur ces silex, parce que, comme ces fragments si
deiicats n'ont jamais Hi bouleversiis, on a ainsi la preuve que Teau ayani
premiere straie est arrivie sans vitesse, hypothOse que la penle de la vail
5 p."/.. rend absolument inadmissible, vis-4-vis du torrent du Caulon. (
d'autre part, expliquer que, avanl le ddpot des silex, I'eau du Caulon ait de
ce point une couche de sable avec de gros cailloux, routes et que Its diipots u
ne soient constiluiis que par de la terre arable, qui semble provenir des mo
voisines, avec pen de sable et point de grus cailloux roules ? Tel est le chan.
inexplicable par rhypothfise ci-dessus. Puisque les depots successifs son! s.
rents, il faut que les conditions de leur formation soient dissemblables.
Quoiqu'on n'ait pasconstotii la pr.;sence de fossiles d'eau douce. Huviatil.
lacuslres, dans les terrains recouvrant ces silex. leur absence ou leur presence ne
pas devenir un arg-umenl relativement au mode de formation
vionnaire de ce diSpOt. parce que, dans les deux cas. c'esl tciu
torrent du Caulon, qui aurait etS leur cause agissante.
tmm^ia^
i VAUCLUSE KO
jivaient, en general, la direction
ice montre que les chemins se
oeaucoup des voies de commu-
subsistent encore a Tetat de che-
nombre d'entre elles semblent
Ic nouvelles routes modernes ont
-•nt. Comme consequence de ces
Lit done affirmer qu'a (^galite de
de vue de Tepoque romaine, le
\pt et Cavaillon, representera, en
la direction qu'a du suivre la voie
js de ['application de cette propo-
- deux itineraires de Milan ^ Aries et
.jue des inscriptions des vases Gadi
./ Julia (Apt) et Cabellione ou Coalline
romaine, de xxii milles (i) ; les tables
! indiquaient xxiv milles (2). Le mille
vca i,48i'"5o, il s'ensuit que la distance
lit, par la voie romaine, de 32,598 ou de
bien consid^rer que I'emplacement des
■A aillon n'a pas change depuis I'epoque
entre ces deux villes est, approximative-
■ 28,500 metres ; que par un chemin car-
lle est d'environ 3o,6oo metres etque par
^ longue, elle est de 82,400 metres, on sera
ic les deux indications de xxii milles
OS (35,556™) sont ^galement erronees,puis-
j le plus long parcours, d'apr^s les routes
I existantes.
le 755 toises de 3 pieds. Le pas ordinaire est, en g^n^ral
le pas aura^ done i"48, ce qui donnerait pour mille pas
J fixe le mille romain A i,484"5o, Littr6 lui donne seule-
^isM. Ernest Desjardins estime qu'il doit 6tre
•ul semble aujourd'hui gen^ralement admise
les tables de Peutinger portent xii d'Apt
I. Ernest Desjardins a d6ja reconnu que
plus loin que la distance de ad Fines A
\ milles seulement.
100 MEMOIRES
Caulon, ainsi que desmamelons voisins de la Begude.des coUines
des Art6mes, del'Auzi^re, de Roque-Ventouse, des Sabliercset des
Plaux, sur la rive gauche de ce torrent, et dont les ramifications,
en se rcjolgnant, ont du constituer plusieurs barrages a travers
la vallee. Ceux-ci, en retenant Ics eaux, ont alors donne naissance
a des lacs successifs plus ou moins etcndus. au fond desquels
se sont ensuite deposes les terrains de sediments des plans ou
plaines de Bonnieux. de Xotre-Dame des Lumieres et de Maricamp,
des Beaumettcs et dT)ppede (i).
« •
*
>
Puisque ces grands depots de terrains sedimentaires sont la
preuve de I'existence. ant6rieure de nombreux amas d'eau tran-
quille, c est-a-dire de lacs successifs, superposes dans la valine du
Caulon, et relies par des cascades de ce cours d eau, on ne peut
done plus contester le fait de la possibilite d'une station lacustre
a Saint-Antonin, sans rejeter en meme temps Thypothese du
phenom6ne geologique qui aurait donne naissance a ces lacs,
Mais alors, comment expliquerait-on la formation de ces grands
depots sedimentaires, en dehors de ces lacs et d'un soul^vement
secondaires (2) ?
On a vu que les silex en question ont 6i(!t trouves au-dessous de
toute la couche des terrains sedimentaires, c'est done que leur
,1 i Bicn que la forte pente de la vallee du Caulon, variant de 4 A 6'/.. puisse justifier
les difftirences d'altitude des plaines de Honnieux > uV)- , de Goull (i40*.\ d'Opp6de
(i35-i et de Robion (95- . Texistence pr^historique de barragrcs naturels, successifs el
superposes, Texpliquerait encore mieux.
2' C'esl vainemenl que Ton voudrait expliquer el justifier, par les alluvions du
torrent du Caulon, en temps de crues, la formation de la couche de terre arable de
2"5o d'tipaisseur, deposee sur ces silex, parce que, comme ces fraj^ments si legers et si
d^licats n'ont jamais 6te bouleverses, on a ainsi la preuve que I'eau ayani depose la
premiere strate est arriv^e sans viicsse, hypothcse que la pente de la valine de 4 4
6 p. •/',. rend absolument inadmissible, vis-A-vis du torrent du Caulon. Comment,
d'autre part, expliquer que, avant le depot des silex, I'eau du Caulon ait d6pos6 sur
ce point une couche de sable avec de groscailloux, roulcset que les d«ip6ts ultdrieurs
ne soicnt constitucs que par de la terre arable, qui semble provenir des montagrnes
voisines, avec pcu de sable et point de f,^r<)s cailloux r(»ules> Tel est le chanffement
inexplicable par I'hypothOse ci-dessus. Puisque les depots successifs sont si diffti-
rents, il faut que les conditions de leur formation soient dissemblables.
Quoiqu'on n*ait pas constate la prc-sence de fossiles d'eau douce, fluviatiles ou
lacustres, dans les terrains recouvrant ces silex, leur absence ou leur presence ne peut
pa«^ dcvenir un arjjrument relativcment au mode de formation st^dimentaire ou allu-
vionnaire de ce depot, parce que, dans les deux cas, c'est toujours la mfemc eau du
torrent du Caulon, qui aurait etd leur cause a^issante.
DE l'academi£ de vaucluse ioi
d^pot est anterieur ou contemporain des premiers sediments.
Dans rhypothese presentee, la station lacustre daterait done de
r^poque meme de la formation des lacsde la vallee du Caulon.
Comme au sujet de cette station lacustre, fournissant seule
I'explication de tous les faits se rattachant a la d(icouverte de ces
silex, Tabsence des palafittes (dont un hasard fera peut-etre plus
tard d6couvrir quelques restes ou quelques traces) peut laisser
subsister certains doutes, il convient de faire remarquer la diffe-
rence qu'il y a entre les lacs demeur^s en cet etat et ceux desse-
ches, comme les lacs du Caulon. Pour les premiers, dont le fonds
n'a jamais subi de changement de I'espece, les palafittes immer-
ges constituent la preuve necessaire des stations lacustres ; mais
il n'en est pas de meme pour les autres, par suite des considera-
tions suivantes.
Lorsque, a la suite d'line cause quelconque, une debacle se
produisit, operant la rupture dc toutes les digues transversales
dc la vall(^e, et que le torrent du Caulon. eut repris son ancien lit,
r^coulement forc6 de toutes les caux retenues, et constituant les
anciens lacs, eut pour efTet de mettre leur fond 4 sec ; par conse-
quent, les palafittes qui soutenaient les planchers des habitations
lacustres, au-dessus du niveau des eaux, resterent a d^couvert
au-dessus du sol. Comme ces troncs d'arbres etces pieux, ainsi
exposes aux influences de fair, se sont evidemment decomposes
avec le temps ou bien ont etc coupes pour etre bruies ou meme
arraches, a cause de leur gene pour I'execution de travaux de cul-
ture du sol, il n'est pas etonnant que, dans de semblables condi-
tions, on n'en trouve pas de vestiges. Telles sont les raisons pour
lesquelles, vis-a-vis de ce terrain, fond d'un ancien lac desseche,
fabsence de palafittes ne peut pas etre invoquee comme un argu-
ment decisif, pour contester Thypothese d*une station lacustre.
Les deductions ci-dessus, resultant de fetude de silex tallies,
trouves a 2"5ode profondeur dans le sol, sous une couche de
terrain d'alluvion, et appuyees de certains autres faits materiels,
paraissent ainsi irrefutables. Elles prouvent done aussi bien
un phenomene geologique, non encore signaie et special k une
partie de la valiee du Caulon, que Texistence des hommes prehis-
toriques dans la region et leur mode d'habitation lacustre, que
Tabsence de grottes ou de cavernes, dans ce quartier, semblerait
d'ailleurs justifier.
\02 MKMOIRKS
II.
La voiu: romaixe extre Apt et Gavaillon.
— La statiox aJ Fines, sur le territoire de la commune
i)E Mexerbes.
I. — Observations generates.
En archeologie, la critique est en general tr6s aisee, parce qu'il
est plus facile de contester une assertion que de fournir la preuve
du contraire. Cela se verifie surtout vis-a-vis des petits details
d^histoire locale, qui sont d'autant plus d^battus, que, A cause de
leur peu d'importance, nul n'a jadis song6 d en prendre note.
Tel est, par exemple, le cas des diverses directions indiqu^es
pour le trace de la voie romaine entre Apt et Gavaillon, et de Tin-
certitude ou Ton se trouve encore aujourd'hui sur remplacement
veritable, ou meme le plus probable de la station ad Fines, situee
entre ces deux villes.
D'apr^s les documents anciens, itineraires d'Antonin, tables
th^odosiennes de Peutinger, vases Gaditaires ou Apollinaires de
Vicarello, il est incontestable que la voie romaine, allant de Milan
ti Aries, passait d Apt et a Gavaillon, et avait, entre ces deux
villes, une station intermediaire, designee sous le nom de ad Fines,
En presence de deux faits aussi certains, comment peut-il se faire
que Ton ignore Templacement de cette station, et que Ton soit
m6me encore ind^cis sur la question de savoir, si la voie romaine
suivait la rive droite ou la rive gauche du Gaulon, ce qui augmente
rincertitude relativement a la situation de la station ad Fines ?
La raison en est qu'a Texception du pont Julien, il n'existe
actuellement, d'Apt a Gavaillon, aucun vestige ou ruine de
construction romaine (i) pouvant justifier une conjecture. Pas
plus sur la rive droite que sur la rive gauche du Gaulon, on n'a
trouv(^ desbornes miliaires, des tombeaux, des ruines de temples
(i) Avant i852, il existait sur le ruisseau du Valadas ou riaou de Saint- An tonin,
commune d'Oppdde, unancien pont rdpute pontromain, mentionn6 dans un actede
1408; ce vieux pont a 6te detruit et reconstruit en i852, lors de la refection de la route
de Mdnerbes k Gavaillon.
DE lSvcademik de vaucluse io3
votifs. etc., de telle sorte que les diverses hypotheses presentees
a ce sujet, ne sent jamais corroborees par aucune preuve mate-
rielle.
Dans cette incertitude, et comme la direction d'un chemin
quelconque depend, en general, de la topographie delacontree
traversee, il semble que c'est uniquement au moyen de Texamen
approfondi du terrain, que Ton peut d'abord determiner le meil-
leur trace possible et en demontrer ses avantages sur tous les
autres. De plus, si la direction ainsi designee se trouve indiqu6e
sur le terrain par un ancien chemin, encore actuellement caros-
sable et passant par un emplacement reunissant toutes les condi-
tions exigees pour Tetablissementd'une station, il semble que de
cet ensemble de faits materiels, il doit en resulter une preuve suf-
fisante pour imposer et entrainer la conviction sur ce point.
C'est ce qu'on va essayer de faire ressortir dans cette etude.
«
La vicinalite romaine comprenait trois classes de voies de
communication, qu'il ne faut pas conlbndre, savoir : les chemins
publics ordinaires, de 'i^So de largeur, reliant les vilJes et les
bourgs d'une province, tels seraient les chemins d'Apt a Avignon
ou a risle ; les voies romaines, secondaires de 4™ de largeur, ser-
vant de moyen de communication entre les diverses provinces de
TEmpirc romain, allant d'ltalie en Espagne ; et les voies romaines
principales, ayant 4'"G3 de largeur, existant a Rome, telle la voie
Appienne, servant de debouch^ commun ^ plusieurs autres voies
romaines secondaires.
L'etablissement d'une voie romaine 6tait un travail conside-
rable, parce que celle-ci comprenait : r le statumen, ou fonda-
tion en pierres plates poshes sur un lit de mortier; 2" le rudiis,
partie intermediairc constitute par des moellons relies par un
bain de chaux ; 3° le micleus, partie superieure meiangee de
pierres et de briques cimentees, recouvertes par les blocs polygo-
naux de la chaussee, dont la largeur, sur les diverses voies
secondaires et principales, n'etait en general que de s^GS. II
semble. d apres cela, que la reconnaissance de Templacemerit
d'une veritable voie romaine doit etre une chose bien facile. Cela
le serai t elTectivement, si ce mode de construction avait ete tou-
jours et partout applique. Or, facheusement, il n'en a pas ete
ainsi. M. Ernest Desjardins (ij fait precisement observer que les
(1) Geographic historique et administrative de la Gaule romaine, t. IV, p. 222.
104 MEMOIRES
voies romaines ne pr^sentent ces trois couches distinctives et
caract^ristiques qu'en Italie et que, dans les.Gaules, elles ^taient
le plus souvent construites et empierrees avec des mat^riaux
rencontres sur place. Voila ce qui s'est produit pour la voie
romaine entre Apt et Cavaillon ; c'est I'absence du statumen et du
nidus, que Ton ne trouve nulle part entre ces deux villes, qui a
seule ernp^che de reconnaitre et de constater materiellement
Templacement de cette portion de la voie romaine.
Lorsque deux villes, reliees par une voie romaine secondaire,
etaient separees par une certaine distance, on avait etabli des
lieux de station intermddiaires, designes sous les noms de man-
siones et de mutationes, qui peuvent serv'ir ^ reconnaitre le trace
de ces chemins.
Les mansiones, veritables h6telleries pour les voyageurs, etaient
installees seulement lorsque la distance a parcourir, entre deux
villes, ne pouvait pas etre franchie danslajourn^e; les mutationes,
n'^taient, comme le nom Tindique, que des relais pour changer de
chevaux. Ces stations, uniquement destinies au service des voya
geurs, n'avaient aucun caract6re militaire ou strategique. Mais
pour bien r^pondre a leur destination, il fallait qu'elles fussent
placees : i° pres d'un ruisseau ou d'une source abondante, afm
de satisfaire k tous les besoins des hommes ou des animaux ;
T t cotd d'un terrain permettant le campement temporaire ou la
halte d'une legion en marche ; 3° dans un lieu d'ou les communi-
cations avec les pays voisins fussent faciles. Les mansiones
exigeaient, en outre, des constructions d'une certaine impor-
tance, pour abriter et loger les voyageurs pendant la nuit, tandis
que les miitationes n'avaient en reality besoin que d'^curies et
d'une salle commune, pour leur sejour roomentane assez court.
Lorsqu'on connait le trace d'une voie romaine, on peut y
rechercher I'emplacement d'une station ou bien, au moyen de
cette derni^re, il est facile de determiner la direction du chemin ;
mais comment faire, lorsque, ^ Texception des deux extre^mites,
on ne connait ni I'emplacement de la route ni celui de la station ?
La voie romaine ^tant la chose principale, dont la station est seu-
lement I'accessoire, la logique exige que Ton recherche tout
d'abord et de pref(!;rence I'emplacement de la voie romaine, plut6t
que celui de la station. La determination ult6rieure de celle-ci,
faite en dehors de la circonstance du chemin, deviendra par cela'
m^me une preuve subsidiaire de I'exactitude de la direction de la
voie romaine, de telle sorte que la coincidence de ces deux indi-
cations leur donnera, de cette fa(;on, un caract6re de probabilite
invincible. •
DE u'aCADEMIE DE VAUCLUSE I()5
On sait que les voies romainessuivaient, engene^ral, la direction
la plus courte. De plus, Texperience montre que les chemins se
conservent tres longtemps ; que beaucoup des voies de commu-
nication cr66es par les Romains subsistent encore d I'^tat de che-
mins ordinaires et qu'un certain nombre d'entre elles semblent
n'avoir disparu, que parce que de nouvelles routes modernes ont
6i^ (^tablies sur leur emplacement. Comme consequence de ces
principes incontestables, on peut done aflirmer qu'a 6galit6 de
facilite^ de parcours, au point de vue de Tepoque romaine, le
chemin le plus court, entre Apt et Cavaillon, representera, en
quelque sorte necessairement, la direction qu'a du suivrc la voie
romaine entre ces deux villes.
Examinons les consequences de ^application dc cette propo-
sition.
D'apr^s les indications des deux itineraires de Milan d Aries et
d'ltalie en Espagne, ainsi que des inscriptions des vases Gadi
taires, la distance entre Apia Julia (Apt) et Cabellione ou Coallme
(Cavaillon) 6tait, par la voie romaine, de xxii milles (i) ; les tables
th^odosiennes de Peutinger indiquaient xxiv milles (2). Le mille
de pas doubles ayant 6t6 fix6 d i ,481 "'So, il s'ensuit que la distance
entre Apt et Cavaillon serait, par la voie romaine, de 32,598 ou de
35,556 metres.
Si maintenant on veut bien consid^rer que Templacement des
deux villes d'Apt et de Cavaillon n'a pas change depuis Tepoque
romaine ; que la distance entre ces deux villes est, approximative-
ment, en ligne droite, de 28,5oo metres ; que par un chemin car-
rossable, le plus court, elle est d'environ 3o,6oo metres et que par
la route moderne, la plus longue, elle est de 82,400 metres, on sera
oblige de convenir que les deux indications de xxii milles
(32,593") et de xxiv milles (35,556'") sont egalement erron^es, puis-
qu'elles excedent m^me le plus long parcours, d'apr^s les routes
modernes actuellement existantes.
(i) Le mille romain dtait de 755 loises de 3 pieds. Le pas ordinaire est, en g^ndral^
compt6 pour o"74; le double pas aura^donc i"48, ce qui donnerait pour mille pas
doubles 1480 metres. Lalande fixe le mille romain d i,484"5o, Littrd lui donne seule-
ment i, 472*50 et M. Lenthdric 1,482. MaisM. Ernest Desjardins estime qu*il doit etre
fix^ k i,48i"5o, et c'est cette Evaluation qui semble aujourd'hui gen^ralement admise
(2) Ces XXIV milles proviennent de ce que les tables de Peutinger portent xii d'Apt
k ad Fines et xii de ad Fines k Cavaillon. M. Ernest Desjardins a d^j^ reconnu que
Tun de ces chiffres est erronE, et on verra plus loin que la distance de ad Fines k
Cavaillon doit fttre rectifi^e et port^e pour x milles seulement.
104 MEMOIR K<^
voies romaines ne presentent ces trois couches distinctives et
caractc^ristiques qu'en Italic et que, dans lesGaules, elles6taient
le plus souvent construites et empierrees avec des materiaux
rencontres sur place. Voila ce qui s'est produit pour la voie
romaine entre Apt et Cavaillon ; c est Tabsence du statumen et du
rudiis, que Ton ne trouve nulle part entre ces deux villes, qui a
seule emp^che de reconnaitre et de constater mat^riellement
Templacement de cette portion de la voie romaine.
Lorsque deux villes, reliees par une voie romaine secondaire,
6taient separees par une certaine distance, on avait etabli des
lieux de station interm6diaires, designes sous les noms de man-
stones et de mutationes, qui peuvent ser\'ir A reconnaitre le trace
deces chemins.
Les tnansio7ies, veritables hotelleries pour les voyageurs, etaient
instances seulement lorsque la distance a parcourir, entre deux
villes, ne pouvait pas etre franchie danslajournee; les mutationes,
n'^taient, comme le nom I'indique, que des relais pour changer de
chevaux. Ces stations, uniquement destinies au service des voya
geurs, n'avaient aucun caractere militaire ou strategique. Mais
pour bien repondre d leur destination, il fallait qu'elles fussent
placees : r pres d'un ruisseau ou d'une source abondante, afm
de satisfaire d tous les besoins des hommes ou des animaux ;
T d cotd d'un terrain permettant le campement temporaire ou la
halte d'une legion en marche ; 3" dans un lieu d'oii les communi-
cations avec les pays voisins fussent faciles. Les inansiones
exigeaient, en outre, des constructions d'une certaine impor-
tance, pour abriter et loger les voyageurs pendant la nuit, tandis
que les mutationes n'avaient en reality besoin que d'ecuries et
d'une salle commune, pour leur sejour roomentan^ assez court.
Lorsqu'on connait le trace d'une voie romaine, on peut y
rechercher I'emplacement d'une station ou bien, au moyen de
cette derni^re, il est facile de determiner la direction du chemin ;
mais comment faire, lorsque, a I'exception des deux extr^mites,
on ne connait ni I'emplacement de la route ni celui de la station ?
La voie romaine etant la chose principale, dont la station est seu-
lement I'accessoire, la logique exige que Ton recherche tout
d'abord et de pr(iference I'emplacement de la voie romaine, plut6t
que celui de la station. La determination ult^rieure de celle-ci,
faite en dehors de la circonstance du chemin, deviendra par cela'
mfeme une preuve subsidiaire de I'exactitude de la direction de la
voie romaine, de telle sorte que la coincidence de ces deux indi-
cations leur donnera, de cette fa(;on, un caractere de probabilite
invincible.
DE l'academie de vaucluse ko
On sait que les voies romainessuivaient, en general, la direction
la plus courte. De plus, Texperience montre que les chemins se
conservent tr6s longtemps ; que beaucoup des voies de commu-
nication cr^ees par les Romains subsistent encore d Tc^tat de che-
mins ordinaires et qu'un certain nombre d'entre elles semblent
n'avoir disparu, que parce que de nouvelles routes modernes ont
dt6 6tablies sur leur emplacement. Comme consequence de ces
principes incontestables, on peut done affirmer qu'il (^galit6 de
facilite de parcours, au point de vue de I'epoque romaine, le
chemin le plus court, entre Apt et Cavaillon, repr6sentera, en
quelque sorte necessairement, la direction qua dii suivrc la voie
romaine entre ces deux villes.
Examinons les consequences de Tapplication de cette propo-
sition.
D'apr^s les indications des deux itineraires de Milan ^ Aries et
d'ltalie en Espagne, ainsi que des inscriptions des vases Gadi
taires, la distance entre Apta Julia (Apt) et Cabellione ou Coalline
(Cavaillon) 6tait, par la voie romaine, de xxii milles (i) ; les tables
th^odosiennes de Peutinger indiquaient xxiv milles (2). Le mille
de pas doubles ayant ti<^ fixdd i,48i™5o, il s'ensuit que la distance
entre Apt et Cavaillon serait, par la voie romaine, de 32,598 ou de
33,556 metres.
Si maintenant on veut bien consid^rer que I'emplacement des
deux villes d'Apt et de Cavaillon n a pas change depuis I'epoque
romaine ; que la distance entre ces deux villes est, approximative-
ment, en ligne droite, de 28,5c)0 metres ; que par un chemin car-
rossable, le plus court, elle est d'environ 3o,rxx;) metres etque par
la route moderne, la plus longue, elle est de 32,4(X) metres, on sera
oblige de convenir que les deux indications de xxii milles
(32,593") et de xxiv milles (35,556™) sont egalement erron^es^puis-
qu'elles exc^dent m^me le plus long parcours, d'aprcs les routes
modernes actuellement existantes.
[\) Le millc romain dtait de ySS toises de 3 pieds. Le pas ordinaire est, en g6n<5ral^
compt(i pour 0*74 ; le double pas aura^ done i "48, ce qui don ne rait pour mille pas
doubles 1480 mitres. Lalande fixe le mille romain d i.484"5o, Liltrci lui donne seule-
ment i,473"5oet M. Lenthdric 1,482. MaisM. Ernest Desjardins estime qu'il doit 6tre
fix(^^ i,48i"5o, et c*est cette Evaluation qui semble aujourd'hui g-endralement admise
(2) Ces XXIV milles proviennent de ce que les tables de Peutinger portent xji d'Apt
ft ad Fines et xii de ad Fines ii Cavaillon. M. Ernest Desjardins a de)A reconnu que
Tun de ces ctuffres est erronE, et on verra plus loin que la distance de ad Fines ^
Cavaillon doit Ctre rectifite et portde pour x milles seulement.
2
I06 MEMOIRES
Voil^ un fait materiel incontestable. II prouve que Ton doit se
tenir un peu en garde contre les anciennes evaluations ou indica-
tions de la longueur des routes, parce que dans la supputation de
la distance entre deux villes, les Romains y comprenaient en
totalite les milles commences (i^. Or, au cas particulier, comme
Tabsence de bornes milliaires a Apt et ^ Cavaillon ne permet pas
de savoir enquel endroitcommen^ait el oil fmissait la mensura-
tion des milles, il est permis de penser que la dilT^rence entre
32,593 metres et 3o,6oc) metres, soit 1993 metres, provient de deux
fractions de milles commences a chaque extr^mitd, et qui ne doi-
vent pas ^tre comprises dans la veritable distance separant ces
deux villes. La moiti^ de cette difference, soit 9C)()'"5o, inferieure a
un mille, representerait dans ce cas, soit la traversce de chaque
ville, soit une longueur de chemin en dehors et au-dela.
On voit, par ce qui prc^cede, que I'indication de xxii milles ou
32,593 metres, pour ledeveloppementde la routed' Apt A Cavaillon,
est seulement exager^e, puisqu'il existe entre ces deux villes un
chemin carrossable de 3o,6oom6tres de longueur ; et que, par con-
tre, I'indication de la distance inscrite dans les tables de Peutinger
de XXIV milles ou 35,656 metres est absolumenterrone^e. De cela, il
resulte encore que Ton ne doit m^me admettre le chiffre de
XXII milles, que sous la reserve d'une r6duction totale de 1,993 me-
tres, soit une deduction moyenne de 996 metres de chaque c6te
d'Apt et de Cavaillon {2).
Ceci (itant ainsi etabli, comme a Texception du pont Julien, on
trouve actuellement, dans la vallee du Caulon ou au bord des
routes et chemins existant, ni tombes, ni bornes miliaires, ni cha-
pelles rempla9ant d'anciens temples votifs, ni ruines ou debris
d'aucune sorte, pouvant servir d'indices en favcur d*un trac6 sur
une des deux rives du torrent, on va suivre le developpement
du chemin le plus court de 3o,6oo metres, pour examiner s'il pre-
sente les conditions suffisantes du trac^ d*une voieromaine secon-
daire. Les faits mat^riels dominent ici la question ; aussi, pour
en faire un examen impartial, on les dtudiera en dehors des
conditions relatives a la station ad Fines, et sans tenir compte des
villages des Beaumettes, de Notre-Dame des Lumi^res et de Cous-
tellet, qui n'existaient pas a Tepoque de la domination romaine.
(1) Voir AUmer, Revue epigraphique du Midi de la France, et Rochetin, Bulletin
historique et archioiogiquc de France, i883, p. 252, note.
{'2^ Le?? chiffres d^finitifs sont d^termin^s plus loin par la fixation de Templacenient
de la station aJ Fines; ils sont de776 metres du cote d'Apt et de i,2i5 du c6td de
Cavaillon, ce qui reporte au bord de la riviere de Durance Templacement probable
d'une borne miUiaire.
DE l'aCADEMIE DE VAUClCsE '107
2. — Emplacement du trace ch-la vote romaine
entre Apt et Cavaillon.
En sortant de la ville d'Apt, la route actuelle, apr6s avoir
traverse le Caulon sur le pont romain ou r^put(^ romain, dit de la
Bouquerie, se d^veloppe sur la rive droite du torrent jusqu'au
pont Julien (distance 8,ioo metres). Comme les rochers de la
rive gauche dece cours d'eau n*y permettaient pas Tcbtablissement
d'un chemin dans de bonnes conditions, Tanciennc voie romaine
suivait forc^ment le trace de la route nationale actuelle n° la),
ou plut6t celle-ci n'est autre que la voie romaine rectifiee et
amelioree.
Toutes les opinions sont d'accord au sujet de cette portion de
la voie romaine, de telle sorte que le pont Julien, edifie par Jules
Cesar apres la conquete des Gaules ou par Tempereur Auguste a
r^poque de la restauration de la voie de Milan a Aries, est ainsi
incontestablement un point indicatif de la viability romaine. Ce
pont a 4™i5 de largeur, ce qui prouve qu'il 6tait destine au pas-
sage d*une voie romaine secondaire. Mais quelle est cette voie ?
Est-ce celle allant.a Aries et passant a Cavaillon, ou celle allant a
Marseille, en passant par Bonnieux, et qui ne serait, dans ce cas,
qu'un c/2emmpMi?/ic, aucun itineraire ne mentionnant une sem-
blable voie secondaire ?
Telle est la premiere question qui se pose, puisque c'est a
partir de ce point que des divergences se produisent.
Les cartes publi^es par MM, Lentheric (i) et Ernest Desjar-
dins (2) indiquent la voie romaine d^Apt a Cavaillon comme lais-
sant le pont Julien d gauche, pour continuer sa direction sur la
rive droite du torrent. Cela entraine Thypothese d'un second pont
romain sur le Caulon, en face Cavaillon. Comme il n'existe aucune
trace ou preuve de ce second pont romain, il y a lieu de penser
que Vindication de ces cartes est le r^sultat d'une confusion de la
voie secondaire de Milan a Aries, de 4 metres de largeur, avec un
chemin romain public ordinaire, de 2"*5o de largeur, se separant
au pont Julien de la voie secondaire ci-dessus, pour se diriger
sur Avignon et Tlsle (3). Ce chemin romain public ordinaire se
(i) /-€ Rhdne, histoire (Vunjlcuve, t. I, p. 55.
(2) G^ographie historique et administrative de la GauU romaine, t. IV, p. 10, pi. iv.
(3) Les urncs fun^raires trouv<^es au lieu dit les Madeleines ne laissent aucun doute
sur I'existence de cet ancien chemin romain public ordinaire de 2"5<) de largeur, et
par suite bicn distinct des voies romaines secondaires de 4 mdtres de largeur.
rC)8 MEMOIRES
bifurquait ensuite a la Tour de Sabran, d'ou partaient les embran-
chements separ6s sur Tlsle et Avignon (i).
II faut observer ici, que la ville de Cavaillon est sur la rive
gauche du Caulon ; que la voic romaine sortant d'Apt se trouve
sur la rive droite et que, aucun autre pont romain que le pont
Julien n^existant sur le Caulon, le paSvSage de la voie romaine sur
ledit pont Julien 6tait par suite obligatoire. Ensuite, aprds cette
travers^e, et en laissant dec6t6, ^ gauche, un chemin se dirigeant
sur Bonnieux, qui n'est pas une voie romaine secondaire de
4 metres de largeur, et ne figure, en cette qualitc, dans aucun
itindraire, on trouve a droite la chauss^e signalee par Merim^e.
Ce chemin oblique de ce point vers TOuest pour suivre,en terrain"
plat, la rive gauche du torrent du Caulon, en passant au moulin
des Fertset jusqu'au lieu dit la Grande Degude (5,2(X)'"j (2). Cette
route, figuree sur la carte de Cassini, est connue sous le nom de
camin Roiimiou (3).
De la Grande Begiuie (4), ce chemin continue en plaine vers
rOuest, toujours sur la rive gauche du torrent, puis il s'd^ve en
pente un peu raide pour franchir I'extr^mit^ du contrefort de la
montagnedcs Artemo, d'oii il redescend ensuite assez rapidement
pour traverser le vallon de la Bedosse, dans lequel coule le
ruisseau de Font Rouillouse (fontaine ferrugineuse) (2,880"). Dc
la, le chemin remonte encore un peu pour contourner le mamelon
de I'Euzi^rc et debouche enfm avec une 16g6re pente ^ Soubeiras
(gtX)") vis-a-vis du hameau des Beaumettes.
Dans le parcours de la Grande Begude a Soubeiras, ce chemin
non entretenu est dans un bien mediocre etat de viability, sur
deux kilometres environ. On remarque, a la mont6e des Artemo,
une paroi de rocher tranchee pour Tassiette de ce chemin ; ce
travail de main d'homme exclut toute hypoth^se d*un chemin
naturel d'exploitation.
Comme le mamelon de Roco Ventonso, situ6 a proximity de
(1) Ce chemin, dlt le camin Roumiou, 6tait un chemin public ordinaire reliant direc-
tement les villes d'Apt et d' Avignon.
(2) Les chiffres entre parentheses indiquent la longueur de chaque section de
chemin.
['S) On traduit en general cjmin roumiou par chemin romain; mais il ne faudrait pas
faire trop de fonds sur cette appellation, attendu que roumiou, en proven^al, signifie
pdlerin, de telle sorte que camin roumiou pourrait tout aussi bien designer le chemin
des p^lerins vers Rome, but ordinaire des pc^lerinages 4 une certaine ^poque. V. E.
Desjardins, t. IV, p. 334.
(4^ La carte de Cassini fait figurer un pont sur le Caulon Ala Grande Begude, mais
rien ne prouve que ce pont fut romain.
DE L ACADEMIE DE VAUGLUSE IO9
Soubeiras, et tout a fait au bord du torrent, emp^chait T^^tablis-
sement et la continuation d'une route d proximite de la rive
gauche du Caulon, de ce point le chemin s'ecarte de ce cours
d'eau et oblique vers le Sud-ouest, pour aller se joindre a une route
allant de M'jnerbes a Cavaillon (i,ioo™). Le trace de cet ancien
chemin, qui passait devant la construction de Soubeiras, a dt6
modilie, il y a quelques annees, quand ce chemin est devenu une
route vicinale, mettant en communication la route d^partementale
de M^nerbes a Cavaillon avec la route nationale n" loo, au village
des Beaumettes, apres la traversc^e du Caulon sur un pont nou-
vellement construit en cet endroit.
De Soubeiras, cette route departementale, 6tablie sur le trac6
d'un ancien chemin, traversant jadis le ruisseau dit du Valadas
sur un vieux pont repute romain et reconstruit en i852, continue
presque toujours en plaine pour aboutir enfm a Cavaillon, apres
un parcours de r2,5oo metres. Un vieux chemin, dit des Mancelles,
prc^sente une variante sur ce trac^, en se rapprochant des villages
d'Oppede et de Maubec ; mais il est plus accidente et a environ
600 metres de plus de developpement. On se contente de le
signaler.
En suivant la premiere direction indiquee, le trajet d'Apt d
Cavaillon n'est que de 3o,6(X) metres et ce parcours, avec quelque
rt^paration entrela Grande Begude et Soubeiras, constituerait une
voie bien carrossable. C'est le chemin le plus court, franchissant
le Caulon sur le pont Julien et le ruisseau du Valadas sur un pont
moderne, rempla^ant un ouvrage reputed de construction romaine.
En resume, puisque entre Apt et Cavaillon on ne trouve, comme
pont sur le Caulon et remontant ^ la domination romaine, que le
seul pont Julien ; que aucune ruine, aucun vestige, aucun docu-
ment, ni aucune tradition autorisent d penser et a supposer que
les Romains aient construit, dans ce parcours, un autre pont pour
traverser le Caulon ; que, par suite de la situation des lieux, la
voie romaine, se trouvant au sortir d'Apt, sur la rive droite du
torrent, 6tait forcee de passer sur la rive gauche pour aboutir d
Cavaillon, il s ensuit que, nc pouvant traverser le Caulon que sur
le pont Julien, elle ^tait obligte de continuer d suivre la rive
gauche depuis ce pont jusqu'ii cette ville. Or, comme le chemin
allant d'Apt au pont Julien, a la Grande Begude, a Soubeiras, au
Valadas et aboutissant a Cavaillon, presentc le trajet le plus
court entre ccs deux villes, dans de tres bonnes conditions de
viability pour les pietons, les cavaliers et les chariots romains, il
I lO MEMOIRES
sembleque rhypothese, consistant ^ considerercette route comme
line portion de Tancienne voie romaine de Milan a Aries, reunit
toutes les conditions de probabilit(^ necessaires pour entrainer en
quelque sorte une certitude complete.
• «
On va maintenant discuter les divers autres traces de chemins
proposes comme emplacement de la voie romaine, entre Apt et
Cavaillon, en suivant la vallee du Caulon, et qui sont tous plus
longs, mais en faisant des a present rcmarquer que si les routes
dont il va <^tre question presentent un peu plus de facilitc^ pour le
roulage, cet avantage (^tait moins recherche du temps des Romains
que de nos jours. On doit, en outre, observer que les villages de
Goult, de Notre-Dame-des-Lumi^res, des Beaumettes et de Cous-
tellet n existaient probablement pas au temps de la domination
romaine, de telle sorte que Ton ne pourrait pas invoquer la neces-
site de les desservir, comme justification d'un chemin 6tabli
sur la rive droite du Caulon.
MM. Lenthc^ric (r) et Ernest Desjardins (2) font figurer, sur leurs
cartes, la voie romaine d'Apt d Cavaillon comme suivant la rive
droite du Caulon jiisqu'au pont Julien (8,ioo'"); puis, sans y
passer, celle-ci continue jusqu'au ruisseau de laLimergue (6,200*"),
arrive ensuite au village des Beaumettes (2,5oo™), puis d la tour
de Sabran (6,500"*), ou elle prend un chemin dit camin roumiou,
qu^elle suit durant un certain parcours (6,200™); apres quoi, tour-
nant au Sud, elle se.dirige sur Cavaillon (2,200™), en traversant
le torrent du Caulon sur un pont romain prc^sume, mais dont il
n'existe ni vestiges, ni preuvc, ni souvenir. Ce chemin, presque
toujours en plaine, ofire sans doute le parcours le plus facile,
mais il est un peu plus long, puisque son d(^veloppement total
est de 3i,7cx) metres.
Laissant de cOte la question de la classification de ce chemin,
il suffit de signaler qu'il faudrait, pour que cette direction fut
admissible, apporter la preuve qu'un pont romain a jadis exists
sur le Caulon, en face Cavaillon ; tant que cette preuve ne sera pas
fournie, on sera en droit de rejeter ce trac6 pour un autre plus
court, passant par le pont Julien.
(i Le Rhone, histoire d'unjleuvc. t. I, r- ''^^'^•
(2 Geographic historique et administrative de la Gaule romaine, t. IV, p. 20, pi. jv.
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE HI
M. Rochetin (i) estime que la voie romaine suivait la rive droite
du Caulon, dWpt au pont Julien (8,ioo"), passait ensuite sur ce
pont pour continuer sur la rive gauche jusqu'a Soubeiras (8,900™),
d'ou elle revenait sur la rive droite, en traversant le Caulon sur un
pont romain suppose existant aux Beaumettes. De ce point, elle
continuait jusqua Cavaillon (i5,4(X)"'), en suivant le trac6 de
MM. Lenth^ric et Desjardins, c'est-a-dire en traversant une troi-
sieme fois le Caulon sur le pont romain suppose existant en face
Cavaillon.
Le d(iveloppement dc cettc route d'Apt h Cavaillon est de
32,4(X) metres, c'est-a-dire qu'elle est un peu plus longue que la
precedente. Cette direction ne pourrait etreadmise que si I'autcur
fournissait la preuve de Texistence de deux anciens ponts romains.
Tun au village des Beaumettes et Tautre en face Cavaillon. Tant
que cette preuve ne sera pas rapport^e, Thypothese proposee par
M. Rochetin devra etre repoussee.
M. Ukert fixe Templacement de la voie romaine aux environs
d'Oppede. Cette designation est trop vague pour qu'on puissela
discuter ; on ne peut que faire observer Taugmentation de par-
cours de 1,400 metres qui en resulterait, alors surtout que rien
ne prouve Texistence d'Oppede, a T^poque de la domination
romaine. L'hypothese de cette direction manque par suite abso-
lument de fondement.
M. Lepic, en placjant la station ad Fines a Merindol, sur le bord
de la Durance, suppose indirectement que la voie romaine pas-
sait au pont Julien, a Bonnieux, dans le vallon de la Combe, a
Merindol et de la tx Cavaillon. Comme par cette direction, le par-
cours d'Apt ti Cavaillon serait de 42,000 metres ou xxvin milles
romains, cette hypothese doit 6tre ecart^e, a cause de sa diffe-
rence avec la plus grande distance donn^e paries itindraires.
Tous les autres traces que Ton peut supposer sont de m^me
forcement ecartes, soit parce que leur parcours est plus long ou
qu'ils neccssitent un autre pont que le pont Julien, chose dont
Texistence n'a jamais etc prouvee.
Le chemin, ainsi presente comme emplacement de I'ancienne
voie romaine de Milan a Aries, etait jadis une voie de communica-
(l) Etude sur la yLitilite romaine Jans le departemcni de Vaucluse 'Bulletin histo-
rigui et archeoloifd^ue de Vaucluse, i883- "" "6 .
1 1 2 MEMOIRES
tion importante, puisque, d'apr^s les M6moires de M"* d'Orl^ans,
la reine Anne d'Autriche, a sOn retour de la Sainte-Beaume, le
suivit pour venir a Apt, ou elle arriva le 27 mars 1660. Dans ces
Memoires, il est dit que la reine prit, en partant d'Aix, la route
de Malemort, ou elle franchit la Durance sur le bac ; puis, qu*ar-
rivee sur la rive droitc, dans le comtat Venaissin, et ^ la jonction
de la route de Merindol et du chemin Romieu (i), elle en suivit la
chaussee qui conduit au pont Julien, par ou Ton debouche sur le
territoire apt^sien (2).
Quel pouvait ^tre ce chemin Romieu (3) ? Ce n'est pas celui qui
passe a la Tour de Sabran, puisque, pour y arriver, la reine
aurait du auparavant traverser le torrent de Caulon et n'aurait
pas eu alors besoin de passer au pont Julien. Le chemin Romieu
en question ne peut done 6tre que celui passant au Valadas, ^
Soubeiras et a la Grande B^gude, c'est-^-dire le trace qui a 6t6
indiqu^ comme Templacement de I'ancienne voie romaine de
Milan a Aries.
En s'appuyant uniquement sur la disposition des lieux et sur
le seul pont romain existant', dit pont Julien, on a pu determiner
ainsi I'emplacement le plus court et le plus probable de la portion
de Tancienne voie romaine entre Apt et Cavaillon.
Si on parvient maintenant a prouver, s^parc^ment et en dehors
de tout argument tirei de I'emplacement de la voie romaine, que la
station ad Fines n'a pu se trouver que sur le trac6 indiqu6 ci-
dessus, est-ce que cette concordance ne rendra pas cette demons-
tration complete et irrefutable. Et alors, apres cela, sera-t-il pos-
sible de contester que Taccord deces deux probabilites difTerentes
ne constitue, en somme, une verite ?
3. — Emplacement de la station ad Fines.
La station mentionn^e par les itin^raires, comme situee entre
Apt et Cavaillon, est dite ad Fines, vers les confins, vers les
limites. Cette designation suffit pour indiquer que, a proximity de
cette station, il y avait des confins (en general une limite natu-
{i^ Le chemin venant de Malemort passe A Mt^rindol et au Cheval-Blanc et rejoint
la route de Cavaillon a Apt un pcu avant le village de Robion.
{'2. Cf. Louis XIV et Anne d'Autriche en Provence, 1660, par I'abbti Robc.
i3y II y a deux chemins qualifies chemin Romieu et silu^s sur chaque rive du tor-
rent du Caulon.
lip u;euioJ JiiOtl
DE l\cADEMIE DE VAUCLUSE 1 13
relle, cours d'eau ou montagne) s^parant deux peuplades ou
tribus difl*6rentes de la valine du.Caulon.
D'apr^s lesanciens auteurs, les Cavari et les Vulgientes 6taient
les deux seules grandes tribus habitant la partia de la vallee du
Caulon, situ^e entre les villes d'Apt et de Cavaillon ; les seuls
conlins, pouvant exister sur ce point, sont par suite n^cessaire-
ment ceux s6parant ces deux peuplades. Quoique aucun histo-
rien ou geographc n'ait indique ces limites, il ne faudrait pas
croire qu'il est absolument impossible d'en d(^terminer aujour-
d'hui certains points, attendu que, par des deductions, on arrive
quelquefois ti reconnaitre indirectement certaincs choses, malgre
I'absence de renseignements directs sur elles.
II est g^n^ralement admis, comme un fait d'exp6rience, que les
anciennes divisions territoriales administratives ou ecclesiastiques
n*ont fait que sanctionner les groupements des agglomerations
ou des associations pr^existantes. Les limites perim^trales de
certaines divisions correspondent done a celles des anciennes
communaut^s ou paroisses, lesqucUes de leur cot^ representent
celles des peuplades ou tribus primitives aborigenes. On voit
done qu'au moyen des anciennes circonscriptions des bailliages,
vigueries ou dioceses, on peut, en quelque sorte, reconnaitre et
determiner les limites probables des Cavari et de Vulgientes,
principalement sur le point ou celles-ci sont constituc^es par une
limite naturelle.
Le diocese d'Apt comprenait, dans cette partie de la vallc^e, les
territoires des communes de Joucas, Roussillon, Lacoste, Bon-
nieux(ii; le diocese de Cavaillon embrassait les territoires des
communes de Cabri^res, Robion, Maubec, Opp^de, M^nerbes
dans le Comtat (2), et Gordes, Goult, Les Beaumettes en Pro-
vence (3), etc... D'autre part, la viguerie d'Apt s^^tendait sur le
diocese de Cavaillon, ou elle embrassait le territoire des com
munes de Gordes, Goult et les Beaumettes (4), composant la sous-
tribu des Vordenses (chef-lieu Gordes), laquelle d^pendait de la
(i) flistoire de Viglise d'Apt, par Tabb^ Boze, p. 428.
(2) }\6nerbcs, MinerNa. I'ancienne Manancha, dependait du dioc6se de Cavaillon.—
Voir ilistoire de Viglise d'Apl, par I'abb^ Boze, p. 25 et26et les archives de Cavaillon.
(3) Les communes de Gordes. Goult et les Beaumettes, quoique situdes en Pro-
vence, ne d^pendaient pas du diocese d'Apt; elles faisaient partie du diocese de
Cavaillon (Archives de Cavaillon\
• 4^ Dictionnaire des communes du depariement de Vaucluse, par Courtet, p. 169 ;
Histoire de Provence, de Papon. V. carte de la Provence divis^e par diocdses. s6n6-
chauss^es et vigueries.
1 14 MEMOIUES
grande peupladc des Vul^ienies i). On voit, d'apres cela, que Ic
diocese de Cavaillon s'^tendait, en outre des communes de
Cabri6res, Robion, Maubec, Opp6de et Menerbes dependant
des Carari, sur celles de Gordes, Goult et les Beaumettes faisant
partie des Viil^nentes, et que le diocese d'Apt ne comprenaitsur cc
point de la vallee que les communes de Joucas, Roussillon,
Lacoste et Bonnieux dependant de la meme tribu.
Pour distinguer les territoires primitifs des Cavari et des Viil-
frientes/\\ suffit done de rechercher, d'abord la limiteembrassant
la viguerie d'Apt ou celle separant les communes de Gordes, Goult
et les Beaumettes d'avec le surplus du diocese de Cavaillon, c'est-
a-dire d avec les communes d'Oppede et deM6nerbes. et, en outre,
la limite entre la partie du diocese d'Apt, comprenant la com-
mune de Lacoste, d'avec la commune de iMc^nerbes, faisant partie
du diocese de Cavaillon. Ces lignes perimetrales et limitatives
pourront etre contest^es et meme taxees d'incertitude sur quel-
ques points, d cause de Tabsence de documents enti^rement
probants; mais aucune objection ne semble pouvoir etre dlevee
contre elles, sur les points ou elles se confondent avec une limite
naturelle, parce que celles-ci ont toujours 6te acceptees de prefe-
rence pour former les contins des anciennes peuplades, telles que
celles des Cavari et des Vulfrientes.
Si on consulte la carte du departement de Vaucluse, dressee par
les officiers d etat-major, on voit que la limite Ouest du territoire
de la commune de Gordes, partant au Nord des montagnes de
Vaucluse, descend au Sud vers le torrent du Caulon, sans suivre
une limite naturelle bien precise: qu'ensuite la ligne separative
entre les territoires des communes des Beaumettes et de Mc^nerbes
va de rOuest a I'Est, en suivant, durant 1,800 metres (2) environ,
le lit du torrent du Caulon, constituant une limite naturelle; que,
apres ce parcours, la ligne delimitative entre les communes de
{\' Le pagus VorJense. Gordes. dc'pendait des Vul{4^ientcs : Geographie historigue et
administrative de la Gaule romaine, par Ernest Desjardin. t. I, p. 228.
(21 Cette longueur de i,Soo metres a ete don nee d'apres les limites actuelles du
territoire de la commune de Gordes, suivant la carte dc I'etat-major. Mais il serait
possible que jadis la limite des Vordenscs -Gordes), venant des montagnes de Vau-
cluse, cQt abouti directement sur le Caulon, et, dans ce cas, ce cours d'eau aurait
scrvi de limite entre les Cavari et les Yttlgicntcfi durant 4,000 metres environ. Cette
opinion reposerait sur ce fait que le moulin des Ilermittants avaient jadis apparlcnu
aux relijfieux hermites' du couvent de Senanque, terroir de (jordcs, lesqucls le
vendirenlen i2i(ii\ l«'t lamille de Chateauneuf. Ce n'cst li qu'unc hypothCrsc peut-
CJtre, mai> on a cru bon de la sif^naler. d'autanl qu'jlle ne modilie en ricn ce qui se
se rapporte aux limites entre les Beaumettes et Menerbes.
DE l'academie de vaugluse ii5
Menerbes et de Goult retourne au Sud en suivant la crete de la
colline des Artcmo, limite ^ peu pres naturelle jusqu'au territoire
de la commune de Lacoste, d'oii la ligne perimetrale, entre la
commune de Lacoste et de Menerbes, continue, toujours au Sud,
jusqu'au sommet de la montagne du Luberon, mais sans suivre
une limite naturelle bien precise.
Telle est la ligne s(^parative probable constituant les conflns
entre les deux anciennes tribus des Cavari et des Vulgientes,
autant du moins que Ton peut en conclure d'apres les anciennes
divisions territoriales administratives. II faut aussi remarquer
cjue si, sur unegrande partie de son devcloppement, cette limite
peut etre discut^e, elle semble du moins incontestable dans la
portion de i ,8(X) metres (9a) metres en amont et 900 m^jtres en aval
du hameau des Beaumettes) durant laquelle elle est formee par le
lit du torrent du Caulon, limite naturelle que nul ne semble pou-
voir contredire.
Si on examine maintenant la vallee du Caulon, sur le parcours
de cette limite, en amont dudit hameau des Beaumettes, on
constate que Tescarpement des rochers de Xotre-Dame des
Lumieres et des Beaumettes, sur la rive droite, et la pente abrupte
des collines de Saint-Vdran et des Artemo, sur la rive gauche,
obligent de rapprocher toute route suppos6e des bords d^
ce cours d'eau. Mais alors, puisque la station Jii Fines do\i tiT(^
a la fois sur la voie romaine et pres des limites, il en rc^sulte que
son emplacement devra necessairement se trouver sur un des
points de la portion de ladite voie romaine comprise dans Tespace
ci-dessus, et durant lequel celle-ci etait necessairement voisine
de la portion du torrent du Caulon, formant la limite naturelle
entre les territoire des Cavari et des Vulgientes.
On sait que les stations romainesdevaientse trouver a proximite
d*une eau potable abondante, dans une situation propice ^ la
halte des legions et de facile communication avec les pays voisins.
Or, abstraction faite de I'eau du Caulon ge^neralement trouble, en
suivant le lit de ce torrent et sur le parcours des i,Roo metres ci-
dessus, ou il fait limite naturelle, on ne trouve de Teau potable
et abondante que sur la rive gauche du Caulon, a Tembouchure
du vallon de la Bedosse, oil coule la Font Rouilloiiso eta Tembou-
chure du vallon de Soubeiras, oil se deverse le ruisseau du Riaou.
C'est done a Tun de ces deux points que Ton semble pouvoir
fixer I'emplacement de la station ad Fines, selon qu'il se conciliera,
le mieux possible, avec la condition des distances d'Apt et de
"lavaillon.
n6
MEMOIUE^
Void, a cc sujet, les indications resultant dej? anciens docu-
ments.
INDICATION
DBS IJKIX.
1
VASES GADITAIHES
de Vicarello.
ITINtHAIRE U'ANTONIN
de Milan a. Aries
par les Alpes
Cottiennes.
TABLES
THIiODOSIENNES
dc Peutlnger.
ly Apt di ad Fines x milles. i4,8i5*,x miUes... i4,8i5* xii milles.... 17,778'
De ad Fines A Cavaillon xii — 17,778" xii —
17.778'
Totaux.... XXII — 32,593" xxii —
32,593'
xii —
17.778-
XXIV —
O*- t WW VJ
La discordance de ces indications prouve qu'une erreur a et<^
commise. M. Ernest Desjardins le reconnait, puisqu'il declare (i)
que la mention des tables de Peutinger est erronee ; que la dis-
tance d*Apt a Cavaillon n'est que de xxii milles romains ou
32,593 metres et que Terreur a et6 commise sur les cuivres de
1 598, 1682 et 1728. Get auteur propose meme a cc sujet deux
modifications dilTerentes. La premiere figure dans son rapport au
Ministre de Tinstruction publique et porte :
D'Api^ ad Fines x milles romains ou 14,815 metres.
Dejc/F/we5^ Cavaillon. xii — ou 17,778 —
Total d' Apt a Cavaillon... xxii — ou 32,593 metres.
La seconde est indiquOc dans sa Geographic de la Gaiile ro
inaifie, t. IV, p. i58, ou il est dit :
T>hpi a ad Fines x milles romains ou 14,815 metres.
De at/ Fme5 a Cavaillon. xi — ou 16,296 —
Total d' Apt ^ Cavaillon .... xxi —
ou 3i,iii metres.
En prcisence de ces divers chiflres et de- ces rectifications, sans
motif a Tappui, il est permis de dire que si la distance totale d'Apt
ti Cavaillon est de xxii milles ou 32,5r)3 metres fsous la reserve de
la rectification rc^sultant de la supputation des milles commences:,
nul nc pcut preciser la distance de la station ad Fines aux deux
{I. Rapport a M. Ic Ministre dc V instruction publique sur les tables Je Peutinger.
K «
DE LACADEMIE DE VAUCLUSe Il7
extr6mit(is d'Apt et de Cavaillon. Or, puisque une erreur a 6te
commise, comme elle ne peut provenir que d\ine inten'ersion
des chifTres romains faite par un copiste, et que les seules inter-
ventions possibles, avec les quatre lettres employees (deux x et
deux i) et en conservant le meme total de xxii milles, donnent
respectivement les distances de x, xi et xii de la station de
ad Fines aux deux villes d'Apt et de Cavaillon, on va successive-
ment examiner les consequences de ces trois diflferentes inter\^er-
sions, les seules possibles.
II faut ajouter que leur rdsultat probant reste n^anmoins tou-
jours subordonnd a cette condition prealable, c'est que le point
design^ devra correspondre a un emplacement situe k proximite
de la portion du cours du Caulon, d(^termine ci-dessus comme
formant la limite naturelle entre les territoires des Cavari et des
Vtilgientes, Or, cette ligne separative a i,8oo metres de longueur
et ses deux extr^mit^s Est et Ouest sont, respectivement, ^environ
15,900 metres d'Apt et 12,900 metres de Cavaillon, d'apr^s la
carte de T^tat-major ; il en r^sulte que, dans les trois interversions
possibles des chifTres des distances que Ton va comparer, Tem-
placement qui pourra 6tre de^termin^pour la station de ad Fines,
ne seraneanmoins acceptable, qu'autant qu'il se trouvera compris
dans les 1,800 metres ci-dessus, puisque c'estseulement dans cette
condition que ladite station se trouvera plac^e pr6s des confins.
Dans la comparaison des trois interversions num^riques x, xi
et XII milles, la longueur totale de xxii milles ou de 32,598 metres
d'Apt A Cavaillon doit d'abord 6tre reduite ^ 3o,6oo metres, ainsi
qu'on Ta d6j^ dit, puisque telle est la distance r6elle entre ces
deux villes. Toutefois, comme i cause de I'absence de bornes
milliaires, on ignore les chifTres de la v6ritable reduction ^ faire
d'un c6t6 ou de Tautre, et que cette deduction totale de 1,998 me-
tres ne peut pas porter d'un seul c6te, puisqu'elle exc^de un mille
romain, on se trouve ainsi force de retrancher la moiti^ de cette
longueur, soit 996"5o sur chaque distance, du cOt6 d'Apt comme
du c6t6 de Cavaillon.
Sous la reserve de ces observations, examinons maintenant le
r6sultat d'une premiere inversion. Si on suppose la distance d'Apt
ii ad Fines de x milles, celle d\id Fines ^ Cavaillon sera de xn
milles et on aura : d'Apt a ad Fines x milles ou soit I4,8i5 metres,
dont il faut d6duire 996'"5o, reste i3,8i8'"5o. En comparant cette
longueur avec la distance d'Apt k I'extremite Est de la ligne deli-
mitative des 1,800 metres, constitute par le Caulon, laquelle est,
tifi MEMOIUES
ainsi qu'on I'a dit, de i5,<)(xj rtK^tres, on trouve une difference en
moins de 2,(.)8 r"r»(). Cela prouve qu'en placjant la station d
X milles d'Apt, elle resterait a 2,(>8i'"5oen decja et sans aboutir ci
Textr^mite Est de la ligne, durant laquelle le Caulon forme limite.
Si on fait le meme calcul du c6i6 de Cavaillon, on aura : de Ca-
\Sii\lonti ad Fines xii milles, ou soit 17,778™ — 996'"5oi=: i6,78i"'5<j.
En comparant cette longueur avec la distance de Cavaillon d
Textr^mite 'Quest de la ligne delimitative du Caulon, qui est de
i2,c)cx)metres, on trouve une difference de SjBSi^So. En retran-
chant encore de celle-ci la longueur de i ,8cx) metres de la limite du
Calavon, il reste 2,081 "'So, de telle sorte qu'en admettant que la
station fut d xii de Cavaillon, son emplacement se trouverait
^galement a 2,o8i™5o au-dela de I'extremit^ Est de la ligne for-
mant les confms le long du Caulon. Dans les deux cas, Templace-
ment de la station 6tant en dehors des limites est inacceptable et
cette inversion doit ^tre rejetee.
Examinons la seconde inversion possible, suivant laquelle la
station ad Fines serait a xi milles d'Apt et d xi milles de Cavail-
lon, et refaisons le meme calcul.
D'Apt k ad Fines, xi milles, soit 16,296" — 996*54j = i5,299"5o — 15,900 = — 6oo*5o
De ad Fines H
Cavaillon, xi milles, soit 16,296" — 996*50 = i5,299"5o — 12,900 = -t-3399"5o
Ce r^sultat prouve qu'en mettant la station de ad Fines ^
XI milles d'Apt et de Cavaillon, elle se trouverait du c6t6 d'Apt d
6oo"5o avant d'arriver d Textremit^ Est de la ligne formant les
confms, et en partant de Cavaillon, elle ddpasserait Textremite
Est de cette ligne de 59g"'5o. Cet emplacement ne rentrant pas
dans les limites ne peut etrc admis et cette interv^ersion doit 6tre
^galement laiss(^e de cote.
Etudions la derniere inversion, d'apr6s laquelle la station se
trouverait a xii milles'd'Apt et d x milles de Cavaillon. Le meme
calcul donne :
D'Apt ^ ad Fines, xii milles, soil 17.778" — 996"5o = i6,78i"5o — 15,900 r= 88i"5o.
De ad Fines ^
Cavaillon, X milles, soit I4,8i5" — 996*50 ■» i3,8i8"5o — 12,900 = 9i8*5o.
Comme le reliquat donne des chiffres positifs inf6rieurs k la
longueur de i,8oo metres, on a ainsi la preuve que, plac6e d
X milles d'Apt et k xii de Cavaillon, la station ad Fines se trouve-
rait situee dao.s la longueur des i,8oo metres, durant laquelle le
DE l\\gadh:mie de vaucluse iig
torrent du Caulon forme la limite probable des territoires des
Cavari et des Vulgientes. Comme cette station serait ainsi a 88i"5()
en dedans de Textremit^ Est de cette limite et a 9i8'"5o en dedans
de son extremity Quest, on voit que cet emplacemement, r^elle-
ment vers les con/ins, est seul acceptable et que cette interversion
est done la seule \ raiment probable.
De tout cela, il ressort cette conclusion, que les mentions de la
distance de la station ad Finos ^ Apt et a Cavaillon, inscrites sur
les vases Gaditaires, dans les itineraires et aux tables de Peu-
tinger, ne concordant pas avec les indications du terrain, sont
n^cessairement entachces d'une erreur. Dans les vases Gaditaires
et ritineraire, il y a eu une simple interversion de chiflres, qui ne
modifiait pas la distance entre Apt et Cavaillon et qui, pour ce
motif, n'avait pas et6 relevee. Quant a la table de Peutinger,
I'erreur provenait de ce qu'on avait donne la m6me distance de
Cavaillon et d'Apt a ad Fines ; cette erreur avait e^te reconnue
par M. Ernest Desjardins, qui n'avait pas fait la rectification du
retranchement des deux milles du bon c6te, parce que, ne con-
naissant pas le veritable emplacement de la station ad Fines, il
n'avait pas pu baser sa rectification sur les indications du terrain.
Aussi, est-ce en s'appuyant 1^-dessus que Ton estime que tous
les anciens documents doivent etre rectifies ainsi qu'il suit :
Apia Julia a ad Fines xii milles., n, ^ , .,,
4 J fX- ^ ^ L I,- ' Total XII milles.
Ad Fines A Cabellio x —
Une station romaine emplac6e dans le parcours des i,8oo me-
tres, durant lesquels les torrents du Caulon forme la limite natu-
relle entre les territoires de Govdes {Vulgientes) et de M^nerbes
\Cavari), r^pond sans doute ainsi a la double condition des dis-
tances rectifiees et de la proximity des confins. Mais Templace-
ment d'une mutatio ou halte (la distance d'Apt ^ Cavaillon pou-
vant se franchir dans la journ^e, une mansio ou hOtellerie n'6tait
pas n^cessaire ou utile) devait, en outre, 6tre situ6 a proximity
d'un ruisseau ou d'une source abondante, d'un terrain en plaine
oil les soldats d'une legion puissent faire halte et camper, d'un
point oil les communications fussent faciles avec le pays voisin,
et cnfin pr(^senter une construction existante ou en ruine, n6ces-
saire pour le service d'une station-haite.
I20 MEMOIRKS
Dans la distance des i,8oc) metres ci-dessus, sur la rive gauche
ou sur la rive droite du torrent du Caulon, on ne trouve toutes
ces diverses conditions r6unies qu'^ un seul endroit, celui ou est
situ6 le domaine de Soubeiras. Eau abondante et limpide du
ruisseau du Riaou, emplacement en plaine pour la halte ou le
campement des legions, debouch^ vers M6nerbes, vieille con-
struction avec salles vout^es, tout s'y trouve r6uni ; de plus,
comme Soubeiras est ^ peine ^ 25o metres du Caulon, ce point
est bien.situc^ ad Fines, c*est-a-dire vers les confins.
En admettant le domaine de Soubeiras, en face du village des
Beaumettes, comme I'ancienne station de ad Fines, il faut obser\'er
que la distance r^elle de Soubeiras a Apt est de I7,(XX) metres et
celle de Soubeiras a Cavaillon de i3,(doo metres. On a dit que la
distance en milles romains de la station ad Fines a Apt etait de
XII milles, soit 17,778 metres; la difference avec la distance r6elle
de ijyixyo metres n'^tant que de 778 metres, inferieure ^ un mille,
prouve que la borne milliaire 6tait ^ 778 metres au-deli de la ville
d'Apt et que c'est parce que on a compte le mille commence que
la supputation ancienne portait xii milles.
La distance de la station de ad Finest Cavaillon, fix6e A x milles
ou 14,815 metres, excede de i,2i5 metres la distance r^elle de
Soubeiras A Cavaillon ; mais comme cette difference est inferieure
a un mille, cela prouve qu'elle doit etre attribute au mode de
supputation de distance, qui y comprenait les milles commences.
II faut de plus remarquer, A ce sujet, que la distance de Cavaillon
au bord de la Durance est precisement de 1,200 metres environ,
ce qui pourrait faire penser que la borne milliaire se trouvait au
bord de cette riviere, limite des Cavari, ou bienque la mensuration
commen(;ait k ce point. Dans tous les cas, cette concordance ne
peut que justifier tout ce qui precede.
L'embouchure de la Font Rouillouso, dans le vallon de la
Bedosse, pr6sente bien certaines conditions avantageuses, comme
Teau et le voisinage de limites; mais cet emplacement a tit ecartd
parce qu on y trouve ni constructions ni ruines, que le campe-
ment des legions yau rait etemoins commode etque ce lieu n'oflre
pas de debouche. D'autre part, comme Teau de la Font Rouillouso
est ferrugineuse, elle convient moins bien que Teau limpide du
Riaou pour abreuver les animaux et pour tous les autres usages
domestiques.
•
DE l'academie de vauclusk ' f:2i
II reste maintenant A passer en revue les divers emplacements
attribu^s a la station de ad Fines, par les auteurs qui se sont
occupes de cette question.
D'apres M. Ernest Desjardins, la station de ad Fines serait situee
a la limite des Cavari et des Vulgientes ; mais comme cet auteur a
oublie de dire par oil passait cette limite et d'en preciser un point
particulier, on se trouve dans Timpossibilit^ dc determiner cet
emplacement presume et d'en discuter ou reconnaitre I'exacti-
tude. L'emplacement de Soubeiras repondd'ailleifrs a cette indi-
cation.
D*Anville 1 1) place la station ad Fines aux conllns des anciens
dioceses d'Apt et de Cavaillon ; or, pour etre ^ la fois sur la voie
romaine et sur la ligne d^limitative des dioceses, la station
devrait etre plac^e aux environs du moulin des Ferts, c'est-a-dire
A 3,000 metres a peu pres du pont Julien, soit seulement 1 1,000
metres ou A vii milles d'Apt et a 19,600 metres ou xv milles de*
Cavaillon ; il s'en suit que la trop grande proximite d*Apt et la
difference des chifTres romains et des distances avec celles indi-
qu(^es ci-dessus, rendent cette designation inacceptable.
M. Lenthdric (2) place la station ad Fines d la jonction de la
Limergue et du Caulon, sur la rive droite de ce cours d'eau, en
lui donnant le nom de Merindol (Vaucluse). A I'embouchure de
la Limergue il n'y a pas de lieu dc ce nom ; le village de Merindol
(Vaucluse) est situe au bord de la Durance, d ou la distance du
c6te d'Apt serait de 26,000 metres environ ou xvii milles romains
et du c6t6 de Cavaillon de i6,5oo metres ou xi milles, soit au total
xxviii milles, ce qui ne cadre pas avec les indications ci-dessus.
D*autre part, cette designation est inacceptable, parce que la
jonction de la Limergue et du Caulon est distante d'environ
i,5oo metres de la ligne s(^parative indiquee pour la limite des
territoires des Cavari et des Vulgientes,
M. Walckenaer, comme M. Lentheric, place la si^Won ad Fines
^ la jonction de la Limergue et du Caulon, et par consequent sur
la rive droite de ce torrent, ce qui souleve les memes objections.
Dans sa Geographie historiqiie et administrative de la Gaule
romaine ^3), M. Ernest Desjardins, modiliant sa premiere indica-
cation, dit que la station ad Fines etait ^ 5oo metres au Sud de
Goult, c'est-a-dire pr6s de Tembouchure de la Limergue et sur la
i^i> Notice de la Gaule et carte du Comtat, 1745.
(a) Le Rhdne, t. I, p. 5o2.
(3) T. IV. p. 44 et 136.
3
DK l'aCADEMIE DE VAUGLlJSE I 'iS
semblant considerer ce dernier comme un oppidum (i) remain.
Ces deux emplacements doivent ^tre rejetes ^ cause de leur grand
^loignement des limites de Cavari et de Vulgientes.
II importe de faire obser\^er, en dernier lieu, que si on voulait
invoquer, contre Templacement de Soubeiras pour Tancienne
station de ad Fines, Tabsence des temples et des tombeaux que
Ton trouve ordinairement aux abords des stations romaines, ce
reproche serait absolument sans valeur, puisqu'il pourrait s'ap-
pliquer a tous les autres emplacements, attendu qu'on ne trouve
nulle part ni monument ni ruines romaines sur les deux rives du
Caulon.
4. — Conclusions.
m •
En s'appuyant ainsi uniquement sur les faits materiels et la
topographie du terrain, sur I'existence d'un seul pont remain^ sur
la constatation d'un pliis court chemin en etat de viabilite, on a
prouv6 que la voie romaine d*Apt a Cavaillon, apr^s un certain
parcours sur la rive droite du Caulon., franchissait ce cours d'eau
sur le pont Julien et suivait la rive gauche du torrent jusqu'a
Cavaillon, en passant d un lieu dit Soubeiras, en face du village
des Beaumettes. On a ^galement d^duit de ces faits materiels, de
la concordance de la situation des limites des anciens bailliages,
vigueries et dioceses, avec les confins des Cavari et de Vulgientes,
de Texistence des ruisseaux, de certains espaces en plaine, des
anciennes constructions existantes, des facilit^s de communica-
tions, ainsi que des distances respectives d*Apt et de Cavaillon,
que Tancienne- station romaine J(i Fme5 n'avait pu exister qu'au
lieu dit Soubeiras et nulle autre part.
A la suite de ces deux demonstrations sc^parees et distinctes, et
de la concordance de ce double fait que I'emplacement probable
de la station romaine est sur le trace propose de cette voie et
que le trac6 pour la voie romaine passe par Templacement pr6-
^^i) On fait trop facilement d^river le nom d'Opp^de, d'oppidum, en voulant consi-
derer ce village, bati sur un rocher, comme une ancienne place forte gauloise ou
romaine.
Le village d'Oppfedc, dont I'ancien nom est Aupeda ou OppeJa, n'a jamais ^t^ une
place de guerre ou un oppidum gaulois ; il est m^me douteux que le village actuel
alt exists du temps de la domination romaine. II faut remarquer, en eflfet, que si on
a trouv6, dans les environs, des vestiges et des traces de r()ccupatir>n romaine, «>n ne
trouve dans le village mSme aucun monument romain, ni aucune construction de
cette epoque. Au surplus, la situation d'OppMe ne prtisenle aucune importance
strat^gique. au point de vue de la defense de I'empire romain lui-memc,
122 MI^MOIRES
rive droite du Caulon ; la Commission de la carte de la Gaule
estime que cette station romaineetait a Notre-Dame des Lumi^res,
c'est-a-dire presque a Tembouchure de la Limergue et toujours
sur la rive droite du Caulon. Cet emplacement 6tant k la dis-
tance de 14 a i,5co metres de la limite indiquee des Cavari et
des Vulgientes, il semble difficile de pouvoir le considdrer comme
admissible, a cause de son eloignement des conlins et de la voie
romaine.
M. Rochetin (i) pense que la station de ad Fines 6tait au village
des Beaumettes, sur la rive droite du Caulon. Comme cette agglo-
meration n'a pour s'alimenter d'eau qu'un puits commun, et que
le torrent du Caulon ne fournit le plus souvent que de Teau
trouble, il semble difficile de croire que les Romains aient pu
placer un lieu de halte dans de semblables conditions.
II reste une derni6re observation a faire au sujet des emplace-
ments de la station ad Fines sur la rive droite du Caulon, c'est
quails sont tous inadmissibles, parce que cette station devant se
trouver sur le parcours de la voie romaine secondaire de Milan ^
Aries, et le pont Julien prouvant que celle-ci suivait la rive gauche
du torrent du Caulon, il en r^sulte que ladite station ad Fines ne
pouvait, par consequent, se trouver que sur cette rive.
M. Toulosan a propos6 la Grande B6gude, sur la rive gauche
du Caulon, comme emplacement probable de la station ad Fines,
L'eau, les constructions et fespace y sont, mais le debouch6 pour
les communications fait d^faut. Si, dcela, on ajoute Tdoignement
de 1,000 metres environ des confins indiqu^s et sa distance d'Apt
de i3,3oo metres ou ix milles, ainsi que sa distance de Cavaillon
de 17.300 metres ou xiii milles, il devient Evident que cet empla-
cement ne rentre pas dans les conditions de distance indiqu6es.
M. Lapie semble croire que la station de ad Fines 6tait a
M6rindol, sur les bords de la Durance, limite m6ridionale des
Cavari. En outre de la distance de M6rindol d Apt, 26,000 metres
ou XVII milles, et a Cavaillon i6,5ooo metres ou xi milles, qui ne
concordent pas avec les indications anciennes, il faut ajouter que
la voie romaine de Milan 4 Aries ne passait pas au bord de la
Durance ; Thypoth^se ci-dessus est done d rejeter.
Enfin, M. Ukert place la station ad Fines aux environs d'Op-
pede, et Courtet, dans son Dictiomiaire des communes du diparte-
ment de Vaucluse, Tindique pour le village d'Opp^de m6me, en
'i) Bulletin histariifue el archir^logique de Wiucluse, i883, p. 267, note.
DK l'aCADEMIE DE VAUCLlJsK 1^3
semblant consid^rer ce dernier comme un oppidutn [i) remain.
Cos deux emplacernqnts doivent 6tre rejet6s ^ cause de leur grand
61oignement des limites de Cavari et de Vulgientes,
11 importe de faire observer, en dernier lieu, que si on voulait
invoquer, centre Templacement de Soubeiras pour Tancienne
station de ad Fines, I'absence des temples ct des tombeaux que
Ton trouve ordinairement aux abords des stations romaines, ce
reproche serait absolument sans valeur, puisqu'il pourrait s'ap-
pliquer a tous les autres emplacements, attendu qu'on ne trouve
nulle part ni monument ni ruines romaines sur les deux rives du
Caulon.
4. — Conclusions.
•
En s'appuyant ainsi uniquement sur les faits materiels et la
lopographie du terrain, sur Texistence d'un seul pont remain, sur
la constatation d'un plus court chemin en etat de viability, on a
prouv6 que la voie romaine d'Apt d Cavaillon, apr^s un certain
parcours sur la rive droite du Caulon, franchissait ce cours d'eau
sur le pont Julien et suivait la rive gauche du torrent jusqu'A
Cavaillon, en passant ^ un lieu dit Soubeiras, en face du village
des Beaumettes. On a dgalement d^duit de ces faits materiels, de
la concordance de la situation des limites des anciens bailliages,
vigueries et dioceses, avec les confms des Cavari et de Vulgientes,
de Texistence des ruisseaux, de certains espaces en plaine, des
anciennes constructions existantes, des facilit^s de communica-
tions, ainsi que des distances respectives d'Apt et de Cavaillon,
que I'ancienne- station romaine j(i F/«e5 n'avait pu exister qu'au
lieu dit Soubeiras et nulle autre part.
A la suite de ces deux demonstrations s(^parees ct distinctes, et
de la concordance de ce double fait que I'emplacement probable
de la station romaine est sur le trace proposed de cette voie et
que le trac6 pour la voie romaine passe par Templacement prei-
^1; On fait trop facilemenl ddriver le nom d'Oppdde, d'oppidum, en voulant consi-
d6rer ce village, bAti sur un rocher, comme une ancienne place forte gauloise ou
romaine.
Le village d'Oppddc, dont Tancien nom est Aupeda ou OppeJa, n'a jamais ^itS une
place de guerre ou un oppidum gaulois ; il est m6me douteux que le village acluel
ait exists du temps de la domination romaine. II faut remarquer, en eflfet, que si on
a trouv^, dans les environs, des vestiges et des traces de roccupatir)n romaine, on ne
trouve dans le village mSme aucun monument romain, ni aucune construction de
cette dpoque. Au surplus, la situation d'0pp6de ne presenic aucune importance
stratdgique. au point de vue de la defense de I'empire romain lui-mcme.
\'24 MEMOTRE$
sum6 de la station, n'en r6sulte-t-il pas la preuve complete de
Texactitude de ces deux hypotheses?
C'est done parce que ces deux demonstrations s^par^es se
completent Tune par I'autre et concourent au meme r^sultat, que
Ton se croit autorisd a penser que le veritable trace de la voie
romained^Apt ^ Cavaillon suivait, d partirdu pont Julien, la rive
gauche du Caulon et passait ^ Soubeiras oil se trouvait la station
romaine dite ad Fines, presque vis-^-vis du village actuel des
Beaumettes.
(.4 suivre.) Antonin Rousset.
A PROPOS
Du Pithecanthropus Erectus.
Une d^couverte qui a d(^jd caused une Amotion considerable et
des controverses fort vives, bien qu'elleremonte iiun petit nombrc
d'annees, a trouv6 un rcnouveau d'interet dans le projet que Ton
prete a un milliardaire et ^ un empereur d'apporter ^ des recher-
ches complementaires Tun la collaboration de ses millions, I'autre
Tappui de sa puissance souveraine(i).
Je veux parler de la trouvaille faite dans Tile de Java par un
m^decin hollandais, pourvu d'un nom bienfran^ais, le D^ Dubois. A
Trinil, sur le Bengawan, il d(^couvrit, dans des circonstances qu'il
est superflu de rappeler ici, les debris d'un 6tre qu'on ne peut,
malgr^ des ressemblances indeniables, assimiler absolument d
rhomme tel qu'il est actuellement constitud.
Ces ressemblances s'accentuent si Ton rapproche ces d6bris de
ceuxd'etres humains appartenant A des 6poques tr6s recul6es, d
des races qu'on a pu qualilier de fossiles. La comparaison avec
lesorganes homologues des singes anthropomorphes a r6v61(^
certaines analogies, qui ont permis de faire ^ T^tre de Trinil, dans
Tetat actuel des classifications, une place incontestee dans les
primates, entre I'homme et le singe.
Ce classement, c*est-a-dire ce rapprochement provisoire d'apres
des ressemblances, contre lequel personne n'^l(^ve une objection
serieuse, comporte-t-il en meme temps Taffirmation d'une parentc
quelconque? En un mot, sommes-nous en presence d'une simple
classification, ou s agit-il d'une gen^alogie, dont les jalons plus
(ju moins isol^s seraient Thomme actuel, I'etre de Trinil et les
singes anthropomorphes ?
Cette distinction est de trop d'importance pour qu on neglige
de la faire ou que, Tayant faite, on conclue pr^maturc^ment.
r Dans le courant de i9<x>, on a lu dans divers journaux que M. Vanderbilt et
Tempereur C}uillaunie II avaicnt cnvoy«i des savants dans Tile de Java pour y recher-
chcr le pithccanlhropc, que certains journalistes semblaient croirc encore vivant.
126 M^MOIRES
II y a longtemps que rid6e d'une parents entre Thomme et
quelques singes, sinon avec tous, a 6t6 6mise. «En 1809, Lamarck
« 6nonc;ait, pour la premiere fois, dans sa Philosophie zoologique,
<s le fait que Goethe avait pressenli: «L'homme descend du singe »,
« et cette affirmation audacieuse fut dccueillie par Tincredulitd
« gen^rale(i). wDepuis, surtout apres les travaux de Darwin, cette
id6e, d la fois pr^cisee et restreinte, ramende ^ la notion d'une
souche commune, dont Thomme et les anthropomorphes seraient
les branches divergentes,a trouve de chauds partisans, et ceux-ci,
soit parce que plus nombreux, soit parce que plus ardents,
paraissent I'avoir emport(^, convertissant leurs adversaires ou les
r^duisant au silence.
Sur cette simple hypoth^se, tout un Edifice scientifique s'est
61ev6e, sign^e des noms les plus illustres : Darwin, Hoeckel,
Karl Vogt, Quatrefages, Huxley, Broca, de xMortillet, Zaborowski,
Hovelacque, etc., etc., les uns rassemblant des mat^riaux et se
contentant d'indiquer sommairement Tordre dans lequel ils
pourraient 6tre employes dans Toeuvre commune (2), les autres,
plus impatients et plus hardis, reconstruisant en pied Tanc^tre
commun (3), dont les vestiges, il faut bien I'avouer, ne sont encore
ni nombreux ni probants.
Cependant, avec des parrains aussi qualifies, fhypothese est
devenue une sorte d'article de foi, dont les principes sont for-
mulas dans la phrase suivante empruntee a M. Hovelacque dans
Notre ancelre, ou il s'elTorce de reconstituer fhomme primitif :
a d'apres la comparaison des singes anthropoides et des races
« humaines les plus anciennes, les uns et les autres <^tant regar-
(t d^s comme derives d'une souche commune. »
Tel 6tait f^tat des esprits, lorsque fut connue et examinee la
trouvaille du D"" Dubois. « Nousavons a enregistrer ... une d^cou-
« verte de la plus haute importance, qui vient pleinement confir-
« mer les idees emises par les evolutionnistes et les transfor-
« mistcs sur la parents de fhomme et du singe » (4). C'est en ces
(i^ A. Clijj^ny, Revue encyclopedique, n'213, 2 octobre iSy;.
(2; Darwin, Descendance Je I'homme et selection naturelle, I"liv., ch. vi; Zaborowski,
L'homme prehistorique, F. Alcan, 5*ed.; Huxley, La place de I'hommc dans la nature,
etc., etc.
(3) Hovelacque, Notre ancetre {Revue d'anthropoln^ie, f^vrier iR77\ E. Leroux. 1 vol.
1878.
(4' Revue encvclopidique, n* du 20 fdvrier 1895.
DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE
127
termes que M. A. de Mortillet annon^ait la d^couverte aux lec-
teurs de la Revue encyclopedique, apres avoir fait pr6c6der son
article de ce sommaire : « Un itre interm^Jiaire entre Vhomme et
le singe, ^ Deux ans et demi plus tard, dans le meme recueil,
M. A. Cligny revenait sur ce sujet dans un article au titre bien
significatif : « Dii singe a Vhomme. » Enfin, Tauteur de la d^cou-
verte, le D"" Dubois, avait, d6s le premier jour, donn6 tx Tetre
d^couvert a Trinil le nom de Pithecanthropus Erectus, intervertis-
sant pour un motif que je ne connaispas, mais oil I'euphonie n'a
rien a voir, les racinesdu mot pr^c^demment employ^ : Anthropo-
pith^que,
Homme-singe ou singe-homme, il importe peu, ce nom affirme,
aussi bien que les citations ci-dessus, la croyance d une parente.
Pour les partisans de cette id^e, T^tre de Trinil est done ou Tan-
c6tre commun ou un anneau de la chaine qui joint cet ancetre d
Tun de ses descendants, Thomme d'un c6t6, I'anthropoide de
Tautre.
A d^faut des originaux, qui ne me sont connus que par les figures
ci-jointes, emprunt^es ti la Revue encyclopMique, analysons les
descriptions faites par des savants, dont la competence et la
bonne foi sont hors de doute, mais qui, a leur insu peut-etre,
penchent visiblernentvers la thcorie de la parente homo-simienne,
et voyons si leurs conclusions seront les nOtres.
Les debris du Pithecanthrope sont : r une troisi^me molaire
superieure droite ; 2° une calotte cranienne; 3** un Jemur droit.
Ces objets, bien que trouves epars, s^pares par des intervalles
de un metre et de quinze metres, depuis septembre 1891 jusqu'd
aout i8(j2, ont etc consideres commc appartenant au meme indi-
vidu.
Voici ce que M. Manouvrier dit de la dent : « La surface tritu-
« raate rappelle plut6t par son aspect I'espece humaine, car les
« cuspides sont peu saillantes et arrondies comme chez Thomme ;
« mais, par son volume, la direction antero-posterieure de sa
a couronne et Tecartement considerable de ses racines, elle s'eloi-
« gne trop des molaires humaines pour qu'elle puisse ctre attri-
« buee a un homme. Elle dilTere assez, d'autre part, des dents
« de gorille, de chimpanzc ct d'orang, pour qu'un doute s'eleve
« ti propos de ces trois especes, et que Ton puisse soulever Thy-
t« pothese d'unc espece inconnue, telle qu'un gibbon de tres
128
M^MOIRES
« grande taille. Dans Thypoth^se d'une esp^ce actuelle je penche-
« rais » conclusion inattendue « pour Torang femelle. » Toutefois,
M. Manouvrier aurait trouv6, au dire de M. Cligny, surle crSne
d'un n6o-caI6donien, une troisi^me molaire inf(^rieure qui, pour
la dimension et la forme de sa couronne, se rapproche de celle
de Trinil, ses racines d^tant plus petites et moins divergentes.
D'autres savants, sur des milliers de cranes humains, ont trouv6
en tout six dents se rapprochant par leur taille de celle qui nous
occupe; deux seulement avaient des racines analogues.
R^sumons : Cette dent est du type humain par la forme de sa
couronne ; elle s'en 61oigne par la direction de cette couronne, par
la divergence des racines et par les dimensions de Tensemble,
dilT^rences qui s'expliquent par un d^veloppement de Tappareil
masticatoire qui ne se trouve plus dans Thumanit^.
Les figures ci-jointes montrent quelle importance les savants
anthropologistes ont attribute a la description, a la mensuration
du crane de Trinil et ^ sa comparaison avcc ceux d'anthropoides
etd'hommes fossiles. et, en particulier, avec le crane bien connu
de la Neanderthal.
Fig. 3. — Norma verticalis superposes Fig. 4.
du crAne de Trinil 'i^ et du cr^ne roin
do Neanderthal 2\
- Profils superpost^s en prenant pour
point commun le sinus auriculaire fd*aprt;s
M. Manouvien : r Chimpanzd jeune; a'CrAne
de Trinil; 3" Crdne de Neanderthal : 4" Crane
de Cro-maffnon.
Completons-les par quelques mesures. Voici celles que j'em-
prunte a M. de Mortillet : longueur : i85"™, largeur : i3o"°, d'oii
indice c^phalique : ^. Cellcs-ci sont donndcs par M. Cligny : lon-
gueur : 180""", largeur: 134"™"', d'ou indice cdphalique: ^. Capacity
cranienne : i.oa.)'* avec une erreur possible inf^rieurc c\ \Qcf\
DE l'aCAD^MIE DE VAUCLUSE 12(J
Rappelons que la capacite cranienne dcs plus grands gorilles ne
d^passe jamais 600" et que dans les races humaines de l^Europe
elle oscille autour de i ,55cr' ; dans aucyn cas, mcme chez les races
intellectuellement inferieures, le crane d'un adulte sain ne descend
au-dessous de i,3oo".
Nbtons encore une particularitC* de ce cnine, que les figures ne
laissent pas apercevoir. « La zone posterieure du parietal porle
« un renflement considerable qui se continue en arriere avec la
« Crete occipitale, en avant avec la crete susmastoidienne ; le tout
« a servi d'inscrtion d des muscles enormes.... Cette cr^te est
« placee beaucoup plus haut... que chez les Fellahs... plus haut
« que chez les hommes de la Neanderthal, presque aussi haut que
« chez les singes » (i). Occupons-nous d'abord de cette crete « qui
c rev6le Texistence d'une nuque puissante et d'une machoire so-
ft lidement outillee » (2) et singulierement d6velopp(^e, ajouterons-
nous, ce que faisait prevoir le developpement de la dent. De ce
fait, le crane devait 6tre incompletement equilibrd* et la face n'au-
rait pu se maintenir droite sans Ic secours des muscles que cette
crete fait deviner.
De ce caract^re on aurait pu conclure a une attitude incomple-
tement redresste, et on Taurait fait sans nul doute si le femur ne
donnait Tassurance du contraire. Mais cette particularite de struc-
ture est-elle uniquement simienne et ne trouve-t-on dans aucun
autre mammif^re, entre la cr6te mastoidienne et la cr^te occipitale,
une ligne d'insertion musculaire de direction plus ou moins
horizontale? La signaler dans 1 etre du Trinil, ce n'est pas le
rapprocher seulement des anthropo'ides, mais de I'animalite tout
entiere.
A regard de la capacite^ cranienne, nous sommes, dit M. Cligny,
i au beau milieu du fosse que nous avions creuse entre les singes
et rhomme » (3). C'est a peu pres exact. Mais faut-il de ce fait, par
voie de consd^quence, conclure «i la parcnte de Tetre decouvert par
le D' Dubois avec Tun et I'autre dcs riverains du fosse ou avec Tun
des deux seulement, et avec lequel r .\L Cligny ne va pas jusqu'a
Taffimation absolue, il la suggere plutot. « A Ttligard des facultes
« intellectuelles et des caracteres zoologiqucs.... le pithecan-
w thropus... forme anneau dans cette chaine hypothetique qui
tt va du singe a Thomme ». Chaine morphologique ou gen^a-
logique ?
1; Cligny, loc. cit.
i» Idem, ibidem.
^3) Idem, ibidem.
I^
MEMOIRES
M. Schleicher est plus explicite ;.voici ce que dit sur cesujet
M. Zaborowski : « Nos connaissances ne nous permettaient pas
« (en 1874) d'affirmer que les branches humaine et simienne
« 6taient ou n'etaient pas s^parees a I'^poque mioc^ne, et,
a avec celle d'un prdcurseur vraiment humain, nous indiquions
« I'hypothese de I'existence d'une esp6ce non encore fix6e, d'an-
« thropiskes (futurs hommes) parmi lesquels il aurait pu s'op^rer
« des re tours vers le typepurement simien. Celd conformdment
« ^ la maniere de voir de Schleicher, qui supposait qu'un certain
« nombre ou certaines esp^ces d'anthropiskes avaient acquis,
« sous rinfluence de circonstances heureuses, le langage articule
« et etaient devenus des hommes, pendant que d'autres especes
« de ce genre, moins favoris^es, s'^taient immobilisees, etaient
« tombees en decadence et avaient constitue par suite les quatre
« especes de singes anthropomorphes. »
Ceci, 6crit bien longtemps avant que les reliques du Trinil
vissent la lumi^re, semble avoir refu de ce fait une 6clatante confir-
mation. L'6tre d^couvert par le D' Dubois c'est I'anthropiskeprdvu,
annonc(^. Cependant, reel ou hypothetique, Tanthropiske de
MM. Schleicher et Zaborowski, consider^ comme anc^tre com-
mun, exige un postulatum qui est la d^cheance intellectuelle
« d'un certain nombre ou de certaines especes d'anthropiskes. »
Chez ceux-1^ le cerveau aurait subi une reigression et serait re-
toume aux dimensions que presentent actuellement les anthro-
poides.
Jamais hypothese ne fut plus gratuite. Les exemples de varia-
tions, adaptations, regressions, simplifications, de quelque nom
qu'on veuille les appeler, ne manquent pas dans Thistoire zoolo-
gique ; elles peuvent affecter les individus dans leurs organes :
simplification des pieds Iburchus de I'Hipparion r^duits au canon
du Cheval, son descendant ; suppression totale des membres pos-
terieurs dans les Pinnipedes et les Sir^nes, disparition dc Toeil
dans les poissons descavernes. Elles peuvent alTecter Tesp^ce : le
Mammouth se rapetissant ^ la taille de I'Elephant, et I'Ours des
cavernes a celle des Ours actuels, a moins que dans ccs deux
exemples il y ait, non pas decadence, mais substitution de varict^s
plus petites mais plus resistantes a d autres plus grandes mais
plus caduques. Je cherche en vain une deg^nercscence prouvec du
cerveau, devenue caractere specifique, ct, jusqu a ce qu'un exem-
ple authentique m'ait et6 donnte, jc consid6rerai Thypothcse de
M. Schleicher comme tr^s risquee. N'oublions pas que le cerveau
DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE lit
n*est pas seulement Torgane de Tintelligence ; sa cl6gen6rescence
entraine celle de toutes les fonctions auxquelles il preside, et Tesp^ce
qui en serait atteinte se trouverait dans des conditions de lutte qui
feraient prevoir sa disparition prochaine. Or, les singes, bien que
nos inferieurs intellectuellement, ne sont pas des animaux deg6-
n^r^s. Le diSveloppement de leurcerveau correspond aux fonctions
auxquelles cet organe a d pourvoir ; Tenfant singe est plus riche-
ment doue sous ce rapport que Tadulte, parce que son cerveau
doit pr6sider ^ sacroissance, et c'est a cela sans doute, plutOt qu*a
un retour vers les formes ancestrales, qu'est due la plus grande
ressemblance entre lui et Tenfant humain, si frequemment invo-
qu6e comme une des prcuves de I'origine commune des deux
especes.
En tout cas, la theorie de M. Zaborowski transpose ou recule la
difficult^, elle ne la resout pas : « Nous indiquions I'existence...
« d'une esp^ce d'anthropiskes, parmi lesquels il aurait pu s'ope-
« rer des retours vers le type vraiment simien » (i). L anthropiske
proviendrait done d'un anc^tre singe, vers lequel remonteraient,
par^atavisme, quelques-uns de ses descendants, pendant que les
autres progresseraient vers le type humain. Cela semble d'une
grande complication, dont on ne voit pasla ndcessite. Pourquoi ne
pas detacher le rameau des anthropoidcs du tronc qui leur serait
commun avec Tanthropiske, celui-ci«6tant considc^re comme Tas-
cendant de I'hommeseul? Que letredc Trinil soit precisement cet
anthropiske, je Ic veux bien. Que, parmi ses descendants, on
compte des singes, grands ou petits, le developpement de son
cer\'eau nous defend de le croire. Nous verrons, au cours de cette
6tude, si lui-meme peut descendre d'un singe ou d'un ancetre qui
lui serait commun avec les singes.
Singe de grande taille et de developpement intcllectuel bien
sup^rieurd celui des anthropomorphesactuels, qui en seraient les
descendants deg^ne^res ou cspcce completement c^teinte ; ou bien
6tre bestial dont des perfectionnements phsychiques incessants
doivent amener les descendants a la dignite d'homme : telles
sont les hypotheses que nous permet Tetude du crane de Trinil.
Nous avons dit pourquoi la fusion, dans des races simiennes
inlerieures, de cet ancetre plus parfait semblait contraire aux lois
gen^rales de la gen^se des especes. 11 a done disparu ou bien
s'est confondu dans Thumanite.
Mais alors c'etait un ancetre purement humain.
I Zaborowski. loc. -cit*
i 3'2 MEMOIRES
Au surplus, les caracteres craniens ont-ils, dans la recherche
qui nous occupe, Timportance qu'on veut leur donner?
Le developpement de son cerveau donne a Thomme une place
speciale, tout ^ fait a part dans la s^rie animale; aussi est-on
port^ aconsid^rer comme son parent tout animal qui se rappro-
che tant soit peu de lui sous ce rapport. Mais ce caract^re n'est-il
pas plut6t spccieux? En tout cas, il n'est pas g(^n6ral.
$upposons-nous en possession des cerveaux d'un tres grand
nombre de mammiieres de taille dquivalente (i) et classons ces
cerveaux d'apres leur poids. II est probable que ce classement
repondra ^ peu pr6s au developpement intellectuel de ces ani-
maux ; mais quel est le naturaliste qui se chargerait de placer
dans cette serie les limites des genres et des especes et surtout
des families naturelles telles qu'on commence a les entrevoir; et
si on prend trois cerveaux consecutifs, sera-t-on fondc^ a affirmer
qu'ils appartiennent a trois proches parents, a trois animaux
d'origine commune?
Le cerveau, quelle que soit son importance physiologique, est
le moins specialise des organes ; c'est celui qui se prete le moins
aux classifications naturelles ou artificielles; dans ce but, tout
autre partie de I'animal sera etudi^eavec beaucoup plus de fruit.
C'est ce que va nous prouver, je Tesp^re, I'examen du troisieme
debris du Pithecanthropus. •
Je regrette de nc pouvoir completer Timage ci-jointe par une
vue de la face postdrieure de ce femur. Ce que nous en voyons
donne absolument Tidee d'un femur humain; et si le D' Dubois a
appele « Erectus » Tetre dont il fut le parrain, c'est que les particu-
larites bien connues de la partie post6rieure et en particulier de la
ligne apre du femur humain, se remarquentdans celui-ci. L'exos-
tose enorme que Ton remarque dans le quart sup^rieur du bord
interne prouve que I'humanite fut la proie des maladies des
m
Tepoque meme ou, au dire de plusieurs, elle ne jouissait pas
encore de sa complete autonomic.
Le caractere humain de cet os est plus particulierement aflirme
par ses dimensions, 0,455. A-t-on tire de ce fait toutes les conse-
(i) (2ettc condition est indispensable, le poids du cerveau etant toujours dans une
certaine relation avec celui du corps. Quelle conclusion pourrait-on tirer de la com-
paraison du cerveau d'une souris A celui d'un elephant? Cependant, on compare,
directement et sans correction, au cerveau humain celui d'un animal d'une masse
gorprtrclle deux fois plus prande, le gorillc I
Pimui de THor
DE l'academie DE VAUCLUSE 1 33
quences qu'il comporte ? Je ne le pense pas et je vais essayer de
le faire.
Si, a Texemple de M. Hovelacque, nous voulions reconstituer
le femur de Tancetre commun, nous serions portes ^ lui attribuer
une dimension moyenne entre celui de Thomme et celui de
Torang-outang, Tanthropoide le plus 61oigne de Thomme sous
ce rapport ; puis nous supposerions que chaque future esp6ce se
sp6cialisant, lacuisse se serait raccourcie chez le grimpeur, allongee
chezlemarcheur. Cette supposition, qu on leremarqueen passant,
serait plus acceptable que celle du r6tr6cissement du cerveau.
Mais quelle taille aurait done eue le pr^tendu pithecanthrope, m^me
avec des proportions intermediaires entre Thomme et le singe,
calcul^esd'apr^sun femur de 0,455? Ce calcul, je regrette de ne
pouvoir le faire, n'ayant a ma disposition que les mesures que
donne le D"" Topinard fi), qui sont des rapports et des indices,
non des longueurs absolues.
Mais d'autres objections se presentent ^ Tesprit. Comment se
fait-il que cet anc^tre nous ait transmis, sans variation appre-
ciable, la forme et les dimensions de son f^mur depuis un temps
si prodigieusement recul(^, le temps qu'il a fallu ^ ses descen-
dants pour augmenter de moitie la capacity c^rebrale et cela par
acquisitions insignitiantes d'une generation a une autre, non
sans quelques retours en arriere. Dans quelle couche g^ologi-
que peut-on esperer trouver I'etre qui pr^sentera les caract^res en
partie simiens, que nous ne trouvons pas dans le f6mur de
Trinil ?
Nous sommes loin, on levoit, du typesiing^nieusement evoque
par M. Hovelacque : « Ce qui frappe au premier coup d'oeil dans
« les proportions des membres des anthropoides compares aux
« membres des hommes, c'est que les membres sup^rieurs des
« premiers sont plus longs que ceux de Thomme et les membres
« inf^rieurs moins longs. » C'est une fa9on bien trop sommaire
de presenter un caract6re aussi important; et plus loin: « II est
« constant, en tout cas, que les races inferieures de Thumanite
« occupent d'une facjon g6nerale un degre plus bas que celui des
« races supdrieures, un degr6 plus haut que celui des anthro-
« poides. II nepouvait, selontoute logique, en 6tre autrement de
« Tancetre imm^diatde Thomme. » Voila pour les dimensions de.
Tos : Vinci pour sa forme : '< M. Broca a d6montre que les femurs
« de la race prehistorique des Kyzies se rapprochaient de ceux des
I VArUhropologie Paris, Reinwald et C", 1879), p. 84-90.
1 34 MEMOIR Kbi
« anthropomorphes par leur largeur. C'est la au moins un des
« caract^res que Ton peut attribuer aux femurs de nos ancetres
« imm6diats. » Et, de plus, il donne a entendre qu'ils 6taient
depourvus de ligne apre suivant le type de la femme bochimane
du mus6e et d'apr^s I'observation de M. Desmolins, qui dit :
« La ligne apre du femur qui termine une surface prismatique
« dans les autres hommes, n'existe pas chez les Bochimans et
« le contour posterieur de cet os, au lieu d'olTrir deux faces incli-
« n6es Tune sur Tautre, ne presente qu'une surface plano-
« convexe (i). »
La r6alit6 n-a pas r^pbndu a Thypoth^se : la longueur du f6mur
du Trinil est d'un homme de haute taille; ce serait d*un g6ant,
si conform6ment ^ la th^orie ci-dessus, on suppose que cet os
6tait plus court que la moyenne des races superieures. II n'est
pas aplati et s'il 6tait d^pourvu de ligne apre ou dc quelqu'un
des details qui, marquant la station debout, sont Tapanage
exclusif de Thomme, on n'eut pas manque de nous le dire et on
n'eut pas accol^ au nom de Pithecanthropus, qui r^pond a Tidde de
I'anc^tre commun, celui de Erectus qui la contredit dans une
certaine mesure.
On s*6tonnera de I'importance que j'attache aux dimensions
d'un OS, detail que les anatomistes, sauf les plus recents, ont
regards d'ordinaire comme insignifiant. Les anthropologistes
qui les ont not^es avec soin ne semblent pas en avoir tire toutes
les consequences qu'elles comportent. Ce sont euxcependant qui
nous apprennent que les variations dans les longueurs des mem-
bres et surtout dans les proportions des membres sup6rieurs et
inf^rieurs sont si insigniflantes qu'elles ne suffisent pas a
6tablir dans Thumanit^ les distinctions factices de races supe-
rieures et races inferieures dont parle M. Hovelacque; qu'elles
creusent, au contraire, entre les anthropoldes et I'homme un foss6
autrement infranchissable que celui qui r^sulte de la difference des
capacites craniennes.
Ceci reclame quelques developpements ; je les emprunterai ^
une communication faite par moi d TAcademie de Vaucluse, le
9 juin 1886 (2). A cette epoque, je presentai t mes coliegues
« un croquis qui, a mon sentiment, faisait ressortir d'une mani&re
frappante certai?ies constatations qui ne sont pas nouvelles et qui se
(i) A. Hovelacque. Notre ancitre, 1878. p. 70-72.
(j) V. MtSmoires de TAcadcmie de Xauclusc^Liqu'iei , Bribes anlhropologigucs pour
sen'ir j Vcnseignement du dessin (L*Instruction pritnaire,n* du 21 juin 1891.^
bE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE
UV?
rattachent d la question toujours pendante de I'origine de notre
espece.
« Une ligne horizontale de o'^GS de longueur environ represenie la
colonne vertebrale ; trois points la diviseni en parties correspondant
aux regions cervicale, dorsale, sacro-lombaire et coccygienne, la
premiere de o,og, les deux suivantes de 0,28 chacune, la derniere de
0,02. Elles corresponnent aux intervalles rectilignes, limites dans le
sqiielette par le plan condylien, Vapophyse proeminente, rapophyse
epineuse de Li onzieme dorsale, la pointe du sacrum et la pointedu
coccys.
Si Von prend la moitie de la region cervicale et qu'on la reporte
(0,045) sur la region dorsale, a partir de la proeminente, on obtient
un point an niveau de la cavity gl^notde, soil le point d'attache de
I humerus. La distance qui separe ce point de I'atlas (0,1 35] est dgale
a celle qui separe celui-ci du vertex; en d'autres termes, c'est la
hauteur du vertex au-dessus du trou occipital ou axe vertical du
crane.
ii.<..U
Fro. ♦:>. — Representation schematiquc vies proportions de rhomme.
« .A partir de son point d'attache, je represente Vhumirus par une
perpendiculaire a la colonne vertebrale et je fais sa longueur egale a
1 36 MEMOIRKS
0,325, la moitie exactemeni de la longueur du rachis. Celte relation
est tres simple el en meme temps exactefvoir Topinard).
« Les auires segments du membre superieur, que je place sur le
prolongement de Vhumerus se trouvent par une relation tout aussi
simple : les trois-quarts de la longueur de I'hum^rus donnent le
deuxieme segment, le radius; les trois-quarts du deuxieme donnent
la longueur de la main, Ces dimensions sont prises entre les sur-
faces articulaires, apophyses non comprises.
« Void comment la longueur des divisions naturelles du membre
injerieur se deduii de celles des segments coj^respondants du membre
superieur.
« Du point qui marque Vextremite du sacrum, je dirige en avant
une ligne a 4S'*, jusqu'au niveau de Vextremite inferieure de Vhu-
merus : c'est le femur. De la en arriere une ligne a 48'' jusqu'au
niveau de I'articulation radio-carpienne : c'est le tibia ; une troisieme
ligne a 45** en avant, comprise entre le niveau des extr^mites de la
main donne la longueur du pied : relation qu'on pent formuler de
la inaniere suivante :
Le segment du membre postdrieur est au segment cor-
respondant du membre antdrieur, comme la diagonale
est au cAt^ du carrd »
« Une chose me semble, des a present, digne d'attetition. Le type
humain quej'ai represente est ramen^ a rattitude d'un quadrupede
et ce quadrupede d*occasion ne s'eloigne pas d'une mani^re essentielle
de ceux qui ne savent marcher sans Vaide de quatre pattes.
« Sijefais un schema analogue avec les mesures des anthropoides,
j^arrive a des relations radicalement dijferentes, mime jusqu'au rap-
port inverse pour Vorang, chez qui, d'apres Broca, Vhumerus, -j- ^^
radius est au femur, + /^ tibia, comme 140 est a 100, ce qui pourrait
s'exprimer ainsi :
Les deux premiers segments du membre ant^rieur,
Chez Vorang, sont aux deux segments du membre post^-
rieur comme la diagonale d'un carrd est & son cAtd (i).
Et comme, toujours d'apres Broca, la relation de longueur du ft^mur
au tibia et de Vhumerus au radius est la mime, egales toutes les deux
d 8y,7 "/<" ^^ P^"^ ^'^^ ?"^ ^^ formule ci-dessus est encore juste pour
chacun des segments. »
Ces assertions, ces figures peuvent sembler ing6nieuses, mais
de pure fantaisie. II n'en est rien : elles reposent sur des mesures
vi Humphry arrive au meme r6suUat,A 0,7 pr6s. — Voir V Anthropologic du D' To-
pinard. y ed., p. 85.
Dfe L^ACADEMIE DE VAUCLUSE
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l3H MEMOIRES
nombreuses et controlees. Une derni^re epreuvc nous rassurera
a cet 6gard. On sait ce que les anthropologistes appellent la grande
envergure. C'est la longueur qui separe les exlr^mit^s des deux
medius, les bras 6tant supposes etendusen croix. lis I'ont compa-
rted la hauteur tolale de Tindividu. Notre figure peut donner faci-
lement les deux dimensions. II suffit, d'une part, d'ajouter d deux
fois la longueur du membre ant^rieur lalargeur du thorax (deo,25
a 0,28) et d'autre part d'additionner la hauteur de la teteavec celles
du rachis, des deux premiers segments du membre posterieur, et
d'ajouter 0,09 d o, 10 centimetres pour la hauteur de Tarticulation
tibiotarsienne au-dessus du sol. Nous obtenons ainsi une grande
envergure de [(325 + 244 -f- 1 83) 2 -{- 25o] i'"72 et une taille de
[135+650+445+341 + la)] i^Gyi . Or, M. Topinard nous apprend
que I'envergure depasse la taille de I'homme dans les moyennes
de o a 8g pour mille, c est-a-dire que quand elle est le plus reduite,
elle egale la hauteur du corps, quand elle est la plus longue elle
la depasse d'un ^, soit de o'"i5 dans la taille moyenne. Ici nous
avons un excedent de o,o54 seulement, presque a 6gale distance
entre les deux extremes.
« Sur les anthropoldes et specialement sur le Gibbon, ajoute
« le savant el6ve de Broca, elle est infiniment plus grande. Son
« rapport a la taille 6tait de 1654 chez un Gorille mesur6 aussit6t
« apr^s sa mort, et de 1428 environ chez un Chimpanz6 de Tesp^ce
« chauve. On voit tout de suite Textr^me difference avecThomme. »
Du reste, le graphique de TOrang, donn6 plus haut, a 6t6 etabli,
comme je Tai dit, sur des mesuresde Broca donn^es par Topinard.
L'exactitude des figures donn6es ci-dessus est done justifl^e
par les mesures des anthropologistes. La charpente osseuse de
I'homme se rapproche plus de celle d'un quadrup^de, je dirais
presque de n'importe quel quadruple, que de celle de n'importe
quel anthropoide. De plus, son envergure est, avec les variations
insigniflantes de^au maximum, 6gale d sa taille. Nous sommes
en droit d'en conclure que les rapports des longueurs du membre
anterieur au membre post6rieur, que nous avons vus en con-
nexion intime avec la taille et I'envergure, n'^prouvent 6gale-
ment que des variations insigniflantes. Done, que ce caract^re est
un des plus fixes qu'il y ait dans Thumanite actuelle. Ceci paraitra
bien plus Evident, si nous comparons cette fixity avec les extremes
■
^1^ Topinard, AnthropologU,
»
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE r.>9
variations que quelques exemples nous font deviner chez les
anthropoides (i).
Mais voila que le D' Dubois deterre les debris d'un etre parmi
lesquels un lemur mesurant 455"', juste la longueur pr6vue cinq
ans plus t6t dans une figure destin^e a rc^sumer les proportions
humaines (il n'y manque pas un millimetre) et Ton conteste que
cet ^tre soit un homme ! et Ton pretend que la trouvaille du D*"
Dubois comble le fosse qui separe Thomme du singe : elle I'elargit
au point de le rendre infranchissable, car elle nous montre que
Tun des caracteres les plus speciaux a Thomme et des plus inva-
riables dans I'espece actuelle, celui qui Teloigne leplus des pre-
tendusanthropomorphes, puisqu'il met entre eux et lui plus de la
moiti^ des quadrupedes terrestres, est aussi Tun des plusanciens,
leplus ancien de tous. II estant^rieur a Thumanit^, pourrait-on
dire, malgrc^ Tabsurdite apparente de la proposition, puisqu'il a
prec(^d6 dans notre espece le d^veloppement cert^bral et peut-^tre
les premieres manifestations du langage.
Cette difference si considerable entre les anthropoides et
rhomme, Tanalogie ind^niable entre ce dernier et les quadru-
pedes en ce qui touche le plan genc^ral de la charpente osseuse,
A quoi doivent-elles 6tre attribuees ? Je ne vois que deux causes
possibles, Torigine' ou Tadaptation, cette derni^re determinc^e
surtout par les fonctions de locomotion.
Or, les deux groupes dissemblables, anthropoides et hommes,
ont des allures analogues. Tun et I'autre, a des degrees differents,
bip^des et grimpeurs. Les deux groupes qui se ressemblent ont
des allures oppos^es. Si Tanthropolde est un bip6de mediocre,
rhomme est un quadrupede encore plus mauvais. La difference
du plus ou moins dans Thabitude de grimper ou de marcher
debout, que Ton constate chez Thommeet I'anthropoide, suffit-elle
^ expliquer la disproportion de leurs membres ant^rieurs et pos-
t6rieurs ? Je ne le crois pas.
(1) Un moyen de montrer la difference qui existe entre I'envergure et la hauteur,
dil Topinard, t consiste A voir oCi se pose Textr^mitd du medius dans la station
« verticale du soldat sous les armes. Cette extrdmitd 6tait separde du bord sup<irieur
€ de la rotule par un intervalle de 7 A la centimetres dans les moyennes obtenues
f sur les soldats de races diverses de I'armee am^ricaine. » VoilA les variations chez
rhomme. Nolons que cette difference de 7 A 12=35 provient en partie du niveau
plus ou moins elevc des (Spaulcs. « Suivant M. Huxley, les mains atteigrnent le
« milieu de la cuisse chez I'homme, le dessous du genou chez le chimpanz^, le
» milieu de la jambe chez le gorille. les chevilles chez Torangr, le sol chez le ^ib-
ff bon. » VoilA les variations chez les anthropoides.
J40 MEMOIRES
Dans les temps prc^historiques que de families humaines durent
etre arboricoles, comme Ics orangs, et combien en existe-t-il
encore dont les pieds n'ont pas connu d'autre sol que les racines
des pal^tuviers ou les basses branches desarbres.Nousne voyons
pas que cette condition, qui est exactement celle ou vivent les sin-
ges, ait allonge leurs bras ou raccourci leurs jambes au-del^ des
limites si restreintes que nous avons donnees plus haut. Les deux
groupeshumains, chez qui on signale la plus grande envergure, les
Kabyles et les Ainos, habitent des pays qui ne se recommandent
ni par letendue, ni par Topacite de leurs forets. Cette difT6rence
est done originelle : elle a resiste aux resultats de Tadaptation a
des conditions de vie identiques.
Au contraire, si jamais la fonction a cr^6 I'organe, on peut dire
que la marche sur quatre pieds a cre<^ les proportions des mem-
bres chez les quadrupedes. Qui ne vr»it de quelle efficacite pour
la projection en avant doit etre le jeu des leviers de Tarri^re-train ,
disposes suivant des lignes a 45* avec le sol et avec I'axe ver-
t(ibral ?
Mais chez Thomme qui ne marche, court et saute que sur deux
pieds, a quoi cette disposition peut-elle bien servir ! Cette relation
de longueur entre les segments homologues des deux membres,
cst-ce la fonction qui Taurait crete et lui aurait impos6 cette
fixity remarquable ? En quoi la longueur des bras, qui font une
besogne toute autre que les jambes et r^ciproquement, peut-elle
dependre de celle des jambes, sans qu^aucun changement soit
intervenu dans cet ensemble, ni sur la totalit<i des hommes, ni
dans la continuite des mill(^naires. Comment des conditions de
marche identiques, tr^s analogues du moins, aurait-elle cr66 des
dissemblances profondes entre les descendants d'un m^me p6re
et comment un mode ambulatoire essentiellement different aurait-
il rapproche Thomme du quadrup^de ? Voila des diflicult^s qui
ne se resoudront pas par I'hypothese de Tanc^tre commun.
D6ja, en i88(), dans la communication oil j'ai pris I'extrait donn6
ci-dessus, je disais, en mani6re de conclusion : Ne serait-il pas
plus logique d'attribuer les differences radicales des structures a des
origines essentiellement distinctes et tres dissemblables, et de const-
derer les ressemblances incontestables de Vhommeet des anthropoides
comme le resultat d'adaptations a des conditions d'existence ana-
logues f
(]ctte hypothcse, qui est justement le contre-pied de celle de
Tancctrc commun, ne me semble pas infirm(^e par la d6couverte
DE LACADEMIE DE VAUCLUSE I4I
dont Trinil fut le th^dtre, bien au contrairc. Le passage suivant,
cmpruntc^ a Karl Vogt, que jc n'ai connu que plusieurs ann6es
apres, semble lui pr^dire un brillant avenir. II est suggestif et
Ton s'6tonneraqu'apr^s Tavoir ecrit Tauteur soit rest6 un partisan
imperturbable de ranc^trecommun.
(t C'est une des plus belles conquetes de la science paltontolo
a gique modQrne que la demonstration des deux lignd^es paral-
« Icles, suivant lesquelles le type des chevaux s'est successivement
a dOvelopp^ dans I'ancien comme dans le nouveau monde. Dans
<t ce dernier surtout, tous les jalons existent, sans aucune inter-
« ruption, depuis un petit animal pentadactyle, Eohippus, de la
)) taille d'un renard, trouve dans les couches de Tebocene inferieur,
« jusqu'au cheval quaternaire (equiis curridens). Chaque 6tage
« montre un genre particulier, di(T(^rent du precedent par une
» augmentation de la taille, par la complication toujours crois-
« sante des plis de lemail dans les molaires, et par une reduction
<( successive du nombre et du volume des doigts. Or, le dernier
ft rejeton de cette longue serie de genres enchain^s les uns aux
« autres etait un cheval semblable au cheval domestique, avec
« des incisives un peu dilTc!; rentes, qui, pendant I'c^poque quater-
« naire, parcourait les deux Amdriques, en laissant ses restes
« tout aussi bien dans les depots des Pampas que dans les caver-
« nes du Bresil et des Etats-Unis.
« Dans Tancien monde, nous avons une sdrie semblable, quoi-
« que moins complete. Nos chevaux paraissent prendre leur
(I souche dans les Paldoth^riums, forme ambigue a quatre doigts
« aux pieds anterieurs, qui parait etre aussi la souche des Rhinn-
<( ceros. Mais dans le genre Anchith(inum de Td'ocene sup(!irieur
« et du miocene inferieur, pour la dentition comme pour la
« structure des pieds, lescaract6res chevalins se prononcent deja
« avec la plus grande nettet(^ et se laissent suivre jusqu'aux chc-
« vaux actuels, en passant par les gracieux Ilippariums trydac-
« tyles, qui parcouraient en bandes nombreuses le midi de TEu-
« rope, les localitc^s de Pikermi en Grece et de Sansans au pied
« des Pyriinees.
« Je ne veux point insister sur les d(itails, je veux constater
a seulement qu'aucun des genres compris dans la serie d'evo-
« lution des chevaux americains n'est identique avec ceux qu'on
« a distingues dans la serie de nos chevaux, et que les dilTerences
« initiates sont plus considerables que celles de la lin. La dilTe-
« rence est 6norme entre TAnchitherium du miocene superieur
142 MEMOIRES
« de TEurope et le Mesohippus du m^me etage am6ricain,
« tandis que les diflV^rences sont minimes entre les deux chevaux
« quaternaires. Les series se sont done rapprochees an lieu de
« presenter des divergences croissant es (i), »
L'hypoth^se de Tancetre commun a trouble la vue des plus 6ru-
dits et des plus perspicaces. Delivrons-nous de cette obsession et
pour cela faisons un sort a la theorie des origines separees et des
transformations convergentes.
Les savants qui se sont occupes de la question si interessante
de notre origine ont trop demande a Tanatomie descriptive et ^ la
physiologie, sciences analytiques au premier chef, qui voient de
trop pr6s. Aux sujets scientiliques comme aux oeuvres d'art il faut
parfois du recul, comme disent les peintres. La paleontologie,
qui a fait ouuvre de synthese des ses debuts, se plait aux vastes
horizons. C'est elle qui nous fournira les documents necessaircs,
mais il faut savoir attendre. Deja, elle nous a livre Thomme de
Trinil, mais quoi! il etait a fleur de terre, a peine quaternaire ;
elle nous reserve blen d'autres surprises. Ce n'est pas seulement
nos ancetres qu'elle nous fera connaitre, mais aussi ceux de
chacun des quatre groupes d'anthropoides. Si les clTets combines
de revolution etde I'adaptation, s'exer^ant dans deux hemispheres
que rOcean separait alors comme aujourd'hui, ont ramene a une
meme espece les descendants de deux animaux aussi distincts
que I'Eohippus et TAnchiterium, pourquoi n'aurait-elle pas trans-
forme, jusqu'a les rassembler dans une meme classe, celle des
primates, les descendants d'ancetres encore plus diflerencies?
En attendant que I'evenement montre de quel c6te est la verite,
feiicitons-nous de Tinteret que les milliardaires et les souverains
prennent aux origines de Tespecc humaine. Puisse cet interet les
conduire jusqu'a I'amour de leurs contemporains ! Serait-ce 1^ le
premier pas vers Tapaisemcnt, vers la suppression des guerres
politiques et industriclles qui cnrichissentde documents humains,
pour le profit bien lointain et bien aleatoire des anthropologistes
de Tavenir, les couches geologiques en voie de formation !
G. BOURGES.
(i) Karl Vogrt, Lw Mammi/ens, 6clit. fran9. orig. (A. Pigorcau), p. 339-340.
EN AVIGNON.
SUR LA STATUE DE CRILLON.
Le Destin ne lui fut pas tendre
A ce vaillant lils du Comtat:
Henri quatre Tenvoyait pendre,
Puis, il fallut qu'il s'exilat.
Car c'est Texil que cettc impasse
Au fond duquel il est but(^,
Plus oublie dans sa disgrace
Qu un poete ou qu'un deputed.
C'est qu'il a suivi ses idoles
Dans le declin qui les poursuit ;
Sa statue est le pur symbole
Des devoirs noblement remplis.
En face de la xVI^tropole,
Presque au milieu de nos soldats,
Elle garde la necropole
Des saintes grandeurs d'ici-bas.
LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE
Ce monument, epais et lourd,
Jadis eut, dit-on, d'heureux jours.
Les Papes y battaient monnaie.
Aujourd'hui, son heure est moins gaie.
Le co(Tre-fort municipal
Ne vaut pas le coffre papal ;
144 MEMOIRES
On n'y bat plus For, et pour cause.
On y bat pourtant quelque chose
De pas cher et d'assez flatteur
Pour plaire encore a T^lecteur
Et m6me ^ sa prog^niture,
On y bat... Quoi done? — La mesure !
LE TOUR DE VILLE.
A Mademoiselle X.
C'6tait pr6s du Rempart le chemin familier
Que Ton suivait gaiment, en s^arretant par place.
Com me le pas au sol, le regard fait sa trace :
Si ces murs ont une ame, ils ont du la garder.
Si ces murs ont des yeux, en vous voyant passer
Leg^re et souriante, ils ont du vous sourire.
Vous qui les aimiez tant; laissez-moi vous le dire,
Si ces murs ont un coeur, ils ont du vous aimer.
LE RHONE EN AVIGNON.
C'est le Rhone puissant et fier,
Dont Tepaule, aux muscles de fer,
Emporte la vague ecumante
Du sommet de TAlpe g^ante
En ddvalant jusqu'd la mer.
II a pein6 sous bien des cieux,
II est fatigue, soucieux,
Mais le voila chez les F(^libres,
II se sent jeune, et ses nerfs vibrent,
La joie ^tincelle en ses yeux.
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSfe 14?
Du plus loin qu'il voit Avignon
Et son palais et ses pignons
Avec leurs tours cardinalices,
II lorgne ses remparts, ses lices
Et tend Toreille vers le pont.
11 6coute si les violons
M6nent toujours les rigodons,
Ces rigodons ou les Arieses
En se trdmoussant tout a Taise,
Montrent leurs bas sous leurs jupons.
En passant pr^s de Saint-Andr6,
Avec un sour ire madr6
11 s'^carte vers la prairie,
D^daignant Tampleurarrondie
De ce vieux couvent delabre.
Et gaiment, il jette, au detour,
De la main un lointain bonjour
Au joyeux Chateauneuf des Papes,
Au souvenir de sos agapes,
De son vin, de ses troubadours.
m
C'est en vain que de son castel
Philippe lui fait un appel.
11 se rit de sa tourosseuse,
Et laisse sa pointe orgueilleuse
En maugr6ant piquer le del.
Puis, tout gaillard, d'un pied leger,
11 descend jusque chez Tempier,
Enla^ant la taille un peu grasse
De sa comm6re Barthelasse
Dans le myst^re des canniers.
Las ! Mais Taust^re Jacquemard
Le guette et tinte le depart.
Docile d la cloche sdverc,
Une larme pr^s des paupi6res,
II s'6branle d'un pas trainard.
144
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C'6tait pres du
Que Ton suiva'
Comme le pas
Si ces murs oi'^
Si ces murs oni
L6g6re et souri.
Vous qui les airi
Si ces murs oni .
■.wJiajre*j*cvaiiici::
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MISTRM
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G'estle Rh^.i
Dont r^pau!'
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En ddvalant j-i
II a. peine sous ■
II est fatigue, se.
Alais levoila cIk
U se sent jeunc. ..•
I.a joie etincelle .•:
';. Jans la p»snt
"^s-ajllo,
. v::t*au
DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 1 47
Coureur insolent d'aventures,
Menant grand train de tourbillons,
II bouscule ici les voitures,
La fait la guerre aux cotillons.
On dit m^me que sur la place,
En fourrageant le monument
Aux grands hommes qui s'y prelassent
II enleva leurs vetements.
Mais les ponts ont ses preferences :
II y montre tous ses talents
Et fait valser a sa cadence
Les gros bourgeois et les mamans.
11 aime ^ tourner les aiguilles
Sur les horloges de nos tours,
A lutiner les belles filles.
Ah ! qu'il leur fait de vilains tours :
Car si peu qu'il se mette en tete
De les suivre au creux deschemins,
On voit... des coifles de coquettes
Voler par dessus les moulins.
Qui resiste est mis en poussi^re;
Et c'est simplement parraison
Que nos belles sont si legeres
En ce beau pays d' Avignon !
MOURAL.
T46 MEMOIRES-
Pourtant le voila qui soudain
Tend'le jarret, cambre le rein,
Et sur sa t6te qu'il redresse,
Un Eclair de male all^gresse
Rayonne et chasse le chagrin.
C'est qu'il a vu nos pontonniers
Rejoindre en chantant leurs quartiers.
Et lui, le maitre d rude allure,
Dont la main parfois est si dure
Et si terrible aux nautonniers,
Lui, I'anc^tre au constant labeur,
Le seculaire travailleur,
Le vieux serviteur de la F" ranee
Sourit a leur jeune vaillance,
Et part enfm la joie au caur.
LE MISTRAL
Comme le Rhone dans la plaine,
Dans les airs le Mistral est roi,
Et roi puissant dans son domaine ;
11 fait tout plier sous sa loi.
En vain, pour lui livrer bataille,
Les vieux remparts et le chdteau
Opposent leurs flares murailles
A la fureur de ses assauts.
Sans s'arreter a les combattre
II les tourne de tous c6t6s,
Et bondit, hurlant comme quatre,
Par dessus leurs fronts ecretes.
Le voila maitre de la ville,
II a bientdt tout balaye,
Car c'est a lui que nos (^dilcs
Donnent la rue d nettoycr.
DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 1^7
Coureur insolent d'aventures,
Menant grand train de tourbillons,
II bouscule ici les voitures,
La fait la guerre aux cotillons.
On dit m^me que sur la place,
En fourrageant le monument
Aux grands hommes qui s'y prelassent
11 enleva leurs v^tements.
Mais les ponts ont ses preferences :
II y montre tous ses talents
Et fait valser a sa cadence
Les gros bourgeois et les mamans.
11 aime ^ tourner les aiguilles
Sur les horloges de nos tours,
A lutiner les belles fUles.
Ah ! qu'il leur fait de vilains tours :
(^ar si peu qu'il se mette en tete
De les suivre au creux deschemins,
On voit... des coifles de coquettes
Yoler par de^ssus les moulins.
Qui resiste est mis en poussiere;
Et c*est simplement parraison
Que nos belles sont si legeres
En ce beau pays d'Avignon !
MOURAL.
Volumes et Fascicules
REgUS PAR L'ACADEMIE
Depuis la publication du i«r fascicule de I'ann^e igoi.
I. — Envoi du Mlnist6re de rinstruction publlque
et des Beaux-Arts.
Bulletin arch^ologique du Gomite des travaux historiques et scientifiques, 19001
3* livraison.
II. — Dons des auteurs.
I' Collection de feu M. le marquis de C[lapiers] : Monnaies fran^ises royales et
fcodales (surtout proven^ales'... Vente aux ench^res publiques... les lundi 39 avril»
mardi 3<) avril et mercrcdi i" mai 1901. — 2' M. Eysstiric, membre titulaire de TAca-
demie : G. Bigourdan, J. Eyssi^ric et Salet, Rapports sur les observations de T^clipse
totale du soleil du 28 mai 1900, faites 4 Hellin, Albacete et Las Minas (Espagne). —
3* M. de Berluc-P^russis, membre correspondant de I'Acad^mie : Rapport sur les
« Tribunaux de Sisteron 9 de M. Saint-Marcel Eysstiric. — 4' M- Emile Bonnet : Les
Monnaies des 6veques de Lod6ve. — 5" M. Marmoiton, membre titulaire de TAca-
d6mie : (Jeorges Bell, Sans reproche, drame en quatre actes et en vers.
II. — Envois des Socidtds correspondantes.
Memoires de la Soci^t<i d*arch6ologie lorraine et du Mus^e hlstorique lorrain, t. L
(1900. — Revue horticole des Bouches-du-Rh6ne, n" 56o A 562. — Bulletin de la
Soci6tc d<^partementale d^archiSolog-ie et de statistique de la Dr6me, 1901, i37' livrai-
son. — Sr)cidt(i arch^ologique de Montpelller. Cartulaires des abbayes d*Aniane et
de Gellone. — Memoires de I'Acaddmie des sciences, lettres et beaux-arts de Mar-
seille, 1899-1901. — Revue historique de Provence, 1901, n'* 4 i 6. — Annales de
rUniversit6 de Lyon. Nouvelle s^rie, 1. Sciences, m^decine, fasc. 4 : Pal^ontologie
humainc. L'hommc quaternaire dans le bassin du Rh6ne, par Ernest Chantre ; —
n. Droit, lettres, fasc. 4, 5 ct 6 : Onomasticon Taciteum, composuit Philippus Fabia ;
Ez6chiel Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, publi^e par Emile
Bourgeois ; L'Agamemnon d'Eschyle, texte, traduction et commentaires par Paul
Rcgnaud. — Hcvue d'Auvergne, 1900, n" 3 A 6; 1901, n* i. — Memoires de I'Acadtimie
de Metz, 1897-1898, 1898- 1899. — Revue du departement du Tarn, 9" ann^e, n*' 5 et 6 :
lo' annee. n" f. — Soci^t^ Les Amis des sciences et arts de Rochechouart, t. X,
I.^O MEMOIRES DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE
n" V, VI ; I. XI, n" I. — Revue de Saintonge el d'Aunis, 1901, 3* livr. — Academic des
sciences et lettres de Montpellier. M6moires de la section des lettres, a* s^rie, t. Ill,
n* 2; t.IV, n* I. — Bulletin historique du diocese de Lyon, 1901, n* 3. — Soci6t6 des
antiquaires de la Morinie, t. X (1901), fasc. i*'. — Mdmoires de la Soci6t6 dduenne,
nouvelle s^rie, t. XXVIII (1900). — Revue des langues romanes, t. XLIV (1901), n" i
et 2. — Socl6t6 languedocienne de g^ographie, t. XXIV (1901), i" trimestre. — Bul-
letin de la Societe d'^tudes des Hautes-Alpes, 1901, n* 37. — Revue d' Alsace, 1901,
mai-juin. — Bulletin des sciences naturellesde Sa6ne-et-Loire, igoi, n"3 et4. — Soci6t(^
nationalc des antiquaires de France: Bulletin, 1894; M6moires, 1898; Mettensia, II,
fasc. 3 et 4. — Congr^s arch^ologique de France, LXV session, Bourges, 1898. —
Bulletin de la Society archcologique du Midi de la France, S(irie in-8', n* 27. — Bul-
letin de la Diana, t. XI, n* 8.
MCV^C- —
I. XI. n' 1- — M<
et itiires de >i-"_
r, n- 1- — Bull^
r^s de la M<^»ri z"^
stn*;, t. XXV X :
la S'Kricie d*i:rH
1-— BvJilcTiTi dc=r-
•c vi^». aptiqaaiT^ -
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Jt: la S«»cicit a-"*"
ia Diiina. i Xi_
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1 1 icr. N
X. I r
» . —
Tlrr
I
— « • 1 «
)p^de et ses environs.
S D'ARCHEOLOGIE ET D^HISTOIRE LOCALE.
(Suite,)
IIL
Oppede et ses barons.
I, — De Vorigine du village d'Oppede.
ge d'Oppede est situ6 sur le flanc septentrional d*un
ent rocheux (terrain de molasse marine) (i), redresse
ilcvement du Luberon (terrain ntocomien). Cette convul-
►logique, en soulevant ces couches de terrain, les a
de la montagne du Luberon par une depression assez
J, dont les eaux torrentielles s'ecoulent, apr6s chaque
.ins le ruisseau du vallon de Combresc (2).
assif rocheux, au sommet(3) duquel se trouvent les ruines
Leau d'0pp6de, est inabordable sur les trois c6t6s, de
u sud et de Touest, tandis que du c6t6 du nord, la d6cli-
j terrain, quoique tres prononcte, est cependant accessible.
;ur cette pente que les anciens habitants du village avaient
:urs maisons, aujourd'hui en ruines.
ille est Torigine du village d'Oppede? A quelle epoque
nte sa fondation ? Telles sont les questions que Ton se pose
•est dans un de ces massifs rocheux que Ton a creus6 les curieuses carri^res,
\>n extrait la pierrc detaille d'Oppede, si rechercht^e pour les constructions.
Lc vallon de Combresc est trCjs pitloresque et m(iriterait d'etre visii<i par les
■stes. Son (Etymologic semble venir de Coumbo bresco (vallon a ruches), probable-
id cause des cssaims d'abeilles qui se trouvaient jadis dans les anfractuof-ites
rochers.
Oppi^de (le clocher) est 4 3oo mitres d'altitude au-dessus du niveau de la mer.
Opp^de et ses environs.
FRAGMENTS DVVRCHEOLOGIE ET D'HISTOIRE LOCALE.
(Suite,)
m.
Oppede et ses barons.
I . — De Vorigine du village d'Oppede,
Le village d'Oppede est situ6 sur le flanc septentrional d'un
escarpement rocheux (terrain de molasse marine) (i), redresse
par le soulevement du Luberon (terrain n^ocomien). Cette convul-
sion g^ologique, en soulevant ces couches de terrain, les a
separ^es de la montagne du Luberon par une depression assez
profonde, dont les eaux torrentielles s'^coulent, apr6s chaque
pluie, dans le ruisseau du vallon de Combresc (2).
Le massif rocheux, au sommet(3) duquel se trouvent les ruines
du chateau d'OppMe, est inabordable sur les trois c6t6s, de
Test, du sud et de Touest, tandis que du c6t6 du nord, la d^cli-
vite du terrain, quoique tr6s prononc6e, est cependant accessible.
C'est sur cette pente que les anciens habitants du village avaient
bati leurs maisons, aujourd'hui en ruines.
Quelle est Torigine du village d'Opp^de? A quelle epoque
remonte sa fondation ? Telles sont les questions que Ton se pose
(i) Cost dans un de ces massifs rocheux que Ton a creuse les curieuses carri^res,
d'oCi l\»n extrait la pierre de taille d'Oppcde, si rccherch6e pour les constructions.
['2) Lc vallon de Combresc est trds pittoresque et mdriterait d'etre visittS par les
touristes. Son Etymologic semble venir de Coumbo bresco (vallon A ruches), probable-
ment^ cause des essaims d'abeilles qui se trouvaient jadis dans les anfractuo?it6s
des rochcrs.
(3) Oppede (le clocher) est ^ 3oo mitres d'aliitude au-dessus du niveau de la mer.
1 52 MEMOIRES
tout d'abord, et auxquelles on ne trouve pas de r6ponse satis-
faisante, parce que, comme pour la plupart des oeuvres humaines,
les humbles commencements de ce village se perdent dans Tombre
du pass6. C'est seulement vers le Xll* si6cle que le nom d'Oppede
se trouve mentionne dans des anciens actes.
• *
A cause de la similitude du nom d'0pp6de avec le mot latin
oppidum, dont la significsltion la plus vulgaire est celle de place
fortifi^e (i), et de son emplacement sur un rocher escarps, qui
semble justifier cette qualification, quelques personnes, sans
trop approfondir la question et sans fournir d'ailleurs aucune
justification a Tappui, ont emis Tavis que le nom d'Oppede pour-
rait 6tre d(^riv6 d'oppidum. D'autres sont all^s plus loin.
Considerant cette version comme evidente, il en ont conclu,
subsidiairement, que ce village avait 6t6 une place de guerre
romaine.
A cela, on peut objecter tout d'abord que le nom d'Opp^de s'est
6crit anciennement Aupidtim (2), Aupeda (3), Opeda (4) Oppeda (5),
ce qui semble mal s'accorder avec T^tymologie latine ci-dessus.
De plus, en admettant meme cette derivation par corruption, elle
nesuffirait pas, comme preuve de Torigine romaine de ce village,
attendu que la langue latine est rest^e en usage en Provence,
durant plusieurs si6cles, apres la dissolution de Tempire romain.
Comme temoignage de Texistence du village d'Oppede sous la
domination romaine, on invoque encore les debris de mosaiques
et de poteries romaines trouv^s au pied de la colline (6;. Mais si
ces objets d^montrent, ce qui n'est pas contests, que la region a
tit habitue et cultiv^e du temps des Romains, ils ne prouvent
(1) Jules Courtel, dans le Dictionnaire des communes du dipartement de Vaucluse,
cite une proclamation du S6nat romain, de laquelle il rdsulte que le mot oppidum
sigrnifiait ^galement, en latin, une agglomeration d'habitants interm^diaire entre le
municipium, municipe, et le vicus. bourg.
(2^ H. Bouche, La chorographie ou description de la Provence et Vhistoire chronolo-
gique du meme pays 'Aix, 1664), t. I, p. 930.
(3) Jules Courtet, article Opp^de.
(4) Voir le Livre rouge du comte Alphonse de Poitiers (Bibliotli. de Carpentras,
ms., n* 534, fol. 8\
(5} Duhamel, Les Etats pi'ovinciaux du Comtat-Venaissin au XV Steele, p. 27.
(g; Jules Courtet, op. cil., p. 25o, dit: «0n trouve souvent au pied de la colline des
fragments de mosatques, des vases en verre, des monnaies, des lampes, des urnes
avec des pi(}douches d'gne argile tr6s fine, destines k supporter un vase ou une
coupe. Dans le centre on lit gindralemcnt le horn du fabricant PRLMVS. •
DE l'academie DE VAUCLUSE 1 53
absolument rien, quant £k Texistence du village lui-m^me 5wr /a
colline on le roclier a cette 6poque, non plus que sur son 6tat de
place forte.
La seule preuve necessaire et decisive, sur ce point, consiste-
rait dans Texistence de vieilles murailles romaines, ou dans la
misc au jour de dc^bris romains dans Tenceinte du village ou sur
rcmplacement du chateau. Or, cette preuve a fait d^faut jusqu'4
ce jour. Ni dans les ruines du chateau, pas plus que dans celles
des autreS maisons du village, on n'a trouv6 des vestiges de
constructions romaines, des monnaies ou des debris de poteries
antiques.
Si on veut bien remarquer que la situation d*0pp6de 6tait
absolument sans aucune importance militaire, au point de vue
de la defense de la province Xarbonnaise en particulier, pas plus
que pour celle de TEmpire romain lui-m6me, on comprendra que
les Romains n'ont jamais pu songer i faire de ce- village une
forteresse quelconque. Enfin, le fait que le nom d'Oppdde ne
figure pas sur la liste des oppida latina de la province Narbon-
naise, du temps de Tempereur Auguste (i), corrobore tout ce qui
pr6c6de et semble clore dc^finitivement le d^bat sur ce point.
Mais dira-t-on peut-etre, si Oppede n'a pas et6 une forteresse
romaine, ce village n'cn a pas moins 6t6 jadis une place forte,
justifiant ainsi son nom si caract^ristique.
Celaest en partie vrai, mais demande quelque explication, pour
etre bien compris.
Lorsque, a la pcriode de son demembrement, I'Empirc romain
devint impuissant a assurer la tranquilite et la securite des pro-
vinces, rhistoire apprend que les agrfculteurs, isoles dans les
campagnes, (itaient frequemment obligees de se refugier, avec
leurs troupeaux, au fond des forets ou sur le sommet des monta-
gnes. pour soustrairc leurs biens aux dc^pradations des marau-
deurs. Or, comme, par ses dispositions naturelles, le massif
HKheux d'Oppede, presque a pic de trois cotes, et probablement
boisii sur son vcrsant septentrional, constituait un pare naturel,
d'ou les bestiaux ne pouvaient pas sortir, il est tres probable que
CCS conditions avantageuses le firent choisir par les propri6taircs
voisins, comme un lieu de refuge.
[\) Ernest Desjardins, Geographic hisloriquc et administrative de la Gaule romaine ^
t. Ill, p. 87.
I S4 MEMOIRES
Puis, quand Ic d6sordre devint g6n6ral, quand les hordes bar-
bares envahirent la Provence, les n(^cessit6s de leur defense pcrson-
ncUe obligea les proprietaires agriculteurs voisins a se grouper,
pour mieux resister d Tennemi commun. Ccux qui s'etaienl ddja
temporairement retires sur le rocher d'Oppede, et qui en avaient
appr6cie les avantages ddfensifs, vinrent s'y r^fugier pour y
etablir leur demeure. Comme, par la suite, le nombre des
maisons dut s'augmenter peu ^ peu, au point d'attirer Tattention
et de faire de cette agglomeration un objet de convoitise pour les
pillards, les habitants furent obliges d'61ever alors une muraille
pour fermer I'entreie de leur village, afin de se mettre ainsi tout ti
fait ii Tabri des incursions possibles des bandes ennemies.
Telle semble avoir etd' Torigine de Tagglomeration et des
fortifications d'Oppede. C'est probablement ^ partir de T^poque
indecise et inddtermin^e ou ce village a ete ainsi mis a Tabri des
attaques, qu'il a commence ^ etre considdre comme une espice
de place forte (i).
Si Ton examine les ruines du village et du chateau, on recon-
nait I'antiquite du mur qui les protege, ceuvre du temps,
s'accroissant au fur et a mesure des dangers que rinsecurit6
g^n^rale faisait courir aux habitants, et Ton constate aussi que
cette muraille n'a pas d'autre caract^re particulier. Quant aux
ruines du chateau, comme cet edifice a dte reconstruit au XV"
siecle, sous le pontificat du pape Martin V, on a pu y ajouter, d
cette ^poque, telle disposition defensive qui a convenu, sans que
ces travaux puissent etre invoques comme argument contre les
conditions primitives probables de la fondation du village.
• •
On ne possede pas de documents certains relativement &
Torigine ou A T^tymologie du nom d'0pp6de. II est, par suite,
loisible d'admettre que, au XV' si6cle, le nom de Aupidum ou
Auppeda est devenu Oppidiim ou OppMe par barbarisme ou
corruption ; on peut meme presenter k ce sujet toutes les autres
solutions ou suppositions possibles, que chacun est libre d'ac-
cepter ou de rejeter a son gre.
En rdsum^, si on ne peut pas fournir des indications enti^re-
ment certaines et probantes sur le nom, Torigine et la date de la
fondation de ce village, il semble cependant permis d'affirmer que
(1, Il en a cle probablement de m^me pour les autres villcs et villages de la Pro*
vence, que les habitants fortifi^rent, selon la decision des fetats de Provence, en
dale du iSjuillet i363.
DE l'acad^mie DE VAUCLUSE 1 55
cette localite n'a pas 6te fondle ou batie A destination de forteresse,
et qu'elle n'a pas exists, en cette quality, du temps de la domina-
tion romaine. VoilA tout ce que Ton peut dire actuellement de
plus positif, en attendant la d^couverte de nouveaux dl^ments
d'information, permettant d'61ucider plus completement cette
question.
2. — Histoire d'Oppede depuis 1200 jusqu'en 1274,
Les documents sur Texistence de ce village, dans les temps
eloigners, font d6faut. Avant Tan 1200, son histoire seconfond, en
quelque sorte, avec celle du comte de Provence, qui, durant une
certaine p^riode, n'a oflert que trouble et confusion. On constate,
en effet, que les divers auteujs qui se sont occup^s de Thistoire
de la Provence, apres la chute de I'Empire romain, sont loin d'6tre
d'accord sur la constitution civile et militaire du pays, non plus
que sur son organisation politique et ses divisions successives
entre ses dilT6rents seigneurs.
Par suite de la grande incertitude des 6v6nements et Tabsence
d'indications certaines et precises, on ne s'occupera done pas de
Thistoire d'Opp^de, pour la p6riode ant6rieure d 1200. On laissera
a d'autres, plus heureux dans leurs recherches, le soin de
combler cette lacune, en compldtant Thistoirc de ce pays par la
relation des faits intercssant ce village avant cette 6poque (i).
• •
Apres la premiere croisade contre les Albigeois, le comte de
Toulouse, Raymond VI, fut, en 1209, oblig6 de ceder temporai-
rement au pape Innocent III, en preisence du legat Milon, toutes
ses possessions au-dela du Rh6ne, dont sept chateaux ou forte-
resses. Cette cession etait consentie comme gage de sa fid61ite et
(i) Dans le Cartulaire de Saini- Victor de Marseille, t. Ill, p. r*, il est fait mention
d'une charte souscrite en 1044 par un Nantelmus de Oppeda. Quel est ce personnaere ?
On ne le sait.
Dans les Monographies communales de Varrondissement d'Apl, publi^es par
M. Bancal, il est dit cL Tarticle Oppede que: € En 1182, le chdtelain d'0pp6de recon-
natt pour seigneur suzerain le comte de Forcalquier... » Cettte mention n*est pas
suffisante pour faire admettre I'existence, A cette 6poque, d*un seigneur d'Opp^de.
Sous le regime fdodal, le chatelain n'dtait pas un seigneur fdodal ind^pendant ; il
n*<itait que le reprisentant du souverain et revocable A volontd. Le chdtelain 6tait
charge de Tadministration des biens du prince; il rendait la justice dans lacircons-
cription qui lui £tait confiiie et, dans les villages de peu d*importance, il cumulait
les pouvoirs militaires pour la police et la defense. II habitait enfin le ch&teau,
castellum, d'oii son nom.
1 56 MEMOIRES
en garantie de rex6cution du trailed conclu ^ Saint-Gilles, ladite
annde. Le village d'0pp6de (i) fut une de ces forteresses ;
d'apres Courtet (2), la garde en fut confine aux moines de I'abbaye
de Montmajour, jusqu'a Tav^nement du pape HonoriusIII, en
1216. Comme le village n'etait pas, ^ r(bpoque, compris parmi
ceux ou la directe 6tait exercte par un seigneur particulier (3), on
a ainsi la preuve qu'il n'avait pas alors de seigneur feodal.
'• •
Opp^de, qui, en 1209, ^vait etd plac6 temporairement sous
Tautorit^ du pape, resta compris dans les domaines que le comte
de Toulouse, Raymond VII, ceda d^fmitivement ^ Gregoire IX
par le traits de Paris, conclu en 1229, entre ces deux princes et le
roi de France. C'est en vertu de cette cession, que le pape gou-
verna paisiblement le comte Venaissin, de 1229 a i233.
A cette 6poque, Raymond VII formula des reclamations contre
la desemparation d'une portion deses domaines, et il fut appuye
dans ses revendications par le roi Louis IX et Tempereur Frederic II .
Ce dernier lui redonna meme, avec son titre de marquis dc Pro-
vence, I'investiture du comt6 Venaissin (4). Raymond VII avait
nomm^BarraldesBauxs^nc^chal duComtat, disle i4aout 1233(5);
ce dernier envahit ensuite le pays et s'empara, au nom de son
suzerain, dediverses places et notammentdu village d'Oppede (6),
dont, en I235, le pape Grc^goire IX avait con Tk^ la garde a Ros-
tang, 6veque de Cavaillon (7). Par relTet de cette conqutte, ce
village resta, pendant un certain temps, au pouvoir du senechal
Barral des Baux et, par consequent, sous la domination souve-
raine du comte de Toulouse,
Malgrd cela, le pape Grtigoire IX refusait toujours de ceder aux
injonctions qui lui etaient faites et ne voulait renoncer a aucune
de ses prc^tentions sur le comte Venaissin. Ce fut alors que, pour
sauvegarder tous les droits dc la papaute, le legat Pierre dc
Colmedi confia, le i5 juillet I235, le gouvernement des domaines
(0 Louis Mdry, Histoirc de Provence, t. Ill, p. 206.
(a) Op. cil., p.25o.
■ 3) Le comt6 Venaissin etait compose de 91 villes ou villaf^es, dont 61 seulement
claient soumises a des seigneurs respectifs. Les autres jouissaient de certains privi-
Itjgres ou bien dtaient soumis aux ofliciers camdraux. XonsUcvjtions 5«/' Li directe
universe lie dans le Comtat-Venaissin, par Raphel, Carpentras, 1787, p. 68 et ^Vj.)
(4; Louis Mdry, Hisloirede Provence, t. Ill, p. 221.
(5; Idem, ibidem, p. 222.
(61 Idem, ibidem.
(7; Biblioih^que du Mustie-Calvet d'Avignon, ms. n* 540, fol. i36.
DE l'academie de vaucluse iSy
pontificaux de Provence .a Tarchev^que d' Aries et a Teveque
de Carpentras (i). De plus, le 16gat excommunia le seigneur
Barral des Baux, qui, d I'encontre des droits du pape, d^tenait
une partie du Comtat, et lan^a meme Tinterdit surl'eglise du
village d'Oppede (2), dont ce seigneur s'^tait empar^.
En 1243, Innocent IV consentit ^ restituer tout le comte Venais-
sin ii Raymond VII (3), sous la condition que si sa fille Jeanne,
Spouse d'Alphonse de Poitiers et son heritiere presomptive,
venait a mourir sans enfants, le pays ferait retour d la papaut^.
A la suite de cet accord, Oppede resta sans opposition sous
Tautorit^ de Raymond VII jusqu'a sa mort, arriv^e le 27 septem-
bre 1249.
Durant cette poriode, Aymeric de Clermont, s^nechal du
Comtat, accorda aux habitants d'0pp6de les m6mes privileges
et affranchissements que le comte de Toulouse avait donnes, en
I24b^ ^ ceux de Tlsle. Raymond VII, leur confirma, le 9 octobre
1246, les privileges octroy^s ; mais comme la Chambre aposto-
lique ne voulut pas, apres la mort de ce prince, reconnaitre cette
donation, ils ne purent pas jouir de ces droits de franchise (4).
Apres la mort de Raymond VII, le marquisat de Provence,
comprenant le comte Venaissin, passa A sa fille Jeanne, Spouse
d'Alphonse de Poitiers. C'est par suite de cette devolution de
propriety que le village d'Oppede se trouva place sous Tautorite
de ce prince, jusqu'au mois d*aout 1271, epoque de sa mort et
de la mort de sa femme.
Alphonse de Poitiers, pourconaitre tous ses droits et revenus
dans le comte Venaissin, fit faire, en i253, par Beroardi, eveque
de Carpentras, et Bermond, notaire, une enquete sur toutes les
proprietes, droits, censes et hommages lui revenant. Cet inven-
taire constitue ce qu'on appelle le Livre rouge (b)', Ses commis-
saires vinrent a Oppede le 29 octobre, et reconnurent que le
prince y possedait en toute propriete un chateau avec des jardins,
des terres labourables, des bois et des pr6s. II avait la juridiction
souveraine sur tout le pays et avait seul le four a cuire le pain;
(0 Louis M^ry, op, et loc. cil.
(3) Jnventaire chronologique et analytigue des chartes de la tnaison des Baux, par le
D' Barth^lemy, p. 74. n* 260.
(3) Augrustin Fabre, Histoire de Provence, t. II, p. ia3.
(4) Biblioth^que du Mus6c-Galvet ^ Avignon, ms. n* 2385, fol. 146.
^5) BibliotliOquc de Carpentras, ms. n* 534.
1 58 MEMOIRES
il etait ^alement en droit d'envoyer moudre son h\6 au moulin
des Augustins de S6nanque (moulin des Hermitants) en donnant
une poign6e de bl6 pour chaque charge (2 hectolitres ou i6o kil.)
de bl6 moulu.
Les particuliers d'Oppede, chevaliers et feudataires exceptes,
ayant une b6te de somme, devaient une journ^e de travail pour
transporter d la maison du seigneur le bois de chaufTage coup6
par ceux qui n*avaient point d'animaux de bat. Chaque homme
devait egalement une journ^e de travail pour la r^calte du bl6,
du foin, des vendanges et pour les semailles.
Opp^de n'avait done pas, a cette 6poque, d? seigneur feodal
particulier, et seul le comte de Poitiers, prince souverain, y pos-
s^dait un chateau ou maison fortifi6e, habit-t^ par son repr^sen-
tant. On trouve, en effet, dans sa correspondance (i) I'ordre donn6
au chatelain d'Oppede de faire envoyerses chevauxa Avignon ou
aTarascon.
Le domaine seigneurial d'Opp^de produisait a Alphonse de
Poitiers, comme revenu annuel, la somme de 3o livres tournois,
et les droits de juridiction lui rapportaient encore 20 livres (2).
« »
A la mort d'Alphonse et de Jeanne de Toulouse (21 et 25 aout
1 271), le marquisat de Provence revint au roi de France, Philippe III
le Hardi, en vertu du traits de 1229. Ce prince, qui des Tannee
1273, s'6tait mis en possession de ces biens, fitl'ann^e suivante,
donation du Comtat au pape Gr^goire X. C'est ^ partir de cette
6poque qu'OppMe fut d^fmitivement place sous Tautorit^ papale.
La defense de ce village aurait 6te, la meme ann^e, confine aux
chevaliers de Saint-Jean-de-J6rusalem 3).
II convient de faire observer que tous les biens appartenant au
comte de Poitiers, situ^s sur le territoire d'Opp^e et figurant
dans rinventaire dress6 en I253, etaicnt devenus la propriety du
roi de France. Or, comme ils se trouverent ensuite n^cessaire-
ment compris dans la donation du comt6 Venaissin, faite en 1274
par Philippe le Hardi au pape, il en resulta que ce dernier devint,
en m^me temps, seigneur souverain et proprietairc de tous les
biens mentionnes dans le Livre rouge.
(i) Correspondance adminislrative iV Alphonse de Poitiers, publico par A. Mulinicr
t. II, p. 353, n' 174?.
12) BancaU op. cit., article Opp^de, p. loo.
(3j Idem, p. 99.
DK LACADExMIE DE VAUCLUSE ID9
3. — Hisloire d'Oppdde sous le gouvernement des Papes
etjiisqti'dsa consiiUition en baronnie^ c'est-d-dire de 1274 a i5oi.
Sous le pontificat de Gr6goire X il fut proc6de, le ig avril 1274,
au bornage du territoire d'Opp(^de (i) avec celui de M6nerbes (2).
Quelques ann^es apres, le 4 septembre 1281, sous le pape
Martin IV, les d^put^s Auphan Boniface, chevalier, et Pons
Raymond, repr^sentants du village, s'entendirent avec d'autres
repr6sentants du Comtat, au sujet des limites de la for^t du
Luberon et pour la garde de ce bois, appartenant par portions
contigues aux deux communes d'Oppede et de Cavaillon (3).
Quelques annees apr^s, un Raymond d'0pp6de est signale par
les historiens en quality d eveque 61u de Sisteron(4), le2 aout i3^J0.
Gomme il n'existe pas de documents sur Torigine ou la famille de
cet eveque, il y a tout lieu de penser que ce nom a et6 donn6
comme indication de son pays d'origine.
Nonobstant Tattribution du Comtat, faite au pape Gregoire X
par le roi Philippe III, le roi de Sicile, Charles P' d'Anjou, n'avait
pas cess6 de revendiquer cette province, et par suite le village
d'OppMe. Mais toutes rc^clamations a ce sujet prirent fm, par
suite de la cession faite, suivant acte du 9 juin 1348, par la reine
Jeanne I" de Naples a Cldment VI et pour la somme de 80.000
florins d'or (5), de tous ses droits sur le comt6 Venaissin, ainsi
que de ceux sur la ville et la banlieue d'Avignon, laissees indi-
vises, en I25i, entre Alphonse de Poitiers, marquis de Provence,
et Charles d'Anjou, comte de Provence, et r6unies, en 1290, sous
la seule autorit6 de Charles II, roi de Naples et comte de Pro-
vence (6).
(i) Cc bornagre fut renouveld le 23 mars 1736, et le cadastre actuel a conser\'6 les
limites indiqu^es.
(1) La reine Jeanne donna la citd do M^nerbes A Jacques d*Arcussia de Capri, et les
habitants prdt^rent serment A ce seigneur le 29 septembre 1374. (Biblioth6que de
Carpentras, manuscrit Peiresc, n* LXX, t. II, fol. 170-203.)
Dans les Remontrances de la noblesse dc Provence parXo^l Gailhard (1668), se trouve
mentionn6 un arret du Conseil du roi, du 5 octobre 1666, portant que la dame Anne
d'Arcussia, dpouse du sieur de Vintimille, 6tait h<^nti6re de Jacques d'Arcussia,
comte de Mdnerbes.
(3) Archives de la ville de Cavaillon, papiers de Pierrre Tornon, notaire A Cavaillon.
(4) Gallia Christiana, t. I, col. 494.
(5) Le florin d'or valait 11 fr. 37 c. ou 12 fr. 46 c. de la monnaie actuelle (Recueil de
documents divers pour servir a I'hisloire du dioc^e d' Avignon, par Mgr Meffrc.)
(6) Recherches historiques concernant les droits du pape sur la ville el Vital d' Avignon
(1768}, et Lettres historiques sur le Comtal- Venaissin et sur la seigneuric d* Avignon,
par Mordnas (1768).
l6o MEMOIRES
Le 25 Janvier 1848, un violent tremblement de terre se fit sentir
d Oppede et dans tout le Comtat. Durant la meme ann6e, la peste
ravagea la region en faisant de nombreuses victimes (i), et le
fl^au reparut encore en i36o. Le Comtat fut d cette 6poque
envahi et devastd par les bandes de Tuchins, Malandrins, Rou^
tiers, Tard'Venus, etc., jnais il ne semble pas qu'OppMe ait eu d
soulTrir de ces invasions. A cette occasion fut rendue Tordonnance
dug mars i383, par laquelle le l^gat de Tantipape Clement VII
prescrivait que toutes personnes, nobles ou non, devaient garder
les portes et les murailles du village, pour la defense commune.
Sous le gouvernement des papes, les communautts du comt6
Venaissin qui, comme Opp6de, n'avaient pas de seigneur parti-
culier, conserv6rent leurs statuts, franchises et privileges pour
relectionde leurs syndics et tr^sorier, ainsique pour la designation
des habitants charges de Tadministration municipale. Toutefois,
les representants de la papaut6 nommaient le bayle, capitaine
ou chatelain du pays. Toutes les questions d'administration
generale dependaient de Tautorit^ du recteur rdsidant a Carpen-
tras. Pour la justice civile, le village d'Oppede, qui avait une
cour baronale et un greffier, ressortissait de la judicature de
risle ; mais il relevait de la Chambre apostolique pour les causes
flscales ou touchant au domaine du souverain.
• «
On ne trouve dans les archives aucun document relatif d des
faits interessant Opp6de, dans la deuxi^me moiti6 du XIV' si6cle.
M. Bancal (2) mentionne, pour cette p^riode, un reglement inter-
venu entre douze habitants notables du village et le s6n6chal
Guy de Mantialcino, relatif ix la fabrication du charbon et au
paturage dans la.foret du Luberon, ainsi qu'a la permission
donn^e par le conseil de la commune a Guillaume Corregati de
couper du bois dans la montagne, pour les besoins de sa tuilerie,
a charge par luide fournir 5oo bonnes tuiles par fournees.
Vasquin Philieul a 6crit que I'antipape Benoit XIIL assi6g6
dans Avignon par Boucicaut, ayant pu s'enfuir, s'6tait r6fugi6 d
Oppede (3), avant de se retirer en Aragon. Mais, selon Topinion la
(1) J.-B. Joudou, Histoirc des Souverains Pontiles qui ont rigni d Avignon^ t. I»
p. 297.
(2) Monographies communales de Varrondissemeni d'Apt^ p. loo.
(3) Vasquin Philieul, dans Les slatuts de la comti Venaissin, mis de latin enfran^ais
(Avignun, i558, fol. no V), relate cequi suit: c .... au dit Clement succeda Benoit 13*
qui fut espagnol et s'appelait auparavant Pierre de la Lune, qui fut chassd d'Avi*
DE l'academie de vaucluse . i6i
plus r6pandue, ce pape, en quittant Avignon, se retira ^
Chateaurenard, et c'est pendant le s^jour qu'il fit dans cette ville,
que les habitants d^Avignon vinrent faire leur soumission. Gela
permit ^ Rodrigue de Luna, neveu de Benoit XIII, de continuer ^
tenir garnison dans cette ville, et de retenir ainsi sous Tautorit^
de Tantipape son oncle, tout le comt6 Venaissin et par conse-
quent le village d'Opp^de.
Lorsque Benoit XIII se fut retire en Aragon, les cardinaux,
r6unis k Pise, en 1409, elev6rent a la papaut6 Alexandre V. Gelui-
ci envoya alors le cardinal 16gat Pierre de Thury (i) prendre pos-
gnon en Tan 1414, pour ce qu'il avait convi<S une grande partie des 'gens de bien
d* Avignon et puis fit mettre le feu A la salle oil lis furent tous bruslis et lA
les fit tous mourir ainsi, comme il appert par la ruyne qui estprds de la salle de
Jesu. Dont il s'enfuit au chasteau d'Oppedc et par une poterne qu'il fit faire au
dit chasteau» et en laquelle sont ses armoiries, il s'enfuit en Espagne oO ilmourut...»
Fouque, dans ses Fastes de Provence (i. II, p. 2o3), dit, en note, que Benoit XIII,
assitig^ dans son palais d'Avignon par Boucicaut, trouva le moyen de s'6chapper,
et qu'il vint se rdfugier dans son chateau d'0pp«ide, avant d'aller s'embarquer A
Marseille.
Joudou, dans son I/istoirc des Souverains Pontifes qui ont rigni d Avignon (t. II,
p. 322), raconte que Benoit XIII s'<§chappa du palais despapes d Avignon, le 13 mars
1403, pour se rdfugier A Chdteaurenard. II ajoute que Rodrigue de Luna, neveu du
pape. qui, apr6s le d<ipart de celui-ci, continua A dtifendre le palais, o£i il fut
assi^gd par les habitants en 1410, fut contraint de capituler le 23 novembre 141 1.
Le prince Henry de Valori, dans son Ilisloire de la baronnie royale de ChJieau-
renard, dit (p. 61) que le pape Benoit XIII s'dchappa d'Avignon le 11 mars 1407, d'ou
il se rdfugia A ChAteaurenard, oCi il resta trois mois.
Courtet, dans son Dictionn.iire des communes du dipartement de Vaucluse, k I'article
Opp6de, relate que ce village fut un des derniers postes que les Catalans de Ro-
drigue de Luna rendirent, en 1411, aux troupes du L^gat.
D*apr6s une note de M. Labande, conservateur de la Biblioth6que du Musee-Calvet
A Avignon, voici I'itineraire des peregrinations de I'antipape Benoit XIII, apr^s
sa sortie d'Avignon, dans la nuit du 12 au i3 mars 1403. II se r^fugie d'abord A
ChAteaurenard, puis, en avril 1403, il va A Cavaillon, A I'lsle, A Carpentras, et arrive
A Sorgues le 3*) juin et de lA se dirige sur Salon et Marseille. Au mois d'octobre
1403, il quitte Marseille pour aller A Berre, Salon, Orgon et Tarascon, d'oO il repart,
le 4 fdvrier 1404, pour Montmajour, Mouri^s, Saint-Chamas, les Pennes et Marseille.
Le 3 d^cembre 1404, il quitte de nouveau Marseille pour aller A Aubagne et A Nice,
d*oii il part le 5 mai 1405 pour G<L*nes, arrive A Savone le 8 octobre 1405, et de lA
repart, le 26 juin 1406, pour retourner A Nice et Marseille. Enfin, le 4 aoQt 1407, il
s'embarque A Marseille pour G^nes, s'arrete en passant A Tile de L^rins, continue
jusqu'ALucques et Livourne, d'oO il va par mer A Perpignan pour gagner I'Aragon,
et ne revient plus dans le comtc Venaissin.
La variety et Ics divergences des dates et des indications ci-dessus, sur ce point,
montrent toutes les difficultd'S que prdsente la recherche des petits faits se rappor-
tant aux histoires locales, et toute indulgence que Ton doit avoir pour les erreurs
commises, faute d'indications suffisantes.
(i) Joudou, op. cit., t. II, p. 3S7, et Duhamel, Unt visile au palais des papes d
Avignon, p. 53.
l62 . MEMOIRliS
session du Comtat et chasser d'Avignon les soldats Catalans et
aragonais, qui, sous les ordres de Rodrigue de Luna, avaient
continu6 d'y tenirgarnison.
A la mort d'Alexandre V, arriv^e quelques mois apr6s son
intronisation, le concile de Pise lui donna pour successeur, le 14
mai 1410, Tantipape Jean XXII ; ce dernier envoya alors^ son tour
son neveu Marin, en quality d'intendant g6n6ral (il, s'assurer de
la possession d' Avignon et du Comtat. Les habitants d' Avignon
ayant reconnu son autorit^, en 14 10, assieg^rent aussitOt Rodrigue
de Luna dans le palais des papes et Toblig^rent ^ capituler, le 22
novembre 141 1.
Pendant tout le temps que Rodrigue occupa la ville d' Avignon,
il maintint sous son autorit^ le village d'Opp^de, qui etait d'ail-
leurs occupy par une petite garnison de soldats Catalans et
aragonais. II r6sulte des anciens documents que ces derniers,
en quittant lepays, suivant la capitulation de Rodrigue de Luna,
en date du 22 novembre 141 1, pour se joindre k leur chef qui allait
sans doute retrouver a Peniscola son oncle Benoit XIII, ruin^rent
et d^vasterent le chateau qu'ils occupaient (2).
• •
En T420, le pape Martin V donna la garde du chateau d'0pp6de
a Guillaunie des Baux, avec des gages fixes et le titre de
capitaine, chatelain et bayle (3). Gelui-ci, en prenant possession
de sa charge et trouvant le chateau d^vaste et ruin^ par les gens
d'armes de Benoit XIII, depensa 874 florins (environ 10,800 fr.)
pour y elTectuer les premieres reparations n^cessaires.
Le 24 mai 1425, il c^da son office a Jean Cadard, citoyen d' Avi-
gnon, conseiller du roi et seigneur de Beauvezet, qui lui rem-
boursa les sommesdejad6pens6es pour les premieres reparations
urgentes. Jean Cadard, nomme a vie par le pape capitaine,
chatelain et bayle d'Opp^de, continua les reparations et depensa
de nouveau 2,800 florins (environ 35,ooo fr.), dont il fut rembourse
par la Chambre apostolique, suivant le proces-verbal d'expertise
dresse le 26 novembre 1460. Ce proces-verbal (4), qui donne la
description des travaux ainsi eflectues ^ ce chateau, aujourd'hui
en ruincs, permet de se rendre compte de importance de sa
reconstruction d cette epoque.
(i) Joudou, op. cii., t. II, p. 363.
(a Bibliothdque du Mus^e-Calvet d'Avighon, ms. n* 2879, fol. 65.
(3) JbiUem.
(4) Ibidem,
DK l'academie DE VAUCLUSE 1 63
Les gages du capitaine, ch^telain et bayle d'0pp6de 6taient de
8c) florins (environ i ,000 francs) ; or, comme le revenu des biens
appartenant au souverain pontife et situ^s sur ce territoire, ne
s'elevaient d cette epoque qu'a 12 florins (environ i5o frgncs),
Eugene IV donne, le i3 Janvier 144 1, mission d T^v^que d'Avignon
de faire une enqu6te sur le revenu de ce fief et les frais de sa
garde. Vers i5oo, son revenu annuel arrivait, suivant Tattes-
tation du cardinal l^gat, d la somme de 40 florins (i) (environ
5oo francs), absorb^s chaque ann6e par les frais d'entretien. Ce
fut probablementTinsuffisance de ce revenu qui, apres la mortde
Jean Cadard, d^cida le pape Alexandre VI k accorder la conces-
sion de ce fief d Accurse de Maynier, primicier de rUniversit6
d' Avignon et juge-mage de Provence. Cette attribution fut faite
parbrefdu 9 octobre i5oi, et sous la condition du paiement
annuel d'un cens de 20 florins.
Telle est I'origine de la premiere seigneurie d'OppMe.
4. — Histoire d'Oppide et de ses barons, depuis la concession de
cette seigneurie jusqu'd la reunion du comtd Venaissin d la France,
c'est-d-dire de i5oi d lygi,
Le comte Venaissin 6tait pays de franc aleu par nature (2), ou
les biens etaient exempts de droits f^odaux proprement dits, de
telle sorte que la concession du fief d'0pp6de, sous la condition du
paiement d'un cens annuel, ne fut pas, en r^alite, une devolution
de la puissance f6odale, mais une simple attribution ou vente
des diverses propridt^s appartenant au pape, situes sur ce terri-
toire et d6nombr6s en Tenqu^te de i253. C'est done vaincment
que Ton voudrait arguer des termes de I'acte d'investiture de 1S14,
que la Rev6rende Chambre apostolique avait accord^ au seigneur
les eaux, les montagnes, les moulins, etc. Ce n'6tait \k qu'une
clause de style, puisque, par exemple, aucun des moulins existant
sur le territoire n'appartenait au seigneur d'Oppede (3). Aussi,
(i) Rcchcrches iut* Ic ftjinc aleu gittiral du Comtat-Vetuissin et le franc aleu parti-
culier de Sarrians et d'Oppede. par Monery et Bertrand, avocats, Fan Icon, deputd de
Sarrians, et Pagfet. d^put<i d'0pp6de, p. 6i et 71.
(2} Idem.
(3) Dans un Hvre terrier d'Oppede de 161 1, on ne trouvc paj? de moulin inscrit ou
declare au nom du baron d'Oppede, quoiqu'il exista, dans le territoire, quatre
moulins, savoir: i" Le moulin des Hermittants, sur la rive droite du torrent du
Caulon, dependant A Torigine des religricux (ermites) de Tabbaye de Senanque,
situde sur le territoire de Gordes. Ce moulin, actionnd par une ddrivation des eaux
du Caulon, avait etd vendu, en 12 10, A la famillc de ChAteauneuf, et a continue depuis
164 MEMOIRES
celui-ci n'avait-il pas la directe universelle sur tous les biens de la
dite communaut6 et on ne lui payait aucun droit de lods (ij ni de
novennium (2).
L'attribution ^ Accurse de Maynier des biens appartenant au
pape A Opp6de, ne fut, ainsi qu'on Ta dit, qu'une simple trans-
mission depropri6t6, n'afTectant en rien I'organisation municipale
du village, non plus que les droits dont jouissaient les habitants.
Le peu d'importance des (^venements qui se sont pass6s a
Opp^de, depuis sa fondation, a 6t6 cause que son histoire s'est
trouv^e, jusqu'^ cette 6poque, comme li^e et confondue avec
celle du comt6 Venaissin. II en aurait peut-etre toujours et^ de
meme, sans la notoriety acquise par les barons d'0pp6de, qui a
mis ce nom en Evidence et Ta rendu celebre. II en est r^sult^ que
la reputation des seigneurs a si bien domine le renom du village,
que Thistoire de cette agglomeration, ne peut pas, en quelque
sorte, se s^parer de celle de cette famille.
Dans ces conditions, on a pense que la m^thode la plus simple
et la plus logique d'ecrire Thistoire du pays etait de considerer
la biographie des seigneurs comme le cadre ou le canevas naturel
des annales de ce village. C'est done en suivant la chronologie de
chaque baron, que Ton indiquera successivement, au fur et a
mesure, tous les faits particuliers se rapportant d la communaute
d'0pp6de, et dont on a pu trouver note dans les archives publi-
ques (3).
k appartenir k des particuliers ; il ne fonctionrte plus depuis quelques ann^es :
2" Le moulin de la Voulte, qui appartenait, en 1668, a la famille de Guilhem; il
6tait mis en mouvement par une ddrivation de la fontaine de Coudoulouse ; il ne
fonctionne plus depuis 1670, dpoque a laquelle il fut vendu comme ferme ; le sei-
gneur de la Voulte habitait Apt en 1430 ;
3- Le moulin de la Cour, datant de i5i3, etait mu par une derivation du ruisseau
du Valadas; il a cess6 de fonctionner depuis longtemps ;
4" Le moulin de la Garrigue, sur la rive gauche du Caulon, 6tait mis en mouve-
ment par une derivation de ce cours d'eau. En 1547, il appartenait a des particuliers ;
II fut vendu, en 16471 au baron d'0pp6de, qui, par acte du 9 fdvrier 1660, le c6da par
bail emphytheotique a Coulaud Molinas, sous la cense annuelle de i5 saumde de
grains, moiti^ bid, moitie seigle, et de six gelines ipoules) grasses.
(i) Le droit de lods dtait un droit paye a la vente des immeubles. II correspond aux
droits actuels de mutation.
(2) ht novennium 6tait un droit qui, en principe, portait sur la neuvieme partie de
la recolte. C'est notre imp6t foncier.
(3) L'histoire des petites localit^s se trouvc mieux dans les papicrs des anciennes
families du pays, oCi nul ne peut faire des recherchcs, que dans les archives publi-
ques. Aussi, les histoires locales ne peuvent-elles r^sulter que du bon vouloir
de tous, chose que Ton ne rencontre pas toujours. C'est ainsi que le d^faut du
DE i/academie de vaucluse i65
Accurse de Maynier ou Maimer, premier baron d'Oppide, — Fils
de Guillaume de Maynier, primicierde TUniversit^ d' Avignon,
Accurse de Maynier, ne dans cette ville, en 1480, fut un juris-
consulte distingue et egalement primicier de rUniversit6. Nomme
juge-magede Provence en 1486(1), il fut, k la suite de plaintes,
d6pos6 de sa charge et m^me emprisonn6 ; mais un jugement
solennel reconnut la faussetd des accusations dirig6es contre lui
et le r<^tablit dans ses fonctions de juge-mage a Aix.
En i5oo, Accurse de Maynier fut nomm6 commissaire dans un
litige survenu, Apropos de la propriete du RhOne, entre le pape
et le roi Louis XII, et dont il r^ussit a amener la solution. Le
9 octobre i5oi, le pape Alexandre VI (peut-6tre pour le r6compen-
S2r) lui conc^da, comme nous Tavons d^j^ dit, le flef d*OppMe,
avec tous les biens en dependant, ycompris le chateau reconstruit
par le pape Martin V.
La m^me annee, le roi de France Tenvoya comme ambassadeur
a Venise et le chargea ensuite, en i5o5, en quality de commissaire
royal, dc former une chambre au parlement de Toulouse, pour
juger le mar6chal de France Pierre de Rohan. En iSoj, il fut
nomme president unique du parlement d*Aix, qui venait d'etre
institu6 ; mais cette nomination souleva contre lui de telles inimi-
ti^s, qu'il fut envoys, en iSog, comme troisieme president au
parlement de Toulouse.
Le r' aout i5io, les habitants d'Opp^de, r(^unis sur la place du
village, donn^rent procuration a Antoine Berne, notaire ii Car-
pentras, pour faire annuler la cession du fief k Accurse de
Maynier. Mais comme ce dernier reconnut, le 17 mai i5n, tous
les droits des habitants, il intervint un accord, qui fut sanctionnc
par le pape en i5i4, par la confirmation de la concession du
fief. Plus tard, comme le seigneur reclamait, a tort, les droits de
concours des d«itcnteurs de titres ou documents est I'unique cause des erreurs ou
deslacunes que Ton constate et que Ton regrette. Et cependant, si chacun voulait
aider & une oeuvre aussi patriotique, chaque locality connaitrait mieux les illustra-
tions de ses enfants et les gloires d'un pass6 parfois trop oubH6. On a essa^yd de
donner un canevas de I'histoire d*0pp6de; on ne peut que souhaiter 4 d'autres
plus de satisfaction dans leurs recherches, pour leur permettre de la completer et de
Tachever.
(2) Dui^ant son sdjour A Aix, comme juge-mage, Accurse de Maynier acheta en 1490,
un h6tcl actuellement occupti par I'Acaddmie ; son fils, apros Tacquittcment de son
proems, lit graver sur la porte cette fi6re devise: Veritas omnia vincit. {Oraisonfun^bre
dc Henri de Forbin d'Oppcde. publi^e par I'abb^ Ranee.)
En citant pour la premiere cette publication, nous croyons devoir rendre un trds
juste hommage k I'excellent travail public par M. Tabbd Ranee, auquel, ainsi qu'on
le verra, on aemprunt^ de nombreuses et tr6s int^ressantes indications.
r66 MKMOIRES
lods, unc nouvelle transaction intervint k ce sujet, le2i aout i520,
entre Ics habitants du village et Accurse de Maynier, qui aban-
donna toutes ses revendications.
En 1629, 1^ pape G16ment VII 6rigea la seigneurie d*Oppede en
baronnie(i), mais sans donner davantage au nouveau baron la
dirccte universelle sur les biens de la communaute ni les droits
de lods ou de novennium, Ce fut probablement a cette 6poque que
Accurse de Maynier fit sculpter sur la clef de voute, k Tarceau de
la porte d'entr6e du chateau, ses armes que Ton voit encore :
d'azur d deux chevrons d'argent rompus, Vun a dextre Vautre a
senestre (2).
En 1 53 1, le baron d'0pp6de eut un different, sans grande
importance avec la communaute, et facilement resolu ; on ne le
signale que parce que les habitants du village r6dig6rent alors
leur reclamation en langue proven^ale.
Accurse de Maynier avail epous6 en premieres noces Madeleine
de Merle, fiUe de Louis de Merle de Beauchamp et de Catherine
de Forbin, soeur de Palam6de, dit le Grand (3); de ce mariagc il
eut un flls Jean et une fille Marguerite. Devenu veuf, il aurait,
suivant une note de M. de Saint-Vincens, ajout6e au texte d'Hes-
mivy (ms. 902), epous6 en secondes noces, k Toulouse, Claire dc
Combolas, dont il aurait eu un fils Ren6, souche d'une seconde
branche des Maynier. Maisle R. P. Biscais, dans son Histoire du
Parlement (5), dit que beaucoup regardent ce mariage comme
suppose et imagine pour appuyer les pretentions d'une famille
interessee (5).
Accurse de Maynier mourut d Toulouse en i536, k I'age de
86 ans, et ne fut pas inhume dans le tombeau de reglise paroissiale
d'Oppede.
(i) En i5o7, le seigneur d'Opp^de ^tait ddjA qualified du litre de baron, ainsi qu'il
r^sulte d'une citation d'Hesmivy de Moissac (Histoire du ParUment), rapport^e, page
21, par rabb6 Ranee dans VOraison fun^bre d'llenri de Forbin d'Oppcde.
(2) Elles avaient 6td donnc^es par le pape a son oncle, Pierre Maynier. Celui-ci,
cr6(S comte palatin par bref pontifical de i356, re^ut, en mdme temps, le droit de
porter les armes du pape : d'azur Jt deux chevrons d'argent rompus, Vun d d'extre Vau-
tre d senestre, (Abb6 Ranee, op.cii.)
(3) Palam6de de Forbin, president unique du parlement de Provence, lieutenant
gtin^ral et gouverneur de cette province, contribua puissamment d r^aliser la reunion
du comtd de Provence au royaume de France, en 1481. Cr^6 comte par le roi
Louis XI, 11 prit pour devise: Regem comitem feci, rex me comitem — j'ai fait le comte
roi, le roi m'a fait comte.
(4) Biblioth^que d'Aix, manuscrit n' 634i p. 53.
(5) Abbi Ranee, op. cit., p. aa.
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 167
Jean de Maynier, second baron d'Oppede, — Jean de Maynier,
flls unique d'Accurse, est n6 ^ Aix le lo septembre 1495. Re^u
docteur a Avignon, en 1620, il fut nomme conseillerau parlement
de Provence en i522.
En i536, Paul III le crea viguier perp6tuel (i) de Gavaillon, et
ce fut en cette qualite^ que, le 3o avril i536, il jugea le proces de
delimitation de Valoncourt, pr6s Gheval-Blanc. Le 12 novembre
1 54 1, il fut nomm^ second president du parlement d'Aix, puis, le
lodecembre 1S43, elev6 a la charge de premier president. Nomm6,
le 26 f6vrier 1544, lieutenant g6n6ral du roi en Provence, pour
remplacer temporairement le baron de Grignan^ il fut contraint,
en cette qualite et sur la demande des Etats de Provence, en date
du 1 5 d6cembre 1644, de faire ex6cuter Tarr^t tr6s rigoureux,
rendu par le parlement d'Aix, le 18 novembre 1640, contre las
Vaudois (2), habitant les versants du Luberon.
En se reportant aux termes de cette sentence inhumaine, jl est
facile de comprendre la resistance opiniatre des Vaudois et les
exc6s commis par les soldats employes a cette expedition et
exasper^s par la defense qui leur fut oppos6e. De concert avec le
16gat du pape, I'arret fut, malgr6 tout, ex6cut6 dans sa rigueur, en
1645, paries ordres de Jean de Maynier et sous la surveillance de
Tavocat general Guerin(3), commis A cet effet par le parlement.
Gomme dans cette execution certaines proprietes de la dame
Boulier de Cental, habit6es ou cultiv6es par des Vaudois, 6prouve-
rent des dommages, celle-ci porta plainte au roi Fran9ois !•' et
demanda justice contre le baron d'OppMe. Mais le parlement
d'Aix ayant, par sa declaration du 18 aout 1646, approuv6 la
conduite de son premier president, cette plainte resta sans suite.
Le 17 avril 1546, le vice-iegat d*Avignon, Antoine Trivulce,
(t) Le sceau du viguier perp^tuel de Cavaillon portait une crosse en sautoir avec
une clef, pour montrer que le pape et TdvCque se partageaient cette juridiction.
(3) Cet arret effroyable, auquel Jean de Maynier (itait Stranger, puisqu'il fut rendu
par le second president, Barth^lemy Chassann^e, portait que: «...les lieux de M6-
rindol et autres, qui jusqu*alors avaient €ii le foyer de Th^rtisie, seraient d^molis, les
malsons rashes jusqu'aux fondements; que les forts, les cavernes et autres lieux
souterrains dans lesquels les Vaudois se cachaient seraient d^truits, les forets
coupdes et les arbres fruitlers arrachds ; que les.... (dix-neuf personnes nomm^es
dans Tarret)... expireraicnt dans les flammes ; que les femmes, les enfants, les
domestiqucs mftme de ces habitants seraient bannis, et que leurs biens seraient
confisqu<Ss et acquis au seigneur roi, et que personne, soit noble ou roturier, ne
pourrait leur donner asile ni secours...» (Papon, Histoire de Province, t. IV, p. 93 ;
Fabre, Histoire de Provence, t. Ill, p. x63 et suiv.)
(3) L*avocat g^ndral Guirin fut condamn^, le ao avril i554i A 6tre pendu en place
de Gr^ve, et Tarrftt fut exdcutd.
2
1 68 MEMOIBES
6rigca par une bulle(i) T^glise paroissiale d'0pp6de de Notre-
Dame-de-Dolidon (2) en coll6giale, composee d'un prdvOt et de
cinq chanoines pr^tres, dont le droit de presentation 6tait
attribuee ^ Jean de Maynier, seigneur et baron d'Opp^de, fonda-
teur du chapitre, et ^ ses successeurs. Le costume des chanoines
se composait d'une aumusse garnie d'hermine grise, et d'un
surplis ; leur residence 6tait obligatoire et on devait c6\6hrer une
grand'messe chaque jour.
Par permission de Pierre Ghinucci, 6v6que de Cavaiilon(3),
(16 juillet 1546), la vicairie perp^tuelle de I'^glise paroissiale fut
ensuite unie ^ la coll^giale pour former une chapellenie, dont le
revenu etait de 5o ducats & or di camera, environ 584 francs ; un pre
et un jardin avaient et^ 6galement reunis d la mense capitulaire.
En la m^me ann^e 1546, les consuls d'Oppede se rendirent A
Cavaillon pour presenter leurs hommages au recteur du Comtat,
qui s'dtait rendu dans cette ville.
Apres la mort du roi Francois V\ et sur une nouvelle denon-
ciation, le roi Henri II fit evoquer raflaire des Vaudois devant le
(i) Une copie de cette bulle, signde Borrely, se trouve A la Biblioth6que du Mus^e-
Calvet, manuscrit n' i6ig, n* 72. On trouve, i la suite du texte des lettres d'6rection
de I'iiglise coU^giale d'0pp6de, la teneur du consentement donn6 par Tdvdque
de Cavaillon A I'union de la vicairie d*0pp6de k la coll^glale.
Dansle m6me cahier se trouvent les statuts de I'^glise coll6giale d'0pp6de, dont
les divers paragraphes indiquent : d qui appartiendra la collation des b6n6fices ; —
les forme et mani6re comme il faudra servir ladite dglise ; — quand on devra entrer
en chcTeur ; — que^ pendant que le divin service se dit. Ton n'ait point A se promener
dans ladite 6glise; — comment il faut faire la table des offices; — de I'habit ; —
de I'usage des heures ; — qui dira les grand'messes conventuelles ; — qui dira les
grand'messes des morts ; — que tous les samedis sera dite la grand'messe de
Corporc Christi; — que le samedi on dira les gaudes; — qui dira les grand'messes
aux bonnes ffttes; — de la mani^re de dire les messes fondles, qui les dira; — du
cure, du diacre, et arrentement de la vicairie; — de la mani^re dont lis feront la
procession ; — des processions du dimanche et au long de Tannic ; — de la paix
qui doit exister entre les ministres de rfeglise; — de la fagon de ponctuer les fautes
et les absences; — de la r^vdrence que Ton fera en entrant dans ladite ^glise ; —
des distributions quotidiennes ; — des chapitresqu'on doit faire toutes les semaines;
— de la creation des offices ; — de la maniire dont Tadministration tiendra ses
comptcs ; — les seigneurs d'Opp^de se pourront trouver aux chapitres ; — de la
garde des instruments ; — qui aura en garde les joyaux et les livres ; — des maisons et
chambres des pr6v6t et chanoines ; — comment sonneront les cloches et A quelles
heures ; — et enfin la teneur de I'approbation et confirmation des statuts et ordon-
nances par Monseigneur I'dv^que de Cavaillon.
(2) L*(^glise paroissiale d'0pp6de est ddsignde sous le vocable de Beala Maria
DolUonis dans la bulle de 1546, dans un acte de 1709 et dans une bulle du pape
Pie VI, en date du 25 septembre 1779. On ne connaitpas Torigine de ce vocable.
(3^ Bibliothique de Marseille, ms. de P. J. Haitze, vol. 6 et 7. — Bibliothdque du
Mus^e-Calvel d'Avignon, ms. n' 1619, fol. 72.
»
I
DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 169
parlement de Paris, qui, apr6s une enquete minutieuse de quatre
ann^es consecutives, durant lesquelles Jean de Maynier resta '
en prison, pronon<;a, le 2 novembre i553, son acquittement, en
declarant qu'il n'avait fait qu'obdir aux injonctions du parlement
de Provence. Le baron d*Oppede recjut meme, au sujet de cette
affaire, une lettre de felicitations du ministre du roi, en date du
18 d^cembre i553. A la suite de I'arrdt du parlement de Paris, il
fut, en 1554, r6tabli dans scs honneurset dignit^s et reprit posses-
sion dc ses fonctions de premier president. C'est acette 6poque
qu'il lit graver, sur la porte de son hotel, cette devise: Veritas
omnia vincit.
En 1 556, le pape nomma Jean de Maynier chevalier de Saint-
Jean-de-Latran et comte palatin.
II epousa, en premiere noces, Anne de Vintimille-Tourves,
dont il eut deux filles, Claire et Anne ; devenu veuf, il se remaria,
en 1 53 1, avec Madeleine de Gastellane-Laval, dont il n'eut point
d'enfants. II mourut, en juin i558, a Aix, a Tage de 63 ans, et fut
inhume, le 22 juin ou le 4 juillet (i) aux Observantins de cette
ville, dans la chapelle des Maynier, oil, d'apr^s M. rabb6
Ranee (2), on voyait encore son tombeau au XVIII*' si6cle.
Jean de Maynier n'a jamais habit6 le chateau d'Oppede et n'a
pas etc, comme il vient d'etre dit, inhumed en Tdglise de ce lieu,
Sur ce point, on ne s'est pas conform^ aux dispositions de son
testament du 20 septembre 1546 (3), dans lequel il disait: aje
veux que mon corps, n'importe oil je mourrai, soit enseveli selon
le rite catholique, dans Teglise d'Oppede, en ma chapelle (4) et
dans le tombeau que je charge mes heritiers de faire construire,
pour perp6tuer la mdmoire vendree de mes aieux et parents... »
Avec Jean de Maynier s'est eteinte la ligne directe des premiers
barons d'Oppede, dont les biens, les titres et les armes ont pass6
par substitution ^ une ligne collat6rale, en vertu du dernier testa-
ment en date du 2 juin i558.
Acette 6poque, la guerre de religion s*6tait rallum^e en Pro-
(1) op, at,, p. 3o%
(a) Idem, ibidem*
(3) Ce testament, ainsti que c61ui de i558, sont tous les deux d<ipos69 aux archived
d<ipartamen tales de Vaucluse, d Avignon, dans les dossiers Droits de Af. d*Oppkde,
provenant de rev6ch^ dc Cavaillon. n a 6tc recueilli aussl en copie dans les mss.
de Peiresc, avec le codlcille du 14 d^cembre i553 : Bibl. de Carpentras, ms. i8o5,
fol. 368.
(4) Les termes de ce testament font penser que Tdglisc, ou <^tait cette chapelle
particuli^re, d^pendait du chdteau d'0pp6de.
1 7<-» MEMOIRES
vence. En iSoy, les protestants avaient essaye dlncendier la fordt
du Luberon, appartenant d la communaut^ d'Oppede etd T^vech^
de Cavaillon. Jean de Maynier, viguier de cette ville, afin de preser-
ver ce massif boise de tout dommage, decida qu'il serait accorde
des indemnit^s aux habitants du village d'Oppede qui eteindraient
les feux allum^s dans la for^t. En m^me temps, comme les loups
se multipliaient dans la region montagneuse du Luberon et
causaient de ravages dans la plaine de Cavaillon, les consuls de
cette ville fournissaient des pi^ges aux habitants d'0pp6de qui
voulaient les placer.
Claire de Piriissis, baronne d'Oppede par substitution, — Claire
de Maynier, qui avait 6pouse Antoine de Glandeves, mourut sans
enfants.
Anne de Maynier, la cadette, 6tait la femme de Francois de
Perussis, baron de Lauris, dont elle eut plusieurs enfants, morts
jeunes, a Texception d'une fille nommee Claire. Celle-ci, en vertu
du dernier testament de Jean de Maynier, et suivant les lettres
pontificales donn^es en i356 k Pierre de Maynier autorisant
cette transmission, fut substitute aux biens, nom et armes des
Maynier et devint, en i558, 4 la mort de son a'ieul maternel,
baronne d'Oppede, par heritage et substitution.
Claire de P6russis 6pousa, le 27 mai fSyS, Jean de Forbin,
troisi^me de ce nom, seigneur marquis de la Fare, filsde Vin-
cent, seigneur de la Barben, et de Catherine Doria. Jean de
Forbin ne semble pas avoir pris les armes des Maynier, ni le titre
de baron d'Oppede ; il n'habita pas ce chateau.
Devenue veuve en 161 3, Claire de P6russis se retira d Avignon
ety fonda un couvent de Carmelites, dans lequel elle se cloitra et
*ou elle mourut en 1628.
En 1 562, une arm6e protestante, forte de 4.500 fantassins, 900
cavaliers avec 7 canons, apr^s avoir pille les 6glises de Cavaillon,
sortit de cette ville, le 2 septembre, pour aller attaquer Robion,
Maubec, Oppede et Menerbes ; mais, arrivee au hameau des
Taillades, elle changea de route et se dirigea vers la basse
Provence, en traversant la Durance.
En 1564, pour mettre le village d'0pp6de en mesure de r^sister
i une attaque, en cas de retour de Tarmde protestante, ilyfut
cnvoye de Cavaillon 100 arquebusiers. Au mois de novembre de
la meme ann6e, la peste se d^clara dans ce village et fit d'assez
DE LACADEMIE DE VAUCLUSE IJI
nombreuses victimes; au mois de Janvier i565, un abaissement
extraordinaire de la temperature fit p^rir un grand nombre des
oliviers de la region.
On trouve inscrite dans le cahier de Jean Baptiste, tr^sorier
communal de Cavaillon, la mention d'une collation oflerte, en
1 583, d, des soldats allant a Opp6de, pour s'emparer de quelques
paysans, que Ton soup9onnait de connivence avec les huguenots,
pour leur leur livrer le village. Celui-ci aurait alors remplac6 pour
eux la place de Menerbes, qu'ils avaient et6 forc6s d'abandonner,
le 9 d6cembre 1678, apr6s un si^ge memorable de cinq anndes.
Vincent-Anne de Forbin, troisUme baron d'Oppede. — Vincent-
Anne de Forbin, fils de Jean, marquis de La Fare, et de Claire
de P6russis, prit, en execution du testament de Jean de Maynier,
le nom et les armes des Maynier, et joignit le titre de baron
d*0pp6de k celui de marquis de la Fare(i). II fut ainsi le veritable
successeur des barons d'Opp^de.
Primicier de rUniversit6 d'Avignon, en i6o3, et conseiller au
parlement d'Aix, en 1604, Vincent-Anne de Forbin 6pousa, la
m6me ann(^e, Marguerite d*Oraison de la Tour, qui mourut sans
enfants. II se maria en secondes noces avec Aymare deCastellane
de la Verdiere, dont il eut plusieurs enfants. En 1621, le marquis
de la Fare re^ut la charge de premier president du parlement
de Provence.
Comme h6ritier de la baronnie d'Opp^de, ce seigneur voulut
pr6tendre i la directe sur toutes les terres situ6es dans le terri-
toire, maisparune transaction avec les habitants, en datede 1624,
qui confirma celle de i53i, il reconnut qu'iln'avait pasce droit, et
renon^a a se qualifier seigneur direct et universel des terres de la
communaut6 d'Opp^de.
A Toccasion des ravages de la peste t Aix, le parlement
s'eloigna de cette ville, le 22 octobre 1629, pour se r6fugier t
Salon, avec son premier president le baron d'0pp6de. Ce dernier,
(I) En mfeme temps qu'ils <Staient barons d'0pp6de, les Forbin 6taient aussi mar-
quis de la Fare, seig-neurs de Peyrolles, de la Verdidre, de Varage, de Saint-Julien,
de Bezaudun et autres lieux.
Si le titre de marquis est hdraldiquement sup6rieur k celui de baron, par contre le
nom d'OppMe avait, au parlement d*Aix, une plus grande notoridt^ que celui de
Forbin ; on peut trouver dans cette remarque Texplication de ce fait, que les litres de
marquis de la Fare et baron d'0pp6de, se sont peu ^ peu transform^s en celui de
marquis d'Oppede, sans que cependant la scigneurie d*0pp6de ait 6t6 6rig6e en mar-
quisat.
172 . MEMOIRES
ayant fait un voyage i Avignon, mourut dans cette ville d*une
attaque d'apoplexie, le 17 fdvrier i63i. Vincent-Anne de Forbin
n'a jamais habits le chateau d^Opp^de; il n'est pas inhum^ dans
la chapelle dc Teglise paroissiale du village et on ignore le lieu
de sa sepulture.
• «
Henri de For bin-May nier, quat7'ieme baron d'Oppide. — Henri
de Forbin-Maynier, fils ain6 du precedent, est n6 d Aix en 1620.
A I'age de 17 ans, il ^pousa, le 4 juillet 1637, Marie-Therese de
Ponlev^s, ag^e de 12 ans, et, par dispense d'age, il fut nomme, en
1 638, conseiller au parlement d'Aix. Elevd a la charge de second
president en 1645, il fut suspendu de ses fonctions, par lettre de
cachet du roi, en date du 28 mars 1648, pour refus d'enregistre-
ment d*un cSdit. A la suite de cette suspension, il se retira pen-
dant pr6s d*une ann6e dans son chateau d'Opp^de. Ce ne fut
qu'en 1649 Q^''^ retourna d Aix, ou il fut nomrn^ premier presi-
dent du parlement, en i655.
Le 20 octobre i652, un d6bordement des eaux du torrent du
Caulon causa des grands dommages dans Ic terroir d'Oppede. A
cette dpoque, le baron avait comme procureur Fran9ois Juppin,
6cuyer ^ Gavaillon, qui, au nom de ce seigneur, a fait des
concessions d'eau pour les terroirs d'Oppede, dc Tlsle et de Ga-
vaillon.
Une sedition, qui s'eleva a Aix le 14 fevrier iGdcj, donna occasion
au premier president Forbin-Maynier d'0pp6de de montrer son
courage et son sang-froid. Le peuple ayant envahi le palais et
se precipitant en foule vers la chambre d'audience, ou le parle-
ment etait rduni, les conseillers proposerent au premier president
de s enfuir par une porte d^robee : « A Dieu ne plaise, dit-il, que
que jc fasse cet affront d la magistrature. Si quelqu'un d'entre
vous ne se croit pas en suret(^, qu'il sorte. Mais, pour moi, je reste
a mon poste. Pour moi, je ne dois rien craindre dans un sanctuaire,
ou resident la justice et la majesty du souverain (i). »
Ce grand exemple fut suivi et chacun revint a sa place.
En 1G60, une grande scchercsse se fit sentir dans la region.
Le 23 juillet i6G3, un arr^t du parlement d'Aix ayant declare
que le comt6 Venaissin appartenait au roi de France (2), comme
(i) Augustin Fabre. Ifistoire de Provence, t. IV, p. 143.
(2) En 1662, les droits du roi de France sur le conit6 Venaissin furent soutenus
par Sabatier Esprit, d'0pp6de, avocat A Avignon, dans une brochure intitulcie Le
C:iducie fran^ois sur Li ville d' Avignon, Comtai Venaissin et principauti d'Orange. 52
pages, Avignon, 1663.
DE l'academie de vaucluse lyS
dependance de Tancien domaine des comtes de Provence, le
baron d'Opp^de, en quality de premier president du parlement,
alia prendre possession de la ville d' Avignon, au nom de
Lois XIV. Mais au mois d'aout 1664, le pape recouvra ses
domaines, et ce changement temporaire de souverainet6 n'eut
aucune consequence vis-^-vis du village d'Opp^de.
Le roi Louis XIV ayant, par un arret du Conseil, en datedu
5 octobre 1666, declare avoir le droit de rentrer en possession des
domaines ali^n^s par les comtes de Provence, avant la reunion
de cctte province i la France, la noblesse adressa au roi des
remontrances. Ce fut par Tintervention du premier president
baron d'0pp6de qu'elles furent accueillies et quele roi confirma,
par edit du mois de juillet 1668, les alienations faites. Les syndics
de la noblesse de Provence, Puilobiers, Pomerol et Gailhard
adresserent des remerciments publics au baron d'Oppede pour
son intervention.
En 1670, revdque de Cavaillon, Jean-Baptiste de Sade, vendit
A Henri de Forbin-Maynier d'Oppede, pour la somme de 36,ooo
livres, le moulin de Saint-Julien a Cavaillon, avec tous ses droits
d*eau. Sur la demande de la ville, qui ddsirait acheter ce moulin,
le baron d'0pp6de consentit la resiliation de son marche, en se
reserv'ant cependant certains droits d'arrosage avec les eaux du
canal Saint-Julien.
II mourut le i3 novembre 1671 ^ Lambesc, ou il pr^sidait les
Etats de Provence. Apr^s de belles fun6railles, cei6brees le 20
novembre 167 1 en T^glise paroissiale de ce lieu, et une oraison
funebre prononc^e par le P. Daverdy (i), son corps fut transports
^ Opp6de, ou il fut le premier baron inhum6 dans la chapelle des
Maynier.
II s'etait beaucoup occup6 de Tadministration de la province et
avait puissament aide le ministre Colbert dans toutes les mesures
prises pour developper le commerce et Tindustrie en Provence.
Cetait d'ailleurs un savant et un bibliophile distingue ; le cata-
logue de ses collections de livres (2) se trouve d la bibliotheque
de Carpentras.
(1) L'oraison fun6bre de Henri de Forbin d'Oppdde, prononcde par le R. P. Daverdy,
de la Compagnie de J<5sus, a 6i6 publide, avec de tr6s nombreuses et tr6s int^res-
santes notes, par I'abbii A. -J. Ranee (Marseille, 1889).
(a) A la mort du prcJsident d'OppMe, sa bibliotheque fut achet^e par Thomassin
de Mazaugues, conseiller au parlement d'Aix, et vendue ensuite k Malachie d'In-
guimbert. La plupart des livres de la blblioth^ue du baron d'Oppede ^talent relids
1 74 MEMOIRES
Jean-Baptiste de Forbin d'Oppede, cinquUme baron d'Oppede, —
Jean-Baptiste de Forbin d'Opp(bde, fils aind d'Henri, est n6 4 Aix,
le I" f^vrier 1648. Nomina conseiller au parlement de Provence
en 1670, puis president en 1673, il fut plus tard d6iegu6 comme
intendant d Messine, en 1676, durant Texpedition du due d*Estr6es,
et enfin envoye comme ambassadeur a la cour du roi de Portugal.
II avait Spouse, le 6 mars 1674, Charlotte-Marie de Marin de la
Chateigneraie, niece du ministre Colbert. II mourut ^ Aix, le 5
juin 1701, et son corps fut transports k Oppede.
Dans cette pSriode naquit ti Oppede Jean-Ange Maucord(i),
sculpteur de grand merite, qui y fut baptise le 5 octobre 1678 (2).
Apres avoir travaille dans Tatelier de Balthazar Marrot, sculpteur
a Cavaillon (3), il vint a Tlsle, oil il sculpta, en 1706 et 1706, le
retable en bois de la chapelle de Saint-Antoine de Padoue aux
Cordeliers, celui de la confrerie de Notre-Dame-de-Sorguette, et
celui de la confrerie de Saint-Simon etablie dans une eglise de
Freres Mineurs. En 1707, il travailla a la decoration de la cha-
pelle de Saint-Jean-Baptiste, dans I'eglise paroissiale d'Oppede (4).
En 1709, il sculpta le remarquable tombeau de Jean-Baptiste de
Sadede Mazan, eveque de Cavaillon, que Ton voit dans Te^glise
de cette ville, entre la chapelle de la Nativite et celle de Saint
Eloi. Use retira ensuite a Toulon en 1731,011, en qualitedemaitre
entretenu de la marine, il fit construire, en 1738, lasuperbe porte
de Tarsenal; il y mourut le 12 Janvier i76i,a I'age de 88 ans.
Ange Maucord est digne de figurer en bon rang dans la liste des
sculpteurs fran^ais; il honore grandement son pays, ou il est
malheOreusement a peu pres completement oublie, quoique sa
mdmoire mSrite d'etre conservee.
*
en maroquin rouge, marques au dos de la lettre M, surmontce d*un tortil de baron ;
ils (Jtaient d<^cor6s sur le plat des armoiries, en or, du propridtaire. Ces armes sont
icarteU au z et 4 d'or d un chevron d'ai^ur accompagnc de trois teles de leopard de
sable, qui est de Forbin : au 2 et 3, degueules a un chMeau ouvert crinele et sommi de trois
tours d'or, qui est de Castellan* ; sur le tout, d'azur a deu,v chevrons d'argent rompus, I'un
a dextre, I'autre d senestre. qui est de Maynier, avec la devise Veritas omnia vincit, et
surmont<Ses d'une couronne de comte. ^Oraison funebre d' Henri de Forbin d'Oppede,
note par I'abb^ Ranee, p. 137.)
(i) Tout ce qui concerne Ange Maucord a etc extrait d'une tr6s intcrcssante notice,
consacrce A ce sculpteur de merite et publide par le savant abbe Requin, dans les
Mimoires de VAcademie de Vaucluse, t. XIV (1895), p. 1 k 17.
(2) Archives municipales d'0pp6de, G G i3.
;3) Minutes de Denis Gaulthicr, notaire ci Oppede ; — ^tude de M* Carrias, notaire ^
Lagnes.
(4) Archives municipales d'0pp6de, GG 27.
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE I7D
Jean-Baptiste-Henri de For bin d'Oppede, sixieme baron d'Opp^de.
— Jean-Baptiste-Henri de Forbin, fils du precedent, fut pendant
quelques ann^es conseiller au parlement d'Aix ; mais il aban-
donna cette charge en lyoS. Ce fut le dernier repr^sentant de la
famille des Maynier au parlement d'Aix. II avait 6pous6 Catherine
de Forbin-Janson.
En 1709, il r6gna dans le Comtat une grande disette dont le
village d*0pp6de eut beaucoup ^ soulTrir. Le baron intervint
noblement et charitablement dans cette circonstance, en vendant
quelques terres pour donner des secours aux habitants les plus
n^cessiteux.
En 171 1, on eut a exercer des poursuites contre des bcrgers
d'OppMe, qui avaient mis le feu a la foret du Luberon.
Par ordonnance royale du 22 mars 1711, le baron avait obtenu
la concession d'un canal de navigation, entretenu par une deriva-
tion de Teau de la Durance ; facheusement ce projet n'a pas ^te
mis a execution.
• •
Joseph ' Louis ' Roch' Charles Palamede de Forbin d'Oppede,
septieme baron rf'Opp^rfe.— Joseph-Louis-Roch-Charles Palamede de
Forbin d'Oppede, ncen mai 1722, n'a jamais occupy aucune charge.
II avait <ipous6, le 22 f(3vrier 1756, xMarie-Fran<;oise de Baussan,
et mourut en 1789. Ce fut en r6alit6 le dernier seigneuret baron
d'Oppede.
Nonobstant la decision prise, en 1789, par Tassembl^e des trois
Etats de la province, rc*unisaCarpentras, de repousser lademande
formulae au sujet de la reunion du Comtat a la.France, Tassembl^c
des Etats g^n^raux, compos6e des deputes de toutes les commu-
nes (i), r^unic d Carpentras, adopta d'abord, le 29 mai 1790, la
constitution fran^aise et les d^crets de TAssembl^e nationale,
dans tout ce qui 6tait compatible avec les convenances locales
ct le respect du au Souverain-Pontife (2). Puis, pour mettre un
termearetat de trouble et de guerre intestine qui d6solaitlepays,
les habitants dc Carpentras, r6unis le 14 juin 1791, en assembl^e
g(inerale dans T^glise de Saint-SifTrein, et se ralliant aux deman-
des presentees par les habitants d'Avignon le 12 juin 1790, sup-
plidrent TAssembl^e nationale et le roi de les r6unir d la France.
(1) Le sieur de G^rente ^talt le ddput^ d'0pp6de. (Charles Soullier, Histoire de la
Revolution d* Avignon et du comti Venaissin, t. I, p. 5a.)
(2) L. Loubet. Carpentras et le Comtat- Venaissin avant et aprts I'annexion, p. aS et
suivantes.
1 76 MEMOIRES
Un d^cret des 14 et 23 septembre 1791 annexa alors le comt6 Ve-
naissin, et par suite, Opp^de a la France.
En 1727, pour encourager la destruction des loups, il fut attribue
aux habitants du village une prime de 3 livres par chaque loup
tue.
En juin 1731, eut lieu un tremblement de terre qui occasionna
des d^gats a certains edifices (i).
En 1744, d'apres M. Bancal (2J, il fut ouvert a Opp^de la pre-
miere ^cole, et le rescrit du vice-legat qui I'autorise porte que la
maitresse recevra 10 6cus par an.
En 1759, messire Jean Beaufort fonda une mission perp^tuelle
£\ Oppede, qui devait etre donnee par les Capucins de Cavaillon ;
la premiere mission, pr6ch6e avec succ6s par le P6re Laurent de
Mormoiron, fut termin^e par la plantation d*une croix devant la
maison commune et aux frais de la communaut6(3).
Le I**" juin 1768, le Com tat fut r^uni ^ la France par ordonnance
de Louis XV et occupe par les troupes royales, sous les ordres
du marquis de Rochechouart ; mais apr^s Tav^nement du pape
Clement XIV, le roi lui remit toutes ses possessions par lettres
patentes du loavril 1774 (4). Ce changement de souverainet^, qui
dura six ann6es, fut sans influence sur le village. L'H6tel-Dieu
d'Oppede, qui date de 1773, fut ainsi (btabli sous la domination
fran9aise du roi Louis XV (5).
En 1777, des poursuites furent exerc^es contre divers habitants
pour coupes abusives de ch6nes-verts eflectuees dans la fordt du
Luberon.
Le torrent du Caulon deborda, en 1788, et d<^vasta le territoire.
•
* *
Par Teffet de Tapplication des lois et des d^crets de TAssembl^e
nationale, adopt6s par Tassemblee des Etats gt^n^rauxde Carpen-
tras, tous les droits seigneuriaux et f^odaux furent done abolis
(1) Val^re Martin, Reliquiae ou^ce qui resie du couvent des Capucins a Cavaillon,
signale, p. 149, un tremblement do terre k Cavaillon le i5 juin 1732 k 10 heures 3/4.
Peut-6tre y a-t-il une erreur de date.
(2) Monographies communalesde I'arrondissement d'Apt, article Opp6de, p. loi.
(3) Val6re Martin, op. cit, p. 193.
(4) Les lettres patentes du roi, en date du 10 avril 1774, furent enregistr^es au parle-
ment d'Aix le 19 avril 1774, fol. 223, avec la reserve « sans que ledit enregistrement
puisse prdjudicier aux droits du Roi et de la couronne, comme dtant imprescriptiblcs
etinali^nables... •
^5) En ia53, il existait d^]k dans le village d*0pp6de un h6pital, dont il est fail
mention au Livre rouge.
DE l'academie DE VAUCLUSE 1 77
d6s 1790. Comme quelques ann6es plus tard, apres avoir autoris6
le rachat des rentes constituees et repr^sentant le prix des immeu-
bles vendus, la Convention nationale eteignit, sans distinction,
en 1793, toutes les rentes d'origine seigneuriales, il en r^sulta
que toutes les rentes, censes et revenus du fief d'0pp6de dispa-
rurent par Teffet de ces mesures(i). Ainsi finit, en fait, la baron-
nie d'Opp^de.
Dans la periode qui separe la mort du dernier baron, en 1789,
du decret de 1791, qui r^unit a la France le Comtat et le village
d'Opp^de, celui-ci n*eut pas a soulTrir des troubles qui r^gn^rent
dans le comt6 Venaissin, ni des incursions des bandes de braves
brigands. On manque de documents precis sur ce quia pu se
passer dans cette locality durant ces derni^res ann^es.
5. — Le village d'Oppede depiiis sa r^imion a la France
jtisqu'd Vepoque act tie lie.
Apr6s I'annexion du comt6 Venaissin a la France, c'est-a-dire
k partir du 14 septembre 1791, le village d'Oppede n'a pour ainsi
dire plus d'histoire particuliere. Simple commune de I'arrondis-
sement d'Apt, sa vie municipale suit le mouvement g^n^ral que
lui imprime I'administration sup^rieure, et sa situation isolee
Tempdche d'etre m^lee d'une fa^on directe et active aux luttes et
aux r(^volutions politiques du pays. D'autre part, le baron
d'Oppede n'etant pas le seigneur feodal de ce village, la suppres-
sion des droits, censes et revenus de ce fief particulier n'eut
aucune consequence sur Torganisation de la locality.
Comme les membres de la famille Forbin d'OppMe n'6migre-
rent pas durant la Revolution, leurs tJiens ne furent pas confis-
qu6s, et le chateau d'Oppede resta toujours leurpropri6t6.
Depuis 1648, 6poque a laquelle le president Henri de Forbin-
Maynier vint temporairement s'y r(^fugier, aucun membre de
cette famille ne Thabita et il resta abandonn6 aux soins d*un
intendant. Ce dernier, voyant le peu de cas que Ton en faisait,
dut forc^ment en n^gliger Tentretien, et il est probable qu'apr^s
un si6cle et demi d'abandon, ce chateau, que le tremblement de
(i A la suite de la rdsiliation de la vente du moulin et canal Saint-Julien, il 6tait
intervenu, en i733, une transaction par laquelle lavillede Cavaillon reconnaissait au
baron d'0pp6de I'abandon d*un certain volume d*eau pour arrosage et une rede-
vance annuelle de cent charges de bl6 et de i.ooo livres en argent. Cette redevance,
dtablie par contrat, a 6t6 payde jusqu'en 1790 A Sabatier Blaze, notaire d Cavaillon ;
elle a 6t6 ensuite abolie sous le pr^texte qu'elle 6tait d'origine f^odalc.
178 MEMOIRES
terrede lySi avail peut-etre endommage, 6tait devenu presque
inhabitable, lors de la reunion du comt6 Venaissin d la France.
Acette 6poque, par suite des id^es nouvelles et de la suppression
des droits feodaux, on peut supposer que cette habitation, non
occupee et abandonn^e depuis longtemps, fut consid^r^e par les
habitants comme un bien d^laiss6 par son propri^taire, et dont,
par suite, chacun pouvait disposer. Aussi, certains ne se firent
pas faute d'agir en consequence.
D'autre part, comme sous la Revolution, Tancien intendant du
baron n'osait peut-^tre rien faire pour defendre les droits de la
famine Forbin d'Oppede, une esp6ce d'impunite sembla accord6e
aux premiers pillards. Ce fut evidemment sous le concours de
ces circonstances que du s*accr6diter Topinion que, par suite de
Tabolition dela baronnie, le chateau d'Oppede, quoique propriety
privee, etait devenu un bien commun, dans lequel les habitants
du village pouvaient prendre ce qui leur convenait. Aussi, sous
Tempire de ces id^es, la destruction de cette demeu re prit peu a
peu un caractere general, et d6g6nera enfin en vandalisme, lors-
que les enfants en firent le theatre de leurs jeux destructeurs.
Les intemp^ries vinrent ensuite en aide a I'oeuvre des hommes,
pour completer la ruine du chateau.
Telles semblent avoir ete la cause et la marche progressive de
la destruction de cette habitation seigneuriale, chose dont per-
sonne n'a jamais rendu compte d'une faqon precise. II faut remar-
quer que, depuis 1648, dernier sejour du baron de Forbin-Maynier,
on ne signale ni invasion, ni siege, ni incendie ou pillage a
Oppede ; que nul n'a parie d'un soulevement des habitants contre
le seigneur, et que les bandes armees qui, de 1790 a 1796, devas-
terent le Comtatet vinrent jusqu'd Menerbes, ne sont pas signa-
lees a Oppede, ce qui pourrait meme faire croire que son chateau
etait dejd devaste a cette 6poque. Or, puisque Tetat de ruine du
chateau existe, si on exclut toutes les causes etrangeres, brusques
et violentes, on est alors force d'admettre une action devastatrice
locale, lente et continue, dont la responsabilite ne peut incomber
qu'aux seuls habitants du village.
A c6te du chateau s'6leve un eglise, qui evidemment en avait
ete jadis une dependance, et dans laquelle se trouve la chapelle
des Maynier, ou reposaient les restes des barons Henri et Jean
de Forbin d'Oppede(i). Cette eglise a ete respectee et est devenue
(1) Les cercueils en plomb de ces deux tombeaux ont 6t6 viol6s et vol6s en 179?. et
ont» dit-on, servi k fondre des balles.
DE l'academie de vaucluse ijq
un bien communal, sans doute k cause de son usage commun,
car on ne connait aucun acte translatif de propri6t6 s'y rap-
portant (i).
Apr^s la Revolution, les ruines du chateau rest^rent, par heri-
tage la propriety de Charles-Sextius de Forbin d'OppMe, qui
avait epous6, le 29 Janvier 1814, Henriette de Thomassin-Peynier:
elles revinrent ensuite a son fils, Louis-Michel-Marie PalamMe,
marquis de Forbin d'Oppede, marie en premieres noces, le 6
juin 1 84 1, a Roseline de Villeneuve-Bargemont, et qui 6pousa en
secondes noces Louise de Boisgelin.
Le marquis de Forbin d'Oppede est mort, sans posterity, le 28
fevrier 1900, dans son chateau de Saint-Marcel, pres Marseille, et
a ete inhume ^ Aix. Avec lui s'est eteinte Tillustre famille des
Forbin-Maynier, barons d'Oppede et marquis de la Fare.
* *
Le village d'Oppede, eioigne de tout courant industriel (2), ou
commercial (3), devait surtout sa prosperite k Tagriculture et aux
families riches, nobles et bourgeoises (4), qui s'y etaient fixees
et auxquelles le chateau, meme inhabite, servait de point de
ralliement. Aussi, sa destruction a eu une consequence a laquelle
les habitants, auteurs peut-etre inconscients du fait, etaient loin
de s'attendre : c'est la ruine lente et continue du pays.
Apres la destruction du chateau, les families aiseesque rien ne
retenait dans le village Tont quitte peu d peu ; la consommation
locale ayant, par suite, diminue, les petits commer^ants ont
(i) Antdrieurement A i235, il y avait une <igllse A Opp6de, puisqu'elle fut mise en
interdit, k cette 6poque par le 16gat Pierre de Colmedi. On ignore si Teglise
actuelle est la m^ms ou bien si c'est un nouvel Edifice r6pard ou reconstruit ;
le clocher semble de construction plus r^cente que la nef. On ignore si les archives
de r6glise renferment des documents A ce sujet, et M. le desservant n*a jamais
fourni des indications sur la date probable de la construction de cet (Edifice. On
ignore ^galement k la suite de quelles circonstances a disparu Tornementation de la
chapelle Saint- Jean -Baptiste, oeuvre du sculpteur Ange Maucord.
(2) Dans le territoire d'OppMe, il y avait des tuileries et des filatures de sole, mais
il n'y avait pas d'usine dans le village mftme,
(3) En vcrtu d'une buUe du pape, de 1789, il avait ^ii ^tabli quatre foires k OppMe,
les 6 Janvier, 10 aoOt, 17 octobre et 22 novcmbre ; elles existent encore.
(4) Parmi les riches families nobles ou bourgeoises habitant le village d'Oppede,
on peut citer celles des Catalan, des Jauffret, des Flaux, des Peliden, des Piot, des
Roland, etc. De plus, le due de Caderousse, le seigneur de Maubec, les sieurs de
Gullhem, deGabrielli, Roger de Chateauneuf, de Soissac, etc, poss6daient de belles
maisons t Opp6de. Le chapitre de Saint-Agricol d* Avignon y avait iigalement une
malson.
l8o MEMOIRES
abandonn6 ^ leur tour cette locality et, actuellement, les habi-
tants qui y s6journent encore ne doivent point s'6tonner de voir
les maisons abandonn6es tomber en ruine. C'^tait fatal : la ruine
du chateau devait entrainer celle du village I
II y aura peut-^tre encore dans Tavenir une commune d'Op-
p6de (i), mais sur ^emplacement de cet ancien village il n'y aura
bient6t plus que les d^combres des anciennes maisons abandon-
nees et 6croul6es, servant de cadre lugubreaux ruines du chateau
des anciens barons. C'est ainsi que toutes les choses s'enchainent
et s'entrainent tour a tour dans le pass6. Telle est la philosophie
de rhistoire I
(0 Le hameau des Poulivets, occupant une position centrale par rapport au terri-
toire communal d'0pp6de, semble appel6, par sa situation, sa population et son
mouvement commercial, A remplacer le village d'0pp6de, comme si^ge de la muni-
cipality.
DE l'academie de vaugluse i8i
IV.
La Chapelle rurale de Saint-Antonin,
COMMUNE d'OpPEDE.
Comme dans la plupart des communes, il existait jadis, sur
le territoire d*0pp6de, plusieurs chapelles rurales, savoir: la
chapelle.de Sainte-Cecile, en ruines, pres d'Oppede; la cha-
pelle de Saint-Sdbastien, pres des limitcs de Menerbes, dont il nc
reste pas de traces, de meme que celle de Saint-Cassien, pr6s la
croix de Causan ; la chapelle de Saint-Jean (i), la plus importante,
dont les ruines sont assez remarquables, et enfm les chapelles de
Saint-Laurent et de Saint-Antonin qui subsistent encore en bon
etat de conservation.
On ignore les causes et les dates de la destruction des quatre
chapelles de Sainte-C^cile, Saint-S6bastien, Saint-Cassien et
Saint-Jean. Celle de Saint-Laurent appartenait jadis au prieur6 de
Saint-Etienne de Menerbes (2). Elle est aujourd*hui propri6t6
particuli6re et sert de lieu de sepulture aux membres de plusieurs
families, qui la poss6dent indivisement.
La chapelle de Saint-Antonin semble avoir 6t6 de tout temps
une propri6t6 priv^e, dependant du domaine de Saint-Antonin,
au quartier de ce nom ; on ne peut pas afflrmer que le quartier
ait pris le nom de la chapelle, mais cela parait probable. Elle
appartient, comme construction, a I'^poque romane, mais elle
a subi quelques modifications et restaurations depuis le XIII*
si^cle.
Cette chapelle, en bon 6tat, est bAtieen moellons, avec un enca-
drement de pierres de taille 4 la porte et aux deux fenfetres. En
dedans, elle mesure 4"25 de long sur 3"* 10 de large, etestter-
min(^e par une petite abside de i^os de profondeur, ou se trouve
(1) La chapelle de Saint- Jean avail un ermitage. En 1761, Termite 6tait un nomm^
Antonin Causan, qui avait pour spdcialit^ de servir dc t^moln, dans les actes passes
entre les propri^taires volsins.
(2) Le Rdv^renJ Antoine Bermond, prieur de M<inerbes, a donneS & nouveau bail
cette d'grlise et le bien attenant les a8 aoat 1487 et i3 octobre i5oo. (Biblioth^que du
Musce-Calvet, k Avignon, mss. n* a385, fol. i36.)
1 82 MEMOIRES
un petit autel en peirre de taille, ayant i "45(16 longueur sur o^gS de
largeur. Sa voute en plein cintre est int6rieurement 61ev6e de 4
metres. Elle est 6clair6e par deux petites baies 6troites, allongdes,
arrondies par le haut et 6vas6es des deux c6t6s; leurs dimensions
r6elles sontdeo^iS en largeur et de o"*75 en hauteur. Leur 6vase-
ment a Textdrieur est de o"io seulement, mais il est bien plus
considerable ^ Tint^rieur, oil ces ouvertures ont, 6vasement com-
pris, I metre de largeur sur i^yS de hauteur. Elles sont plac^es
Tune au levant et Tautre au midi et fermees par un petit volet en
bois.
La porte, de i metre de largeur et de i^go de hauteur, arrondie
en plein cintre, s'ouvre, au midi, sous un avant-toit faisant une
petite saillie sur la fa9ade, dont la hauteur est de 4"25. Cette cha-
pelleest surmontee d*un petit clocher en pierre de taille de 2"3o
de hauteur, termini parun fronton triangulaire, sur lequel on lit
la date de i655. En y comprenant le clocher, la hauteur totale de
cet edifice est de 6"55.
• •
L'orientation de cette chapelledu sudau nord, pourrait, d'apres
M. Gilles (i), etre la preuve qu'elle a remplace un de ces petits
temples, o?tie5^ que lesromains eievaient jadis au bord des chemins
ou au voisinage des sources. Mais, on n'a aucun indice permet-
tant de supposer que cette chapelle a 6te batie sur les ruines ou
sur Templacement d'un edifice quelconque plus ancien. II convient
cependant d'ajouter, que de nombreux ossements ontete trouv6s,
aux alentours, ainsi que des briques plates dites romaines et des
pierres plates ou lauses placees, Tune appuyee contre Tautre, en
dos d'ane. au-dessous des corps ensevelis et constituant les
anciens tombeaux. On a egalement trouve pres de 1^ un petit
morceau de marbre blanc, debris evident d'un socle ou d'une
corniche, mais dont on n'a pu decouvrir Torigine. Toutefois,
comme on n'a recueilli, surce point,nivieillesmonnaies romaines,
ni vestiges plus importants, on ne peut done, faute de. documents
suffisamment probants, 6mettre, a ce sujet, une opinion bien
fondee.
Cette petite chapelle est situce H Tintersection de deux chemins
ou sentiers, pouvant etre des anciens chemins romains ordinaires
de 2"5o de largeur, se detachant de la voie romaine secondaire
(i) Gilles, Les voies romaines et mAssilienne dans le Bulletin hislOriqUi el archMo
gique de Vaucluse, i883, p. i53.
bE l'academie de vaucluse t83
d*Apt ^Cavaillon,imm6diatement aupr^s du pont repute romain( I ),
existant jadis sur le ruisseau du Valadas ou riaou de Saint-Antonin,
Un de ces chemins, en traversant a gue le torrent du Caulon,
aurait ainsi servi de moyen de communication entre les riverains
et surtout pour mettre les habitants de la rive droite de ce cours
d'eau en relations avec la voie romaine au pont du Valadas.
On ignore la date de la construction de cette chapelle ; on peut
direseufement, au sujet de son antiquite, qu'elle se trouve men-
tionn^e au Livre rouge de i253 (2), et indiquee dans un acte du
27 avril 1564, sous la denomination d'iglise de Saint-Antonin,
Quel est le saint Antonin en Thonneur du quel cette ancienne
chapelle peut avoir 6t6 elev6e? On manque de documents sur ce
point. Toutefois, il est peu probable que ce soit en Thonneur de
saint Antonin, ev^que de Marseille (647), ni de saint Antonin de
Pamiers ou d'Apam^e, dont la legende est si incertaine (3), non
plus que de saint Antonin, ev6que de Florence (i3o5), parce qu'on
ne peut invoquer aucune raison capable de les recommander
sp6cialement au culte des riverains du Caulon, dans le territoire
d'OppMe. Par suite de ces considerations, on est force de conclure
que cette chapelle n'a pu 6tre drigee qu'en Thonneur de saint
Antonin, ev6que de Carpentras (463-476), bien connu dans la
region, et ven6re principalement ^ Bedouin et d Malemort.
•
En 1634, le domaine dit de Saint-Antonin, sur le terrain
duquel se trouve la dite chapelle, appartenait ^ Pierre Cathelan
ou Cathalan, pretre d'Avignon, qui y fit une fondation de messes,
ainsi qu'il resulte du registre des fondations faites en faveur
de reglise d'Oppede, verifie en 1746 et redige sur I'ordonnance
de revdque de Cavaillon, du 22 decembre 1743(4). Par suite de
cette institution, le culte y etait regulierement c6iebre d Tepoque.
(1) Ce pont a 6td d<5moli, en i85a, lors de la refection de la mute de Cavaillon A
M^nerbes.
(2) La chapelle de Saint-Antonin est indiqu<ie comme confront dans le Livre rouge
du comte Alphonse de Poitiers, dressi^ en 1254. (Biblioth6que de Carpentras, mss»
n« 534, £* 8 et 94.
(3) D'apr^s LA Vie des Saints des petits Bollandistes, la date de la'mort et du martyre
de saint Antonin de Pamiers n'est pas connue; suivant lescontinuateursdes Bollan-
distes, le pr^tendu martyre de saint Antonin de Pamiers serait apocryphe, ce saint
n'ayant Jamais exists et ayant 6td confondu avec saint Antonin d'Apamcie, non
martyr,
(4) « Fondation A la chapelle de Saint-Antonin, «i demi-lieuc d'Oppdde, par messlre
Pierre Cathelan, pretre d'Avig-non. L'an i634 et le 5 Janvier, messire Pierre Cathelan,
chanoine de l*(iglise collt^glale cLparoissiale de Sainte-Marie-Magdeleine d'Avigrnon
184 MEMOIRES
Dans les ann6es« 1634, i635 et i636, le propri^taire, Pierre
Cathelan, fit effectuer des reparations importantes ^ cette cha-
pelle, puisque les d^penses s*6leverent ^ 127 fr. 90 c., somme
assez considerable ^ cette epoque, surtout si Ton tient compte
du bas prix des travaux et des fournitures. Voici, d'apres le
memoire(i) des depenses, un releve des prix de la main-d'ccuvrc
et des fournitures :
a fond6 k la chapelle de Saint-Antonin prtis le Cauleon, une grand'messe de mort le
17 avril, et 5a messes basses pour 6tre dites les dimanches ou f6tes de l'ann6e per-
pdtuellement, et assigna un fonds pour cette fondation, qui a 6t6 rembours<i et
replace, et qui rend 26 f., 4 s., 3 d., monnaie de France. Get acte de fondation a 6t6
accepts par ledit chapilre assembl<i d I'^glise de Sainte-C^cile, le 2 fevrier 1634,
comme il appert des Ventures de M' Esprit Sabathery, notaire a 0pp6de.
€ Monseigneur TarchevCque d'Avignon d'aujourd'hui; et devant, r6v6que de Ca-
vaillon r^duisit la prdsente fondation a la grand'messe du 17 avril et 25 messes
basses, ct monseigneur I'civSque de present retrancha encore 5 messes basse, attendu
r^loignement et le peu de produit de la fondation, qui rend 26 f., 4 s., 2 d... » (Voir
Archives dcSpartementales de Vaucluse.)
(i) Extrait du cMemoire de tout ce qu'il s*est despendu k la fabrique de Saint-
« Anthonin au terroir d'Oppdde en 1684, i635 et i636.
f. s.
« Et premi6rement cent quintaux de chaux a raison de quatre sols le
c quintal, montent les cent quintaux a vingt francs 20 »»
« Deux journ6es d'hommes pour mouiller ladite chaux. vingt sous. ... o 20
« Plus quatres livres A Anthoyne MouUinas pour avoir charri6 deux jours
t avec trois mulcts, qui montent 4 *»
« Plus 36 sols a Anthoyne de bon puy dit Deymart, pour deux journ^es
€ avec trois asnes pour charrier ladite chaux 116
« Plus, en 1635, j'ai pris cent quintaux de chaux de Gaspard et Jacques de
« bon puy, A raison de trois sols le quintal, montent lesdits cent quintaux A
« quinze livres i5 »»
« Plus trente sols au cousin Michel Gathelan pour une journ6e avec deux
« mulcts pour charrier ladite chaux i 10
« Plus vingt-deux sols pour deux journ^cs d'homme pour mouiller ladite
« chaux I 3
c Plus, le 27 du mois de mai i635, a charri^ du sable Anthoyne Bibnoin
« avecque deux mulets, monte trente-deux sols i 12
c Ledit jour, une autre journee d*asne que Pierre Renoux menait pour
a charrier ladite sable, monte 18 sols o 18
« Plus, ledit jour, une journde A Peyron Gathelan pour mener le carreton . o 22
« Plus, j'ai achetd sept pos ;planchesj d'Andance (a), en Avignon, pour
« pour mettre au couvert de devant la porte de la chapelle, qui montent
c lesdits sept pos 2 16
« Plus dix-huit livres pour mille thuilles 18 it
« Plus six livres pour 3oo mallons pour malonner la chapelle. 6 »§
« Vingt-quatre sols pour la fa^on de la porte o 24
et seize sols pour les claveau (clous) de fer o 16
tt Plus & une charretie pour aller qudrir Tautel k la peirriere de Goult . . , 1 i3
« Plus pour une clef a la saraillc '^serrure) • . . . o 16
{jy I^'s planches d'Andance se vcndant A la grosse ou corde et n'ayant pasde lar-
geur fixe ct uniforme, on ne peut pas en d<^duirc le prix au mdtre carrd.
DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 1 85
fr/c. fr. c. fr.c,
Une journ6e d'homme o,5o o,55 ou 0,60
— avec deux mulcts de
bat 0,90
— avec trois mulcts de
bdt 2 »»
— avec une charrette. . 1,10 ou i,65
Le quintal (5okil.) de chaux o,i5 d 0,20
Le cent de tuiles (i) 1,80
Le cent de mallons (2) (carreau pour le sol. . 2 »»
La fa9on d'une porte (larg. i"', haut. i~,90. 1,20
La facjon d'une clef pour serrure 0,80
En i636(3), Pierre Cathelan, propri6taire de la chapelle, fit
peindre un tableau votif, que Ton y voit encore. C'est un tripty-
que, sur les deux volets duquel sont figures deux p^lerins avec
bAton et chapelets. Le panneau du milieu repr^sente la Sainte
Vierge rev^tue d'un manteau double d'hermine, la couronne
royale sur la t^te, et tenant sur les genoux TEnfant J6sus sciant
un rocher. Tous deux regardent k gauche ou se trouve un saint
nimb6, tenant la palme du martyre, le cou traverse par un court
glaive ; de Tautre c6t6, ^ droite, se trouve saint Pierre. Le fond
du tableau repr6scnte une succession de mamelons coniques
garnis de petites habitations.
Ce tableau est reste 6nigmatique jusqu'au jour oil, par hasard,
on a vu dans un ouvrage {4) le fac-simil6 d'une ancienne gravure
sur bois du XVI' siecle, avec le m^me fonds de montagnes en
pains de sucre, la meme Vierge et TEnfant J6sus, sciant 6gale-
ment un rocher. Cette gravure portait en 16gende ces mots:
Dcmeure angiliqiie de Notre-Dame de Montserrat, Du coup tout
etait (ixplique. Le tableau de la chapelle de Sain-Antonin repr6-
sente la Vierge de Montserrat en Catalogne ; le saint Pierre, d
(1) En 1696, les tuiles d'0pp6de transport^es k Cavaillon pour couvrir ThOtel de
ville se payaient 3 fr. le cent.
(2) Les carreaux ou mallons employ<?s pour le dallage de la chapelle sont tr6s
grands et carrtis; lis mesurent o m. 18 c. de cot6.
(^) La date de i636, inscrite au bord du tableau, a 6t^ en partie rong^e par les
rats, mais les portions de lignes restant en dehors du trou permettent de fixer cette
date d'une fa<;on certaine.
(4) II s'agit de Touvrage intitule : Chypre et LepanU. — Saint Pie V et don Juan d^Au-
h'iche, par P. A. Farochon (Paris, Kirmin-Didot). La gravure en facsimilt^ se trouve
la page 210.
^86 MEMOIRES
droite, figure dans ce tableau comme patron du propri6taire,
Pierre Cathelan ; mais quel est Tautre personnage nimb6, tenant
la palme du martyre ? D'apres la l^gende, ce ne peut etre que
saint Antoine, martyre, ermite de Montserrat{i), et qui, ^ cause
de la ressemblance des noms, a 6t6 sans doute mis 1^ pour repr6-
senter T^v^que saint Antonin de Carpentras, non martyr, et
veritable patron de la chapelle.
On comprend, d6s lors, les termes du testament de Pierre
Cathelan, en date du i3 novembre 1637 (C6sar Barnioli, notaire ^
Avignon) (2), oii il 6tait dit: « Item..., ledit testateur, soit qu'il
meure en cette ville (Avignon) ou au dit Opp6de, a 16gu6 et legue
au venerable chapitre du dit Opp6de la somme de cent ecus valant
soixante sols tournois pi^ce, payable par lesdits h6ritiers ci bas
nomm6s, d leur commodity, et cependant en payeront et suppor-
teront la pension d^iceux toutes les ann^es audit chapitre ^ cinq
pour cent, et c'est pour la fondation de trente sept petites messes,
que ledit testateur a fonde et fonde dans la chapelle de Notre-
Dame de Montserrat, autrement dit saint Antonin, qu'a voulu ^tre
dites a perp6tuit6 par Messieurs les pr6v6ts et chanoines de
ladite eglise d'0pp6de, outre et par dessus les autres messes
d^j^ fondles en ladite chapelle par ledit testateur.... voulant ledit
testateur que toutes lesdites messes soient mises au tableau par
les prev6t et chanoines... »
Que sont devenues ces fondations de messes? Le vent de la
revolution les a emportees, mais en laissant a certains Targent
des rentes qui devaient les payer.
(I) D'apr^s la Idgende, cet ermite s'appelait Jean Garin; ayant commis unassassi-
nat, il fut A Rome, se jeter aux pieds du pape, qui lui donna I'absolution, en lui
imposant, pour penitence, de marcher A quatre pattes et de se nourrir d*herbes,
jusqu'A ce que le ciel lui eut annonce son pardon par la voix d'un enfant. Par suite
des conditions de sa penitence, Jean Garin devint semblable A une bfete. Pris par un
seigneur et conduit i Barcelone, il dtait montr^ comme un objet de curiositiS dans un
banquet, oil un enfant lui dit : « L6ve-toi, Garin, Dieu t'a pardonn6. • A ces mots,
celui-ci se leva debout et confessa le crime qu'il avait commis. Pour verifier le fait
on fit des fouilles sur le lieu oO la victime avait 6t6 enfouie, et celle-ci, miraculeuse-
ment ressuscitde, apparut portant au cou la trace du couteau.
Jean Garin, ermite de Montserrat, est inscrit dans le martyrologe espagnol sous le
nom de saint Antoine, quoiqu'on ignore son martyre. {Voyage en Espagne, par Henri
Guerlin.)
(2) Pierre Cathelan avait fait un premier testament, en date du 20 avrll i63o, notaire
Gable, A Avignon.
DE l'aCADEMIE 6E VAUCLUSE 1 87
Un fait principal ressort de tout ce qui pr6c6de,c'est que, de i636
a 1645 environ, la chapelle de Saint-Antonin a change de. vocable^
et a 6t6 pJac^ersoiapjleipairiiniage ide^ No^rje-Damei de Mpputserirat .
DlQiiiipron?iaKdite'cb4ngiqjnerit'?'<Dii ite peiutl@idipe,jrirayant,tFQiiv^
nuIhqfrartld^'ijTdioaitiojrts probdntiete dj oeisu}:et,rp0[spiufe/l qbcsuiTi
roT%iite/d\iirdutte de !N0tre^Datn6^d)e^Mdnt8eIiratl.q^il,a e)dstci-flarisj
leifcoiiittd I VSnaissin ;(t). '-.'•• 1.' ;: j. ."<-'!i'./);:> ••Li -.i j. ;/:/! iL \^\::n<^
nOitiLpoanfaitt^iptasdrilqaaei Grirnrfdi'DoftiliWqtifi^: -J^^que <^P\
GalyaJHtin^-fiiq iSSSi^'I^gat/i^upapeA Avigfiij^n^loOjil iestu raartfpn i
1692, n'y fut pas etranger, parce qu'il avait assists ^ la batailLel de' I
h^p&h^&;.)cxmim^'jg6n&xa]\ cfesMgaferesiido ^^pei'et'^lqulU^poioi^Ait
attribuer cette victoire sur lesjtiu'^Irriaiisn^ni'ijflt©f'C^8sianideila(>»
Vjiergaid£iiMoiiltserrat,'fqueiddni JuaB'^d^A^trtdie ^^^aipiAt/^ iti)i'D-
qjLDei7 jfla-ns I sdn i sanctbaire;: ' avaht .> d'allHri • ^>iieftldve' le <:afniwand£k[
m»eTit-de! Ja^flotte c1[ir6tienner.'«0R d, d'iailtpe if)artv la'preiivcride^ce :
cuhelpar Ws leittres-paljentesirdupapcf'BenoitXIJVl qtoi accord;^
\nduigenct\'pV6n\jbveiiid^ Iceu^/qiii -Visiterdientif^reMmon^sfftire! delj
Montserrat. Ceslettresfurentpubli^esdans le diocese deGaoraiUoTl 1
par Tun de&^roifeeireqfoofs, Guyon de Crochans (1709- 1742), de
Mauzi (1742-1756), ou Artaud (1756-1760), qui ont administr^ ce
dio'ctee'duramiepdntificatde Benoit XIY:' ' ' ' :,\; : \" r"'';'^;;:^ \
Mai3 tout cela n'j^claii'git p^s, le fdit; cqhqeraa^t la/'cKafjd^^
Sain't-Antonin..Of, en Tabsence de tout ; meiUeur document^ le
nom de son propri^taire semble fourntr, su'r ce' point,' une expli-
cation bien probable. . , . ., ,1; . ./ t ;. . . ■ t .^n i-. •'• '
Ce nom de Cathalan permet de penser que le propri6taire de la
chapelle 6tait un descendant des soldats aragonais et Catalans,
ayantjadis tenu garnison a Opp^de, en 141 1, et dont la qualifica-
tion r^gionale s'etait transform^e en nom propre. Le pr^tre Pierre
Cathelan ou Cathalan, soit qu'il ait voulu voir le pays d'ori-
gine de sa famille ou qu'il ne fut incite qu^ par sa foi religieuse,
dut faire, en i636, un p6lerinage (^) aa-^pctuaire de Notre-Dame
de Montserrat, en Catalogne, d'oii if en-^&urait rapport6 le tableau
votif, qui se trouvc actuellement?-dans la chapelle de Saint-Antonin.
Puis, pour proclamer davantage sa devotion a la Vierge du pays
de sa famille, ce pr6tre aurait change, de sa propre autorit^, le
vocable primitif de sa chapelle, pour la placer sous le patronage
de Notre-Dame-de-Montserrat.
(0 Les ermites de Montserrat avaient essaim^ un peu partout, surtout au XV*
si6cle : ils avaient fond6 plusieurs ermitages dans les diocdses d'Uz^s et de Nimes.
(a) Les p61erins avec gourdes, batons et chapelets, peints sur les deux volets du
triptyque sont la preuve que ce tableau se rattache a un pilerinage.
1 88 MEMOIRES DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE
Voil^ ce qui expliquerait tout, m^me le peu de dur6e du chan-
gement de vocable de la chapelle de Saint-Antonin, puisque, d6s
I'annee 1645, elle avait reprit cette qualification primitive.
C'est, en elTet, sous cette designation que Jean Ferrier, origi-
naire de M6nerbes, 6poux de Catherine Carbonnelle, et propria
taire par heritage du domaine et de la chapelle de Saint-Antonin,
obtint de T^veque de Cavaillon, a la date du 22 avril 1645, la
permission d'y (^tablir un tombeaude famille(i). La seule condition
impos^e 6tait que le caveau serait le plus 61oign6 possible de
rautel.
Apres cela, Ferrier fit 6difler, en i655, le petit clocher en pierre
qui surmonte le pignon de la fa9ade.
Cette chapelle subsiste encore en bon 6tat, mais le culte n'y est
plus c616bre. Pendant la Revolution, la cloche ayant 6t6 enlevee,
le propri^taire en retira tous les objets de piete, de telle sorte
qu'il n'y reste plus, comme souvenir du pass6, que le tableau
de 'i636, tdmoignage du culte de Notre-Dame-de-Montserrat en
Provence (2),
Antonin Rousset.
(i) Ce caveau. tombeau de famille, situd pr6s de la porte de la chapelle, a servi d
la sepulture de douze personnes, dont quelques enfants.
(2) Le sanctuaire de Notre-Damc-de-Montserrat ne semble pas oublid en Provence,
ct rode admirable, en langue proven^ale, que M. le chanoine Grimaud a envoyd
.pour la C(il6bration du millt^naire de sa fondation pourrait en rendre temoignage.
Cette ode, qui se trouve dans V Armaria prouvem^au de 1881, page 56, fut honorde du
premier prix, Alaf^te qui eut lieu A Barcelone, au mois d'aoQt 1880.
Le Merle bleu.
Messieurs,
Les deux sujets que j'ai Thonneur de vous presenter aujour-
d'hui, sont le m^le et la femelle du Merle bleu ou Petrocincle bleu,
appel6 par les ornithologistes Petrocincla cjanea Keys, et Bias, ex
Linn., de Tordre des Passereaux, groupe des Passereaux d^odac-
tyles.
Au mois de Janvier de cette ann6e, M. Roux, ancien mardchal
des logis de gendarmerie a Villeneuve-lez-Avignon, et aujourd'hui
r^gisseur du chateau des Issards, pr6s les Angles (Gard), eut
Tamabilit^ de me faire parvenir la femelle qu'il avait tu6e, a
Taflut des merles et des grives, dans un ravin solitaire et boisc,
non loin du chateau. A ma demande, il rechercha le male, et peu
de temps apr6s il eut la chance de le tuer dans les m^mes condi-
tions et a peu pr^s au m^me endroit que la femelle. II mit le
comble a son obligeance en me le faisant par\''enir imm^diate-
ment. Ces deux oiseaux sont ceux que je mets sous vos yeux. lis
ont 6t6 empaill^s par M. A. Binon, Thabile preparateur du Musee
Requien.
Le plumage de ces deux oiseaux est tellement diff6rent, qu'il
faut 6tre pr^venu pour ne pas les attribuer d deux esp6ces dis-
tinctes.
Le male a la t^te, le cou, 'le dos, la poitrine et le ventre d'un
bleu cendr^, les pennes des ailes et de la queue noires, le bee et
les pattes noires, Tiris brun clair. Long de 20 a 25 centimetres, il
a de 35 a 40 centimetres d'envergure.
La femelle est en dessus d'un brun terne, nuanc6 de cendr6, avec
les plumes terminees par une etroite bande jaunStre ; la gorge
et le devant du cou sont d'un blanc jaunatre avec les plumes lise-
r(Ses de cendr6, la poitrine et le ventre d'un brun clair avec toutes
les plumes largement bord^es a Textremite d'un blanc grisatre.
Pour tout le reste, elle ne differe gu6re du male.
Uj) MEMOIRES
La coloration de ces deux oiseaux n'est pas exactement celle du
type de Tesp^ce ou le dos est plus ou moins blanc, fait frequent
chez les individus nes non loin de la mer. En r^alite, nos deux
sujets appartiennent a la race montagnarde qui est toujours plus
foncee.
Le plumage des jeunes ressemble beaucoup a celui de la
femelle. 11 en differe cfpgTftent par des taches d'un brun clair qui
font paraitre leur dos bigarre.
Le P6trocincle bleu n'est pas un oiseau tres commun dans notre
pays, oil on ne le voit qu'assez rarement, ce qui m'a engage a
vous en signaler la presence aux environs d'^Ylg^^M' habite
cependant toutel'Europe mc^ridionale, le nord de I'Afrique et une
pdHld'de'l^Tff^iiS (fdAfi^ar^?finWaHi<^, ttti \'&\^nM\^em^t<^rd,
I>tiup'h[t](^<it^-rfi^& Vti'Jirrhl « e
logue des vertebres de ce departement, n'en signale qu'dhe^^^
ca^iur^ auth^h^'fqify/''^h-e^tuee-as^^ ft^rt^at' ay^M^gCditfR 'Cfet
oiy^ak''^e''tfent,''r«t§;^^uy 'ifes'-'ha^utys^ nKJrttff^'^'d^h'^d^^;' '€&
d<^iicert^",-V^i-s' ikT^A^ d^^bfit',- '^ur^ fe^ -cbt^iliix'e^'fidey et'VbcHcHif^^i^'lK'
n^est p^s -tttigfralfeUt' 6t!'fte'<^uitte '^u6rfe"tleS'ddnt-i^fes q^VVhtii-^V^'}
H-'ftime ted6seinftW9^i>^ft)lfe de^rdcher,'16s ^yamc^'l4i'diitd^6^ii!t-''
arfer^s-lei fdUs^ei^vii^/I^ifuitsofg^ckSyeWenfM Qu^oidUa''-'
tr^5 'dklaf#ff^&t<ig-a[idl deTtifeh^lVie, 'qfl'Jl '^ite^v^y U' filiis '^[WA"'
saiA,Hip(!jh^rb-<feirts^dd"si ertdFdHt^i'hktiftt^g/O'rt i& V(S}^ J^ef-'cH^- ^iSlif '■
l^s-t(>di^6;Jk3iteHi'titfi1S^lfey^6rt5l elfe\fg^l i4-taT3rfTdHtfe^n'VuiWe¥j'-^
com me en Egypte. Sans aller si loin, M. Roux en aperc^oit sBb4-tifTt^'
s^^posef'eUjfrfefef ef^^fV6aliaW dlFc«Me'ab'd^-ksa^^s]^.\P.^Piyi«)n-l^
jad?&>vU'rfik*ep^id^sJ'4e!<vH^ftfe^ 'fu^'Q un-j/u-iq -'Uo Ujiii
II ne semblc pas vivre en bonne harmonic avec aucun Sbt'fS^^
oi^^Gafu Mf&6'"m0ht?e^i«fiUn(Idrivei^fni[^bsfJ'"et }^n*eJ'<^e^'i^*nlt'iSh^^k
SGS seitiblaWe^- G(ji-H*^i^t><5i6^eftd^A*la-tkii-s<3H'd»s^a^
v(Mt .fesiP6!lird(Jriftd^i^^btei^^ f^iir^^ils'f)^ -^^ai^tfi,'^f)lli's ttirW^K^cHbiir^''^
petits. A lautomne. tous se s^pi^t^m^^t i<::H^(5:it#¥ifeWt1:'^llW;^qT^ ^^
-xMais cet oimit ^ai cUVs^i^ 'desl' qualHris'. 'J-Ftes^-'' gaf | '>?f, '''agi\^[l ^'^
chaTite'-^ve^qardbyry^'S6A''''fcK2irrt-'es't Tfirt ngttslbh^';'''^^^W''l4'ftiW-
entcindfe a^^'li^^t^rey-'^hkOtite^ 9>k\s^n^\ '^urt<Stit'l§ ^bir'/ktl'-^iiri^iis''"''^
culc;C6"4h^M'ri-<^Sdbu?tilt^^s"V£iH6; peU'^^i'^afft; la^PticJcKSi^t'fief^^
»
DE L ACADEMIE DE VAUGLUSE I9I
comme oiseau d'appartement. Son vol tr^s soutenu lui fait fran-
chir fadlement, d'une seule traite, plus d'un kilometre. II plane
un certain temps avant de se poser. En -automne, il se nourrit de
figues et de baies de lentisques, devient alors fort gras et excellent
d manger. Dans les autres saisons, sa chair dure et coriace
constitue un mets qui n'a rien d'all^chant.
Le nid est 6tabli dans une fente de rocher, sur un clocher, dans
de vieilles ruines. II est volumineux, grossi^rement construit
avec des brins d'herbe, des chaumes, de la mousse, tapiss6 d
rinterieur de fines racines artistement enchev6tr6es.
La ponte a lieu au commencement de mai. Elle est de quatre
^ cinq oeufs tr6s courts, d'un blanc verdatre ou bleuatre, tan tot
unicolores, tant6t tachet6s de brun aux deux bouts. Longs de
28 millimetres, ils sont larges de 19.
Tres m6flant, le merle bleu est difficile a surprendre. C*est
peut-6tre ce qui explique la pr^tendue raret6 que lui attribuent
les chasseurs de nos pays. II faut le chasser ^ Taflut, ainsi que
M. Roux Ta pratiqu6. Le chasseur doit decouvrir une des places
favorites de ces oiseaux, s'y cacher et faire feu d6s que Toiseau
se montre, car il disparait sans cela aussi vite qu'il est venu. Ce
n'est que par hasard qu'on peut capturer le P6trocincle bleu
adulte ; aussi on ne voit gu6re en cage que des jeunes, qu'on a
d(^nich6s et Aleves.
Bien soign6, cet oiseau peut vivre assez longtemps en captivit6.
En Italie, a Malte, en Turquie, en Gr6ce, il est tr6s recherch6
comme oiseau d'appartement. A Malte surtout, on le tient en
haute estime, et un bon^chanteur s y paie souvent cent francs et
jusqu*a deux et trois cents. Les Maltais, tr6s supersticieux, ne
manquent jamais de pendre a la cage de leurs P^trocincles bleus
un lambeau d'^toffe rouge, arrang^e d'une certaine fa9on, pour
prot6ger leurs petits captifs du mal' occhio ou mauvais oeil (i).
D' A. Chobaut.
(i) Pour la redaction de cette note, j'ai consults les ouvrages suivants, auxquels
j'ai fait de nombreux emprunts :
C.-D. Degland et Z. Gerbe. Omiihologic europeenne, Paris, BailH6re, 1867.
A.-E. Brehm. — Les oiseaux, Edition firan9aisc revue parZ. Gerbe, Paris, Baill^re.
femile DeyroUes, Oiseaux de la France, Paris, DeyroUcs.
Ernest Olivier, Faune de I'AUier. I. Vertitris, Moulins, H. Durand, 1898.
PAGES D'ALBUM
GENTIL PRINTEMPS
Gentil printemps s'en est venu
En chevauchant par la prairie,
Par les fleurs et le boischenu,
Reveiller ma muse endormie.
II est venu si grand matin
Que ma porte encore 6tait close.
Mais il Touvrit d'un doigt mutin
Qui fit jaillir des lueurs roses.
D'oii t'en viens-tu, Gentil Printemps ?
D'ou vient le philtre plein de charme
Que ta main verse, en cheminant,
Sur la tristesse de nos larmes ?
Gentil Printemps, gai voyageur,
Messager des premieres joies,
Jardinier des premieres fleurs,
Si tu repars vers qui t*envoie,
Avant de prendre ton essor
Viens frapper a ma maisonnette,
Et permets qu'a ta gerbe d'or
J^ajoute mon humble fleurette.
Elle" a pouss6 couci-couci
Et garde sauvage apparence ;
Mais elle a le coeur d'or aussi,
Ma petite fleur de Provence.
194 MEMOIRES
SUR LE THEATRE ANTIQUE D'ORANGE
Jadis en sa riche ordonnance
II n'en reste plus qu'un mur noir !
Le Temps a d^truit las portiques,
EfTondr6 les gradins, eventr6 les couloirs,
Disperse les marbres antiques,
Et n'a ^^lU^^liV^i^l^4uUS/rffe^ noir !
Souv^ij^.^^e^p^r^illp ^m^r^ri linui)
Du radieux pal^f$|<ivJ,^h^bi,1,^t,nea .^»>PM riM
Le Teinp§,ftu^?^jrmfis^i?t,l^?^Rie/rps,,^c,
N'en lais?^.f;l^^ppt^^iift,ffiM5i|i?9J5)!i
Et quand mtiin (i9^Ul\>s\^cY^m l6-j li
Dans le trist^^pjiijii,<)5ia 4^s^?fJ4§fifc Jcy3^,f$pirgg
Du b^:Mfth%1tn^ de Oo^it^m^si u hunA
II ne re3t^.h6te&^qy'J^.njniiWiirj|jqir Juo
-. ^.rj m-^ ; 1 ; i i i ' ' ■ ■ . ^ . j i . < < .• 1 1 ' i :j< » M *
.irii,in •: . ■ , 1' . ,. . .- . iii;.. I hj 'yij(,J
Surl€?T^t<>ii^'M^ipdaoirtiS i'-;4^><^''^'^^
Marius autrefois^^'liif^^tai^lftr'i^ct;W?ri-^^^''I^'i^>l
Et soJ^i*Krti^pH^est>ca'4fe«e"i ^JJ ici
Dans toute la Provence en moauments.de ffloire !
Vcttiij(atoy€b^fB»gia86e->^^KlBtt !
Fermez un peuilefeyeiiijt pour iDUpriTi les canpiUds :
Le tribmphfa dfeiMariu»^in jnio(iil
C'est qu'il 16gua son nom aux enfants de Marseille !
DE l'academie de vaucluse 195
AU FIL DE L'EAU
«
Sous Taile d'un z6phir I6ger
Dont le souffle gonflait ma voile,
Paresseux comma un 6colier,
J'ai vogu6, bayant aux 6toiles.
J'ai suivi sous un ciel d*azur
L^onde bleue oil flottait mon r^ve,
Laissant, dans Tair limpide et pur,
Mon regard errer sur la gr6ve.
J'ai vu les palais d* Avignon,
Les vieux murs que Taube ensoleille,
Et le chateau de Tarascon,
Et le doux pays de Mireille.
J'ai vu dans Thorizon lointain
Les soirs et leur splendeur mourante,
J'ai vu lagloire du matin
Dorer la plaine 6tincelante.
Et maintenant j'arrive au port,
Mon z6phir a pli6 son aile ;
Indolente I'onde s'endort,
Etma barque aussi fait comme elle,
Tel un grand vieillard 6puis6
Au bout de sa longue carri6re,
Mon vieux Rh6ne, le front baiss6,
A laiss6 tomber sa paupi6re.
Tout s'est tu dans les cieux deserts ;
Et seule aux pieds des Trois Maries,
Ma muse que berce la mer
Tout doucement s'est endormie.
IC/S MEMOIRES
AU DRAPEAU DU 7* REGIMENT DU GENIE (i).
•
Void ton 6tendard, 6 jeune regiment,
Toi qui du vieux G6nie es le dernier enfant I
Salue avec respect ! Et, plein de conflance
En rembl^nie sacr6 que te remet la France,
Au milieu de tes rangs, ouvre, pr6s de ton coeur,
La place oil d6sormais vont flotter ses couleurs.
La page est blanche encore oil s'^crit ton histoire,
Et Tavare destin aux fastes de la Gloire
Ne sut rien emprunter pour orner ton drapeau.
U ne porte aujourd*hui que ton seul num6ro.
G*est assez, Tavenir et toi ferez le reste.
Chez nos jeunes sapeurs d6ja S3 manifeste,
Au courage, ^ Tardeur dont ils sont entrain^s, *
L'imp^rieux d6sir d'^galer leurs ain6s.
D6j^, la terre antique d* Avignon tressaille,
Et la vieille cit6, du haut de ses murailles,
Les suit d'un long regard oil perce de Torgueil.
Le Rhdne aussi lui-m^me, au cours sem6 d'^cueils,
Devant leur calme audace a devin^ son maitre,
Et comme un fier coursier que le mors va soumettre,
On le voit qui, dompt6 par 1 effort des bateaux,
Recourbe en fr^missant la cr^te de ses flots.
Ainsi, te pr6parant aux futures batailles,
Devant les 6l6ments et devant la mitraille,
Quand le grand jour viendra tu seras trioniphant.
Marche ^ ta destin^e, 6 mon beau regiment !
Que toujours tes enfants, fiddles d la race,
Aux routes du Devoir marquent partout leur trace,
Et que, devant leurs pas, tous en voyant ici
Les plis de ton drapeau, fiers, superbes aussi,
Au souffle du mistral s'61ever dans Tespace,
Disent en saluant : « C*est leur ame qui passe 1 »
(i) A l*occasion de sa remise au corps, qui a eu lieu le 7 mai 1895. Le 7* regiment
du G6nie, cr66 le i" octobre 1894, a remplac6 ^ Avignon le i*' rdgiment d'artillerie-
pontonniers.
DE L'aCADEMIE DE VAUCLUSE t^
SOUVENIR DU CHATEAU DE MAREUIL(i).
Passant, donne un salut S ces murs, a ces pierres,
Que la ruine a d6chus de leur antique orgueil,
Mais qui gardent encor dans un 6crin de iierre
Le noble 6cusson des Mare,uil.
Les injures du temps ont imprimb leur trace
Sur le front de ces tours, jadis impdrieux ;
il a d6mantel6 leurs crtineaux ; mais la race
Demeure digne des aieux.
Centre I'odieux Anglais ils luttaient k Bouvines.
Sept sieclcs sent passes, et ces mfimes Anglais
Trouvent leur descendant opposant sa poitrine
Comme barrifire a leurs forfaits.
Chacun done est rest6 fiddle a son histoire ;
L'un mourant pour le Droit et pour la Libert6 ;
L'autre prostituant les armes et leur gloire
A I'infame cupidite.
( I) B«rceau de la fomitle de I'hirolque colonel de Vlltebois-Mareuil.
fiTUDES
d'histoire et d'arch^ologie romane.
PROVENCE ET BAS-LANGUEDOC.
I. — Eglises et chapelles de la region de Bagnols-sur-Ceze
(Nord-Est du diocese d'Uz6s).
INTRODUCTION
Cette publication a pour point de depart les notes et surtout
lesdessins laiss6s par M. L6on Alegre.
Je n*ai pas besoin de presenter a mes lecteurs, dont beaucoup
Tontconnu et gardent sa m^moire en veneration, le fondateur
de la Biblioth^que et du Mus^e Leon-Al6gre de Bagnols-sur-
C6ze(i). Je leur demande seulement la permission de rappeler
certains traits de sa physionomie.
M. L^on Alegre dut sa science aux efforts pers6v6rants qu'il
fit lui-m^me, a peu pr6s sans professeur et sans guide, pour
lacqu^rir. II est surprenant que, dans de pareilles conditions, il
soit arriv6 aux resultats merveilleux que m6me les profanes
sont obliges de reconnaitre. Dou6 d'un r6el talent de dessinateur,
possedant un gout trt^s vif pour les sciences arch^ologiques et
historiques, il ne devait pas restcr insensible aux charmes de
Tart ancien. Justement, lors de son premier voyage a Paris, en
i835 (il avait 22 ans), il avait 6t6 prt^sente a xM. Victor Duruy, alors
priicepteur des enfants du roi Louis-Philippe, qui lui avait conseill6
la lecture des ouvragcs de M. de Caumont, le grand renovateur
de la science arch^ologique du moyen age. M. Al6gre n'(^tait pas
*
(1) Voir rintircssante notice qui a 6t4 publi^e sur lui par M* Delacroix, comme
introduction au livre Bagnols en ij8-7»
*-iOl ) MEMOIRES
homme a dedaigner pareil conseil et ^ s'arr^ter dans une voie
qui offrait tant de seductions pour lui. Non content d'6tudier les
livres de M. de Caumont, il voulut voir lui-m^me les monuments
d^crits par I'illustre savant. II partit done, ^ pied, pour la Nor-
mandie, et visita cette province si belle et si riche au point de vue
architectural, s'arr^tant devant chaque Edifice et dessinant les
(^glises. chateaux, abbayes, etc., qu'il trouvait surson chemin.
A son retour au pays natal, il avait les yeux ouverts et savait
appr^cier les vestiges du pass6, qu'^ chaque pas il rencontrait.
De 1845 a 1848, il parcourut dans tous les sens les cantons de
Bagnols, Roquemaure, Lussan et Pont-Saint-Esprit, prenant des
notes et des croquis d'apr^s les monuments celtiques, cippes
fun^raires romains, 6glises et chateaux forts du moyen age qui
se pr^sentaient ^ lui sur un sol d'une ^tonnante fertility. II copiait
et moulait pour son Mus6e les inscriptions latines, avec Tome-
mentation de leur encadrement ; il notait et recueillait, dans la
mesure de ses moyens, tous les objets antiques exhum6s de la
terre ; il etudiait avec une meme afTection et avec une m6me
science les dolmens ou menhirs gaulois et les ^glises ou chapelles
romanes. II devenait en m6me temps le correspondant, aussi
d^voue qu'^rudit, non seulement des Academies locales, mais
encore des grandes Commissions ou Soci^tes arch6ologiques de
la France (i), et des savants tels que MM. de Caumont, Requien,
Edmond Le Blant, Allmer, Hirschfeld, etc.
II a public un certain nombre d'ouvrages, qui sontdignes d'une
tr6s r6elle estime. Je citerai, en ce qui nous touche ici, sa Notice
historique sur le Pont-Saint-Esprit (1854), ses Editions d'inscrip-
tions romaines dans les Memoir es de VAcadimie du Gard (i 862-63
et 1863-64), son dtude sur le Camp-de-Cesar de Laudun, lue k la
Sorbonne en 1866, son Wvve: Bagnols en /7S7 (1887), etc. Mais
beaucoup d'autres travaux n'ont pas et6 terminus, ou bien, une
fois acheves, sont rest^s inddits : tels ses notes et dessins sur les
6glises et chapelles des environs de Bagnols, tels ses dessins
d'apres les chateaux 61ev6s au moyen age dans la region et
d'apres les d6couvertes arch^ologiques op^r^es au Camp-de C6sar
de Laudun, tels ses Monuments celtiques du Gard (2), etc.
C'est en feuilletant les portefeuilles laiss^s par lui d sa ch6re
d; Le Mlnist^rc avait su rcScompenser son z61e en lui d^cernant les litres d'officier
de i'lnstruction publique et de chevalier de la lAg'xon d'honneur.
(2) Get ouvragre a ^td couronnd par rAcad<imie du Gard, dans sa stiance publique
du 3o aoOt i8Ca.
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 20I
Kblioth^ue et k son cher Mus^e de Bagnols, que I'id^e m'est
venue d*utiliser des documents aussi pr^cieux. M"' Garidel, la
digrne fille et la z6lde continuatrice de Toeuvre de M. Al^gre, a
bien voulu consentir ^ me les confier ; mieux que cela m6me, elle
a fouille tous les dossiers qui lui restent, pour rechercher des
croquis, des complements d*informations, des notes moins suc-
cinctes, elle s'est faite ma collaboratrice patiente et d*vou6e pour
6difler Toeuvre que je pr6sente aujourd'hui. Je suis heureux de
reconnaitre tout ce que je lui dois et de Ten remercier publi-
quement.
Le projet, soumis d PAcad^miede Vaucluse, d'6diter les dessins
de M. Al^gre d*apr6s les eglises et chapelles romanes de la region
de Bagnols, en les accompagnant d*un commentaire historique
et arch6ologique, a 6t6 agr66 par elle avec un empressement, dont
jelui suis tr6s oblig6. Elle a m6me obtenu, par Tinterm^diaire de
M. R. de Lasteyrie, membre de Tlnstitut, une subvention du
Minist6re de Tinstruction publique, pour la publication de cet
ouvrage.
II ne m'appartient pas de louer les dessins et croquis de M. L6on
A16gre. On remarquera cependant la precision avec laquelle ils
sont executes, Tart avec lequel ils sont en m6me temps pr6sent6s.
Nul doute qu'ils n'eussent 6t6 encore plus soign^s et plus beaux, si
leurauteur avait pr6vu un jour leur publication. lis concernent
les 6glises et chapelles des Ladres, de Saint-Victor-de-Castel ,
Saint-Martin-de-Saduran et Maransan sur le territoire de Bagnols,
de Chusclan, de Codolet, de Connaux et de Saint-Andre sur le
territoire de cette commune, de Saint-Saturnin d Gaujac, la
grande 6glise paroissiale de Goudargues et les bdtiments monas-
tiques qui Tavoisinent, Saint-Jean-d'OrgeroUes ^ La Bastide
d'Engras, Tfeglise de La Roque, les chapelles de Saint-Jean-de-
Rousigue et de Saint-Pierre-de-Castres sur le Camp-de-C6sar de
Laudun, les Eglises d*Orsan et de Rochefort, la chapelle de
Boussargues k Sabran, la Madeleine ^ Saint-Alexandre, r^glise
de Saint-Andr6-de-Roquepertuis, la chapelle de Saint-Pierre d
Saint-Etienne-des-Sorts, les 6glises de Saint-Geni6s-de-Comolas, de
Saint-Marcel-de-Carreiret, de Saint-Paulet-de-Caisson, de Saint-
Victor-la-Coste, les chapelles de Saint-Martin et de Mayran sur ce
dernier territoire, T^glise de Tresques avec les chapelles de la
Madeleine et de Saint-Martin-de-Jussan, enfin les chapelles de
Valsauve ^ Verfeuil et de Saint-Pierre-de-V6n6jan (r). J'ai du
(t) Ces dessins forment un dossier, que viennent completer deux petits cabiers de
notes, de format in-8«, Le premier, intitule : Les iglists dts villages des environs <U
2r>2 iMHMOIRES
ecarter, soil parce que les monuments ne sont pas romans, soit
parce qu'ils se trouvent trop loin du centre que je me suis fixe,
les chapelles des Ladres de Bagnols, de la Madeleine A Saint-
Alexandre et de Valsauve, ainsi que les eglises paroissiales de
Rochefort, Saint-Geni6s-de-Comolas, Saint-Paulet-de-Caisson et
Saint-Victor-la Coste. La situation de tous les autres edifices et
de la s^rie des monuments que j'y ai joints Sanscrit a peu pr6s
dans un rectangle d6coup6 dans la partie Nord-Est du diocese
d'Uz^s et d61imite d'un c6t6 par le Rh6ne et d'autres c6i6s par des
lignes imaginaires joignanta I'ouest Saint-Andre-de-Roquepertuis
A La Bastide-d'Engras, au nord Saint-Andre-de-Roquepertuis A
Vdn^jan, et au sud La Bastide-d'Engras ^ Saint-Victor-la-Coste.
Cette region comprend tout le canton de Bagnols, plus quelques
localit^s des cantons du Pont-Saint-Esprit, de Lussan et de
Roquemaure. J'aurais bien d6sir6 donner ^ mon sujet des limites
moins arbitraires; mais, pour cela, il aurait fallu trop Tetendre et
lui donner des proportions si vastes que Toeuvre de M. L6on
Al6gre aurait et6 noy^e et aurait pass6 d peu pr6s inaper^uefi).
Ce d^sagrdment n'aurait pas et6, du reste, compens6 par I'im-
portance des r6sultats acquis, car Texp^rience m'a appris que je
n'aurais prdsent^ aucun 616ment nouveau m obligeant A modifier
mes conclusions. II a done fallu me restreindre, mais cependant
j*ai cru de mon devoir d'explorer ^ peu pr6s compl^tement le
pays dejd parcouru par M. Al6gre; si Tobligation depublieren
temps utile m'a oblige ^ n^gliger quelques petites enclaves, je
crois n'avoir pas ^ regretter d'avoir tout vu et tout examine
par moi-meme.
Bagnols, explication des planches, est dat^ du a8 Janvier ia49 et contient 20 pages sur
Saint-Victor-la-Coste. Lirac, Tavel, Notre-Dame-de-Rochefort, Rochefort, Salnt-
Andr(^-de-Roquepertuis, Goudargues, Saint-Marcel-de-Carreiret et La Roque. — Le
deuxi6me. de 49 pages, et datd de 1848, a pour titre: Xotes sur les chapelles anciennes
isolees dans la campagne des environs de Bagnols, explication des planches; il int^resse
les chapelles de Saint-Pierre k Saint-fetienne-des-Sorts, de Saint-Victor-de-Castel,
de la Madeleine k Saint-Alexandre, des Ladres k Bagnols, de Saint-Andr^cl Connaux,
de Maransan, de Saint-Pierre-de-Castres, de Saint-Martinde-Saduran, de Notre-
Dame-de-Mayran et de Valsauve. — Pour la prdsente etude, j'ai encore utilisd un
cahier de 17 pages in-4*», intitul6: Notes archiologiques sur Varrondissement d'Uzis,
Tout cela fait partie du fonds Ldon-Al^gre k la Biblioih^que de Bagnols.
(i^ Le dioc6se d'Uz6s 6tait un des plus dtendus ; il comprenait 107 paroisses A la fin
du XVIII* sitjcle (C. E. Germer-Durand, Dictionnaire topographique du dipartemenl
du Card, p. ix . Les dglises ici dtudi^es dtaient comprises dans les anciens doyen-
nes de Bagnols fjadis 27 paroisses en tout;, Cornillon 116 paroisses) et U26S (38 pa-
roisses).- II s'en faut de tr^s peu pour qu'elles forment toute la partie Nord-Est du
diocese d'Uz^s.
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 203
Ce pays a ete d ailljurs, comme je I'ai d6j^ dit, d'une richesse
archdologique extraordinaire : d la fin du XIP siecle, il etait
couvert d'une foule d'dglises et de chapelles, et ^ Theure actuelle,
malgr6 toutes les causes de ruines, malgre les destructions des
brigands des XIV* et XV* siecles, malgr6 les devastations des
Protestants des XVI*, XVII" et XVIII* siecles, malgr6 les abon-
dantes reconstructions* et restaurations du XIX% il en subsiste
encore un nombre tr^s respectable. Sansdoute, ce ne sont pas des
monuments comparablesd Saint-Trophime d'Arles,^Notre-Dame
des-Doms d'Avignon, d Saint-Gilles ou d Notre-Dame du Thor; au
contraire, ce sont presque toujours des constructions rustiques et
extr^mement modestes. Cependant, pour I'archeologue, ces
Edifices ont une valeur inappreciable : ils permettent, mieux que
les riches cath^drales, mieux que les grandes abbayes, de suivre
la naissance et revolution d'un art qui r6gna pendant plusieurs
siecles et qui eut une telle importance dans le Midi que le
gothique dut composer avec lui. Les eveques, les chapitres, les
di(T6rentes congregations de moines, avaient des revenus qui leur
permettaient de transformer et d'embellir continuellement leurs
eglises : celles-ci etaient aussi, justement a cause de leur opulence,
plus exposees que les pauvres chapelles rurales aux pillages et
aux devastations. Qu'y a-t-il d'etonnant a ce qu'on retrouve dans
ces humbles oratoires, surtout dans ceux qui sontperdus dans
les bois ou les montagnes, les monuments les plus anciens de la
region ?
Leur etude presente encore un autre attrait : c'est qu'on les
ignore ^ peu pres completement. Jusqu'ici, sauf de tres rares
exceptions ( I), on ne s'est preoccupe que des grandes eglises
romanes ou que des chapelles situees dans le voisinage des villes
importantes. Le bel ouvrage de M. Revoil, dont reioge n'est plus
^ faire, traite surtout des riches monuments dont je parlais
tout ^ I'heure. Aussi le resultat est-il qu'on neconnait qu'une cate-
goric des edifices du Midi de la France ; c'est celle qui appartient
presque tout entiere aux dernieres epoques de Tart roman. Car,
apres y avoir longuement r6fiechi et apres en avoir examine les
elements sans parti pris, je persiste ^ n'y pas decouvrir tout le
carolingien qu'on y veut voir. II en est tout autrement des chapel-
(0 Je suis heureux de signaler, parmi ces exceptions, I'article du Fr6re Sallustien-
Joseph : Quelques iglises romanes du Card, dans les comptes rendus du Congr6s
archdologique tenu k Nimes en 1897, p. 3o5. Dans le cours de cet ouvrage, je signa-
lerai encore les notes de M. Bruguier-Roure sur les anciennes chapelles de la
viguerie du Pont-Saint- Esprit, et les int^ressantes monographics de MM. les abb^s
A, Durand et Bouzige sur les (S^liscs de Saint-Laurent-des-Arbres et de Tresques*
204 MEMOIRES
les rurales, qui pr^sentent les plus grandes vari^tes de plan,
d'appareil et d'ornementation que Ton puisse imaginer. Meme
celles qui ont subi le plus de restaurations ont conserve quelqus
chose de leur construction primitive : leurs possesseurs 6taient
si peu fortunes qu'ils ne les rasaient jamais compl^tement pour
rebatir sur des bases entierement neuves.
On n^arrivera done ^ r^soudre les multiples probl6mes qui se
posent^ propos de Tartroman, que par T^tude complete de tous
les monuments d'une region, quels qu'ils soient. II faut en noter
les details, m6me les plus infimes, observer les habitudes du
pays, m6me des temps modernes. Car, par malheur, les docu-
ments 6crits manquent g^n^ralement pour dater les edifices que
le temps a conserves; en tout cas, ils ne permettent en aucune
fa9on d'6tablir leur chronologie : c'est tout au plus s'ils rev6lent
leur existence ^ telle ou telle ^poque.
De Id des difficult^s presque insurmontables, contre lesquelles
on vient forc^ment se heurter. Serai-je assez heureux pour donner
quelques solutions justes? Je m'y suis efTorc^ de tout mon pouvoir,
en tachant de me d^gager des id6es pr^conc^ues, des opinions
syst^matiques. Je puis me tromper en plus d'un endroit, mais
c'est avec la plus enti^re bonne foi et avec le d6sir sincere de
reconnaitre et de corriger les erreurs qui me seront d^montr^es.
Le plan que j'ai suivi dans cette 6tude est celui-ci. Apres un
chapitre pr61iminaire des plus sommaires sur I'histoire religieuse
du pays, pour montrer dans quelles conditions Tart roman a pu
naitre et se d^velopper, et pour quelles causes les anciens monu-
ments ont disparu ou se sont transform^s, j'essaierai de determi-
ner les caracteres gen^raux des edifices de la region et surtout les
proc^des particuliers aux dilT^rentes dpoques de leur construction.
Enfln, dans une seconde partie, j examinerai chacun d'eux dans
le plus grand detail, apres avoir signale les traces des anciennes
civilisations que Ton a retrouvees d leur entour, ainsi que les
documents historiques qui peuvent exister sur cux.
En terminant, j'ai Vagr^ahle devoir de remercier toutes les
personnes qui, de pres ou de loin, se sont intdress^es d ce travail :
MM. Bourges et Truphemus, qui m'ont fait plusieurs des des-
sins de cet ouvrage ; M. Vareilles, qui s'^tait reserve les cliches
photographiques les plus difficilesdobtenir;M.Bligny-Bondurand,
qui a bien voulu completer mes notes aux archives departemen-
tales du Card, enfin MM. les curt^s des diflerentesparoisses, qui
m'ont prete un concours des plus d^voues. A tous, je suis heureux
de reconnaitre les obligations que je leur dois.
DE l'academie de vaucluse 2o5
PREMIERE PARTIE.
CHAPITRE I-.
Conditions historiques dans lesquellles l'art roman
s'est developpe dans la partie orientals du diocese d'uzes. —
Causes qui ont modifie ou ruine les monuments religieux
anterieurs au xiii* siecle.
Le pays oil s'616vent les monuments objet de cette 6tude, est
sillonn6 par deux rivieres, la C^ze et la Tave. Leurs 6troites
vall6es sont encaiss6es dans des massifs montagneux, qui de
tr^s bonne heure ont 6t6 habitus par Thomme. Quand les
Romains vinrent s'6tablir dans le pays, ils y trouverent d'assez
nombreuses agglom6rations : les oppida de Laudun, de Castel, de
Chusclan, de Montaigu, du Bosquet d'Auzigue d Cavillargues, de
Barri a La Roque, de Saint-Laurent-de-Carnols, etc., 6taient
autant de lieux de refuge autour desquels s*6tait concentr6e la
population (i).
Cette region 6tait trop voisine d'Orange et elle 6tait vraisembla-
blement trop pauvre pour que les conqu6rants y 61evassent des
6tablissements luxueux : de fait, on n*y a relev6 aucune trace de
monuments antiques d'une r6elle importance, d peine des fortifi-
cations hativement construites sur le pseudo-Camp-de-C6sar de
Laudun, a peine quelques mosalques plutOt grossi^res au m^me
endroit et k Saint-Gervais. Mais, par contre, dans tout le pays,
sur les hauteurs aussi bien que dans les plaines, des cippes
votifs et fun^raires se dress^rent en quantit6 prodigieuse et rap-
pel6rent aux passants Tex^cution de voeux faits aux divinit6s ou
^ la m^moire de personnes chores. II y en eut de riches et de
pauvres, en marbre ou en mauvais calcaire, mais presque tous
regurent une decoration des plus caract6ristiques. Les artistes
qui les ex^cutaient 6taient sous Tinfluence des ateliers d' Aries,
10 Cf. le D' Paul Raymond. Varrondissement d^U^ts avant Vhistoire, p. 246 et suiv.
2:)6 MEMOIRES
mais plus ils avaiKjerent, plus ils eurent un style particuli jr, parfai-
tement reconnaissable pour quiconque est familier avec Tanti-
quit6(i). Si j'insiste surce fait, c'est a dessein, car on aura plus
d'une fois Toccasion de constater que ces petits monuments ont
inspire les ornemanistes de I'epoque romane, surtout lorsqu'au
XII* si6cle ils s'interessercnt a Tart ancien et copierent, avec plus
ou moinsde bonheur, les modeles qu'ils y rencontraient.
Quand le christianisme s'implanta dans le pays, favoris^ par
les incessantes relations commercials qui s'etablissaient par le
Rhone, les m^mes artistes d6cor6rent les inscriptions, les sarco-
phages, les autels du nouveau culte, les edifices servant aux
reunions des fiddles. Ces premiers monuments Chretiens remon-
tent au IV* ou au V* si6cle, et M. Edmond Le Blant(2) a signal^
toute la valeur qu'ils pr^sentent et I'attention qu'on doit leur
marquer.
Avant la date a laquelle ils appartiennent, le paganisme etait
encore tr6s resistant, et si les villes comptaient depuis un temps
plus ou moins long, pcut-etre depuis le i" si6cle(3), des petites
communautes chr^tiennes, il n'y avait dans les campagnes que
de rares adeptes de la nouvelle religion. Les eglises rurales
n'apparaissent dans les textes qu'au d^but du IV" siecle, et c'est
dans la province de I'ancienne Narbonnaise qu'elles se multipli^-
rent tout d*abord. Ces fondations, arretees un moment par les
invasions des barbares, par les devastations des bandes de Van-
dales, que la l(^gende place sous la conduite du fabuleux roi
Crocus et qui ravagerent les dioceses situ(!js a droite et d gauche
du Rhone (4), par T^tablissement des Visigoths, par Tarianisme,
cnlin par toutes sortes de mis6res et de troubles, prirent un tel
developpement que T^tendue des territoires primitivement soumis
aux (^veques se morcela: le diocese d'Uz^s se ddtacha de celui de
Nimes, tr6s probablement au commencement du V" siecle. Le
premier 6veque connu, Constance, nest pas signale, en effet,
avant 442, date ^ laquelle il assista au concile de Vaison (5).
(i) Les cippesfun6rairesqueje rapprocherai de Tautel de Saint-Marcel-dc-Carreiret
ont une decoration tout a fait caractc^ristique, qui se rencontre surtout dans cctle
region .
(2) Dans ses pr(5cieux ouvrag-es, SiuJe sur les sarcophj^cs J' Aries et les .S.irco-
phjiges Chretiens d^ la Gaule.
(3} A Aries par exemple : Cf. Abb6 Duchesne, Pastes episcopjux de l\jncie?ine (iaulc,
t. I, p. 74.
(4' Voir la hittre dj saint Amatius publii^o par la G.illi.i CHri^tian.i, t. I, pr., col-
137, — Cf. llistoire genbaU d* I^mguedoc, nouv. ddit., I. 1, p. 382 et 396-397.
5' Abbe Duchesne, op. cit.. t. I, p. 3)2. — L'dviichd de Nimes n'csl lui-m6me
connu que d(:js la fin du IV-.iecle(/J<?m,p.29'j).Ccluid'0range, en face de celui d'Uz6s
DE l'academie de vaugluse 207
Un auteur recent (i) a parfaitement explique rorigine des
6glises baties en dehors des villes 'episcopales, et Ton ne peut
mieux faire que de rc^sumer ici ses conclusions. G est d'abord aux
6v^ques missionnaires qu'il en faut rapporter Tetablidsementj
Dans leurs courses ^ travers lea campagrteSi cipres dvoir cdrtstitu^
des groupes de chr6tiend, ils leui* laissaient des autels et provo-
quaient retablissement d'oratoires ou de chapelles dans les dift'i^-
rentes agglomerations, rici ou castra; ailleurs, c'etait sur leurs
propres terres ou sur celles de leur 6glise (agger ecclesiae) qu'ils
les eievaient, et Ton sait que c'est au V* siecle que les patrimoines
de TEglise commenc^rent a se former. D'autre part, d6s la fin du
IV* si6cle, les grands proprietaires fonciers fondaient dans
leur villa des chapelles, ou ils reunissaient leurs esclaves et
leurs colons (2). Enfin, au milieu des montagnes et des bois, dans
ces loca deserta si nombreux ^ la fin des temps romains, des
moines se retiraient loin du monde ; « seuls ou avec quelques
compagnons, ils se construisaient une cellule en bois ou en feuil-
lage; ... leur cella recouvrait un autel, on y celebrait un culte, et
autour d'eux se groupaient des fideles. » La plupart de ces edifices
s'(ichelonnaient le long des voies romaines; il yen avait qui se
construisaient sur les emplacements des anciens temples, juste-
ment pour efiacer la souillure du lieu ct faire adorer le Christ 1^
oil le demon avait eu ses autels ; d'autres marquerent les endroits
ou les saints etaient passes, ou ils avaient prech^, oil ils dtaient
ensevelis.
Cette theorie, appuyee par des textes precis, a son application
dans le pays qui nous interesse. Uz^s, ca^/n/m assez important de
la cite nimoise, eut tres probablement sa colonic de Chretiens
organis6e au III* si6clc : c'est du moins a cette 6poque que Ton
attribue la crypte si curieuse qu'on y a d^couverte (3). De 1^, le
nouveau culte s'est repandu progressivement dans toute la region,
et de I'autre cot^ du Rhone, Test depuis le d^but du mftme siecle [Idem, p. 257). A
remarquer qu'Orange et Nimes 6taient des villes trtJs importantes A I'^poque romaine.
(i) Imbart de La Tour, Les paroisses rurales dans VancUnne France du IV au
Xr Steele, dans la Revue historique, t. Go (1896!, p. 241 ; t. 6i, p. 10 ; t. 63 (1897), p. 1 ;
t. 67 (1898 , p. I ; t. 68, p. I.
(2) Voir surtout les ddveloppements donnes par M. Imbart de La Tour, t. 67, p. 2
et suiv. — II est k remarquer que les premieres lois relatives A la fondation d'6glises
sur des fundi privati sont des canons des conciles d'Orange en 441 (Labbc, Concilia,
t. Ill, p. 1449 et Aries en 4^2 [Idem, t. IV, p. ioi5 . — Voir aussi sur cette question
des plus intdressantes, U. Stulz, Geschichtc des kirchlichen Ben^zialwesens, 1. 1, p. 66,
oil des textes tr6s nombreux sont cit(is.
(3 L. Rochetin, Les premiers siecles du christianisme a Uses, dans les Mimoires d^
VAcadimie de Vaucluse, 1898, p. 239.
208 MEMOIRES
surtout lorsque des 6v6ques furent (itablis ^ Uz6s, et il est plusieurs
moyens d'arriver a se rendre compte de I'existence de chapelles
rurales baties vers Tan 400. Les textes Merits sont malheureuse-
ment des plus rares et ne sont pas aussi anciens : ce n'est que
deux si^cles plus tard qu'ils montrent les 6v6ques saint Firmin et
saint Ferreol elTectuer des fondations dans leur ville 6piscopale ou
dans le voisinage (i). Mais il est d'autres temoignages qui peu-
vent 6tre invoqu(^s : tout d'abord les sarcophages chr6tiens aux-
quelsj'ai d6jd fait allusion. On en a conserve un peu partout, 4
Bagnols, k Saint-Gervais, a Cornillon, A la Chartreuse de Val-
bonne, a Goudargues, au chateau de la Bastide, non loin de ce
dernier village, sans compter ceux qui ont 6t6 d^truits ou qui ont
disparu du pays. Puis, c*est Tautel de Saint-Marcel-de-Carreiret,
qui certainement remonte aux premiers temps de la diffusion
de I'Evangile dans les campagnes. A T^poque m6rovingienne on
doit encore rapporter le fragment de plaque de rev6tement en
marbre, qui provient de la chapelle de Saint-Loup pr6s de Tres-
ques, et I'autel en pierre de Saint-Victor-de-Castel.
A ces preuves directes, dont le nombre est toujours assez
restreint, il est n^cessaire de joindre, pour la pdriode comprise
entre le IV'etleVIII* si6cle, quelques observ-ations. On sait que,
de tr6s bonne heure, les Chretiens ont tenu ^ dormir leur dernier
sommeil le plus pr^s possible du Dieu qu'ils adoraient. On peut
done, au moyen des cimqtieres et des anciennes tombes, retrouver
Templacement des oratoires primitifs (2), Or, elles sont des plus
fr6quentes les chapelles romanes, autour desquelles on exhume,
avecdes poteries noires, des corps enfermes dans des tombeaux
batis et recouverts avec des dalles ou de larges briques (3). Sans
doute ce mode d'inhumation, adopte aux temps m^rovingiens, n*a
pas 6t6 abandonn^ de si t6t et a persists pendant la p^riode
carolingienne, mais il n'en est pas moins un t^moignage incontes-
table de Tanciennet^ des fondations d'eglises en ces endroits.
Autour de Saint-Em6t<^ry pres Chusclan, de Saint-Privat ti Pou-
zilhac, de Saint-Saturnin pr^s Gaujac, de Saint-Genies pr6s
Laudun, de Saint-Jean-d'Orgerolles pr6s La Bastide-d'Engras, et
de bien d'autres chapelles, on a de semblables cimeti^res. Ce qui
(i) DiplOme de Louis de Provence, en faveur d'Amdlius, 6v6que d*Uz6s, en 896 :
Historiens de France, t. IX, p. 678 ; Boehmer-Muehlbacher, Die Regeslen des Kaiser-
reichs unter den Karolingern, n'1452. — Cf. surccs fondations. L. Rochelin.op. ci7.,
p. a5o et suivantes.
(a) Cf. de Caumont, Cours d'antiquites monumentales, t. VI, p. a58 ; L. Rochetin,
op, cU», p. a63.
(3) On les connait dans le pays sous le nom de tuiles sarrasines.
• DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 2O9
ne veut pas dire, specifions-le en passant, que les monuments ont
-ete ^ une epoque aussi recul6e tels qu'ils se prdsentent aujour-
d'hui, car ils ont tres bien pu 6tre rebatis plus d'une fois.
Peut-6tre pourrait-on encore, par les vocables des 6glises, d6-
couvrir celles dont la fondation primitive appartiendrait k ce
temps. Cette recherche, il est vrai, pr^sente plus d*une diffl-
cult6 et expose ^ plus d'une erreur. Toutefois, il n'est pas
inutile de remarquer que, dans cette partie du diocese d'Uz6s, on
eut une devotion particuli6re pour Notre-Dame (i), saint Jean-
Baptiste(2), saint £tienne(3), saint Andr6 (4), saint Laurent (5) et
saint Michel (6) ; on y honora, et d6s le haut moyen Age, des saints
qui avaient laiss6 des souvenirs dans le pays comme mission-
naires, ou dont le tombeau attirait les p^lerins de cette partie de
la Gaule : saint Martin (7), saint Saturnin (8), saint Th6odorit (9),
saint Genius (10), saint Marcel (11), saint Julien (12). Tels parais-
fi) A Colombiers, au Pin, 4 Carsan, Domazan, Fontar^che, Montclus, Trcsques,
Mayran, etc.. existent ou existaient des ^grlises et chapelles dMiics A la Vierge.
(2) On peut citer, comme ^glises et chapelles sous ce vocable, ccUes de Bagnols,
Gaujac, La Bastide-d'Engras, Laudun (Camp-de-C^sar , V6n6jan, Roquemaure, sans
compter, dans le reste du dioc6se d'Uz6s, Barron. Bourdic, CastiHon-de-Gagn6res.
Genolhac, Montfrin, Nozi6res, etc.
(3) Laudun. Saint-Etienne-des-Sorts, Saint-Etienne-de-Sermentin, Saint-Etiennc A
Uz6s, etc.
(4) Patron d*une des 6glises fonddes par saint Firmln 4 Uz6s et d'6glises ou cha-
pelles A La Capclle, Connaux, Pont-Saint-Esprit Salnt-Andr6-de-Sanati6re), Saint-
Andr6-de-Roquepertuls, Saint- Andr6-d*016mrgues, etc.
(5) Patron d*une paroisse d'Uz6s et d'(iglises A Barjac, La Bastide-d'Orniols, La
Brugui6re, Saint-Laurent-de-CarnoIs, Saint-Laurent-des-Arbres, Saint-Laurent-la-
Vern6de, Tresques Saint-Laurent d'Aubarne), etc.
(6) Patron d'dglises et chapelles A Codolet, Goudargues. La Capelle, La Roque,
Pougnadoresse, Saint-Michel-d'Euzet, etc.
(7) Le nombre est prodigieux d'dglises ou chapelles dddi^es A cet ap6tre de la
Gaule. dans les anciens dioc6ses de Nimes. d'Uz^s et d'Alais : citons seiilement
pour notre petite region celles de Bagnols. Montfaucon.Orsan, Pouzilhac, Saint- Victor-
la-Coste. TrevSques.
(8) Le souvenir le plus vivace que cet ap6tre des premiers si6cles ait laiss^ est
certainement A Pont-Saint-Esprit, connu si longtemps sous lenom de Saint-Saturnin-
du-Port. Dans le diocese d'Uz6s on trouvait encore k lui d^dides des dglises et
chapelles A Boisson. Cheyran. Fons-outre-Gardon, Gaujac et Russan.
(9) Patron de la cath<5drale d*Uz6s, de Tdglise de Gaujac et d'une ancienne cha-
pelle de Bagnols.
(10^ Patron d'^glises A Uz6s, Laudun, Saint-Geni6s-de-Comolas. Saint-Geni6s-en-
Malgoir6s.
(11) Le martyr de ChAlon, patron de Saint-Marcel-de-Garreiret et. plus loin, do
Massillargues. pr6s Anduze, et de Saint-Marcel-de-Fontfouillouse.
(12) Patron. d'dglises et chapelles A Uz6s, Bagnols, Chusclan, La Calmette, Saint-
Julicn-de-Cassagnas, Saint-Julien-de-Peyrolas, Saint-Julien-de-Valgalgue, etc.
9IO MEMOlREd
«
sent etre les patrons des 6glises et chapelles fondles avant T^po-
que carolingienne (I).
MalgT^ les invasions et les malheurs qui ont acc616re la deca-
derlce de 1^ civilisation antique, la Provence et le Bas-Languedoc
ri'^taient pas rest6s compl^tertierit d6sh6rltes doUs le rapport
artistique comme sous le rapport litt^raire (2). Mais les ^pdd-
mens de Tarchitecture et de la sculpture des M^rovingiens sont
trop rares pour qu'on puisse en tirer quelques deductions. On
sait cependant que les constructions faites par saint Firmin
(decide en 553) passaient pour merveilleuses aux yeux des
6crivains du IX* si6cle : son eglise de Saint-Julien, Saint-Andr6 et
Sainte-Basiliss3 etait batie, disait-on alors, opere miro (3). Et de
fait, les debris qu'on a conserves de ces anciens monuments
peuvent donner une id6e sufflsante de leur richesse et de leur
beaute (4).
On a frequemment avanc6, et chez certains auteurs m6ridio-
naux c*est presque un axiome, que la plupart des chapelles pri-
mitives sont des temples palens, que Ton aurait adapt^s ^ des
usages nouveaux. Cette opinion est, en r6alit6, difficile ^ soutenir.
Les temples paiens et les ^glises chr^tiennes sont d'un caract6re
trop different pour que les unes n'aient ete que la continuation
des autres. Le temple 6tait uniquement la demeure du dieu, par
consequent il n'avait que des dimensions tr6s reduites. L*6glise,
au contraire, est le lieu de reunion et de pri^re des fideles et doit
etre assez grande pour les conlenir tous. Cette premiere raison
suffirait pour d^montrer I'impossibilite de transformer aussi rapi-
dement les 6dicules paiens en chapelles chr^tiennes. Mais il y a
mieux : les dv^ques missionnaires et les premiers Chretiens ataient
une haine si profonde pource qui rappelait I'ancienne religion,
qu'ils en d^truisaient systdmatiquement les temples (5). Rien ne
lesarreta, ni les edits des empereurs, qui, comme Honorius, cher-
fi) Je ne veux pas dire par 1^ que toutes les dglises et chapelles, dont je viens de
donner la nomenclature, remontent, meme comme fondation primitive, A l'6poque
m^rovingrienne, car il serait facile de d^montrer quelquefois le contraire. II faut, en
matifere d'arch^ologie, se garder des generalisations trop h^ives.
(2) Cassiodore, Variarum, III, n" 17 Monutncnta Gcrmaniae historica, Auctores anti-
quissimi, t. XII, p. 88 ; Ennodi epistolae, n' 461 mCme collection, t. VII, p. 32i);
Grdgoire de Tours, Historia Francorum, 1. VI, ch.9 6d. Omont, dans la Collection de
textes Picard, p. 206,. — Cf. Prou, Monnaies mirovingienncs. introduction, p. 85 ; F.
Kiener, VerfassungsgeschicMe der Provence seit der Ostgothenherrschafl bis zur Er-
richtung der Konsulaie, p. 47, 48-
(3) Diplome de Louis de Provence, d6j4 citd.
(4^ L. Rochetin, op.» cit., p. 284, 255 et 260.
(5) Cf. sur cette question Imbart de la Tour, op. cit., t. 60, p. 264 k 266*
DE L*ACADEMIE DE VAUCLUSE 2\l
chaient ^ sauver les plus beaux Edifices en leur dormant le carac-
tere de monuments publics (i), ni la crainte des repr6sailles, ni le
' respect des oeuvres d'art: ils bris^rent les statues, brul6rent les
sanctuaires et en disperserent les debris (2). C*est qu'il fallait
avant tout supprimer Tidoiatrie et couper le mal dans sa racine.
Apr^s avoir ruin6, ils r66difierent, bien souvent avec les m^mes
mat6riaux, mais sur un plan tout different, et ils 61ev6rent sur le
sol autrefois consacre aux divinit^s paiennes des autels et des
6glises d^dies au vrai Dieu. Ainsi de multiples oratoires prirent
la place d'^dicules antiques; mais, remarquons-le, il y eut des-
truction avant r66dilication.
Cette fa9on d'op6rer ne peut guere se verifier dans la region
restreinte qui a 6t6 exploree pour cette etude. Mais on saitque,
non loin de 1^, on utilisa longtemps des ddbris antiques pour la
construction ou Tornementation des monuments chr6tiens (3).
Assur6ment, ^ Tepoque carolingienne, on n'avait plus les senti-
ments qui avaient fait agir les Chretiens des IV* et V* si^cles :
on ne consid6rait plus vraisemblablement que la commodity de
materiaux tout pr6par6s, et ce n'etait plus le d6sir de les sanctifler
qui les faisait employer.
Si les 6glises, 61ev6es avec un z61e des plus actifs par les
6v^ques et les fiddles pendant la p6riode mc^rovingienne, r6sist6-
rent aux guerres continuelles des Visigoths, des Burgondes et des
Francs, elles durent 6prouver de serieux dom mages lorsque les
Sarrasins fondirent surle pays. II est difficile cependant d'appre-
cier r^tendue du d6sastre caus6 par eux : les documents ont ^
peu pr6s tous disparu, et la 16gende, qui s'est empar^e de leurs
exploits et de ceux de leurs adversaires, les a tellement magnifies
(0 Cod. Thcodos.. XVI, lo, i5, i6, i8.
(2) Sur la conduite observ<Je par saint Martin A cet <^gard, voir Bulliot» La mission
et le culle de saint Martin dans le pays iduen.
(3^ Par exemple, A la cath^drale de Vaison, au X' si6cle, on employa des colonnes
de marbre arrachcies A un Edifice antique R. de Lasteyrie, Saint-Quinin et la cathi^
drale de Vaison, dans les M^moires de la Soci^ti des Antiquaires de France, t. 49(i888S
p. 52 . — On sait fort bien que les bases de la catht^drale de Nimes, consacr6e en
1096, sont baties avec des pierres de grand appareil romain cf. abbd Fr. Durand,
Les bases de la cathedraU de Nimes sont-elles romaines? dans les comptes rendusdu
Congress arch^ologique tenu k Nimes en 1897, p. 2i5 . On verra aussi, dans le cours
de cet ouvrage.qu'cl Saint-Saturnin pr6s Gaujac etpeut-^tre ASaint-Martin-de-Sadu-
ran, on sj servit pour autel de pierres antiques ; dans la mftme chapelle de Saint-
Saturnin, un fragment de fQt de colonne a «^tti utilise comme b(Snitier, etc. A Saint-
Privat-de-Pouzilhac, M. E. Germer-Durand avait cru d6couvrir une inscription
antique formant imposte dans la chapelle {Dicouvertes archiologiques» dans les
Mimoires de VAcadcmie du Card, 1875, p. i36), mais M. Hirschfeld a reconnu avec
raison qu'elle ^lait du moyen Age {Corpus inscriplionum latinarum, t. XII, n* aa3*).
212 MEMOIRES
qu'il est pour ainsi dire impossible de les ramenei* a de justes
proportions. Ce sont surtout les expeditions des Arabes dans la
premi6re moiti6 du VIII* si6cle et la lutte de Charles-Martel contre
eux, qui ont laiss6 des souvenirs vivaces dans les traditions :
ainsi une grande bataille, ou lo.ooo Sarrasins auraient trouv6 la
mort, se serait livrde entre Pujaut, Saze et Rochefort ; Charles-
Martel, en souvenir de ses victoires, aurait fond6 des 6glises et
chapelles ^Meynes, Montfrin, Rochefort, Semhac; Charlemagne
aurait 61ev6 celle de Saint-Pierre d Domazan pour rappeler les
mfemes faits. C'6tait en d^dommagement des d6sastres apport6s
par les Sarrasins a Saint-Andr6-d'016rargues, d Saint-Doryte sur
le territoire de Bonnevaux, k Saint-Gilles, k Psalmodi, d Saint-
Hilaire-d'Ozilhan, A Saint-Martin-de-Ferl6ry sur le territoire de
Remoulins, a Saint-Pierre-de-Fourn6s, au Vigan, 4 Tornac, Vala-
brix,Villeneuve-lez-Avignon (i). Plus pr6s de Bagnols, ils auraient
camp6 dans les environs de Tresques sur le mont Sarzin ; ils
auraient d^truit Saint-Andre pr6s Connaux, etruin6 le monast^re
de Saint-Pierre-de-Castres (2). D'ailleurs, ne retrouve-t-on pas
partout, dans le pays, des murs sarrasins, des cimetiferes sar-
rasins, des briques ettuiles sarrasines(3)?
L'histoire est moins eloquente ; elle nous apprend cependant
qu*en 726, apres avoir occupy Narbonne et pris Carcassonne, les
Arabes soumirent la ville de Nimes, chass6rent les moines de
Psalmodi, de Saint-Gilles, de Saint-Baudile, et s'avanc^rent jus-
qu*^ Autun (4) ; elle nous r6vele que, lorsque Charles-Martel,
apres sa victoire sur Abd-El-Rahman, s'avan9aen Provence, il eut
^ combattre les m^mes ennemis qui occupaient tout le Languedoc
oriental, et qu*en 787 il les empecha de s'y fixer par une action
vigoureuse inauguree par le si6ge d' Avignon. Ses soldats furent
(1) Voir dans le Dictionnaire topographique... du diocese de Nimes de M. rabW
Goiflfon, t chacun des noms citds ci-dessus.
(2) Cf. abb6 T. Bouzige, L'igUse et le chiteau de Tresques. p. 5, 27 et 28. — Le s^jour
des Sarrasins sur le Camp-de-Cdsar ne parail pas faire de doute: on y a trouvd une
ancienne monnaie arabe et des debris de poteries mauresqucs. Cf. V. Luneau, La
numismatique au Camp-de-Ctsar de Laudun, dans les comptcs rendus du Congr^s
arch^ologique de Nimes de 1897, p. 235.
(3i On salt le cas qu'il faut faire de ces d<^nominations : ces murs, cimeti6res,
tulles et briques appaniennent simplement aux epoques mdTovingienne et carolin-
gienne.
(4 II n'est pas possible d'entrer ici dans la discussion des faits : qu'il suffise dc
renvoyer aux notes de MM. A. Molinier et H. Zotenberg dans le t. II de la nouvelle
(Edition de VHistoire generate de Languedoc, p. 549-558. — Cf. aussi M<^nard, flistoire
de Nismes, t. I, p. 98, 99, io3, 106, etc.
DE l'academie DE VAUCLUSE 213
peut-etre encore plus destructeurs que les Sarrasins{i), et oh
les vit avec terreur senver les mines sur leur passage (2). On sait
que, par exemple, les arenes de Nimes furent incendiees par eux.
La seconde moitie du VHP sifecle fut moins dure pour les popu-
lations riveraines du Rh6ne ; aussi ont-elles conserve en v6n6ra-
tion le nom de Charlemagne et lui ont-elles attribu6 la creation
d*une foule d'(^glises en Languedoc et en Provence (3). II est
certain que, grace ^ la paix ramenee par son autorit6 et grace
d sa protection, on assista a une veritable renaissance artis-
tique, qui se traduisit par des rd^difications ou des fondations de
monuments religieux (4). L'^glise de Caseneuve, d Goudargues,
qui fut batie vers la fin de son r^gne, est le type des chapelles et
6glises appartenant ^ cette epoque : les mat^riaux, d'un caract6re
particulier, qui ont servi A I'^Iever, sont, par leur presence ^ d'au-
tres endroitSjdes indices tr^ssursde la construction denombreux
Edifices ^ peu pr^s contemporains : Boussargues, Colombiers,
Maransan, Saint- Victor-de-Castel, pour ne citer que quelques
exemples, remontent d cette date par certaines de leurs parties.
Malheureusement cette tranquillity s'6vanouit bient6t dans les
convulsions de Tempire de Charlemagne, et les Sarrasins ne
furent plus les seuls A la troubler. Favorisdes par les querelles
entre les rois et les principicules qui se disputaient la possession
de la Provence et duBas-Languedoc, les invasions des Normands,
des Hongrois et des Arabes renouvel^rent les maux dont avait
souflert le pays. On sait que les ennemis du nom chretien d^vas-
(ij Voici un document qui t^moigrne de leur fa^on d'op<irQr ; c'est un dipl6me de
Louis le Pieux pour Tabbaye de Conqucs, du 8 avril 819 : c Quo in loco, nonnulli
christiani. propter inetum Sarracenorum, qui illam terram pene totam devastarunt
et in heremum redegrerunt, dudum confugientes...* {Cartulaire de Vabbayt de Conques,
publi<i par G. Desjardins, n" 58o, p. 409.)
(a) Histoire ginirale de Languedoc, t. II, p. 554.
(3) Ouvrons seulement Touvrage de M. R^voil, L* architecture romane dans le Midi
de la France. On y lit qu*une tradition, plus ou moins justifi<ie, attribue au puissant
empereur la fondation de la chapelle de Saintc-Croix A Montmajour t. I, p. i5\ de
Saint-Jacques de B^ziers 1. 1, p. 20 , de Saint-Quenin de Vaison (t. I, p. 26>, de Notre-
Dame-des-Doms d* Avignon t. I. p. 44 et 46 . De combien de noms cette liste pour-
rait 6tre allong^e ! II n'estgu^re de chapelle, pr^sentantun caract^re jug6 archalque,
qui ne soit reportde au temps de Charlemagne ou de son aleul Charles-Martel.
(Cf. encore abb6 Roze, Histoire d'Apt, p. 66 ; abb6 A. All^gre, Monographie de Baumes-
de-Veniss:, p. 23.)
(4) Cette renaissance se continua pendant tout le IX* si6cle environ ; on lui dut
de magnifiques monuments, telle la basilique de Saint-Baudile h Nimes, qui. en 878,
fut c renovata ac amplificata ea felicitate ut omnes inde stupentes admirarentur • •
{Gallia Christiana, t. VI, pr.. col. 168). — Sur cette question et sur les causes qui ont
contribute ^ multiplier les dglises, surtout dans les campagnes, cf. Imbart de la
Tour, op. :it., t. 61, p. 36 A 40 ; t. 63, p. 38 et 39.
214 M^MOIRES
t6rent, en 858 et 869, toute la Septimanie et en particulier les
rives du Rhdne, et que les villes de Nimes et d'Arles furent cruel-
lement 6prouv6es (i). Les Hongrois, qui depuis 899 avaient pris
rhabitude de descendre p6riodiquement en Italie, passerent les
Alpes en 924, puis le Rh6ne, pour se jeter sur la Gothie et ruiner
compl6tement le diocese de Nimes et les pays voisins ; ils r^duisi-
rent le pays en une telle solitude, qu'en Septimanie il ne restait
plus un seul pretre pour le service divin (2). Partout ou ils
passaient, ils se signalaient par une f^rocite qui ddpassait tout ce
qu'on pouvait imaginer (3). Ces exploits furent renouvele^s en
951(4). Et pendant ce temps les pirates Maures d^solaient les
pays situes sur le bord de la mer et par le RhOne poussaient
ieurs devastations jusque dans Tint^rieurdes terres. Ces descen-
tes, qui commenc6rent en 842, se renouvel6rent fr^quemment et
devinrent meme p^riodiques lorsque, vers la fin du IX' si^cle, les
Sarrasinsse fixerent au P"rainet(5). D^sormais, tous les documents
qui parleront d'eux pendant un si6cle (ils ne furent expuls6s du
Frainet et de la Provence qu'en 988) signaleront les calamit6s qui
s'appesantissaient sur le pays : il n'y est question que d'habitants
^gorges, d'abbayes d^truites, d'eglises ruin^es, de campagnes
d6sert6es, etc. Que Ton joigne a toutes ces causes ded^sastre la
violence exerc6e par ceux qui ddtenaient tant soit peu d'autorit6,
rinvasion des biens eccl^siastiques par les laiques (6), la disper-
(1) Histoire g^nirale de Languedoc,' i. I, p. 1081 ; Menard, Histoire de la villt de
Nistnes, t. I, p. 119. — Cf. Chronicon Netnausensc, dans les Monumenta Germaniat
historica, Scriptores, t. Ill, p. 219.
(a) Histoire de Languedoc, t. UI, p. 99-100 ; Menard, 1. 1, p. 143 ; L. Dussieux, Essai
historique sur les invasions des Hongrois en Europe, p. 37 ; R. Poupardin, Le royaume
de Provence sous Us Carolingiens.p. 215-216,— C. Flodoard, yl«»a/e5, dans les A/oni*-
menta Germaniae historical Scriptores, t. Ill, p. 373-374 ; Chronicon Nemausense, toe. cit.
(3 1 Gens Hungarorum ferocissima et omni belua crudclior, retro ante seculis ideo
inaudita, dit la Chronique de R^ginon ^Monumenta Germaniae historica, Scriptores,
t. I, p. 599 .
(4. Flodoard, Annates, toe. cit., p. 401.
(5) Voir sur cette question que je no puis que rcbumer, R. Poupardin, op. cit.,
p. 343 t 273. — Comme documents typiques, voir dans le Cartulaire de Saint-Victor,
t. I, p. I, n' I, annee 923 ; p. 19, n' i5, annee io(j5. Cf. aussi ceux qui sont indiqu^s
par F. Kiener, Ver/assungsgeschichte der Provence, p. 92, notes G8 d 73.
(6) Cette usurpation des biens d'cglisc par les laiques aux IX* ct X* si6cles n'a pas
besoin d'etre demontrce, tellement le fait etait y^encral. Pour la r<};,yion d'UzCis cepen-
dant, il est bon d'en donner la preuve : on la trouve dans le diplome d«^jA cite du
roi Louis de Provence en faveur d'Amclius, evOque d'Uzes, A qui il rendit, en 896,
les possessions, quorumdam cupiJitate sublatas On verraplus loin que, m^me A une
epoque avancee du XI* siOjcle, c'est-A-dire en io65, un laique detenait encore les biens
du monast^re de Goudargues.
DE l'academie de vaucluse 2i5
sion des moines (i), enfin la mise en fuite du clerge depour\*u
d'ev^ques (2).
Aussi, d6s le commencement du X* si^cle, les regions du
Languedoc et de la Provence voisines du Rh6ne ^taient-elles
dans une situation lamentable. On en a une preuve non equivoque
dans le testament de Foucher, 6veque d'Avignon, qui, en 916,-
deplorait les malheurs de son eglise, quam barbarica iitiqiie vas-
tatio et depraedatio maxima ex parte mundialibiis attriverat copiis{3).
Dans quel etat se trouva-t-elle a la fin du meme si^cle ?^ On ne peut
qu'^ peine Timaginer. Tout essor avait done etc arrete, et ce
n'est certes pas de temps aussi calamiteux qu'il faut attendre
les grandes manifestations d'art.
Tout changea aux alentours de Tan mil, non pas a cause des
craintes plus ou moins imaginaires de la fin du mondc, mais par
suite de la s6curite ramen^e dans un pays que ne desolerent plus
les invasions. Les guerres de seigneurs ^ seigneurs n'avaient pas
cess6, sans doute, mais elles ne revetaient plus ce caractere de
sauvagerie qui avait rendu si terrible I'apparition des Sarrasins
etdes Hongrois. Elles perdirent d'ailleurs beaucoup de leur inten-
sity, lorsque les (^veques, a la suite des conciles de Charroux(989),
Narbonne (990), Anse (994), Verdun-sur-Saone (lOiG), Elne (1027),
Bourges (io38), Aries (1041), Saint-Gilles (1042;, Narbonne (1054),
etc., eurent organise des ligues pour la paix et fait accepter par-
tout la tr^vc de Dieu : les (iglises particulierement furent respec-
t6es et seules celles qui avaient et6 transform^es en forteresses
furent exposees A de mauvais traitements.
On Ta dit maintes fois (4) et il faut le dire encore : il est certain
(1) Les feligieux de Saint-Baudile pr6s Kimes, de Saint-Gilles et de Psalmodi
avaient 6t6 disperses par les premieres invasions des Sarrasins ; les moines de Saint-
Victor fyyaient devant celles du X' si^ele, etc.
(a) L'absencede toute mention d*«iveques est un des plussOrs indices des malhcur}^
qui avaient aUeint le clergC*. D«ijA, a r«ipoque des premieres invasions des Sarrasinsi
le dioc68e d*Uz6s parait avoir manque dechef; apres Mummolus ^673-675), on n'a
plus signal^ qu'avec toute esp6ce de reserves r«iveque Arimandus o<ir« 7«8/ avant
Elephantus en 841 vCf. Gallia Christiana, t. VI, col. Gr5, 616; abl5e Duchesne, Fastes
episcopaux, t. I, p..3o4J. De mcme il y a une lacune entre Amelius 1", rencontr<i
pour la derni^re fois en yia liisioire i^encraie Je Languedoc, t. Ill, p. 8u^ et Amelius II,
signalo sculement en y66 [Gallia Christiana, t. VI, col. ^,17). — Pour le dioctjse de
Nimes, on ne connait pas non plus d'dvOques de G80 ^ 788 iabb(^ Duchesne, ibidem,
p. 3oi, 3o2).
(3) Gallia Christiana, t. I, pr., col. \'M.
(4) Cf* Quicherat, Melanges, t. II, p. 123 et suiv. ; J.-A. Brutails, \otes sur VanU--
rioriU ct Vit\fluence de I'icole romane auvergnate, dans le BulUtin archiologiqm du
ComiU d€S travaux historiques et scientijiques, 1899, p. 417.
2l6 MEMOIRES
qu'au d^but du XP siecle la Gaule tout enti^re prit cette parurc
de blanches ^glises dont parle le chroniqueur Raoul le Gla-
bra. Les regions rhodanienne et mediterran^enne, quoi qu'on
ait ecrit, n'ont pas fait exception ^ la r6gle, et Ton pourrait
citer de tres nombreuses preuves de la verite du fait (i).
Partout les monasteres se repeuplaient et se reconstruisaient,
les moines et les ev^ques poursuivaient contrc les laiques la
revendication de leurs biens, relevaient leurs eglises et d^-
ployaient un zele qu'attestent les multiples documents de cette
6poque. Ilseurent enlin le bonheurdeconnaitre de longues annees
de prosperity. Aussi purent-ils assister d Tepanouissement de
Tart roman, qui pendant presde deux cents ans suivit une marche
ascendante et realisa d'^normes progr6s.
A ce tournant de I'histoire, il est intdressant de jeter un coup
d*oeil sur les puissances ecclesiastiques de la region qui nous
(i) Ce qui neveut pas dire que tous les edifices ant^rieurs aient disparu et que
m6me on remp!a<;a par de plus modernes ceux qui avaient 6t6 6pargn6s jusque-lA.
II faul en eflet se prarder d'une exag-c^ration qui serail regrettable dans un sens ou
dans un autre ; je donnerai en eflet dans le cours de cet ouvrage la preuve du main-
tien de chapelles carolingiennes. — Pour les fondations et reconstructions d'^grlises
dans la premiere moiti(i du XI' si6cle on peut citer, d'aprJis I'ouvrage de M. Rdvoil,
Sainte-Croix de Montmajour en 1019 ' t. I, p. 14) et r<}glise Notre-Dame du mCmc lieu,
commencee en 1012 t. II, p. 27), la cathc^drale de Cavaillon, d(idi6e en 1023 (t. II,
p. 24), r^grlise de Saint-Ruf pr6s d' Avignon reprise apr^s io38 (t. I, p. 34}. Je ne
veux pas disculer ces dates, je me contenle de les relever : ce sont les seules qui
soient prcicises pour la s<^rie en somme restreinle des monuments etudi<^s par
M, R^voil. On sait, d'autre part, que le monasttrre de Saint-Andr6 de Villeneuve se
reconstitua vers 980 (Abbe M. M6riian, £:iuJc sur Us abbes et les monasteres de Ville-
neuve-lez- Avignon, dans les Mimoircs de V Academic de Vaucluse. 1898, p. 275) ; que
Tabbaye de Psalmodi futretablie en ioo4(MabiJlon, Annates or dinis S. Benedicti, ad Sin.
1004, n* 59) ; que r(igUse de Saint-Victor de Marseille, nouvellement restaur6e, fut
benite Ic 5 octobrc 1040 {Cartutaire de Saint-Victor, t. 1, p. 14, n* 14); que la cath6-
drale de Ma^uelone fut consacree en i(»54 (K. Fabr^ge, Histoire deMaguelone, 1. 1, p. 108);
que ccllc d'Apt le fut en io56 \Gatlia Christiana, t. I, pr., col. 76); que celle d' Avi-
gnon, entieirement rebdiie, le fut en 1069, selon M. Deloyc {Note relative a la date de
la didicace de la catfiedrate d' Avignon, dans \c Bulletin archeologique^ 1891, p. 294);
que celle de Nimes le fut par Urbain II, le 6 juillet 1096 '^M^nard, t. I, p. 177 ; Histoire
de Languedoc, t.V,'col. 742;; que la restauration de Saint-Sauveur d'Aix eut lieu aussi
cntre uj92 ct iio3 (Abbo Alban^s, Gallia Christiana novissima, t. I, Ai,v, pr., n" 11 et
iv). Le Cartulaire dj Saint-Victor de Marseille, apres la dotation de Vaucluse en 979
(n* 1043 , donne encore le texte de la consideration d't^glisesen io33 (n' 268), 1034 (n' 28a),
1048 (n* 384 , io55 (n* 3i2), io56 (n' 337;, 1059 ("" 1075}, 1062 ,n" 3oo, 383), etc. — En
mOmc temps on constate de nombreuses fondations de monast<^res : M<^nard, dans
le 1. 1" de son Histoire de Sismes, cite celles de Saint-Sauveur-de-la-Fontaine d Nimes en
991 (p. 154;, de Saint-Genitfs dans le dioc6se de Maguelone, un peu avant 1019 (p. 159),
de Cendras pros d'Alais vers le mi^me temps {p. 160), de Galargues en 1027 ip. 160;,
de Sauvc en 1029 Jbidem^. Apr<^s le mutisme complet des sources sur les dpoques
pr^c^dentes, ces fondations sont caract^ristiques.
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 21/
pr6occupe et de connaitre les principaux possesseurs des eglises.
Peut-etre cet examen facilitera-t-il ensuite letude des monuments
religieux par des rapprochements qu'il permettra d'etablir.
La plus forte autorit^ spirituelle et la plus grande puissance
temporelle appartiennent certainement d T^v^que d'Uzes. L'ab-
sence de documents emp6che malheureusement de preciser d'une
fa9on exacte quelle 6tait T^tendue de ses biens au d^but du XI*
si6cle. De plus, la reserve observee par lui vis-a-vis des premiers
rois Gapetiens I'empecha de solliciter d'eux des diplOmes sp6ci-
licatifs de ses domaines ; on n'a pas gard^, d autre part, les bulles
que vraisemblablement il obtint des papes. On nepeut done juger
de rimportance de ses possessions que par le diplOme de
Louis Vll, dat6 deiiSG: a cette 6poque, Teveque d'Uzes, outre
ses droits dans sa ville 6piscopale et dans les autres parties de son
diocese, avait, a tout le moins sous sa suzerainet6, les chateaux
de Sabran, La Roque et Pougnadoresse (i). C'6tait au lendemain
d'une transaction avec labbaye d'Aniane et le prieur de Goudar-
gues, coniirmee le 2oavril ii55, et par laquelle T^veque avait
abandonne toutes pretentions sur un certain nombre d'6glises,
pour s assurer entre autres celles de Saint-Etienne a Fons-sur-
Lussan, Saint-Castor, Saint-Pierre a Cavillargues et Saint-
Vincent-de-Cros pres Cornillon (2). II eut encore, jusqu'en 11G2,
r^glise de Saint-Em6tery, pr6s le village actuel de Chusclan, et
1 echangea a cette date contre celle de Saint-Florent [3} ; il conclut
un m^me echange, deux ans plus tard, avec Tabbaye de Saint-
Andr6, auquel il abandonna T^glise de Saint-Privat a Pouzilhac (4).
Mais il faut aller jusqu'en 121 1, ^poque de la concession d'un
diplOme de Philippe-Auguste, qui lui assurait de tres nombreuses
possessions, pour se rendre compte de la puissance qu'il avait su
acquerir : lui appartenaient alors les chateaux de Pouzilhac et de
Masmol6ne, la bastide de la Capelle, les chateaux de Tresques,
Bord, Gicon et Venejan, le domaine de Saint-Paul-lcz-Connaux,
[ le chateau de Cornillon, la Bastide-d'Orniols, le chateau de Ver-
feuil, le prieure de Valsauve, les vilLie de Saint-Marcel-de-
Carreiret, de Saint-Lau rent-la- Vernede et de Fontar^che, la
Bastide-d'Engras, les chateaux de Saint-Andre-de-Roquepertuis
et de La Calmette, sans compter des chateaux, prieures et domai-
(I) A. Luchaire, Etudes sur Us aetes de Louis VII, Catalogue, n' 367.
(2; laff^-Lowenfeld, Regesta pontijicum Romanorum, n* 10034.
^3] GaUU Christiana, t. VI, col. 620.
(4} Bibliolh^que d'Avignon, ms. 2466, fol. 208 ct 209^
2l8 MEMOIRES
nes sis dans le reste d-e son diocese (i). Philippe-Auguste compert-
sait done royalement I'attachement de Teveque d sa cause et les
pertes qu'il pouvait avoir (liprouvces de la part du comte de Tou-
louse et des Albigeois; d'autre part, le 6 mars 121S, Simon de
Moritfort ajoutait de nouveaux droits et de nouvelles possessions,
parmi lesquelles se trouvait Saint-Pons-la-Calm (2).
A c6te de Teveque, le chapitrc d'Uzes faisait moins grande
figure : c'est a peine si, d'apres quelques documents de date
posterieure -3', on peut augurer que les eglises de Bagnols, de
Saint-Julien-de-Pestrin, de Saint-Paulet-de-Caisson, de Saint-
Victor-la-Coste lui appartenaient d6s le XIP si^cle.
Les Benedictins, par contre, surtout les Clunisiens, dont le
plus important prieure, celui de Saint-Saturnin-du-Port, leur
venait d'une donation datee de 945 (4), avaient des domaines
beaucoup plus ^tendus. Au prieure de Saint-Saturnin avaient 6t6
rattaches, des I'origine, Lirac, M^zerac (5), Genesanicum (6) et des
biens tx la Prade ou Provaison(7), Fons-sur-Lussan, Colorgues (8),
etc., auxquels vinrent s'ajouter dans la suite les prieur6s de Saint-
Pancraceau Pont-Saint-Esprit, de Saint-Emet6ry dChusclan(i 162),
de Saint-Pierre-de-Castres, de la Madeleine et de Gajan ^ Tres-
ques, de Connaux, de Saint-Paul-lez-Connaux et peut-etre de
Saint-Georges et de Saint-Pierre a Venejan, et de Saint-Pierre
a Saint-Etienne-des-Sorl^ (9). L'abbaye de Cluny avait encore
(1) L. Delisle, Cdialoguc des ciclcs dc Philippe- Augustc, n* 1273.
(2) Gallia Christiana, t. VI, pr., col. 3<j5 ; Histoire g&niralc de Languedoc, t. VIII,
col. 6G0.
(3) Cf. abbe Goiflbn, Dictionnaire, a chacun des noms cittis ici.
(4) Charles de I'abbaye de Cluny '^d. Bruel), n* 724, ad ann. 948.— Cf. encore n-4219
(an. 11^4^ et 440?^ (an. 1202).
(5 Ferme de la commune de Saint-Paulct-dc-Caisson.
(0) L'cntilivi avec Chiisclan par E. Germer-Durand, Diclionnaire lopographique....
du Gard, p. 57. M. Bru^^uier-Roure, Notions generates sur la riguerie du Pont-Saint-
Ttlsprit, dans le t. VII du Bulletin hist, et archeol. de Vaucluse, p. 171, note 6, propose
Vdnc^jan.
(7) Praridnnj ou Providone \c texte des Charles de Cluny donne Pravidone): La
Prade, ferme do la commune de Saint-Paulet-de-Caisson, d'apr6s E. Germer-Durand
{op. cit., p. 171 ; Provai^on, commune du Pont-Saint-Espril, d'apr<>s M. Bruguier-
Roure {ibidem, note 7\
(8) Colonicis. M. Brugruier-Roure {ibidem,noic 8 , a traduit par les Cluzels, I'llon du
Cluzcl ctant mentionn^ parmi les possessions du prieur^ en i3o3. J'y verrais plut6t
Coloryrues, quanier du lerritoire de Saint- Alexandre.
9 Voir ci-aprjs. 2' partie de cet ouvragre, les notices de chacune de ces localities.
— Cf. encore L. Brufruier- Route, Cartulaire de ITccuvre des iglise, maison, pant et
h^fpitauxdu Saint-Esprit, n' in ; abb6 Goiffon, Dictionnaire, & chacun des noms.
1
DE LACADfc^MlE DE VAUCLUSE 219
fe^iii eri 946, Teglise de Saint-Andre-d'Olerargues et un manse
iriviild ^f^mnU[\)\ Ver9 9?>i ou 9S2, des immeubles d Aubarne et
Vic sur le territolfe de Sainte-Anastasie(2) ; enfin, vers Tan mil,
le chateau de Piolenc, de rautrc c6te de Rhone (3), au prieure
duquel fut annexe celui de Saint-E!tienne-des-Sorts (4). En io()5,
on lui donna meme le monastere de Goudargues (5), mais il ne
semble pas en avoir joui longtemps.
En dehors des Clunisiens, les Benedictins de la Chaise-Dieu,
d'Aniane, de Saint-Victor de Marseille, de Saint-Gilles \C)) et de
Saint-Andr6 de Villeneuve, detenaient quelques domaines et
prieures. Les deux premieres de ces abbayes eurent une longue
querelle, qui sera racontee ci-apres, a Toccasion du monastere-
prieure de Goudargues, qui flnalement (i 119 et 1 127) resta I'apa-
nage d'Aniane. Aux memes religieux, en tant que possesseurs de
Goudargues, appartinrent, dans le cours du XIP siecle, les 6glises
de Saint-Andre-de-Roquepertuis, de Notre-Dame-de-Bondillon (la
future Chartreuse de Valbonne, 6changee, le 10 fevrier 1204, avec
r^glise de la Bastide-d'Orniols), Eons-sur-Lussan (7), etc. Quant
aux moines de la Chaise-Dieu, expuls^s de Goudargues, ils ne
conserv^rent plus de biens qu en dehors de la region qui inte-
resse ici (8). Saint-Victor de Marseille pouvait revendiquer dans la
Vallis Miliacensis, si difficile ^ determiner exactement (9), des biens
au Pin (10) et des domaines a Criders (11) et Ad Ipsos Alodes (12).
[\) Charles de radhaye de Cluny, n* 693. — Sevanis 6tait sur le territoire de Saint-
Andr6-d*01drarerues ; le manse donn6 6tait traverse par le ruisseau du Merlanc^on.
(a) Idem, n* 817.
(3) Idem, n* 1987.
,4) Voir la notice de Saint-Etienne-des-Sorts dans la 2* partie de cet ouvrage.
(5) Charles de^Cluny, n" 34104- I
(6) Saint-Gilles avait tx^ uni A'Cluny en 1066 (Idem, n* 3410), mais la separation se
fit rapidement ; elle (itait accomplie en ii32 (Idem, n" 4029 et4o33\
(7) Iaff6-Uh\enfeld, n' 10034.
(8) Ils eurent ainsi pendant le moyen Age, dans le diocese d'UzcJS, des prieurds A
Barjac, Boucoiran, Cruviers, Euzet, Gattigues, Saint-Martin-des-Plans et Saint-
Hippolyte-de-Caton. I^ fameuse abbaye de Saint-Baudile, sous les murs de Nimes,
avait 6t«i aussi unieA la Chaise-Dieu, en 1084.
(9) Saint- .\ndr«i-d*01erargues y est encore cumpris par le redacteur de la charte
de 946, dejA citde. — M. E. Germer-Durand, Dictionnaire, p. i37, Tidentifie avec la
valitie de la Tave, qui prend sa source k AmiHiat.
(10; Cartulaire de Saint-Victor, n" 1070.
(ir} Idem, n' 193. — Identifid par E. Germer-Durand, op, cit., p. 199, avec Saint-
C16ment-de-Cadens, dont le prieure fut uni a celui du Pin, vers la fin du XVI«
siecle.
(12) Idem, n' 198. — M. E. Germer-Durand, p. 74, identifie ce lieu avec Dominar-
gues, sur le territoire de Connaux.
220 MEMOIRES
Saint-Gilles avait, parait-il, le prieure de Saint-Loup-de-Servesan
pr6s Tresques(i); Saint-Andre de Villeneuve n'eut celui de Saint-
Privat ^ Pouzilhac qu'a partir de 1 164 (2). Tout cela finissait
ccpendant par constituer pour les Ben6dictins un ensemble fort
respectable.
On a aussi attribue aux Templiers, souvent confondus avec
les Hospitaliers, un certain nombre de domaines et de prieures ;
mais ici rien n'est bien prouve. Bornons-nous ^ citer I'opinion
qui inscrit dans la liste de leurs biens: Boussargues, Saint-
Sauveur a Cornillon, Saint-Jean-d'Orgerolles a la Bastide-d'En-
gras, Saint-Vincent a Gaujac et Notre-Dame-de Mayran (3).
En definitive done, la plus grande partie du pays 6tait divis(^e
entre Teveque d'Uzes et les B^nMtctins. L'un et les autres jouis-
saient de revenus plus que suffisants pour faire face aux d^penses
de construction ou d'entretien de leurs ^glises, et il n'y a plus ^
s'dtonner si route la campagne fut couverte d'une foule de monu-
ments consacr^s au culte.
« «
Les (Edifices, dont il vient d'etre parld, ne r^sist^rent pas tous
aux injures du temps et des hommes, et m^me ceux qui purent
6chapper d la destruction n'arrivercnt pas souvent jusqu*^ nous
dansV^tat oil les avait laiss^s le XII* si6cle. C'est qu'en elTet T^re
des calamites n'6tait pas encore close pour les malheureux pays
riverains du Rhone.
Les desordres causes par Th^r^sie des Albigeois et les guerres
qui s'ensuivirent marquerent la fin de I'^poque romane et inaugu-
rerent des temps nouveaux, surtout par la ruine de la puissante
maison des comtes de Toulouse. La region orientale du Lan-
guedoc soufTrit cependant beaucoup moins que d'autres contr^es,
telles que celles des environs de Narbonne, de Carcassonne,
de Toulouse et d'Albi. La faiblesse et I'indolence du comte
Raymond VI laisserent d'abord s'introduire dans ses Etats des
bandes de brigands (4), Aragonais ou Braban9ons, qui, d6s i igS,
(i) Abb6 Goififon, Dictionnaire, p. 3i8.
(2) Voir la note 4 de la page a 17.
(3) Abb(S Goiffon, a chacun des noms citds ici.
(4) Cf. sur la question des rou tiers ^ celte 6poque H. G^raud, Les routiers ju
Xir Steele, dans la Bibliothcque de I'^cole des Charles. 1841, p. I25. Bien que cet auteur
signale leurs exploits d6s ii5<:), il n'a cit6 aucun fait se rapportant 4 notre region.
DE l'aGADEMIE DE VAUCLUSE 22 f
faisaient sentir leurs ravages (i). lis s'empar6rcnt m'^ma du cha-
teau de Beauvoisin pres de Nimes, ou le comte de Toulouse dut
venir les assi^ger (i 197) (2). II crut s en debarrasser en les prenant
d sa solde, mais ces pillards commirent toutes les atrocit^s que
Ton attribue «i lui ou aux Albigeois (3). Raymond VI, qui vecut
de longs mois dans la s^ncSchaussee de Beaucaire, n'etait pas lui-
m^me, il est vrai, a Tabri de tout reproche, et Teveque d'Uzes
saura bien faire valoir plus tard, pour en obtenir une ample repa-
ration, les dommages qu*il lui avait causes (4). II est difficile pour-
tant de connaitre exactement ses mefaits : la tradition veut que
ses gens d'armes aient detruit le monastere de Goudargues, le
chateau de Gicon, et bien d'autres encore, mais il n'est rien de cer-
tain. Le pays dut beaucoup plus souITrirdu passage des crois6s,
qui, en juillet 1209, frayerent, le long du Rh6ne, une route
qui devait etre trop longtemps roulee,puis de la presence des trou-
pes de Simon de Montfort et de Raymond VII, qui se disput^rent
Beaucaire et sa S(^n6chauss6e (I2i5-i2i6j (5).
Le si6ge de la ville voisine d' Avignon par Louis VIII, en 1226,
dut r^pandre des bandes de soldats dans toute la contr^e ;
cependant le pays etait tout dispose ^ se soumettre au roi de
France (6) : Tev^que d'Uz6s en particulier etait acquis d'avance d
sa cause et d^tourna par sa fid61it6 un orage toujours possible.
En somme, les d^sastres ne furent pas aussi grands que cer-
tains auteurs se le sont imagines : en dehors des brigandages des
routiers, qui ne sont que trop prouves et qui s6vissaient aussi
dans tout le centre et le sud de la France, on n'a guere de docu-
ments qui permettent d'attribuer aux Albigeois de nombreuses
destructions dans les pays riverains du Rhone.
^i) Menard, Uistoire de. Nistnes, t. I, p. 25o.
(2) Idem, ibidem, p. 25 1.
(3) Idem, ibidem, p. 25? et preuves, n»33, p. 4^, col. i ; H. G^iraud. .\fercadier, les
routiers au Xlirsiecle, dans la Biblioth^que de I'^col^des chartes, i84i,p.438 etsuiv. —
Le II aout I2i3, les villes d'Arles el de Nimes s'unirent en conf(id(^ration pour rdsis-
ter aux brisrands : M6nard, 1. 1, pr., n' 40, p. 52, col. 2.
(4) Cf. la chartc de Simon de Montfort de 1214 dcijA citi^e. — La Gallia christian j,
t. VI, col. 624, cite, a la date du 8 aoQt 1208, des mesures defensives prises par Teveque
pourrtisistcr aux routiers et les expulser de Collias, Montaigu, etc.
(5) Tous ces faits sont assez connus pour que je me dispense de transcrire ici les
ref<^rences. Pour le si^gre de Beaucaire. cf. Histoire gin&aU de Languedoc, t. VI, p.
487 a 491.
^6) Cf. I'hommage de Rostangde Sabran A Louis VllI, en juin 1226, pour la villa
de Bagrnols et les chdteaux de Saint-Victor-la-Costc et Cavillargrues {Histoire gini-
rale de Languedoc, t. VIII, col. 853).
222 MEMOIRES
Les malheurs de la scconde moitie du XIV" et des quarante
premieres anndes du XV" siecle furent autrement terribles et
laisserent autrement de ruines. lis dc^but^rent avec Tentrde des
routiers dans le Bas-Languedoc et la prise du Pont-Saint-Espril
(28-29 decembre i36o). On avait deja eu un avant-gout de leur
savoir-faire par la conduitedes gens d'armes d'Arnaud de Cervolle
en Provence, en 1 357-1 358 ; mais TArchipretre avait eu de bonnes
raisons pour ne pas molester les su jets du roi (i). Les routiers,
ramassis de gens de toutes les nationalites, commandes par des
capitaines intr6pides que le traite de Brc^tigny avait laisses sans
emploi, n'eurent pas les memes motifs de respect pour les Langue-
dociens. Et ils le leur firent bien sentir. lis avaient saccag^ Chus-
clan et Codolet avant Tattaque du Pont-Saint-Esprit ; quant a
cette ville, on sait le sort qui lui fut r^serv^. C*est de la qu'ils
rayonn^rent sur les pays voisins, semant partout la terreur et la
desolation : les monast^res des Cordeliers de Bagnols et d*Uzes
furent d^truits, ceux de Valsauve, Goudargues et Valbonne
pilles et ruinds. Pour les d(^busquer, il fallut reunir une arm^e,
que commandaient le connetable de France Robert de Fiennes
et le marechal Arnoul d'Audrehem. Elle se concentra ^ Bagnols,
puis a Saint-Alexandre ; mais le pays ne fut delivrc^ que lorsque le
pape et les repr^sentants du roi eurent traite avec les chefs des
Compagnies et achet6 leur retraite a prix d'argent (2). Helas! ce
n'etait que le commencement d'une longue serie de calamit^s. II
n'est pas possible ici de les ^numerer toutes : citons cependant
quelques faits interessant plus particulierement la region bagno-
laise. En aout i362, le Petit-Meschin, un des chefs des Grandes
Compagnies, se trouvait encore pr6s d'Uzes, y excr^ant les rapines
que Ton soup^onne (3). Les ennemis r^apparurent en d^cembre
1364, et s'avanc6rent m6me, le mois suivant, jusqu'a Aramon (4) ;
Tarm^e royale vint camper a Uz^s pour les repousser (5). Le
(r) Voir A. Ch^rest, L'Archipretre. p. 48 et suiv. — Ce sonl sans doute des soldats
licencies par lui qui ont etc sigrnalt^s A Nimes et dans les environs au mois d'octobre
i358 (M(inard, t. II, p. 192).
(2) Voir sur cette question, cntrc autres ouvragres, Ilistoirc de Languedoc, t. IX, p.
718; t. X, p. io5 ; L. Bruguier-Roure, La guerre autour du Pont-Saint-Esprit, dans les
Mcmoircs de I'Academie de V'aucluse. 1890, p. 96 ; 11. Denifle, /^ desolation des eglises
pendant la guerre de Cent ans. t. Il, p. ^76 ; L.-II. Labande, L'occupation du Pont-
Saint-Esprit par les Grandes Compagnies (i36o-i36i), dans la Revue historiqut de
Provence, 1901, p. 79 et 14G.
(3) M(inard, t. II. p. 237 et 239.
(4) Idem, ibidem, p. 2»)7 A 269, 272.
15} Idem, ibidem, pr., n* iGo, p. 2Sj. col. i. : E. Molinier, ^tude sur la vie d'Arnoul
d'Audrehem, dans les Memoires presentis par divers savants i I'Academie des inscrip^
(ions et belles-lettres, 2* sdrie, t. VI, i" partie, p. 149.
DE l\cADEMiE DE VAUCLUSE 223
voisirlage d' Avignon et dela cour papale, point de mire des Com-
pagiiies, et la proximity du Pont-Saint-Esprit amenerent encore
dans le pays Bertrand Du Guesclin avec ses bandes de routiers,
pour extorquer de grosses sommas ^ Urbain V (novembre et
d^cembre i365)(i).L'ann6e i368revit le futur conn6table de France
avec d'autres capitaines rancjonnant les Languedociens et faisant
lesi^ge de Tarascon (2). On n'en finirait pas, dis-je, si Ton voulait
seulement detainer les courses de Bernard de La Salle pr6s de
Bagnols et Viviers en 1372 et 1373 (3), les guerres de 1374 (4), la
r6apparition des routiers dans la s6n6chauss6e de Beaucaire en
i38o (5), les expeditions des gens du due de Berry dans les dio-
ceses d'Uzes et de Nimes contre les villes refusant de reconnaitre
son autorite (i38i et i382) (6\ les soul6vements des paysans
excedes des maux qu'ils supportaient, les crimes des Tuchins
qui, de i382 k 1384, attaqu6rent ou saccag^rent le Pont-Saint-
Esprit, Chusclan, Laudun, Bagnols, Saint-Gervais, Sabran, Cor-
nillon, Montclus, Tresques, Saint-Pons-la-Calm, Cavillargues,
Saint- Laurent-des-Arbres, ne laissant derriere eux que des
eglises brul6es, des habitants mutil^s, des campagnes de-
sertes (7) ; les brigandages de Raymond de Turenne, de i38g a
r3g9(8j; les episodes de la lutte de Boucicaut, dont les troupes
logerent pres le Pont-Saint-Esprit (9), contre les Aragonais de
Benoit XIII enferm^s dans le palais d' Avignon (1399) ; la querelle
des Armagnacs et des Bourguignons, qui ensanglanta les vigue-
ries d'Uzes, de Bagnols et du Vigan (1418-1419) (10) ; le si6ge et la
prise du Pont-Saint-Esprit par le dauphin, en mai 1420(11); la
(I H. Denifle, I. II, p. 485.
(2) Idem, ibidem, p. 5 10.
(3) M6nard, t. II, p. 298, 299, 3o5. 307.
(4) Idem, ibidem, p. 820.
(5) Idem, t. III. p. 25.
(6) Idem, ibidem, p. 28 A 3o.
(7) Idem, ibidem, p. 32 d 35, 37 et surtout pt\, n* i5. p. 59 A 77 (mdmoire des consuls
de Nimes sur les Tuchins) ; Histoire ginerale de Languedoc, t. IX. p. 910 et suiv. ; Ch.
Portal, Us insurrections des Tuchins dans le pays de Languedoc, dans les Annates du
Midi, 1892, p. 433, surtout p. 450 et 451 ; abW A. Durand. l^tudes historiques sur Saint-
Laurent'des-Arbres, dans les Mimoires de VAcademie de Vaucluse, 1893, p. i85 A 188 ;
abbd Bouzigue. L'eglise et le chdteau de Tresques, p. 36 h 38.
(8) Histoire generate de Linguedoc, t. IX, p. 956, note 2. et p. 983.
(9) Idem, ibidem, p. 975.
1 10) Mdnard, t. Ill, p. 146. 147. i52.
(II) Idem, ibidem, p. 154: Histoire generate de Languedoc, t. IX, p. 1059; t. X, col.
2006 et 2007. lettre du dauphin pour les habitants de Bagnols. Ge dernier document
donne quelques details int^ressants : « tant par le sejour de gens d'armes et de guerre
224 MEMOIRKS
reapparition desroutiers en 1426, 1428, 1430, 1432(1) ; les exploits,
en 1432 et 1433, deRodrigue de Villandandro et de Tarm^e reunie
par le cardinal et le comte de Foix pour soumettre Avignon et le
Com tat au pape Eugene IV (2), etc.
Cettesuccession deguerres contribua notablement a changer la
physionomie d'un grand nombre de nos eglises et dut certainement
en faire disparaitre plus d'une : suivant les instructions donnees
par les representants du roi ou les Etats, les villes consolid^rent
leurs fortifications et en batirent de nouvelles, les villages eux-
mfemes s'entour^rentde solides remparts. Les Eglises, consid(^rdes
comme le dernier refuge des habitants (on I'avait vuau Pont-Saint-
Esprit en i36o), prirent I'aspect de forteresses : on surdleva leurs
murailles, on ferma les ouvertures trop faciles d'acces, des defen-
seursfurent installes dans des appartements pratiques au-dessus
des absideset ^clair^spar des meurtri^res, desguetteurs veillerent
sur les grosses tours qui furent ^difie^es pour servir de clochers,
etc. Ces transformations s'efTectu6rent surtoutentre i36o et i38o;
c*est d'ailleurs T^poque ou furent construits ou augmentes pres-
que tous les murs d'enceinte des villes, bourgades et villages de la
region, depuis Avignon, Carpentras, Nimes, Alais, Uzes, le fort
Saint-Andre d Villeneuve-lez- Avignon, Bagnols (3), etc. On peut
citer, parmi les Eglises qui ontetefortifiees acette occasion, celles
et de leurs chevaulx, qui s'est fait en lad. ville de Baignolz par I'espace de neuf
scpmaines ou environ, pour la recouvrance et reduction de la ville du Pont Saint
Esperit, et aussi des al6es et chevaulchdes... icelle ville de Baig-nolz... est depopulde
et comme inhabit^e en la plus grant partie d'icelle, telement que en lad. ville, qui
souloit estre une des riches et plus fertiles du pais, on n'y puet a present trouver que
vivre. »
(i) M6nard, t. Ill, p. i6a A 179.
(2) Cf. J. Quicherat, Rodrigue de Villand rando, p. 85, 97 A 99 ; F. de Grailly, RevoUe
des Avignonais et des Comtadins contre le pape Eugene IV et, leur soumission par le
Ugat Pierre de Foix, dans les Memoir es de I'AcaJemie de Vaucluse, 1897, p. 324.
(3) A Bagnols, d^s le 21 Janvier 1862, on se prcioccupait de rem^dier d Tinsuffisance
des fortifications et le conseil de ville prenait des mesures en consequence (Archives
municipales, BB i.; en mars i365, des impo^tions 6taient mises sur les habitants,
sur I'ordre du mar6chal d'Audrehem, pour les m^mes travaux {Idem, GG 8 . On a
encore conserv<i dans les archives (BB 4) I'ordonnance du 26 ftivrier i368 sur les forti-
fications et leur garde. Enfin, M. Deloye a public un ^claircissement sur un devis et
marchi concernant la construction d'une tour des remparts de Bagnols en i368, dans la
Revue des Socieles savantes, 4* S(irie, t. II ;i865), p. 261. II s'agit de I'ancienne porte,
dite du Posterlon, qui est figun^e p. 195 du Bagnols en 1787 de M. L(ion Al^gre. -- Un
ancien inventaire des titres de la maison de Gaderousse (Archives ddpart. de Vau-
cluse, fonds de Gaderousse, E 4) signale, A la date de 1379, une commission du roi
pour batir les murailles de Codolet et taxer les habitants de ce lieu i I'effet de payer
^a ddpense.
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 225
deGoudargues{i), Saint-Andrt^-de-Roquepertuis, Saint-Marcel-de-
Carreiret, Saint-Laurent-des-Arbres, Tresques, peut-etre Codolet,
Orsan, Connaux, et un peu plus tard la chapelle de Saint-Jean
d'Orgerolles.
En meme temps, les religieuses et les moines, dont les cou-
vents furent surpris par les premieres invasions, durent abanr
donner la campagne et se retirer d Tabri des remparts des viHes
voisines. C'est le sort qui dchut aux Cordeliers de Bagnols,
d'Alais et d'Uz6s, aux B^nMictines de Valsauve et de Fours pr6s
de Villeneuve-lez- Avignon, aux Cisterciennes de Notre-Dame-de-
Fons pr6s d'Alais, et A bien d'autres encore. Le pays, nagu6re si
riche et si peuple, ne presentera plus que Taspect d'une cam-
pagne d^sol^e, h6rissee de chateaux et de forteresses, grandes
ou petites (2).
La seconde moitic du XV*si6cle et la premiere moiti6 du XVP (3)
panserent les blessures que ces horribles temps avaient faites.
Mais alors commenc6rent ces ^pouvantables guerres de religion,
qui dans les dioc6ses de Nimes et d'Uz6s caus6rent, pendant pr6s
de 70 ann6es, des maux inouis. Elles dur^rent en effet, plus ou
moins latentes et plus ou moins atroces, d'un c6t6 comme de Tau-
.0 C'est avec quelque hesitation que j'incris I'dglise de Goudargues dans cette
liste, car il n'est pas d^montrd, au contraire, qu'elle 6tait auparavant d^pourvue de
tout moyen de defense.
(2I Un exemple typique de la desolation du pays est donne par la charte de fon-
dation de I'ermitage de Carsan (1424): « Considerantes quod locus ille predictus de
Carsano, propter carentiam personarum, efiFectus est desertus et inhabitabilis, ecclesia
etclaustrum prefatum sunt tota in ruinam constituta...» {Gallia Christiana, t. VI, pr.,
col. 309). — Voir encore les documents publics par le R. P. H. Denifle, La desolation,
t. I, p. 255, 256, n" 564 a 566 (le n' 564 est relatif A I'union de regfise aujourd'hui
ruin^e de Saint-Martin c de Juniquerio » pr6s de Pouzilhac, d la cathddrale d'Uz6s).
(3 II est curieux de comparer, d'apris les roles des ddcimes imposes sur le dio-
cese d'Uz6s, rimportance des difiFerents prieurds de la region au commencement du
XVI' si6cle. En i5i6, le prieur de Carsan diait tax^ A 4 livres, celui de Bagnols A 3o, de
Cavillargues d i3, de Saint-Marcel-de-Carrciret A 10, de Cornillon A 11 et 10 sous, de
Colombiers d 2, de Saint-Laurent-de-Carnols d 6, de Codolet d. 8 livres et 4 sous, de
Cadenet d i livre, de Chusclan d 10 sous, de Fontar^che A 7 livres 10 sous, de Gou-
dargues A 25 livres (le vicaire A 5 sous, I'infirmier A i livre, le sacristain A i livre et
I'ouvrier A 2 sous), de Gaujac A 7 livres, de Saint- Laurent-la- Verndde A 4, de Laudun
A 20 (le vicaire A i5), de Saint-Loup-de-Servezan A 5, de Mayran A 3, de Saint-Nazairc
A 4, d'Orsan A 6, de Saint-Pons-la-Calm A 5, le vicaire de Saint-Julien-de-Pestrin A 2,
le prieur du Pin A 2, de Pouzilhac A 11 'le vicaire A 10 sous), de Saint-Andrd-de-Roque-
pertuis A 6, de Connaux A 14, de Saint-Etienne-des-Sorts A 8 (le vicaire A 5 sous>, de
Sabran A 6. de Tresques A 14 le vicaire A6.de Saint-Victor-la-Goste A 18, de Vdndjan
A 6; I'abbd de Chambon, pour Maransan, T^tait A 12 (Bibl. d'Avignon, ms. 3149, fol.
1 15 et suiv.). — La mSme Bibliothtbque posside encore dans le ms. 2765, fol. 81 et
suiv., les cotisations des m6mes prieurs et vicaires pour i555.
226
MEMOIHES
tre, de i562 a i63o, pour reprendre dans les premieres annees du
XVIIP si^cle, avec une aprete encore plus redoutable. Les reli-
gionnaires s'attaquerent non seulement aux personnes, mais
aussi beaucoup aux monuments religieux, qu'ils pillaient, incen-
diaient et d^truisaient. II n'entre pas dans le plan de cet ouvrage
de detainer les ev6nements qui ont donn6 lieu ^ toutes ces devas-
tations (i). Que Ton se rappelle seulement que les protestants de
Bagnols, dejd organises en 1640 (2) et encourages par Teveque
d'Uzes, Jean de Saint-Gelais, sectateur de la Reforme des 1546 (3),
eurent ^ coeur de suivre aussitOt les exemples donnes par ceux de
Nimes et d*Orange, en fermant les eglises et les chapelles, ou en
brulant les reliques et les images (i56oet i56i) ; que Ton relise
les exploits de Parpaille, du baron des Adrets et de leurs parti-
sans au Pont-Saint-Esprit, A Chusclan, ^ Saint-Laurent-des-
Arbres, A Bagnols et ^ Cornillon (i562-i563) ; les meurtres et les
pillages commis a Bagnols, Laudun, Orsan, Pont-Saint-Esprit
(6glise de Saint-Saturnin detruite, archives du prieure bruises),
Saint-Laurent-des-Arbres etTresques, de iSGy a 1569; '^^ courses
de Tarm^e des princes, conduite par Coligny dans le Bas-Langue-
doc, en iSyo; les d^sastres subis par Bagnols, Cavillargues, Cor-
nillon, Sabran, La Roque, Saint-Laurent-des-Arbres, Saint-
Laurent-la-Vernede, Saint-Marcel-de-Carreiret, etc., de 1572 a
1576; les operations des ligueurs, des protestants et de Tarm^e
royale, qui se disputaient la possession du pays, au grand dam
des habitants (4) ; le siege de Laudun, en juillet i588 (5), et la prise
de Tresques, Gonnaux et Orsan ; les revokes de 1620 a 1629, qui
eurent pour consequence la demolition de la cathedrale d'Uzes,
deschMeaux de Bagnols, Sabran, Gaujac, Qic, et que Ton pense
4 toutes les souffrances qui en resulterent et 4 toutes les ruines(6)
qui s'accumuierent !
(i) Sur les guerres de religion dans le pays, voir rexcellent rt^sum^ qui en a 6t6 donn6
par M. rabb6 A. Durand, Etudes historigues sur Saint-Laurent-des-Arbres, dans les
Mimoires de I'Acadimie de Vaucluse, 1893, p. 191.— Pour la documentation de tout ce
qui est rapportd ci-apr6s, voir Histoire generate de Languedoc, t. XI et XII.
(2) Histoire generate d2 Languedoc, t. XI, p. 73.
(3) Idem, t. XII, p. 73.
(4^ Veut-on avoir une id6c de la situation des catholiques en ce moment, qu'on Use
le proc6s-verbal de I'assembl^e du clerg-^ du diocese d'UzCis r(iunie k Valabr6gue, en
i58i, et dissoute sans avoir d^Iibdre. « pour estre les pretres vacants et absents du
diocdze ; le service divin n'est restably en la ville d'Uz^s... ny en la pluspartdu reste
denostre dioc^ze, excepts le long du Rosne. » (Archives dispart, du Gard, H452J
(5) Cf. rinscription relative d ce si6ge, publi^e par E. Germer-Durand, Decouvertes
ArchiologiqueSy dans XQ^^Mimoires de VAcadimie du Gard, 1875, p. i53.
(6^ L'dglisede Saint-Julien-de-Pestrin, sur le territoire de Bagnols, dutStre rebAtie
bE l'academie de VAircLusE 227
Des i632, on put respirer un peu mieux, jusqu'^ la fin du
XVII^si^cle (i); mais ni la revocation de I'edit de Nantes ni les
odieuses dragonnades n'avaient resolu la question des protes-
tants. D'ailleurs, les Camisards se chargerent, en 1702 et dans les
i ann^es suivantes, de ramener Tattention sur eux. Des cris de
m
douleur s'elev6rent encore de toutes les parties du diocese d'Uz6s,
oil de nouveau les habitants 6taient 6gorg(^s sans pitid et les
eglises incendi^es et d^truites. Cavillargues, Fontar^che, Saint-
Laurent-Ia-Vern6de, Goudargues, Saint-Andre-de-Roquepertuis,
Verfeuil, 6prouverent la rcdoutable visite des religionnaires, pen-
dant que tousles bourgs et villages voisins se hataient de r^parer
ou de relever leurs remparts. dont ils n'avaient pas 6t6 eloign^s
de meconnaitre Tutilit^ (2).
J'en ai assez dit. Pour mesurer compl^tement T^tendue du
d^sastre, il faudrait des 6tats de situation des eglises apr6s chacune
des guerres civiles, il serait n^cessaire d'avoiren main les visites
pastorales entreprises par les ev^ques d'Uz6s. Ces pr^cieux docu-
ments paraissent avoir 6t6 d^truits. On en a conserve quelques-
uns pour le dioc6se de Nimes : il n'y est question que de chapelles
abandonnees, d'^glises ruin^es, d'oratoires disparus : ce sont
autant de lamentables necrologes (3).
La Revolution epargna gen^ralement les anciens edifices reli-
gieux de la region (4) ; mais, par contre, le XIX' siecle aura a se
reprocher d'en avoir abattu peut-etre autant ^ lui seul que tous les
siedes precedents. Stimuli par de pieux eveques, le clerg6 du Gard
s'est, depuis une cinquantaine d'ann6es, pr6occupe d'elever des
en i6o5. Mais combien d'autres n*ont pas 6t& relevdes et dont le souvenir n 'est plus
conserve que par des pieces d'archives I L'^glise de Saint-Geni6s & Laudun parait
avoir 6t6 ddtruite A cette 6poque. Toutes les chapelles sur le territoire deCornillon,
aujourd'hui disparues, ont dQ etre aussi ruinees par ces guerres de religion. Qui sait
si celle de Saint-Th^odorit 4 Bagnols n'a pas dtd renvers^e ^ la mfime occasion ? Et
Saint- Denis, Saint-L^ger, Saint-Est^veA Laudun? Et Saint^Privat 6l Pouzilhac? etc.
(i) 11 y cut encore cependant bien des troubles et quelques Eglises pilldes et d6-
molies dans le dioc6se par les protestants ^cf. archives depart, du Gard, G i23 }
C 1223, 1227),
(2) Connaux cmprunta 5<x)livres, le 18 novembre 1703, pourreparer ses murailled
(Idem, C 1293) ; Laudun, 800 pour la mfime cause, en 1702 {Idem, ibidem); Saint-
PauIet-de-Caisson faisait travaillcr aux siennes en 1702 et 1704 {Idem, C 1309 et i3o7\
etc. Bagnols fit^galement reconstruire une partie de ses remparts en 1704 ^L. A16gre,
Bagnols en 1787, p. 7).
{3) Cf. les visites pastorales de if.n (Idem, G 1297), 1659 {G 1298}, 1664 (Ibidem), 1674 el
1677 (M6nard, Histoire de Nismes,t. V, pr., p. 3, n' iii.)
(4) 11 y eut cependant quelques destructions, ne serait^ce que les voOtes des ^gli$e9
de Laudun et de Goudargues^
228 MEMOIRES
monuments plus somptueux que ceux qui lui avaient 6t6 I(!!gues
par le pass^. Malheureuscment, il ne s'est pas contents d'c^difler:
il a beaucoup d^moli, sans avoir 6gard aux souvenirs qui s'atta-
chaient aux Vieux murs qu'il renversait. Cela a ei6 Ic cas pour les
(iglises de Cavillargucs, Codolet^ Gaujac, Gaussargues (hameau
de Goudargues), la Bastide-d'Engras^ Orsan, Saint-Marcel-de-
Carreiret, Saint-Nazaire, Saint-Paulet-de-Caisson, Saint-Pons-la-
Calm, Verfeuil ; plus heureuses, celles de Carsan, du Saint-
Sepulcre a Cavillargues, de Colombiers, Connaux, Le Pin,
Saint-Alexandre, Saint-Etienne-des-Sorts, Saint-Gervais, Saint-
Paul-lez-Connaux et Tresques ont pu conserver quelques-unes
de leurs parties anciennes, apr6s avoir eprouve toutefois des
pertes irreparables.
A ce chapitre il n'est pas besoin de conclusion. Les faits qui
ont et6 esquisses, aussi brievement qu'il a ete possible, ont
montrci au milieu de quelles tempetes s'est elTectu6 le naufrage
de I'antique civilisation, dans quel abime de desolation furent
plong^s les habitants de ces malheureux pays. Leur etait-il pos-
sible, au milieu de tant de barbaric, de songer a batir les magni-
tiques monuments que certains auteurs ont voulu leur attribuer ?
Je ne le pense pas. Leurs sentiments artistiques n'ont pu se
d^velopper que dans une atmosphere propice a leur eclosion ;
c'est seulement lorsqu'ils ne furent plus traqu^s comme des
animaux, c'est seulement lorsqu'ils se sentirent assures d'une
longue tranquillity, qu'ils se mirent a I'oeuvre.
A peine avaient-ils, avec une activite des plus fdcondes, couvert
le sol de leurs beaux Edifices, qu'ils eurent d combattre de nou-
veaux ennemis. La guerre des Albigeois clot ^ peu pr6s la der-
niere periode des temps romans, sans cependant que la cessation
des hostilities ait et6 le signal de depart d'un art nouveau. Les
anciennes traditions romanes subsisterent en ellet pendant de
longues annees encore.
D'ailleurs, les architectes ne venaient-ils pas d'elever un
nombre de monuments vraiment prodigieux? Aussi bien, de
quoi faut-il s etonner le plus, ou de cette production extraordi-
naire, ou de la survivance des edifices venus jusqu*a nous, ^ tra-
vers tant de calamites, de ruines et de restaurations?
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 229
CHAPlTREill.
Caracteres generaux
DES MONUMENTS RELIGIEUX DE LA REGION DE BaGNOLS
ANTERIEURS AU XIIl' SIECLE.
Ces monuments appartiennent tous, il est ^ peine besoin de le
dire, ^ cette 6cole proven^ale, a laquelle M. R6voil a consacr6 son
bel ouvrage sur Y Architecture romane dii Midi de la France :
Provence et Bas-Languedoc ont leurs Edifices batis sur les
mdmes plans, avec les m^mes materiaux et avec la m6me deco-
ration. Le Rhone, qui coule entre ces deux provinces, n'a pas etabli
de separation entre elles. Sans doute, dans la vaste 6tendue ou
M. R^voil a pris ses exemples, on pourrait reconnaitre certains
proc6d6s qui les diflerencient et par cons(^quent subdiviser la
grande cicole provengale en petitesecoles locales. Celle a laquelle
se rattacheraient les architectes et artistes de notre region, com-
prendrait les anciens dioceses d'Uz6s, de Nimes, d'Avignon,
d'Orange, de Carpentras, etc. Iln'yapas lieu d'en tracer ici les
limites : ce sera peut-etre le sujet d'un autre ouvrage.
I. — Plan.
Aux (ipoques gallo-romaine et merovingienne, on le sait dejd,
des chapelles rurales ont ct6 (^levees un peu partout dans la partie
Nord-Est du diocese d'Uz^s. Ces constructions primitives, faitcs
sans doute pour la plupart avec des materiaux grossiers(i), ont
disparu peu d peu, d'abord aux XI" et XIP siecles, puis dans les
temps plus modernes : il n'en reste plus que des souvenirs ou
des motifs de decoration 6pars 9a et la. C'est tout au plus si Ton
serait en droit de faire remonter a la fin des temps m6rovingiens
(i) Voir dans Imbart de la Tour, op. cii. (Revue historique, t. 63, p. 3? et note 4), la
description de ces ^glises avec quelques textes signalant leu r miserable constructipn^
23o MEMOIRES
la chapelle de Saint-Jean-de-Rousigue, sur le Camp-de-C^sar de
Laudun ; mais cet unique Edifice semble presenter trop de singu-
larit^s pour permettre des deductions d'un ordre g6n6ral.
Beaucoup moins rares sont les 6glises de T^poque carolin-
gienne. On en a conserve de curieux specimens, plus ou moins
alt6r6s il est vrai, ^ Saint-Michelet et ^ Caseneuve de Goudargues
et sur le territoire de Gaujac pour les temps les plus anciens,
et pour la p^riode plus voisine du XI" si6cle ^ Saint-Pierre pres
Venejan, ^ Saint-Andr<^-de-Roquepertuis et d Saint-Martin-de-
Jussan. Des substructions ou parties carolingiennes se retrouvent
encore a plusieurs autres chapelles, telles que Saint-Victor-de-
Castel, Maransan, Boussargues, etc. On n'est done plus ici dans
I'inconnu.
Mais, d^autrepart, le plan, saufd Saint-Michelet de Goudargues,
ne se difKrencie pas notablement de celui de la veritable p6riode
romane. II est loisible, par consequent, de ne pas etablir de dis-
tinction d cet 6gard entre les edifices anterieurs d I'an mil et ceux
qui ont ete batis apres cette date.
Les plans adoptes pour les uns comme pour les autres ren-
trent dans trois categories, qui ont pour elements communs
une voute en berceau sur la nef et une voute en cul-de-four sur
Tabside plus basse :
r Les eglises et chapelles composees seulement d^une nef et
d'une abside. Ce sont les plus frequentes et les plus simples.
2° Celles qui presentent une travee formant choeur entre la
nef et Tabside. Elles sont assez rares.
3° Enfin, celles qui, au lieu de choeur, possedent un transept
avec coupole eievee sur le carre et absidioles s'ouvrant sur les
croisillons.
En regie generale, il n'existe pas de bas-c6tes : dans toute la
region on n'en rencontre qu'd un seul endroit, d Saint-Andre-de-
Roquepertuis.
Nef. — La nef de ces edifices, qu'ils soient de la premiere, de
1 a seconde ou de la troisieme categoric, se compose rarement
d'une seule travee (Saint-Michelet de Goudargues, Saint-Sepulcre
d Cavillargues, Saint-Pierre d Saint-Etienne-des-Sorts) ; dans la
plupart des cas elle en a deux (i) (Saint-Martin-de-Saduran, Ma-
ransan, Saint-Julien-de-Pestrin, Goudargues, Boussargues, etc.), -
quelquefois trois (Chusclan, Saint-Jean-d'Orgerolles), ou quatre
(i) Leurs dimensions ne sont pas forcdment dgales^
DE l'academie DE VAUCLUSE 23 1
(Connaux,Colombiers). Chacune d'elles est decor^e de grands arcs
lat^raux le plus souvent simples, parfois doubles (Saduran, Saint-
Andre pr^s Connaux), qui permettent de diminuer de toute leur
largeur Tepaisseur des murs lateraux ; elles sont separees par des
doubleaux, que contrebutent au dehors de puissants contreforts;
Chceur. — Les trav6es formant choeur avant I'abside sont gtnt-
ralement moins longues que celles de la nef ; leur voute est
quelquefois aussi plus basse (Saint-Pierre-de-Castres) ct sup-
portde a ses deux extr6nriitd*s par deux doubleaux (Saint-Jean-de-
Rozilhan, eglise paroissiale de Goudargues, Saint-Martin pr6s
de Saint-Victor-la-Coste, etc.). D'ordinaire il n'existe pas d'arc le
long des murs lateraux : on trouve cependant un exemple du
contraire a Saint-Pierre-de-Castres, ou cette trav^e a Tapparence
d'un transept rudimentaire, dont les croisillons seraient formes
par deux arcatures profondes faisant saillie au dehors. A Saint-
Victor-de-Castel, le choeur, dont la voute a disparu, est tout a fait
anormal ; il est d'abord beaucoup plus etroit que la nef et ses
murs lateraux se rapprochent encore Tun de Tautre par des
ressauts successifs.
Dans les eglises et chapelles des deux premieres categories
dnoncees ci-dessus, labsidc, s'ouvrant directement sur la nefou le
choeur, a sa voute plus basse que celle de la travee voisine:
au-dessus de son arc d'ouverture, simple ou plus souvent double,
s'el6ve done le mur triomphal, toujours perc6 d'une fen^tre ^
I'epoque romane.
Transept. — Le choeur est remplace par un transept dans
plusieurs monuments, tels que ceux de Connaux, Saint-Vincent
a Gaujac, Saint-Genies a Laudun, Saint-Etienne-des-Sorts,
Notre-Dame-de-Mayran et Notre-Dame-de-Tresques. A remar-
quer, qu'a I'exception de Saint-Vincent et de Mayran, ces editices
sont tous des Eglises paroissiales. Avec les bras de leur transept,
sur lesquels ne s'ouvraient jamais de bas-cotes a T^poque ro-
mane, ils presentent done I'aspect d'une croixlatine.
La partie centrale du transept, delimitec ordinairement par
quatre arcs simples ou doubles, n'est pas toujours de forme
carree ; elle est plus large que longuc a Saint-Etienne-des-Sorts,
comme d'ailljurs a Saint-Laurent-des-Arbres, a Notre-Dame-
des-Doms d'Avignon et ci d'autres endroits. Pour ramener ce
rectangle au carr6, deux autres arcs tr^s 6pais ont 6t6 accoles aux
23o MEMOIRES
la chapelle de Saint-Jean-de-Rousigue, sur le Camp-de-C6sar de
Laudun ; mais cet unique edifice semble presenter trop de singu-
laritds pour permettredes deductions d'un ordre g6n6ral.
Beaucoup moins rares sont les eglises de T^poque carolin-
gienne. On en a conserve de curieux specimens, plus ou moins
alt^res il est vrai, a Saint-Michelet et a Caseneuve de Goudargues
et sur le territoire de Gaujac pour les temps les plus anciens,
et pour la p6riode plus voisine du XP si6cle a Saint-Pierre pres
Ven^jan, ^ Saint-Andr6-de-Roquepertuis et a Saint-Martin-de-
Jussan. Des substructions ou parties carolingiennes se retrouvent
encore ^ plusieurs autres chapelles, telles que Saint-Victor-de-
Castel, Maransan, Boussargues, etc. On n'est done plus ici dans
I'inconnu.
Mais, d'autrepart, le plan, sauf^ Saint-Michelet de Goudargues,
ne se difKrencie pas notablement de celui de la veritable p6riode
romane. 11 est loisible, par consequent, de ne pas etablir de dis-
tinction k cet 6gard entre les edifices anterieurs A Tan mil et ceux
qui ont ete batis apres cette date.
Les plans adoptes pour les uns comme pour les autres ren-
trent dans trois categories, qui ont pour elements communs
unevouteen berceau surlanef et une voute en cul-de-four sur
Tabside plus basse :
r Les eglises et chapelles composees seulement d'une nel et
d'une abside. Ce sont les plus frequentes et les plus simples.
2" Celles qui presentent une travee formant choeur entre la
nef et Tabside. Elles sont assez rares.
3" Enfln, celles qui, au lieu de choeur, possedent un transept
avec coupole eievee sur le carre et absidioles s'ouvrant sur les
croisillons.
En regie generale, il n'existe pas de bas-c6t6s : dans toute la
region on n'en rencontre qu'^ un seul endroit, 4 Saint-Andre-de-
Roquepertuis*
Nef. — La nef de ces edifices, qu'ils soient de la premiere, de
1 a seconde ou de la troisieme categorie, se compose rarement
d'une seule travee (Saint-Michelet de Goudargues, Saint-Sepulcre
a Cavillargues, Saint-Pierre ^ Saint-Etienne-des-Sorts) ; dans la
plupart des cas elle en a deux (i) (Saint-Martin-de-Saduran, Ma-
ransan, Saint-Julien-de-Pestrin, Goudargues, Boussargues, etc.), •
quelquefois trois (Chusclan, Sain t-Jean-d'Orgerol les), ou quatre
(i) Leurs dimensions ne sont pas forcdment ^gales^
DE l'academie DE VAUCLUSE 23 1
(Connaux,Colombiers). Chacune d'elles est d6cor6e de grands arcs
lat^raux le plus souvent simples, parfois doubles (Saduran, Saint-
Andr^ pres Connaux), qui permettent de diminuerde toute leur
largeur Tepaisseur des murs lateraux ; elles sont separees par des
doubleaux, que contrebutent au dehors de puissants contreforts:
Chceur, — Les trav6es formant choeur avant I'abside sont g6n6-
ralement moins longues que celles de la nef ; leur voute est
quelquefois aussi plus basse (Saint-Pierre-de-Castres) ct sup-
portde a ses deux extremites par deux doubleaux (Saint-Jean-de-
Rozilhan, dglise paroissiale de Goudargues, Saint-Martin pr6s
de Saint-Victor-la-Coste, etc.). D'ordinaire il n'existe pas d arc le
long des murs lateraux : on trouve cependant un exemple du
contraire a Saint-Pierre-de-Castres, oil cette trav^e a I'apparence
d*un transept rudimentaire, dont les croisillons seraient formes
par deux arcatures profondes faisant saillie au dehors. A Saint-
Victor-de-Castel, le choeur, dont la voute a disparu, est tout a fait
anormal ; il est d'abord beaucoup plus etroit que la nef et ses
murs lateraux se rapprochent encore Tun de Tautre par des
ressauts successifs.
Dans les eglises et chapelles des deux premieres catc^gories
enoncecs ci-dessus, I'abside, s'ouvrant directement sur la nef ou le
choeur, a sa voute plus basse que celle de la travee voisine:
au-dessus de son arc d'ouverture, simple ou plus souvent double,
s'el6ve done le mur triomphal, toujours perc6 d'une fenetre a
r^poque romane.
Transept. — Le choeur est remplace par un transept dans
plusieurs monuments, tels que ceux de Connaux, Saint-Vincent
a Gaujac, Saint-Genies a Laudun, Saint-Etienne-des-Sorts,
Notre-Dame-de-Mayran et Notre-Dame-de-Tresques. A remar-
quer, qu'a Texception de Saint-Vincent et de Mayran, ces editices
sont tous des Eglises paroissiales. Avec les bras de leur transept,
surlesquels ne s'ouvraient jamais de bas-c6tes ^ I'^poque ro-
mane, ils presentent done I'aspect d'une croixlatine.
La partie centrale du transept, delimitee ordinairement par
quatre arcs simples ou doubles, n'est pas toujours de forme
carree ; elle est plus large que longuc a Saint-Etienne-des-Sorts,
comme d'aill^urs a Saint-Lauren t-des-Arbres, d Xotre-Dame-
des-Doms d'Avignon et ci d'autres endroits. Pour ramcner ce
rectangle au carr6, deux autres arcs tr6s 6pais ont 6te accoles aux
232 MEMOIRES
arcs lat^raux, et ont rachete la dilT6rence entre la largeur et la
longueur. A Saint-Etienne-des-Sorts on s*est contents de vouter
en aretes le carre ainsi obtenu ; mais partout ailleurs on a etabli
dans chaqueencoignure destrompes en cul-de-four, afin d'obtenir
un octogone facile ^ transformer en cercle, puis on a couvert le
tout d*une voute en forme de calotte h6mispherique. Quelquefois
elle est dc^corcie plut6t que soutenue par des bandeaux ou des ner-
vures plates ou rondes, comme a Tresques et a Saint-Laurent-
dcs-Arbres.
Les croisillons ou bras du transept sont voutes en berceau ;
parfois de grandes arcades en decorent, a I'interieur, la mu-
raille occidentale (Saint-Genies ^ Laudun) ou le mur de fond
Connaux), mais toujours ils pr^sentent, tourn^es vers Test, des
absidioles s'ouvrant avec une ou deux archivoltes. Ces absidioles
ont ordinairement une forme demi-circulaire au dedans comme au
dehors, et dans ce cas, elles sont vout^es en cul-de-four (Saint-
Genies a Laudun, Saint-Vincent a Gaujac, etc.). On en voit aussi
qui sont rectangulaires a I'interieur et arrondies au dehors (Con-
naux, Saint-Andr6-de-Roquepertuis) ; elles sont, par consequent,
voutees en berceau, comme si elles n'etaient que des arcatures
profondes, D'autres encore, sur plan demi-circulaire ou rectangu-
laire, sont comprises dans T^paisseur des murs et leur forme
ne s'accuse pas a Texterieur (Saint-Etienne-des-Sorts, Tresques).
Bas-cotes. — Une seule eglise possede des bas-c6tes remontant
a Tepoque romane : c'est celle de Saint-Andre-de-Roquepertuis.
Chose curieuse, elle n'a pas de transept : la nef, compos^e de
deuxtravees, communiquait jadis (elle a ete depuis remaniee;
avec les bas-cOtes par de larges ouvertures pratiquees sous ses
arcs lateraux. La voute, un peu moins haute que la voute cen-
tralc, semble avoir ci6 aussi en berceau et supportee au milieu
par un doubleau. Deux absidioles rectangulaires, voutees en
anse de panier, ont ete baties ^ Test, dans Taxe de ces nefs lat^rales.
L'eclairage de Teglise se fait par des fen^tres perches dans le
mur gouttereau du sud et dans la facjade occidentale. En somme,
tout cela est assez anormal et ce plan est d'une insigne rarete.
Ahsidc. — Les absides, qu'elles soient pr^c^dees ou non de
choeur ou de transept, sont toutes voutees en cul-de-four. Elles
sont en grande majorite sur plan demi-circulaire, quelquefois
barlong (Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Saturnin d Gaujac, Saint*
Pierre-de-Castres). Cependant la chapelle la plus ancienne de leL
DE l'academie DE VAUCLUSE 233
region, Saint-Michelet a Goudargues, possede une abside rectan-
gulaire, que couvre encore une voute en cul-de-four, port^e dans
les angles sur des encorbellements. Le constructcur carolingien
de Saint-Jean-de-Rozilhan a aussi construit une abside rectangu-
laire, mais il la voutee en berceau. La forme pentagonale ne
s'est presentee que post^rieurement, peut-6tre a la fin du X" siede
(je ne Tassurerai pas) avec Saint-Victor-de-Castel ; on la trouve
plus certainement au XI' avec Saint-Andre-de-Roquepertuis,
Saint-Etienne-des-Sorts, et au XIP avec I'^glise paroissiale de
Goudargues.
L'arc d'ouverture de Tabside se trouve le plus souvent en
arri^re et au-dessous de Tare triomphal. 11 n'est pas rare de le
voir, ainsi que cette nervure, etabli en tiers point, par exemple ^
Saint-Martin-de-Saduran, a Maransan, au Saint-Sdpulcre pr^s
Cavillargues, a Saint-Andr6 pres Connaux, a Goudargues, Saint-
Pierre-de-Castres, Colombiers, etc.
Les absides demi-circulaires sont en g6n6ral d6pour\-ues de
toute complication architecturale. Elles sont tr6s rarescelles dont
les murs sont d6cor6s d'arcatures et de colonnettes ou de pias-
tres A rintc^rieur et ^ Texterieur ; on pourrait meme dire qu'elles
ont emprunte ce syst^me d'ornementation aux absides polygo-
nales, qui, elles, le presentent ordinairement (sauf a Saint-Victor-
de-Castel), si la chapelle carolingienne de Saint-Pierre-de-V^n^jan
ne le possedait deji\ avec une abside demi-circulaire.
Pour les complications du plan int^rieur de Tabside, aucune
regie ne peut 6tre formulee: tantot ce sont deux sc^ries super-
posees d'arcatures peu profondes et separees par des colonnes
engag^es, comme a Goudargues ; tantot ce sont des arcs simples
retombant sur les chapiteaux de colonnettes [Saint-Gervais, Saint-
Pierre-de-V^nejan), ou des arcs doubles, dont les plus 6troits
reposent sur des encorbellements (Saint-Andre-de-Roquepertuis);
tantot ce sont de petites absidioles voutees en cul-de-four, s'ou-
vrant au nombre de trois (Saint-Martin pres de Saint-Victor) ou de
cinq (Saint-Etienne-des-Sorts; sur le pourtour de la grande abside*
II y a done presque autant de variett^s que d'exemples.
Les rares d(^corations qui existent aux murs exterieurs n'inte-
ressent pas le plan; on les examinera plus loin lorsqu'il sera
question de Tornementation.
Crypies. — Elles sont assez rares dans les monuments du Midi
de la France, mais surtout dans les chapelles rurales* On peut en
234 MEMOIRES
signaler pourtant deux dans les environs de Bagnols : la pre-
rti6re, a Saint-Jean-de-Rousigue sur le Camp-de-C6sar, remontait
a une epoque-tout a fait primitive, mais elle a compl6tement dis-
paru sous les ruinesde cet edifice ; Tautre, a la Madeleine pres de
Tresques, est la partie la mieux conservee de cette 6glise. Elle
est tout au plus du XV siecle ; plac^e au-dessous de I'abside et
des deux tiers de la travee voisine, elle n'a pas d'autre murs que
ceux de lachapelle elle-meme. Elle est voutee en anse de panier t
tres long rayon, et elle est eclairee, de Test et du nord, par deux
fenetres ivts longuement ebrasees par le bas, qui prennent jour
au niveau du plancher de Tabside sup^rieure.
Voutes, — II y a lieu maintenant de revenir sur certains Ele-
ments a peine indiquEs dans ce qui precede. D'abord les voutes
en berceau. Remarquons d'abord que plusieurs nefs en sont tota-
lement d6pourvues : celles de Saint-Michelet a Goudargues, la
plus ancienne de nos chapelles (fin du VHP siecle), de Notre-
Dame-de-Mayran, beaucoup plus recente, et probablement celle
de Saint-Victor-de-Castel, dont Tage est incertain. Cependant, en
dehors dcs monuments les plus primitifs, une nef sans voute est
insolite ^ TEpoque romane et meme pr^romane : les construc-
teurs avaient sous les yeux trop de monuments romainspour ne
pas adopter, de tres bonne heure, un systeme dont ils pouvaient
penetrer facilement tous les secrets.
Ces voutes sont en general en plein cintre parfait, quelquefois
unpeu sureleve, mais aussi assez frequemment hv'xst, Celles qui
sont en tiers-point ne sont pas du tout caract<^ristiques d'une
epoque d^terminec: on les trouve aussi bien dans la premiere
moitiE du XI" (Saint-Pierre-de-Castres)qu'au XIP si6cle (Connaux,
Saint-Martin-de-Saduran). Lours doubleaux, par contre, pr^sen-
tent un arc beaucoup moins brise, dont Tcxtrados supporte quel-
quefois une ou deux assises supplementaires de ma<;onnerie,
comme a Saint-Pierre-de-Castres. Sou vent (Saduran, Maransan,
Boussargues, etc.) la voiite est encore percee au sud et pr6s du
mur occidental d'une ouvcrture, de Tutilite de laquelle on ne se
rend pas compte, puisqu'il n'cxiste pas de comble et que dans
la toiture rien n'y correspond.
Doubleaux, - C'est une loi immuablequ'tin doubleau s6pare
chaque travee, mais il arrive frc^quemment qu'il en existe un ou
deux en plus du nombre r6glementaire ; on les trouve alors pr^g
DE l'academie DE VAUCLUSE 235
de la fa9ade occidentdle {S^int-Andr6 pr^s Connaux, Caseneuve a
Goudargues, Boussargues), ou il9jouent presque le r61e de for-
merets, soit pres du mur triomphal (Sain t-Martin-de-Sadu ran,
Saint-Andr6-de-Roquepcrtuis, Saint-Gervais). Chacun d'eux a ses
pieds-droits en forme de pilastre s'elevant du sol jusqu'^ la nais-
sance de la voute ; par exception, ils sont coupes dans leur hauteur
par de petites colonnettes (Saint-Andr6 pres Connaux), ou bien
ils sont remplaces, dans le voisinage de I'abside, par des colonnes
engag^es (Goudargues, Saint-Gervais). Beaucoup plus frequents
sont les encorbellements qui les arretent a une distance plus ou
moins grande du sol : on en trouve des specimens a Saint-Martin-
de-Saduran, Connaux, Saint-Pierre-de-Castres, Sabran, Colom-
biers, V^nejan, etc. Ces edifices appartiennent surtout au XII'
siecle: Saint-Pierre-de-Castres parait le plus ancien. Or, cettecha-
pelle est de fondation clunisienne. Doit-on croire que ce proc^de
d'encorbellement est une importation des Ben^dictins ? A priori,
rien ne vient justifier cette hypoth^se, et il faudrait des exemples
nombreux et pr6cis pour la conlirmer.
Contreforts, — II est encore de regie que des contreforts ext6-
rieurs, sorte de piliers tres massifs, soutiennent la pouss^e de la
v^oute et soient places au commencement et a Textr^mite des
murs laterauxde la nef, ainsi qu'en regard de chaque doubleau :
ainsi, pour une nef de deux trav^es, il en existe trois au nord et
trois au sud. Par contre, il n'y en a pas ^ Tabside. A cette loi, il y
a encore des exceptions voulues, qui ne sont pas le fait d'un acci-
dent comme k Maransan (trois contreforts au nord, deux au midi),
ou de la situation du monument sur un terrain en d^clivite,
comme a Saint-Jean-de-Rozilhan, dont le mur lateral sud est d6-
pourv'u de contreforts parce quMl est a moitie enterr^ dans le sol.
Ainsi plusieurs dglises, d'6poques dilKrentes, en manquent
completement : telles Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Pierre-de-
Castres, Megiers, Boussargues et Ven^jan. Enfin d'autres, et ce
sont les plus rares, ne se contentent pas d'en avoir pour contre-
buter les murs de la nef, ils en ont aussi pres de la naissance de
Tabside : ce sont les chapelles de Saint-Victor-de-Castel et de
Sain-t-Martin-de-Jussan, dont le caractere archaique est d'ailleurs
tr^s marque.
Ces piliers massifs olTrent encore des variantes dans leur forme
et leur hauteur. A Saint-Jean-de-Rousigue, monument peut-^trc
anterieur a T^poque carolingienne, trois sur quatre sont demi-
236 MEMOIRES
circulaires. Partout ailleurs, ils sont sur plan carr6 ou plutot
rectangulaire, et leur extrd^mite sup^rieure est taill(^e en biseau.
Ensuite, leur Elevation n'est pas toujours la meme : si les uns ont
6t6 port6s jusqu'a la toiture (Saint-Andr(^-de-Roquepertuis, Case-
neuve), d'autres vont ^ peine jusqu^a mi-chemin (Saint-Martin-de-
Jussan), et la partie la plus ^lev6e de leur biseau s'arrete meme
un peu au-dessous du niveau de la naissance de la voute (Saint-
Pierre pres V6n6jan). Ces derniers contreforts, si maladroitement
6tablis que leur utilit<^ est tr6s contestable, appartiennent A des
monuments ant^rieurs a Tan mil. A Tepoque v6ritablement ro-
mane, ils sont mieux construits, leur 616vation est plus grande et
ils contrebutent reellement la voute.
Arcs laUraux de la fief, — II n'est rien de bien particulier a
ajouter i ce qui a d6ja €i6 dit sur ces arcs. II faut cependant obser-
ver que les monuments les plus anciens n'en poss6dent pas: tels
Saint-Michelet a Goudargues et Saint-Jean-de-Rozilhan d Gaujac.
Peut-^tre n'y en avait-il pas non plus a Saint-Victor-de-Castel ;
mais ici, le mauvais (^tat de conservation de la chapelle ne permet
pas de verifier le fait.
En regies peu pres constante, Tarchivolte de ces arcs est en
plein cintre, mais dans certains Edifices, comme Maransan et
Saint-Martin-de-Saduran, elle est en tiers point. Elle Test d'ail-
leurs moins frequemment que celle des arcs triomphaux. A Colom-
biers, par exemple, oil les arcs en avantde Tabside sont franche-
ment brises, les arcs lat6rauxont la forme d'un demi-cercle parfait.
II en est de m^me k Saint-Pierre-de-Castres et d d'autres chapelles.
On doit remarquer que parfois un ou deux voussoirs de ces arcs
presentent une saillie sur leur tranche interne, comme si le
constructeur en avait voulu rompre la ligne ; on en a des exemples
typiques a Saint-Martin-de-Jussan, ou Ton a meme sculptc de ces
parties saillantes en forme de t^tes d'animaux.
Partes et fenetres. — Tous les auteurs qui se sont occupes des
cglises romanes de la Provence et du Bas-Languedoc, ont observe
que les ouvertures pratiqu6es dans la parol septentrionale des
monuments sont absolument anormales, et ils ont indique la
violence du vent venant du nord (mistral) comme raison d(itermi-
nante du parti pris de ne pas en etablir. C'est une observation
parfaitement juste.
Cependant on trouve quelquefois des portes ouvertes au nord ;
DE l'academie DE VAUCLUSE 237
il est vrai d'ajoutcr qu'il n'est pas toujours prouv6 qu'elles re-
montent tx I'^poque romane, ensuite qu'elles ont toutes 6te fermees
depuis. On en a des exemples ^ Saint-Martin-de-Saduran, Ma-
ransan et Colombiers. Ce sont des exceptions, car en dehors de
ces trois edifices, toutes nos 6glises et chapelles ont leurs portes
perctes au sud (Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Saturnin d Gaujac,
Caseneuve, Saint-Martin-de-Jussan), ou a I'ouest (Saint-Pierre d
Saint-Etienne-des-Sorts, Mayran, Vencjan), ou plus fr^quemment
encore tout ik la fois au sud et d I'ouest (Saint-Martin-de-Saduran,
Maransan, Gicon, Saint-Andr^ pres Connaux, Goudargues, Saint-
Jean-d'Orgerolles, Boussargues, etc.). Dans ce dernier cas, il
arrive assez souvent que la porte occidentale ait ete aveuglee
apr^scoup.
Si celle-ci est toujours perc^e au milieu de la facade, dans Taxe
de r^difice, celle du sud ne Test jamais au milieu d'une travee,
mais pres du pilier form6 par les pieds-droits du doubleau et
arcs lat^raux, ou tout pr6s du mur occidental. Les constructeurs
ont toujours craint, en agissant autrement, de compromettre la
solidite de leur muraille.
Les monuments de la region dc Bagnols sont trop simples et
trop rustiques pour que T^tablissement de leurs portes ait ete
fait sur un plan compliqu6. Et de fait, il est relativement rare de
les voir s'ouvrir au-dessous et en arriere d'une seule et unique
voussure formant angle rentrant dans Tepaisseur des murs (Ba-
gnols, Saint-Julien-de-Pestrin, Goudargues). II n'y a m6me qu'd
Goudargues ou cette voussure ait comme pieds-droits deux colon-
nettes ; ailleurs, elle est aussi simple et aussi nue que les grands
arcs lateraux. D'ordinaire, la porte s'dlargit du dehors au dedans
par un ou deux ressauts successifs, et son archivolte est ainsi
divis^e en deux ou trois parties de plus en plus dlevdes. Elle est
toujours en plein cintre, saiif en deux cndroits: i Saint-Saturnin-
de Gaujac et a Goudargues, ou elle est amortic par un linteau
monolithe ou appareille. Mais dans ce cas, un arc de d^charge
existe au-dessus, et il est tellement eflicace qaa Saint-Saturnin
de Gaujac on a pu supprimer le linteau sans alTaiblir la solidite de
la chapelle. A Saint-Andre pr6s Connaux, on vcrra encore un
linteau au-dessous d'un arc surbaisse, amortissant une des parties
int^rieures de la porte occidentale, mais c*est touta fait particulier .
Les fen^trcs sont perc(^es dans la facjade occidentale, dans Ic
mur lateral sud de la nef, dans le tympan du mur triomphal et i
Tabside.
238 MEMOIRES
A Touest, elles sont tres haut plac^es, a peu de distance du
sommet de la voute. Dans nos petits monuments, elles sont tou-
jours uniques sur cette facade : a cette r6gle, je ne connais qu'une
exception, ^ Saint-Julicn-de-Pestrin, oti il en existe deux super-
poshes.
Au sud, elles sont perches aussi dans Taxe de chaque traveede
la nef ; pourtant quelques chapelles en sont totalement depour-
vues, sans qu'on puisse en savoir la raison : tels sont Saint-
Martin-de-Saduran, Saint-Pierre a Saiiit-Etienne-des-Sorts et
Vdndjan. II n*y en a jamais plus d'une pour chaque travee, et elles
sont de dimensions relativement restreintes ; leur appui se trouve
au niveau des impostes des arcs lat(^raux, quand il n'est pas
encore plus 61eve. Dans les cas de transept avec croisillons, seul
le croisillon sud est 6clair6 par une fen^tre ouverte dans le mur
du fond.
II n'y a jamais plus d'une baie non plus dans le tympan du mur
triomphal, et elle y atoujours exists primitivement. Si aujour-
d'hui quelques Mifices ne I'ont plus, cela tienta des remaniments
ult^rieurs dont on n'a pas ^ tenir compte ici.
L'abside ne comporte presque toujours qu'une seule fenetre
perc6e au fond, dans son axe ; mais quelquefois elle en a une
seconde donnant au midi (Maransan, Saint-Victor-de-Castel,
Saint-Julien-de-Pestrin, Saint-Saturnin d Gaujac, etc.). Eileen a
rarement plus, m^me quand elle a et6 6tablie sur plan polygonal :
on peut cependant citer Tabsidede Saint-Andr6-de-Roquepertuis,
qui possedait une fenetre dans chaque pan de son pentagone.
Les absidioles des transepts n'en ont pas n(^cessairement : celles
de Saint-Geni6s a Laudun, de Saint-Etienne-des-Sorts et de
Mayran en ont, quand celles de Connaux et de Tresques sont com-
pletement aveugles. II faut encore remarquer que les fen^tres de
Tabside sont ordinairement dc plus grandes dimensions que
celles de la nef.
Les formes adoptees pour toutes ces bales sont assez varices.
On a des oculus sans aucun 6brasement ^ la facade occidentale de
Colombiers, au choeur de Saint-Pierre-de-Castres, au mur triom-
phal de Saint-Gerv'ais ; de petites ouvertures cruciales au mur
triomphal (et seulement la) de Maransan, Saint-Saturnin a Gaujac,
Saint-Jean-d'Orgerolles,Saint-Pierre-de-Castres, Saint-Martin-de-
Jussan. On rencontre de grandes baics quadrangulaires au sud
de Tabsidede Maransan ct a la chapelle laterale de Venc^jan. Mais
toutes les autres fen6tres ont la forme reguliere et classique en
DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE 289
plein cintre. Dans les chapellcs les plus anciennes, comme
Saint-Michelet a Goudargues, elles n'ont pas d'ebrasement ; mais
de tres bonne heure, leur ouverture a et6 reduite pour ne plus
presenter au dehors qu*une fente longitudinale, que vient dargir
d rint6rieur un 6brasement plus ou moins accentu^. Tel est le cas
pour Saint -Victor- de-Castel, Saint-Jean-de-Rozilhan, Saint-
Saturnin d Gaujac, Saint-Pierre-de-Castres, Saint-Geni6s a Lau-
dun, etc. Cette forme n'est pas forc^ment caract^ristique d'un
age ancien : on la rencontre encore d Saint-Martin-de-Saduran,
d Maransan, etc., dans des parties qui sont de la fin du XP
ou du XIP siecle ; mais il est vrai de dire que, dans les exem-
ples les plus tardifs, ces fen^tres sont uniquement a la fa9a,de
occidentale. Partout ailleurs, elles ont un double 6brasement la-
teral, celui de Tint^rieur toujours plus prononc6 que celui du
dehors. II arrive bien souvent que lorsqu'elles ne constituent
qu'une fente etroite a Texterieur, elles sont amorties carrdment,
mais elles reprennent aussit6t en arri^re leur forme en plein cintre.
M^me lorsqu'elles sont 6bras6es des deux c6t6s, la partie la plus
6troite est ramen^e quelquefois au rectangle par une pierre for-
mant tympan (^ Tabside de Saint-Martin-de-Saduran et de Saint-
Julien-de-Pestrin, ^ la nef de Caseneuve), pouvant recevoir toute
une decoration (au mur triomphal de Boussargues).
Ce n'est que dans le dernier si6cle de T^poque romane qu*elles
s'ouvrent au-dessous et en arriere d'une archivolte tracde dans
r^paisseur des murs (abside de Saint-Andr6 pr6s Connaux) :
les pieds-droits en sont quelquefois constitu^s par deux colon-
nettes inscrites ^ Tintdrieurdu tableau (Saint-Martin-de-Saduran,
Colombiers). Mais dans nos petites chapelles, ces exemples sont
peucommuns ; on les rencontre davantage dans les grands Edi-
fices, tels que Saint-Pierre-de-Maguelone, Saint -Guilhem-du -
Desert, Notre-Dame-des-Doms d'Avignon (coupole), Saint-Ruf,
le Thor, etc.
Toitiires, — Elles portent toujours directement sur les reins de
la voute, que ce soit a la nef ou ^ Tabside. Elles n'olTrent d'ailleurs
aucune particularite digne d'etre signalEe ; leur pente est peu
accentucc, et plus d'une fois on a du la relever pour faciliter
r^coulement des eaux.
Les mat^riaux employes pour leur couverture sont de larges
dalles de peu d epaisseur, connues dans le pays sous le nom de
latiscs; elles sontposees en imbrication comme les tuiles de nos
toils modernes.
240 MEMOlKliS
Clochers. — Les chapelles rurales ont des clochers de tres
petites dimensions, qui presentent deux aspects dilT^rents. Les
plus simples sont des campaniles en forme d'arcature unique et
non double, triple ou quadruple, comme dans une region voisine
plus au sud; ils sont (Aleves au-dessusdu mur triomphal (Saint-
Mar tin-de-Sadu ran, La Roque, Boussargues), ou, ^ une 6poque
plus moderne, au sommet du pignon occidental (Saint-Jcan-de-
Rozilhan, Saint-Sauveur ^ Cornillon), A Saint-Julien-de-Pestrin,
un escalier, suivant le rampant nord de la toiture, en permettait
racc6s. Ces campaniles sont remplaces i certains endroits par de
petits (^dicules carres, ajoures de larges baies sur lesquatre faces
et surmont^s d*une pyramide basse et aveugle ; ils sont toujours
places au-dessus de la trave^e voisine de Tabside et aussi pr6s que
possible du mur triomphal (Saint-Pierre-de-Castres, Saint-Martin-
de-Jussan, Saint-Pierre a V^nejan).
Tous ceux-la ne m^ritent gu6re le nom de clocher. Ceux qui
en sont v6ritablement dignes sont des tours circulaires (Connaux),
octogonales (Mayran) ou carrc^es (Saint-Etienne-des-Sorts), elev6es
au-dessusdu carre du transept; s'ils sont construits au-dessus de
la derniere (Chusclan) ou de la premiere trav^e de la nef avec
empietement sur le bas-c6t6 (Saint-Andre-de-Roquepertuis), ils
sont toujours carres. A Goudargucs, Tcglise paroissiale en a
deux, qui se dressent sur la facade occidentale et encadrent la
ported'entree. Dans lcs(^poquespost-romanes,on en a encore bati
au-dessus de Tabside, dont on avait sureleve les murs (Codolet) ;
mais ce fait est assez exceptionnel. II est (bgalement rare d'en
trouver juxtaposes a Teglise, dont ils sont en quelque sorte inde-
pendants : c'est cependant le cas de Saint-Martin pr^s de Saint-
Victor-la-Goste, dont le clocher carre est bati au sud et ^ c6t^ du
choeur.
Toutes ces tours ont subi malheureusement beaucoup trop de
modifications depuis Tepoque romane. Aujourd'hui, elles sont
surmontees en general d'une pyramide sur plan octogonal ou
carre, dont pas une ne remonte meme au XIIP siecle.
II. — Appareil.
Le plus ancien edifice qui existe dans la region bagnolaise et
qui soit d peu pres date (Saint-Michelet aOoudargues;, est bati
entierement en blocage ; pour les archivoltes des baies, les mat6-
DE l'academie de vaucluse 241
riaux sont un peu mieux choisis et grossierement equarris au
marteau, mais pas plus. On distingue dans cette ma9onnerie quel-
ques cailloux et pierres plates pos6sde biais, en forme d'epi (opus
spicatum); mais ce proc6d6 ne constitue pas une caract6ristique
d'epoque. II a 6te usit6 tr6s longtemps ; on le retrouve dans les
murailles du XIV* siecle de Saint-Laurent-des-Arbres et de
Connaux, je Tai m6me rencontre dans des batisses beaucoup plus
modernes, a Saint-Andr^-de-Roquepertuis, par exemple. C'est
une habitude qui, a vrai dire, n'a jamais €i€ oubli^e.
Dans ce syst^me de constructions en blocage, plus particulier
ix des ^poques de mis6re et de pauvret6, rentrent encore Tabside
de Saint-Victor-de-Castel (avec moellons en 6pi), les chapelles de
Saint-Jean et de Saint-Saturnin A Gaujac, de Saint-Genies ^
Laudun, de Saint-Pierre a Saint-Etienne-des-Sorts, de Mayran et
enfm le prolongement de Saint-Jean-de-Rousigue (avec encore
Vopus spicatum), Ces edifices ne paraissent pas contemporains
et il faudrait bien se garder de les ranger tous dans la categoric
des monuments carolingiens. car il y a lieu de tenir compte
aussi des circonstances qui ont preside ^ leur confection.
Bien plus caracte^ristique est le rev^tement en petits moellons
6quarris au marteau, enveloppant un blocage central, et dont le type
est donn6 par la chapelle de Caseneuve a Goudargues. Ce sont
les d^riv^sdu petit appareil romain, encore employe, avec chaines
de pierres plates, k Saint-Jean-de-Rousigue sur le Camp-de-C6sar.
Caseneuve a et6 batie au commencement du IX' si6cle : on peut
done consid(^rer comme carolingiens les monuments qui pr6sen-
tent les memes mat^riaux. On en trouve des traces a Maransan
et surtout A Boussargues, a Saint-Martin-de-Jussan et ^ Saint-
Pierre-de-Ven6jan. Leurs dimensions^ varient de 17 ^ 3o centi-
metres de largeur sur 10 A i3 de hauteur ; il sont pos^s par assises
assez rdgulieres et reposent sur d'epais lits de mortier.
A Saint-Victor-de-Castel, le choeur est b^i avec ce petit appa-
reil, auquel ont 6t6 m^les des materiaux taill6s au ciseau et de
dimensions plus grandes. C est qu'en elTet, Thabitude a persiste
assez longtemps d'employer des pierres aussi reduites et toujours
dquarries au marteau. A mesure que les ouvriers devenaient plus
habiles, ils les travaillaient avec plus de soin et leur donnaient
une forme moins grossiere. Dans les commencements du XPsi^cle,
ils les utiliserent meme sans Taide du mortier, en intercalant
des chafnes de pierres plates pour racheter les differences de
niveau (Saint-Pierre-de-Castres) ; en m^me temps, ils les m61an-
242 MEMOIKES
g6rent avec le moyen appareil, equarri par le meme procede
(Maransan, Saint-Julien-de-Pestrin, Cadenet, Saint-Andrd pr^s de
Connaux, Colombiers, etc.). Mais il faudrait encore 6viter ^ cette
occasion de g^n^raliser trop hi\tivement et de declarer que de
pareils revetements datent les monuments de telle ou telle
epoque : assurement c'est un indice serieux, dont il y a lieu de
faire 6tat, mais ce n'est pas absolument une preuve de grande
anciennetd.
Les chapelles les plus primitives, en blocage ou avec revete-
ment de petit appareil, ont cependant leurs archivoltes, leurs
grands arcs lateraux, leurs doubleaux et leurs angles construits
avec des materiaux moins grossiers et de dimension moyenne.
Seulement, il sera toujours facile de les distinguer avec leurs
gros joints, leurs aretes mousses et leurs assises irr6guli6res ;
avec un peu d'exp^rience, on les reconnaitra toujours facilement.
Au mdlange de petit et de moyen appareil 6quarri au marteau
a succ6de Temploi exclusif du moyen, d^coup^ au ciseau, avec
joints fins; on y intercala quelquefois, mais assez rarement, des
chainages de petit, comme a Saint-Julien-de-Pestrin. Bien sou-
vent, ces pierres sont decorees, sur leur face externe, de petites
tallies en forme d'aretes et de feuilles de fougere (Saint-Martin-
de-Saduran, xMaransan, Chusclan, Goudargues, La Roque, Colom-
biers, etc.). Une fois lances dans cette voie, les ouvriers ne s'arre-
terent plus; ils multipli^rent leurs tailles, inaugur6rent les
pointilld's et dessin^rent sur leurs matt^riaux des bordures, des
diagonales, des quarts de cercle concentriques, des losanges, des
chevrons, des branches de feuillages, des palmettes, etc. lis
constituerent ainsi toute une decoration, dont les plus beaux
specimens se voient a la chapelle de Boussargues.
Ces tailles et pointilles ne sont pas les seuls signes de tache-
ron : il faut y joindre les croix et lettres alphabetiques gravees
en creux, qui apparaissent a la meme epoque et qu'on ne trouve
que dans les monuments construits avec I'appareil le plus soigne.
Dans notre region, les seuls edifices ou Ton en rencontre sont
ceuxde Saint-Martin-de-Saduran, de Maransan, de Boussargues.
de Saint-Pierre a Saint-Etienne-des-Sorts et de Saint-Georges d
V^nejan, et seulement dans certaines de leurs parties.
M. Revoil (1) et apres lui la plupart des archeologues m^ri-
dionaux font remonter a Tc^poque carolingienne, ou tout au moins
(1) Architecture romane du Midi de la France, t. Ill, appendicc.
DE L^CADEMIE DE VAUCLUSE 24^
au X*si6cle, les ^glises et chapelles qui ofTrent ces dilKrents signes
de tacheron, en particulier le G en forme de faucille. II m'est
impossible d'etre de leur avis : je n'ai jamais rencontre ces mar-
ques, en elTet, dans les premieres assises de nos monuments,
mais uniquement sur les mat^riaux les plus modernes. A Bous-
sargues, la decoration interieure de la chapelle permet de fixer
approximativement la date de sa refection ^ la seconde moiti6 du
XII*si6cle ; or, il n'est pas d'^difice qui ait autant de tallies et autant
de icttres gravies dans sa voute et dans son mur triomphal. Dans
les villescomme Avignon, ou de bonne heure les ouvriers furent
tr6s exerc^s, il est possible qu'ils aient mis en honneur ces pra-
tiques d6s le milieu du Xl'siecle ; mais je ne crois pas qu'on soit
jamais amen6 a les constater sur des monuments parfaitement
dat6s et antt^rieurs ^ cette epoque. C'est un sujet sur lequel j'au-
rai d'ailleurs I'occasion de revenir dans le cours de ces Etudes;
mais, des aujourd'hui, je puis, sans risquer de me tromper, 6ta-
blir cette r^gle que c'est seulement apr6s io5o que les signes de
tacheron prennent une telle importance.
III. — Decoration et sculpture.
Les chapelles rurales n'ont qu'une decoration des plus res-
treintes ; la plupart mcbme sont sous ce rapport d'une pauvret6
remarquable : elles nc prc^sentent que des moulures tr6s simples
au cordon de leur nef ou de leur abside et aux impostes de leurs
arcs ; celles qui sont orn6es de chapiteaux sont relativement rares.
D'ailleurs, dans toute la Provence et le Bas-Languedoc, les monu-
ments luxueux, pouvant rivaliser avec ceux du centre, de Touest
ou du nord de la France, ne sont pas frequents, et il fallut atten-
dre les facades de Saint-Gilles et de Saint-Trophime d'Arles, dans
la dernierc periodc romane, pour etablir une comparaison avanta-
geuse avec la sculpture des autrespays.
L'extc^rieur des eglises et chapelles de la region bagnolaise a
un aspect severe etne comporte guerc de decoration. Deuxseules
absidcs, celles de Saint-Martin-de-Jussan et de Saint-Pierre A
Venejan, ont une ornementation d'arcatures tr6s maladroitement
tracees. Toutes les autres sont absolument nues. Leurcorniche a
un profil des plus simples ; c est ou bien une simple assise de
pierres peu 6paisses, plac6es en encorbellemcnt au-dessous de la
toiture et doutenues quelquefois par des petits modillons figurant
1244 MEMOIRES
des t6tes d'animaux (Saint-Andr6 pr6s Connaux), ou bien un ban-
deau surmontant un biseau, dont la tranche est nue, ou decor^e de
petits ornements de peu de relief (Maransan, Saint-Julien-de-Pes-
trin), ou chargee d'un tore (Saint-Jean-d'OrgeroUes, Saint-Pierre-
de.-Castres, Boussargues). Le biseau peut etre remplace par une
moulure un peu plus compliquee, doucine ou talon (La Roque et
Vcbndjan). Au-dessous, on rencontre assez frdquemment un rang
de grains d'orge tenant lieu de frise (Saint-Julien-de-Pestrin,
Connaux, La Roque, Le Pin). Ce decor est, du reste, des plus fre-
quents dans le Midi, et M. Revoil en a citc^ maints exemples.
La comiche de la nef est de m^me profil ; mais le plus souvent
elle a disparu lors d'une restauration, de telle fagon qu'il est diffi-
cile de bien 6tablir une doctrine. On voit ccpendant adopter
comme corniche lat^rale la superposition de deux ou trois petits
bandeaux (Maransan, Saint-Julien-de-Pestrin), probablement
imitee des entablements antiques. Et c'est a peu pres tout pour
la decoration des murs exterieurs : ce n'est, en elTet, qu'a Saint-
Andre pres Connaux qu'on voit en plus un cordon inscrivant
I'archivolte des fenetres.
Ces fenetres, d'ailleurs, qu'elles soient a I'abside ou ^ la nef,
sont depourvues de toute ornementation. Seules, celles du mur
triomphal de Colombiers et de Saint-Martin-de-Saduran, qui sont
de la seconde moitie du XII" siecle, presentent deux colonnettes
comme support de leur archivolte.
Lesportes ne sont pas toujours aussipauvresd'aspect : celle de
Saint-Pierre-de-Castres, bien qu'elle ait ete percee le plus simple-
ment possible, oITre une rangee de grains d orge inscrivant Tarchi-
volte; les voussoirs de celle de Saint-Martin-de-Jussan sontdeco-
res de sculptures meplates, representant des personnages, des
enlacements de tiges, des feuillages ; a Saint-Andre pres Connaux,
Tarchivolte est fprmee de longs claveaux disposes comme les
rayons d'une roue, selon I'expression imagee de M. Aiegre, et
elle est encadree d'un cordon de moulures ; a Goudargues, elle
retombait sur des colonnettes, aujourd'hui disparues ; enfin, a
Boussargues, la porte s'ouvre au-dessous d'une sorte de gable
decore de feuilles lanceoiees, d'un rang de perles et de palmettes
entourant des macarons. Done, pas de regie iLxe ; ou bien Torne-
mentation est nuUe, ou bien elle est laissee a la fantaisie de
Touvrier.
La decoration interieure, sauf dans certains monuments, n'est
guere plus riche. La nef de la plupart des eglises et chapelles ne
DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 24$
pr^sente qu'un cordon ou corniche a la naissance de sa voute, et
des moulures servant d'imposte aux doubleaux et aux arcs lat^-
raux. M^me,dans quelques chapelles tr^s pauvres, cette corniche
n'existe pas (Saint-Saturnin a Gaujac, Saint-Pierre-de-Castres,
Saint-Pierre ^ Saint-Etienne-des-Sorts). Ailleurs, elle est consti-
tute principalement parun bandeau surmontant un biseau (Saint-
Victor -de- Castel, Connaux, Saint - Jean -d'Orgerolles) ou une
doucine (transept de Connaux, Goudargues). A Boussargues, dans
cette chapelle, dont plusieurs fois deja on a signale Tornementa-
tion particuliere, des oves, des rangs de pedes, des palmettes,
etc., sont sculptes au-dessous du bandeau. Ce cordon sert d'im-
poste au doubleau dans quelques edifices (xVlaransan, Colom-
biers, Boussargues), ou bien se superpose a Timposte (Saint-
Martin-de-Saduran) ; mais, le plus souvent, ces deux motifs de
decoration restent inddpendants Tun de Tautre, et le cordon est
coup6 par le pied-droit du doubleau. L'imposte de cet arc est
presque toujours formee de moulures tres simples, telles qu'un
bandeau et un biseau enti^rement nu ou decora de petits orne-
ments en faible relief. II n*y a qu*d Saint-Andrd pres de Connaux
qu'elle ait re^u une decoration de feuilles d6riv6es de Tacanthe
et fouillcies assez profondement.
Celle des arcs lat^raux n'est pas souvent plus compliqu6e et
le type principal, dont les autres d^rivent en grande partie, est
encore I'imposte biseautee. Dans les premiers temps, on divise le
biseau en plusieurs moulures rondes et plates (Saint-Martin-de-
Jussan), ou bien on le decore maladroitement de traits creus^s
en faible profondeur, dont Textr^mit^ vient s'enrouler en forme
de crosse sur Tangle du biseau (Saint-Pierre a Venejan, Sabran);
on y sculpte grossierement des animaux (Saint-Pierre-de-Castres,
Saint-Pierre d V(^n6jan, Saint-Martin-de-Jussan) ; mais, des la
seconde moiti<i du XI' siecle, les moulures sont plus regulie-
res, les ornements enlev6s en relief sont d'un trac6 plus 616-
gant (Saint-Martin-de-Saduran), pour devenir, apres ii5o, des
plus riches et des plus beaux, avec leurs combinaisons de feuilles
et de palmettes ^Boussargues, Saint-Martin-de-Jussan). A cette
derni6re periode apparaissent aussi aux impostes les larges
feuilles a pointes retourn^es en forme de crochet (Boussargues).
Observons encore que presque toujours les arcs lat^raux n'ont
d*i mposte que sur Icur tranche.
L'abside, dont le pourtour interieur n'est pas d6cor6 de ces
arcatures, avec ou sans colonnettes, signaldes ci-dessus, est tr6s
246 MEMOIRES
•
SOU vent d6pourvue totalement d'ornementation. II ne lui reSte
qu'un cordon au bas de sa voute; cette moulure est ordinaire-
ment du meme profil que le cordon de la nef. Mais il arrive que
meme cetle decoration lui fasse d^faut et que le cordon soit seu-
lement ebauche aux deux extr6mil6s, de facjon ^ simuler une
pseudo-impostc a son arc d'ouverture : c'est le cas pour Saint-
Martin-de-Saduran, Maransan, Saint-Pierre-de-Castres, Colom-
biers et d'autres encore.
Les absides, qui prt^sentent les arcatures auxquelles il vient
d'etre fait allusion, sont tellement varitesqu'il n'y a pas lieu d'^ta-
blir ici des principes gen^raux. Je renvoie done ^ la description par-
ticuli^re de chacune d'elles, qui sera donn^e dans la seconde partie
de cet ouvrage. Notons cependant que toujours I'abside principale
a son cordon etabli au-dessus des arcatures ou absidioles.
Pour terminer, il reste ^ 6tudier ici la forme des colonnettes
employees comme dl^ment de decoration et la sculpture de leurs
chapiteaux. On peut dire qu elles sont relativement peu nom-
breuses et qu'il est loin d'y en avoir dans tous les monuments ;
on en trouve seulement sous les archivoltes des fendtres perches
dans le mur triomphal de Saint-Martin-de-Saduran et de Colom-
biers, comme pieds-droits du premier doubleau de Saint-Andre
pres Connaux, ou de Tare triomphal ^ Saint-Jean-de-Rozilhan,
Goudargues et Saint-Martin pres de Saint-Victor-la-Coste, comme
support des arcatures a Tinterieur des absides du meme Saint-
Martin, de Goudargues, Saint-Andre-de-Roquepertuis, Saint-
Gervais, Saint-Pierre i Ven^jan, et enfln aux clochers de cette
derni^re chapelle et de Saint-Pierre-de-Castres. On a encore con-
served un chapiteau de Saint-Vincent pr6s Gaujac et un autre d'un
edifice inde^termine de Bagnols.
Les plus anciennes colonnes sont certainement celles de Saint-
Jean-de-Rozilhan, de Saint-Pierre a Venejan, de Saint-Andr6-de-
Roquepertuis et de Saint-Gervais ; les plus recentes sont celles
de Colombiers, de Saint-Martin-de-Saduran et de Saint-Andr6
pres Connaux.
Les premieres sont plutCt courtes, trapues, in^l^gantes, for-
m^es de tambours mal ajustes, meme d^pourvues parfois d'astra-
gale ; leurs chapiteaux, ordinairement de forme cubique avec
angles inferieurs rabattus, sont ddcores soit de personnages, de
t^tes humaines et d animaux aplatis, soit de simples traits g6o-
m6triques, de spirales ou de cercles concentriques, soit entin de
DE L ACADEMIE DE VAUCLUSE 247
feuilles epannel^es ou a longues tiges recourb6es, gravees pour
ainsi dire au trait. Le tout est grossier et de tr6s faible relief.
Les sculpteurs sont d'ailleurs rest6s d'une maladresse insigne
pendant longtemps : ^ Goudargues, ou ils travaillerent vers le
milieu du XII* siecle, ils traiterent encore d'une fa9on archaique
Tornementation de leurs chapiteaux, qu'ils d^corerent de person-
nages, d'oiseaux et de griffons. Plus ils se perfectionn^rent, plus
ils perdirent Thabitude d'animer leurs compositions (les derniers
exemples dans la region bagnolaise peuvent 6tre les chapiteaux
de Saint-Martin pres Saint-Victor-la-Coste), pour se consacrer A
rimitation des chapiteaux antiques de I'ordre corinthien, avec
leurs feuilles d'acanthe finement d6coup6es sur deux rangs,
autour d'une corbeille de tr6s bori^ style. Cela n'est exact que
pour nos 6glises et chapelles rurales, dont la decoration a tou-
jours 6t6 tres sobre(r); mais ailleurs, dans le Midi, les beaux
monuments de la seconde moitie du XII* siecle montrent tout le
parti que les ornemanistes ont su tirer de la figure humaine et de
rinterpr^tation des diff(^rents animaux, Peut-etre y a-t-il eu inter-
ruption de proc^d^s, au moins de la part de ceux qui travaillerent
k nos humbles edifices campagnards.
Tout d*abord, les feuilles derivdes de Tacanthe sont lourdement
traitees, elles sont appliqu^es contre la corbeille du chapiteau,
dont elles ne paraissent pouvoir se detacher; mais, peu k peu,
elles acquierent plus de souplesse et prennent plus de relief. Les
plus beaux specimens se trouvent toujours, il faut s'y attendre,
dans les consti*uctions romanes les plus recentes : c'est qu'en
effet, fart des sculpteurs n'a fait que progresser jusqu'a la fin du
XIV siecle.
L'abaque ou tailloir des chapiteaux est toujours tres developpe,
k moins qu'il ne manque tout d fait comme A Saint-Pierre pres
Venejan ; mais ce cas est tout d fait archaique et appartient vrai-
semblablement au X* siecle. L'abaque est compose ordinairement
d'une succession de moulures, bandeaux, Tilets, doucines, bi-
seaux, etc. A Goudargues, au-dessus de corbeilles simplement
equarries, il forme biseau ou bandeau et il est seul ik avoir re9u
une decoration. A plus forte raison en a-t-il, lorsqu'il accompagne
des chapiteaux sculptes.
Les colonnettes les plus anciennes n'ont pas de base mouluree
et sont simplement pos6es sur des socles 4 peine degrossis : telles
(t) Et encore on peut trouver au moins une exception k Saint-Martin^e-Jussan
outre celle tie Goudarg^ues sigrnaI6e •t-dessus.
7
248 MEMOIRES DE l'aCADEMIE DE VAUCLUSE
sont celles de Tabside de Saint-Pierre ^ V6n6jan. Mais d6ja &
Saint-Jean-de-Rozilhan, elles sont supportees par un gros boudin
au-dessus d'une plinthe cubique. Ailleurs, on s*est ressenti de
rinfluence antique, par exemple a Saint-Andre-de-Roquepertuis,
ou la base des colonnettes pr^sente comme moulures deux tores
s6parees par une gorge. Ce sont ^ peu pr6s les m^mes 616ments,
plus ou moins bien traitds, que Ton retrouve ailleurs, ^ Saint-
Pierre-de-Castres, ^ Coloftibiers, a Saint-Andr6 pr6s Connaux. A
remarquer que presque toujours ces bases s'd6vent sur des
plinthes en forme de blocs cubiques.
Ce serait ici le lieu de rechercher quelle influence a exerc^e sur
le roman Tart antique, dont tant de specimens avaient subsists
en Provence et Bas-Languedoc. Je demande ii mes lecteurs la
permission de r^ser^'-er cette question, pour en faire Tobjet d'un
m6moire ii part, oil seront ^galement 6tudi6es les proportions
donnees aux difKrentes -parties des Edifices et aux ornements
d^coratifs (i). C'est qu'en. elTet, la region explor^e presentement
ofTre trop peu d*el6ments pour des observations utiles. C'est ^
peine si, en dehors d'une petite s6rie de chapiteaux ^ feuilles
d'acanthe, on peut signaler, sur une imposte de T^glise parois-
siale de Tresques, des rinceaux et des rosaces imit^s de la d^co;-
ration des cippes fun6raires antiques, ii Boussargues et a Saint-
Andr6 pr6s Connaux des oves, des rangs de perles et des raies-
de-coeur, ii Saint-Julien-de-Pestrin une grecque grav^e en creux
au-dessous de la corniche absidale^ etc. Bornons-nous pour
rinstant a constater que les ornements imit^s de Tantiquit^
appartiennent tous 4 des edifices de la derni^re periode romane,
et que, plus les monuments se rapprochent des temps carolin-
giens, plus leurs proportions sont defectueuses et asym^triques.
(i) Je ne connaisgu6re qu'un auteur qui s'en soitoccup^^ pour les monuments de la
Provence, c'est M. I'abbd Pougnet, dans son £iude analytique sur I'architecture reli-
gieuse de la Provence au moyen age, parue dans le compte rendu du Congr^s scienti-
fiquc de France, tenu A Aix en ddcembre 1866, p. 10 et 11 du tirage h part.
(A stiivre,) L.-H. Labande.
*
Seances de I'Academie.
PROCfeS-VERBAUX.
Mars-Decembre 1901.
Seance du 7 mars igoi. — Pr^sidence de M. le D' Laval, pr(^sident.
Pr<isents : MM. le D' Laval, de Lacroze, abb6 Levezou, Bonnecaze, D' Arnaud de Fabre,
Limasset, Joleaud, Mourral, Bourges, Labande, Requin, Marchand. — Excus6 :
M. J. MiSritan.
M. rabb6 Fructus, cur6 d. Crillon, est pr6sent6 comme membre titulaire par
MM. Pansier, Requin et M^ritan.
M.le President communique A TAcad^mie la lettre-circulaire qu*il a re9ueau sujet
du prix Nobel, et dans laquelle le comitd de la candidature de Frdd6ric Mistral
remercie VAcad^mie d'avoir si rapidement et si unaniment seconds son initiative.
Lecture est ensuite donn6e de la lettre suivante que M. A. Chansroux, notre
coll6gue, a re9U du president KrOger, en r6ponse d. renvoi de ses strophes Paix et
Gloire» et du sonnet Gloria victis, lus en sdance de I'Acaddmie.
c Monsieur,
« Je vous remercie du t^moignage de sympathie cordiale que vous m'avez donn6.
Ces marques chaleureuses d'int^rdt me sont particuli&rement prdcieuses. Elles me
rdconfortent, ainsi que mon peuple, dans la lutte supreme que nous soutenons au
nom du Droit et de THumanitd.
• Veuillez agr6er, avec Texpresion de ma gratitude, I'assurance de mes sentiments
distingu^s.
f Le President de la Rdpublique Sud-Africaine : KrUger, •
Notre coll<>gue, M. de Lacroze, communique ensuite k I'Acaddmie de nombreuseg
et intdressantes notes sur le climat, les habitudes, les moeurs de la Corse. Les anec-
dotes dont la lecture de ce travail a ctd accompagn^e, les considerations sur la faun (»
terrestre et maritime et la min^ralogie du pays, dont Tauteur a su Tagr^menter, on
permis a ses colldgues de s*int6resser vivement ^ sa communication.
MM. Joleaud et Marchand ont d'ailleurs ajout6 k cet int^rfet par les remarques et
observations personnelles, dont leur sdjour en Corse leur a permis de faire part d.
I'Academie.
M. Labande donne lecture d'un chapitre de son travail sur les Grandes Compagnies
dans Ic comt6 Venaissin au XIV si6cle. La prosperity materielle, dont Avignon et
les pays voisins jouissaient sous le regime papal, attira les convoitises de ces Compa-
gnies, que la guerre franco-anglaise, depuis peu terminee, laissait sans occupa-
tions et surtout sans un objet qui pQt assouvir leur soif de piUage. Tres durement
25o MEMOIRES
disciplin^es et gouvern^es par des chefs audacieux, elles parcoururent le Comtat,
et depuis Tannic i36i d(Jvast6rent, A intervalles irrdgfuliers mais rapproch^s, les
belles plaines du Rhone, oCi elles trouvaient la richesse et I'abondance, jusque bien
avant dans le XV si6cle. Cette lecture a 6t^ 6coLit6e avec un tr6s vif int6r6t par
rAcaddmie.
Ala fin de la stance, M. rabb6 Fruclus est ^lu membre titulaire de TAcaddmie.
Siancedu i8avril 190J. — Pr^sidence de M. le D' Chobaut, vice-president.
Presents : MM. Bourges, Chobaut, Labande, Laroche, Arnaud de Fabre, Valla,
Levezou, Bayol, Bonnecaze, de Vissac, Michel-Bechet, Larchd, Alphant et J. M6rilan.
— M. le D' Laval, pr6sid;:nt de rAcad^mic, s'excuse de ne pouvoir assister ^ la
stance.
M. le vice-president feiicite au nom de I'Academie ceux de nos collogues qui oni
6t6 I'objet d'une distinction honorifique : MM. Laval et Labande, qui ont etc promus
officiers de Hnstruction publique, et M. Tabbe Valla, qui a 6te nommi officier
d*Acad6mie.
II fait ensuite part A ses collogues d'une circulaire relative au congrCis arch^olo-
gique qui se tiendra cette ann^e A Agen. Les conditions dans lesquelles les savants
pourront prendre part A ce concours sont 6numer6es lout au long dans cette circu-
laire, qui est ^ la disposition des membresde I'Academie.
La parole est ensuite donnde i M. de l^croze, qui fait une deuxieme lecture de
ses Souvenirs de Corse. Les anecdotes typiques dont il a agremente ses rdciis, les
souvenir personnels qui sont venus lui donncr un charme encore plus vlf, ont puis-
samment interesse les collogues de I'auteur. Tour 4 tour il a e.xprime ses opinions
sur le caractere corse, caractere fier, loyal, mais trop facile aux reprdsailles san-
glantes, sur la vendeiia, passee presque d retat d'une institution, et qui demeure Ja
plaie profonde sinon incurable d*un pays et d*une population si attrayants par
ailleurs. En terminant, notre coliegue donne un aperc^u rapide de Ttitat de I'agri-
culture en Corse, et indique les moyens qui lui paraissent les plus propres A faire
disparaitre certains abus, d. corriger certains ddfauts de la population. Une instruc-
tion serieuse, solide-, morale, lui parait etre au premier rang du programme que
devra suivre la reforme desir^e.
M. le D' Chobaut presente ensuite a I'Acaddmie deux specimens (m41e et
femelle) de Toiseau appeie merle bleu, qui est assez rare dans nos regions. Dans une
lecture tres instructive, il decrit brievement les moeurs de cos oiseaux, leurs habi-
tudes, leur plumage, et rappelle les circonstances dans lesquelles les deux echan-
tillons de I'especequ'il veut bien presenter A ses colie.Tu^s, ont pu etre tues.
Apres lui, M. Labande donne A TAcademie, dans une causerie rapide et pleine
d'interet, un resume du commentaire qui accompagnera les dessins de M. Leon
Aiegrc, que nous aurons bientot la bonne fortune de voir publics dans les Memoires
de notre Academie. La date de la construction des eglises romanes de nos regions a
iburni la matiere deplus d'un travail. Mais M. Labande, s'ecartant des opinions que
M. Revoil avait propagees, abaisse de plus d'un siede la date de certaines d'entre
elles. Apres avoir indique sommairement les raisons qui le portent a s'ecarter sur
ce point des notions gencralement admises, notre coliegue communique A I'appui
de ses affirmations <k nombrqux dessins empruntes k la collection de M. Aldgre, et
donnant soit les details d»architccture el d'ornemen ration , soil la vue d'ensemble des
edifices qu'il a (tidies.
., jy^,^l,fiuv^-pre8ident se fail Tin terprelc do r.\cademie en remcrciant nos collegucs
<^ .Wr^ jcjpnf^^ynications.
'r,/^X«A'<^.4^ iV^f '^^W^f^T^'J^^'-S ^a seance csi levee.
,.ji.: '.' .It';- I i. 1.1 '-r!!^
DE L*ACADEM1E DE VAUCLUSE 2S1
Siance du 6 juin igoi. — Prdsidence de M. le D' Laval, president.
felaient presents : MM. le D' Laval, Mouzin, Bourges, Bonnecaze. Alphant,
Arnaud de Fabre, Bayol, Belladen, Tourtet, Capeau, du Laurens, Goudareau.
Gouell, Larch6, Limasset, Michel-Bdchet, Moural, de Vissac, abb* Levezou, Remy
Roux. — Excuses : MM. M6ritan et Labande,
Sont pr6sent6s comme membres titulaires de TAcad^inie :
MM. Paul, pr^fet honoraire, k Avignon, par MM. Laval, Mouzin et Labande ;
Zacharewicz, professeur d^partemental d'agriculture A Avignon, par MM. Lar-
ch6, Laval et Bourges ;
Victor Leydet, artiste peintre & Avignon, par MM. Bourges, Laval et Labande ;
Paul David, ing<inieur au chAteau du Joncquier, pr6s Bagnols, par MM. Bru-
guier-Roure, I'abb* Grimaud curd de Sorgues, et Bonnecaze ;
Le g6n6ral Privat, ^ Nimes, par MM. Laval, Joleaud et de ViUaret;
Desclais, sous-intendant militaire A Nimes, par MM. Laval, Bonnecaze et
Labande ;
Joseph Rastoul, A Singapour, par MM. Laval, Bonnecaze et Labande.
M, le President fait part des projets rclatifs 4 la calibration du Centenaire de
TAcaddmie de Vaucluse, qui doit avoir lieu dans les premiers jours du mois d'aoOt. U
y aurait stJance publique, excursions A la fontaine de Vaucluse et au Ventoux, ban-
quet, etc. Un programme complet est en cours d*61aboration et sera adress* ultdricu-
rement in tous les membres de la Soci6t6.
M. Mouzin presente A ses collogues d'importants fragments de Citharis, le nouveau
drame qu'il a dcrit pour les prochaines representations du thdAtre antique d'Orange.
L'oeuvre est de belle facture et la podsie en est puis<ie aux sources des meilleures
inspirations. Le sujet. qui se rattache aux origines fabuleuses de la Provence, est par
lui-m6me tr6s attachant, et le po6te en a su relever Tint^ret par Thabile enchatne-
ment des situations dramatiques.
La stance s'est terminde par une causerie du D' Laval sur le gdndral Duprat.
GrAce aux documents precis qu'il a recueillis, il a pu suivre notre compatriote dans
toute sa carri^re militaire jusqu'A sa mort sur le champ de bataille de Wagram.
Apr^s la reception de MM. Paul, Zacharewicz, V. Leydet, Paul David, Privat,
Desclais et J. Rastoul comme membres titulaires de TAcaddmie, la stance est levde.
Stance du 4JuilUt igoi. — Prdsidence de M. le D' Laval, president.
Presents : MM. Laval, Bourges, de Vissac. abb6 Requin, Moural. Gouell, abbd
Levezou, de Lacroze. Biret, Laroche. David, Capeau, Alphant, Vagneur. Gap, Gleizal^
Raynolt, Labande. — M. Tabbd Mdritan se fait excuser de ne pouvoir assister A la
stance.
Le proc6s-verbal de la stance prdcddente est lu et adopts.
Est presente comme membre titulaire de I'Acaddmie : M. le vicaire g<indral Redon.
par MM. le vicaire gdndral Cussac. le D' Laval et Labande.
Communication est donnde d*une circulaire relative A I'drection d'un monument A
M. Gabriel d« Mortillet. L'Acaddmie ne peutque souhaiter vivement la rdussite de ce
projet, auquel ses finances restreintes lui interdisent de participer pdcuniairemcm.
La parole est ensuite donnde A M. Tabbd Requin pour la lecture de son mdmoire
sur rinjprimerte A Avignon en 1444. II commence par rappeler les brochures qu'il a
publides A ce sujet, il y a une dizaine d'ann^es, et donne connaissance des conclu-
sions auxquelles il s'^tait aiors arret*. Ces conclusions, il les maintient absolument.
majgr6 les les arguments qui, dans un travail recent, ont dt* prdscntds contre sa
these. II passe en revue, en effet, ceS divers arguments et montre en quoi ils sont
mal fondds. D'ailleurs, son adversaire n'a pas d'opinion bien arretde sur rinvention
qui parait ceriainemcnt, d'apr^s les dt>cum€nts>ublids, avoir dtd faitc A Avignon en
252 MEMOIRES
^^444. II s'agissait bien, ddclare M. I'abbd Requin, de tentatives ou essais d'impri-
merie : Procope Waldfoghel et ses associds ont-ils rdussi A attelndre leur but, ont-ils
seulement imprim6 un feuillet? Nul ne peut le dire, en I'dtat actuel de la question.
M. Mourral prdsente ensuite quelques nouvelles pieces po6tiques. oCi le sentiment
et Tesprit se sont donn6 libre carridre. Elles sont tr^s applaudips par ses coUdgues.
Apr6s une allocution de M. le President, rappelant les prochaines ffetes du cente-
naire de TAcaddmie, M. le vicaire gdndral Redon est re9u A Tunanimitd membre
titulaire de rAcaddmie et la stance est levde.
Stance du 17 octobre igoi. — Pr6sidence de M. le D' Laval, president.
Etaient presents : MM. Laval, Chobaut, Labande, Rdmy Roux, Gouell, Arnaud
de Fabre, Paul, Bourges, Avon, abb6 Levezou, Biret, de Lacroze, Valla, Pansier, de
Vissac, Capeau, Mouzin, Larch6. Alphant, de Villaret, J. Mdritan.
Le proc6s-verbal de la pr6c6dente sdance est lu et adopts.
M. le President prend la parole pour souhaiter aux membres de TAcaddmie la
bienvenue, aprds une absence de deux mois. II est heureux d'adresser, au nom de
notre Socidtd, les plus vives felicitations A nos collogues MM. Marchand, qui vient de
recevoir un prix Montyon pour son Histoire de I'UniversiU d^ Avignon ; le com-
mandant de Villaret, promu lieutenant-colonel, et le mddecin-major Gouell, promu
mddecin principal.
Sont pr6sent6s pour etre 61us membres titulaires :
MM. le D' Pichenot, mddecin en chef de I'asile d'ali6n6s A Montdevergues, par
MM. le D' Pansier, le D' Laval et Labande ;
Savournin, conseiller gdn6ral du canton de Gordes, A I'lsle, par MM. Laval,
Bourges et Genin ;
Lafifont, mMecin k Tlsle, par MM. Laval, Chobaut et Labande ;
Cartoux, professeur de rhdtorique au Lycee d'Avignon, par MM. Bourges,
Laval et Mouzin ;
le chanoine Queytan, par MM. Laval, Labande et Mdritan ;
Didi6e> conducteur principal aux ponts et chauss6es, par MM. Laval, Zacha-
rewicz et le D' Chobaut ;
Fernand de Rocher, publiciste t Paris, par MM. Laval, Capeau, Mouzin ;
Ranchier, pharmacien A Carpentras, par MM. Requin, Eyss6ric et Labande.
M. le Secretaire gdndral annonce que notre collogue, M. le D' Auguiot, vient de se
servir de Tintermediaire de TAcaddmie, pour offrir 4 la ville d'Avignon une statue en
marbre, Le bon Ginie, par M. Vincent Fontan, de Lyon. L'Acaddmie est tr6s recon-
naissante A M. le D' Auguiot d'avoir 6te ainsi associde A sa g6n6rosit6.
M. Joleaud oflfre A TAcaddmie un mdmoire dont il est Tauteur, intituld : Contribu-
tion a I'itude de Vinfracritaci a fades vaseux pelagique, en Algdrie el en Tunisie, Au
nom de tous ses collogues, M. le President remercie Tauteur de son hommage
amical.
Communication est ensuite donnde de la circulaire portant programme du pro-
chain congr^s des Soci6t6s savantes.
M. le D' Chobaut lit le rdcit d'une excursion entomologique A Faraman, sur
les c6tes de Camargue, d6sormais tristement c6iebres. Les ddtails intdressants, que
notre collogue donne sur le voyage lui-mfime et sur les espdces nouvelles qu'il a pu
y recueillir, sont dcoutds par tous avec la plus grande attention, et M. le President
exprime le sentiment g6n6ral en fdlicitant et remerciant M. le D' Chobaut de sa lec-
ture.
Apr6s lui, M. le D* Pansier communique une savante dtude sur le manuscrit
d'Alcoati et Toculistique arabe. Les frdquenies excursions que notre collogue fait
DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE 253
un champ de la science d'ordinaire 51 peu explord. rendent d'autant plus int^res-
sants les rdsultats historiques auxquels il aboutit, et 1' Academic lui est reconnais-
sante de lui donner la primeur de ses travaux.
A la fin de la stance, MM. Pichenot, Savournin, Lafifont, Cartoux, Queytan, Didide,
de Rocher et Ranchier sont dus A runanimit^ membres titulaires de TAcad^mie.
Siance du 14 novembre 1901. — Pr^sidence de M. le D' Laval, president.
Presents : MM. Laval, Pansier, Villaret, Michel-B6chet, Alphant, Avon, Bonnecaze,
de Vissac, Didi^e, Capeau, Genin, Joleaud, Chobaut. Moural. Laroche, Larch6 et
Labande.
En rabsence de M. le Secretaire excus6, la lecture du procds-verbal de la pr6c6-
dente stance est renvoyde d. une date ultdrieure.
Sont pr^sent^s comme membres titulaires :
MM. Roche, docteur en m6decine k Sorgrues ;
Vincenti. docteur en m6decine A Avignon ;
Penne, docteur en m^decine i Avignon, pr(isent6s par MM. les docteurs Pansier,
Chobaut et Laval ;
Mistral, notaire A Sault, pr^sent^ par MM. Guibert, Mouzin et Bourges.
M. le President ddpose sur le bureau les quatre volumes des Grands ipisodes de la
Revolution dans Avignon el le Comtal, oeuvre posthume de M. P. Charpenne, qui
vient de parattre aujourd'hui. En ce faisant, le D' Laval rappelle les qualit^s qui
distinguent ce recueil de documents, et passe en revue les publications qui ont
de)A. 6t6 faites sur le sujet de la Revolution avignonaise, notamment par Tabbe
Andre et Soullier. Ces derniers ouvrages sont tr6s defectueux, et la publication de
M. Charpenne a une valeur documentaire bien superieure. Celle-ci, d'ailleurs, n'est
qu'un extrait du tr^s volumineux dossier qu'il avait amasse sur cette p^riode, et M. le
President en indique les parties essentielles.
M.de Villaret donne communication A ses coliegues d*une etude fort interessante
sur trois plaquettes ou medailles decouvertes par M. Trechsel, dont deux se rap-
portent A Laure, veuve de Hugues de Sade, et la troisieme A Petrarque, ambassadeur
aupres de Venise. Ces trois pieces sont des plus curieuses, les deux premieres sur-
tout, qui tendent A renverser la tradition faisant mourir Laure avant son marl
Hugues de Sade. MM. Trechsel et de Villaret proposent Thypothese de leur attribution
A Memmi, le peintre Siennois, qui vint A Avignon decorer le palais et fut lie d'amitie
avec petrarque.
Ce memoire souieve une discussion entre plusieurs membres de I'Academie, dont
les uns emettent -certaines objections, mais qui tous sont unanimes A reconnaftre
rinteret des medailles presentees.
M. Capeau, au nom de M. F. de Rocher, donne lecture de deux pieces de poesie :
A Victor Hugo et Le Pays des Cigales. Ces deux morceaux, d'un sentiment tres deiicat
ou d'une large envoiee, sont applaudis par tous nos coliegues, au nom desquels
M. le Prisident adresse ses remerclments et ses felicitations A I'auteur et A son
interprete.
M. Labande, au nom de M. A. Rousset, empeche, communique des extraits d*un
memoire sur Oppede au moyen age. Ce village, place sous la dependance des comtes
de Toulouse, marquis de Provence, puis des souverains pontifes, mattres du comte
Venaissin, n'avait pas alors de seigneur particulier, et son chateau n'etait habite que
par le bayle, capitaine ou chatelain. Il fut ruine pendant les guerres du grand
schisme, mais il fut retabli dans le cours du XV'siecle par les soins de la papaute.
Enfin, il fut Infeode, au debut du XVP siecle, a Accurse de Maynier, qui devint
bientdt baron d*Oppede.
A la fin de la seance, MM. Roche, Vincenti, Penne et Mistral sont admis k Tuna-'
nlmitc membres titulaires de I'Academie.
254 MEMOIRES DE L^ACADEMIE DE VAUCLUSE
Stance du 5 dieembre i(^oi. — Pr6sidence de M. le D' Laval, president.
Presents: MM. Laval, Bourges, Chobaut, de Vissac, Pansier, P. deFaucher, Piche-
not, Lassalle, Capeau, Arnaud de Fabre. Penne, de Villaret, Genin, Avon, abb^
Valla, Bonnecaze, abb6 Trouillet, Fichaux, abb6 Grimaud, Gouell, Alphant, dU
Laurens, Labande.
M. Tabb^ Mdritan, secretaire, souffrant, se fait excuser.
Le proc6s-verbal de la derni6re stance est lu et adopts.
M. Adrien Rousseaa, ndgociant A Carpentras, est pr^sente comme membre titulaire
par MM. Pansier, Eyss6ric et Ranchier.
Une po^ie de M. Mistral, notaire k Sault, et intitul^e : Promenade sur le lac d'An-
necy, est d^pos^e sur le bureau. L'ordre du jour dtant assez chargd, la lecture en est
renvoy^ d. une stance ult^rieure.
M. le baron de Vissac a la parole pour sa conference sur Un Vaucluiien devoni ia
Commission militaire de Van VI. Apr6s avoir expose quelle etait & ee mo^nicnt la situa-
tion politique en France, apr^s avoir montre comment le Directoire avait et6 amene
^ se livrer, par instinct de la conservation, k donner 4 son gouvernement un carac-
tere jacobin, notre collogue raconte avec beaucoup d'interftt et d'imotion I'arrcdtation
et la mort d'Isidore de Rey. Nd 4 Valrdas en 1773, emigre, puis pris de rinvinclblc
nostalgie de sa patrie, il crut pouvoir, comme tant d'autres, rentrer en France.
Arrftte k Clermont, interroge pour la forme, il etait condamne k mort et fusllie sur la
place publique, oO une foule immense salua sa mort, tandis qu*une femme suivait,
sous ses longs voiles de deuil, sa depouille jusqu'au tombeau.
M. le President se fait I'interprete de tous les membres presents, en remerciant
M. de Vissac de sa causerie pleine de vie et d'interet.
La parole est ensuite donnee d M. Paul de Faucher, qui communique h I'Academie,
sous le titre : Souvenirs de Vaieul, les poesies fugitives, mais spirituelles et alertes, de
M. Genet Morel, dont notre coliegue est le pctit-fils. M. Pierre-Genet Morel avait
traverse la periode revolution naire et avait pu rendre 4 Carpentras, dont il etait
originaire, de trds grands services en defendant courageusement cette ville contre
lesattaques injustes dont elle fut alors I'objet. M. Paul de Faucher presented TAca-
demie plusieurs epigrammes pleines d'esprit, des dialogues politiques d'une pro-
fonde et fine philosophie, et plusieurs charmantes moralites que I'on ecoute avec
grandplaisir.
A la fin de la seance, M. Adrien Rousseau est eiu membre titulaire de TAcademie.
Le Secretaire de I'Acadimie, Le President de I'Acadimie,
J. M^RiTAN. D' V. Laval.
^ff^'ST^t^^^^TJ^
Volumes et Fascicules
REgUS PAR L'ACADfiMIE
Depuis la publication du deuxieme fascicule de I'annde rgoi.
I. — Envois du Minidt&re de Tlnstruction publique
et des Beaux- Arts.
!• Congr6s des Soci6t6s savantes A Nancy : Discours prononc6s a la stance g6n^-
rale du congrds, le samedi i3 avril 1901, par M.Mascart. — a' Bulletin arch6ologi-
que du Comit6 des travaux historiques et scientifiques, 1901, i" et a" livralsons. —
3* Bulletin du Comit6 des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences 6co-
nomiques etsociales, anndeigoo ; congrSsdes Soci6t6s savantes de Paris et des d6par-
tements, lenu A Nancy en 1901.— 4* Bulletin histdrique et philologique, 1900, n" 3et4;
J90i» n" I et a. — 5* Comit6 des travaux historiques et scientifiques : Comptes rendus
du congr^s des Soci6t6s savantes de Paris et des d^partements, tenu 4 Nancy en
1901. Section des sciences. '— 6* Histoire litt^raire de TAfrique chrdtienne depuis les
origines jusqu'A Tinvasion arabe, par Paul Monceaux, t. I et II.
II. — Dons des particuUers.
I'M. Antonin Rousset, membre tltulaire de TAcad^mie: Du droit et de la jouis-
sance de I'usufruitier sur les vdgdtaux ligneux Isolds ou en massif. — a* M. I'abbd
Clavel, membre tltulaire de TAcad^mie : Suite de paysages, carton de 10 lithogra-
phies avant toute lettre et avec remarques de Ch. Dulac (1893). — 3* M. Jacques
Delmas, membre tltulaire de TAcadimie : La Grande^Montagne ( Basses-ALpes ). —
4* M. A. Joleaud, membre tltulaire de TAcad^mie : Contribution H l'6tude de Uinfra-
cr6tac6 d faciis vaseux p^lagique en Alg^rie et en Tunisie. — 5* M. le D' Alfred
Chobaut, vice-president et membre perp^tuel de I'Acad^mie : Sur les moeurs et
metamorphoses de TEmenadla flabellata F., pour servi|" & I'histoire des Rhipipho-
rides ; — Description de deux esp6ces nouvelles de Cebrio d'AIg^rie et de la femdle
du C. gypsicola Graells ; — Nouvelles observations sur les relations biologiques
des Anthicides avec les vesicants; — Description de cinq vari^tds nouvelles de
col6opt6res de la faune circa-m6diterraneenne ; — Notes sur le genre Pentaria et
description d'une esp6ce nouvelle ; — Description de deux esp^ces nouvelles de
coIeopt6res du Mzab ( sud alg^rien ) ; — Description de trois col^opteres du Mzab
(sud alg6rien); — Note sur Polyarthron Jolyi Pic ; — Description de deux col^optdreg
nouveaux du sud de TAlgerie; — Sur un Xyleborus parasite d*une orchid^e des
serres europ^ennes ; — Descriptions de cfuelques esp6ces et variet^s nouvelles de
coieopteres alg^riens : — Description d'un Eumolpide nouveau du Sahara alg^rien
— Description d'un nouveau genre de C^brionides du -Sahara septentrional ; —
Description d*un Adoretus nouveau du Sahara septentrional ; — Description d'un
256 MEMOIRES
Ernobius nouveau de la France m^ridionale ; — Note sur Sefranla Bleusei Pic ; —
La chasse aux col6opt6res, en hiver, sous les dcorces de platanedans le d^partement
du Gard, en face d* Avignon ; — Mceurs et metamorphoses du Platypsyllus castoris
Ritsema, insecte col6opt6re h6te du castor; — Description d*un genre nouveau et
d*une esp6ce nouvelle de longicorne de la Tunisie mdridionale ; — Description de
deux espfeces et d*une vari6t6 nouvelles de Pachybrachis de la Tunisie mdridionale ;
— Description d'une espice nouvelle de Zophosis de la Tunisie m6ridionale ; —
Description d'un opatride nouveau de la Tunisie m^ridionale; — De la placed,
assigner, parmi les longicornes, au genre Tetropiopsis Chob. ; — Description d'une
Phaleria nouvelle d'Alg^rie ; — Notes entomologiques : insectes indigenes adapt6s A
un arbre d*origine exotique ; insectes des carridres des Angles (Gard) ; les Rhys-
semus de France. — 6* M. le D' A. . Pamard, membre titulaire de TAcad^mie de
Vaucluse : Les Medecins d'Avignon a TAcaddmie de Vaucluse en 1801 : J.-C. Pancin
(1743-1808), J.-B.-Antoine Pamard (i763-i837)» par le D' Pansier. — M. Paul de
IFaucher, membre titulaire de TAcaddmie : Les Souvenirs de Taleul, podsies fugi-
tives et humouristiques d'un vieux magistral, recueillies et annotdes par son petit-
fils. — 8* M. le baron Guillaume du Laurens, membre titulaire de I'Acaddmie :
fipreuve lithographique d'une gravure sur cuivre, par Daret : alldgorie sur I'arrivde
t Avignon du vice-16gat Alexandre Colonna, en 1664. — 9* M. le D* P. Pansier, mem-
bre titulaire de 1* Academic : Tractatus de hypopio, auctore (anno lySS) Joanne-
Glaudio Pancin, medicinae et botanicae professore in Universitate Avenionensi. —
10' M. F. Mistral, membre d'honneur de I'Acaddmie : Francisco Soto y Calvo, Nos-
talgia.
III. — Envois des Socidtds correspondantes.
Bulletin de la Socidtd des lettres, sciences etarts de la Gorr^ze, 1901, n" i, 2 et 3. —
Mdmoires de TAcaddmie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 4' s6rie, t. VII,
anndes 1899-1900. — Bulletin de la Socidtd d'dtude des sciences naturelles de Bdziers,
annde 1899. — Revue des Langues romanes, 5' sdrie, t. VI, n" 3 A 12. — Revue de
Saintonge et d'Aunis, t. XXI, n" 4 A 6; t. XXII, n* i. — Bulletin historique du dioc6se
de Lyon, 1901. n** 4 A 6; 1902, n* i3. — Revue horticole des Bouches-du-Rh6ne, n- 563
d 570. — Bulletin d'archdologie et de statistique de la Dr6me, n*' i38 A 140. — Revue
historique de Provence, 1901, n** 7 A 12; 1902, n* i. — Socidtd des Antiquaires de la
Morinie: bulletin historique, 1901, n*' 2 A 4. — Socidtd archdologique du ddpartement
de Gonstantine, 1900. — Revue d'Auvergne, 1901, n* 2. — Socidtd languedo-
clenne de gdographie, 1901, 2'et 3' trimestres.— Socidtd agricole, scientifique et littd-
raire des Pyrdndes-Orlentales, 1901. — Bulletin de la Socidtd nationale des Anti-
quaires de France, 1900; mdmoires, 1899. — Bulletin du Gomitd de I'art chrdtien de
Nimes, 1901, t. VII, n* 44. — Annales de la Socidtd des lettres, sciences et arts des
Alpes-Maritimes, 1901, t. Xyil. — Acaddmie des sciences, belles-lettres et arts de
Besan9on, 1900. — Bulletin de la Socidtd Les Amis des sciences et arts de Roche-
chouart, 1901, t. XI, n** 2 A 4. — Bulletin de la Diana, 1901, t. XII, n" i A 4. — Anales
del Museo nacional de Montevideo, 1901, t. IV, n*' xix & xxii. — Studj edocumentl di
storia e diritto, 1901, Case, i et 2. — Missouri botanical garden, twelfth annual report,
1901. — Bulletin de la Soci6t6 des sciences naturelles de SaOne-et-Loire, 1901, t. VII.
n- 5 A 12. — Bulletin de la .Soci6t^ des sciences, lettres et arts de Pau. t. 28, 1898-
1899. — Anales de la Universidad de Buenos- Aires, tome XIV, 1899-1900. — Actes
de TAcad^mie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 3* s^rie,
1898 et 1899. — Mimoires de la Soci6t6 des arts et des sciences de Garcassonne, 1901.
t. X.— Bulletin of the geological institution of the University of Upsala, edited by
Hj. Sjogren, 1901, n*9. — M^molres dela commission des antiquitds du d^partement
de la G6te-d'0r, t. XIII, 1899-1900, 4^ fasc. — Bulletin de la Soci^t^ neuchateloise de
DE L'aCADEMIE DE VAUCLUSE 267
gdographie, t. XIII, 1901. ^ Bulletin de la Soci^td arch^ologique du midi de la
France, s^rie in-8*, n* 28. — Stances publiques de TAcaddmie des sciences, arts et
belles-lettres d'Aix, du i5 juin 1900 et du 14 juin 1901. — Repertoire des travaux de
la Society d'^tude des sciences naturelles de Nimes, t. XXVIII. — Annales de I'Uni-
versite de Lyon. I. Sciences, mMecine, fasc. 5^ 7:£tude sur les occultations d*amas
d'dtoiles par la lune.avecun catalogue normal despl6iades,parM.JoannyLagrula;—
Sur les corobinaisons organomagn^lennes mixtes et leur application a des syn-
theses d'acides, d'alcools et d'hydrocarbures, par Victor Grignard ; — 6tude g6olo-
gique et pal6ontologique du carbonif6re inf6rieur du MAconnais, par A. Vaffter. —
II. Droit, lettres, fasc. 7 et 8 : Histoire de Tenseignement secondaire dans le Rhdne
de 1789 A 1900, par MM. Chabot et S. Charl6ty; — Notes critiques sur quelques tra-
ductions allemandes de po6mes fran9ais au moyen Age par J. Firmery. — Bulletin
de la Society d'^tudes scientifiques et arch^ologiques de la ville de Draguignan,
t. XXII, 1898-1899.-- Bulletin de la Soci^t^ arch6ologique, scientifique et litt6raire de
B^ziers, t. XXXI, 1901, i" livr. — Bulletin de la Society des Antiquaires de Picardie.
1900, n** I A 4; 1901, n*' I A 3. — Soci6t6 arch^ologique et historique de TOrl^anais :
bulletin, t. XII, n« 171. — Bulletin de la Soci^t^ d'^tudes des Hautes-Alpes, 1902. n* i.
Table du tome XX
. (I" DE LA a* SfiRIE. — ANNfiE igoi).
Pages.
Bibliothdque de rAcad^mie : volumes et fascicules re^us. . . . &4, 149, a55
BouRGEs (G.). — A propos du Pithecanthropus erectus 125
Chobaut (D* a.). — Le Merle bleu. 189
Labande (L.-H.). — fetudes d'histoire et d'arch^ologie romane. Provence et Bas-
Languedoc. ]&gli8es et chapelles des environs de Bagnols-sur-C6ze (Nord-Est
du diocdse d'Uz6s) ..,.,... 199
M^RiTAN (Abb6 J.). — Les troubles et ^meutes d'Avignon (1652-1659) 1
MouRRAL (A.). — En Avignon, poesies • i43
— Pages d'album 19^
Proc6s-verbaux des stances. • . . . • 84. 249
RoussET (Antonln). — Oppdde et ses environs. Fragments d'arch6ologie et
d'histoire locale 89, 149
ANNEIE 1900
BT
SUPPLEMENT DES ANNEES 1894 A 1 899 (l)
Alban^s (Chanoine). — V. Inven-
taire analytique des titres de la
maison de Forbin, n° 970.
900. Alfonse oe Poitiers. — Corres-
pondance administrative d*Al-
fonse de Poitiers, publide par
Auguste MoUnier. — Paris, imp.
nat.^ 1900, 3 vol. in-4*.
Collection des documents in6dits
sur i*histoire de France.
901. Amiales de I'Acad^mie de littdra-
ture [6rig6e dans le Petit-S6mi-
naire d'Avigrnon]. [Voir n" 570 et
728.] — Bulleiin de t' Association
fralemelle des anciens Olives du
petit shnifMire Bienheureux-Pierre-
de-Luxembourg d" Avignon, p. i7f
38.
90a Annuaire administratif, historique
et statistique de Vaucluse, public
par L. Duhamel,... Ann^e 1900. —
Avignon, Bemaud et C**, Assaleix,
Durand, Roumanille, in-8*.
903. Ardouane. — Dubreuil ou Dut)reil >
fL*ancien archevSque d'Avignon].
VIntermidiaire des chercheurs et
curieux, t. XLI, cOl. 864.
9r»4. AuDEBRAND (Phillbcrt). — Le Mar-
quis de Sade 6tait-il fou > — L'ln-
termidiaire des chercheurs et des
turieux, t. XLII. col. 739 et ioo5.
905. Auric (A.).— L'Emplacement d'Ae-
ria. — Bulletin de la Sociiti dipar-
tementale d'archMogie et de sta-
tistique de la Drdme, p. 84.
906. BARRfes fMaurice). — Une Visite
Chez Mistral. — Revue Mame, 29
avril.
907. Bayle (Gustave). — La Question de
rimprimerie A Avig-non en 1444 et
1446. — Mimoires de I'Acadimie de
Nimes, p. I ; — Nimes, Chastanier,
in.8-.
908. Bayol (A.). — L*ancienne Comman-
derie de Saint* Jeanrle-Vieux d'A-
vignon. -^^hnotres de VAcadhnie
de Vaucluse,'P' 13?.
909. Belladen (L.). — L'Exposition de
la Soci^t^ vaudusienne des Amis
des Arts. — M^moires de I' Acade-
mic de Vaucluse, p. 161.
910. B^thouart (A.). — Beaulieu, Cap
Ferrat, Monaco, Eze, Puget-Th6-
niers, ArUs, Orange. ^6jour d'hi-
ver, excursions, tourisme, alpi-
nisme. — Chartres, imp. Gamier ;
I'auteur, 5, rue de Chanzy, in-i8.
Blancard (Louis). — V. Iiiventaire
ana)yti<^e des titres de la maison
de Forbin, n* 970.
911. BoisGELiN (Marquis de); — Esquis-
ses g6n6alogiques sur le& families
de Provence. Tome I*', !'• partie.
— Draguignan, {C, et A. Latil;
Aix-en-Provence, Makaire, in-4*,
p. I ^ 400.
BoissiER (Gaston). — V. Grandin
(Georges), n' 966.
BoL (J.). — V. Brindosier, Bol (J.)
et Zeph, -n* 914.
9 1 J. Boyer d'Agen. — Paul Vayson. —
Revue illustrie, n* 16 (i*' aoQt).
9 1 3. Braeutigam (Ludwig). — • Das fran-
zosische Bayreuth [Orange]. —
Goslar, Laltmann, in-8*.
914. Brindosier, Bol (J.) et Zeph. —
Rrral... Rrrrapasl... Interwiew,
lettres et mdmoires sur la demo-
lition des remparts d'Avignon.
Preface de M. Edmond Capeau,...
— Avignon, F. Seguin, in-8*.
9 1 5. Brunet (P. de). — Conseils prati-
ques aux eieveurs vauclu^iens. —
Bulletin de la Sociiti d'agricuUure
et d' horticulture de Vaucluse, U 5i,
p. 37.
(I; Les publications dont Ic mill^sime n'est pas indiqud sont de Tatin^e 1900.
4*-2
anJlJOGUAPHIE VAUCLUSIKNNK
9 1 G Cabanks D"i. — Le Marquis de Sade
(^tait-il fou > — L'Inijrmidiaire des
chercheurs et djs curieux, t. XLU,
col. 562.
9f7 Caisse de prcvoyance et de criidit
du Syndicat agricole vauclusien.
Assembl<ie g<in<irale du 3o novem-
bre lyoo. — Avignon, F. Seguin,
in-8".
(Iapeai: (Edmond).— V.Brindosier,
BoL (J '. et Zeph, n* 914.
918 Charles V et le schisme. — Histo-
risch-politische Blatter. 16 novem-
bre.
919. CuoBAUT (D' A.). — Capture d'un
aigrle dans les environs d' Avignon.
— Mimoires de VAcadimie de Vau-
cluse, p. 385 ; — Avignon, F. Se-
guin, in-8'.
920. — Esp6ces nouvelles d'insectes co-
16opt6res trouvdes en ces derni^res
anndes dans le dSpartement de
Vaucluse et dans les d6partements
limitrophes. — Metnoires de I'Aca-
dimie de Vaucluse, p. 2i5; — Avi-
gnon, F, Seguin, in-8*.
921. — Un H6tel climat6rique au Mont-
Ventoux, — Mimoires de VAcadi-
mie de Vaucluse, p. SSg; — Avi-
gnon, F. Seguin, in-8".
922. Cinquantenaire (Le) du college
Saint-Joseph d'Avignon. — Bul-
letin des anciens cloves de I'icole
litre Saint-Joseph [ d'Avignon ],
juin, p. 393.
923. CiPOLLA (C). — Clement VI et la
maison de Savoie. — Miscellanea di
storia italiana, 3* s6rie, t. V.
924 Cochin (Henry). — Le Fr6re de P6-
trarque et le livre du « Repos
des rcligieux». — Revue d'histoire
et de littirature religieuse, t. V,
novembre - d^cembre fa suivre).
[Sur la vie que les deux frtres
mcncTcnt A Carpentras jusqu'en
I336.J
925. Compte rendu des concours agri-
coles et du congres ampdlogra-
phique tenus A Avignon, du 18 au
23 octobre i8<.)9, A I'occasion du
cinquantenaire de la Soci6t6 d6-
partementale d'agriculture et
d'horticulture de Vaucluse. 1849-
1899. — Avignon, F. Seguin, in-8".
926. Compte rendu des concours et expo-
sitions agricoles tenus cLApt les i3
et 14 octobre I9^j() [avec discours
de M. Ricard,... et rapports des
commissions]. — Bulletin de la
Societe d'agriculture et d'horticul-
ture de Vaucluse, t. 5i, p. 277.
927. Concours de taille et reunion d'Apt
le dimanche 18 Icvrier [njix). avec
rapport de M. Ed. Zacharevvicz). —
Bulletin de la Socidtd d'agriculture
et d'horticulture de Vaucluse, t. 5i,
p. 9i>.
928 Conseillers municipaux et munici-
palites du ddpartement de Vau-
cluse, 1 9 JO. — Avignon, E. Mi I to,
in-8'.
CouLON (Augusie). -V.JkanXXII,
n' 972.
929. Crescin'i (V.). — Rambaut de Va-
queiras et le marquis Boniface I '
de Montfcrrat. Nouvelles observa-
tions. (Suite et a suivre.)— Annates
du Midi, p. 433.
930. CussAC (Abb6 G.). — Pan^gyrique
de saint Jean-Baptiste de la Salle,
fondateur des Fr6res des dcoles
chr^tiennes, prononc6 le 19 juin
1900, dans rinsigne basilique m€-
tropolitaine d'Avignon.— A W^non,
Aubanel frires, in-8'.
931. Dabin (Abb6).— Les F^tes musicales
d'Avignon (3,4 etS aoOt 1899). —
Evreux, Odieuvre, in-8*.
93a. Dalton (A.). — La Persecution 4
Orange,d*apr6s un extrait du Jour-
nal in6ditdeJablonskl,pr6dicateur
k la courde Prusse. 26 septembre
1703. — Society de Vhistoire du pro-
testantisme frangais, bulletin histo-
rique et litter aire, i5 octobre.
933. Delisi.e (L.). — Note sur un manu-
scrit des po<^sies de Pdtrarque,
rapporid dltalie, en 1494, par
Charles VIIL — Biblioth^ue de
I'Ecole des chartes, t. LXI, p. 450;
— Nogent - le - Rotrou, Daupeley-
Gouverneur; Paris, in-8'.
934 Delmas (J.J. — Ascension du Mont-
Ventoux (1,912 metres).— ylnntt<jire
du Club alpin fran^^ais, 26* vol.,
J 899; — Paris, Chamerot et Re-
nouard. in-8'.
933 DtpREz (Eugene).— Les Fun^railles
de Cldment VI et d'Innocent VI, .
d'aprc^s les comptes de la cour
pontificale. — Melanges d'archeo"
logieet d'histoire, p. 235.
935. DiGONNET (F.). — Notice historique
sur le musde Calvet, d'Avignon.
— Avignon, F. Seguin, in-8*.
937. DoNEVAi. (R. de). — Avignon et ses
environs. — Lyon, Toursier, in-i6.
Guides Pol.
938. DoRSAY (Jules-A.). — Guillaume au
court nez (Idgendes de Thistoire
de France). — Paris, Firmin-Didot
et 0« . in-8*.
939. DiriiAMEL (L.). — Le Cardinal de
Brogny, son origine, sa famille,
ses alliances. — Revue savoisienne,
190^, fasc. 4, et 1901, fasc. i; —
Annecy, Abry, 1901, in-8*.
— V. Annuaire, n* 902 ; Extrait des
deliberations du Directoire,n«95o.
940. DuiiREN (Eug.). — Studien zur Ge-
schichtedesmenschlichen Gesch-
lechtslebens. I. Der Marquis de
Sade und seine Zeit; ein Beitrag
zur Cultur- und Sittengeschichte
desXVIII"" Jahrhunderts. — Le/p-
zig, Barsdorf, in-8*.
941. Ehrle (Franz). — Aus den Acten
des Afterconcils von Perpignan.
ANNEE igCX)
43
942
9+^
944
90
946
947
94H.
949
9SO
951
962
1408. — Archil' fur Liter atur- und
Kirchengeschichte, Y" Bd. 3" Heft
(1889), S. 387; VII" Bd, 3'* und 4"
Heft (igrx)), S. 576.
— Der Cardinal Peter de Foix der
Aeltere. die Acten seiner Legation
in Aragonien und sein Testament.
— Archiv fur Literatur- und Kir-
chenp:eschichU, VII" Bd, 3" und 4"
Heft, S. 421-696.
— Die lurchenrechtlichen Schriften
Peters von Luna (Benedicts XIII).
— Archiv fur Literatur- und Kir-
chen^eschichte. Vll" Bd, 3" und
4" Heft. S. 5i5.
EsTACHY (E.). — Les petites Modistes
de Cavaillon, chanson-marche. —
Cavaillon, Mistral, in-S".
EuBEL (R. P. Conrad). — Die avi-
gnonesische Obedienz der Mendi-
canten Orden, sowie derOrden der
Mercedarier und Trinitarier, zur
Zeit des grossen Schismas, beleu-
chtet durch die von Clemens VII.
und Benedikt XIII. an dieselben
gerichteten Schreiben. — Pader-
torn, F. Schoenini^h, in-8".
Quellen und Forschungen aus
dem Gebiete der Geschichte, I, 2.
— Bullarium franciscanum, sive Ro-
manorum pontificum constitutio-
nes, epistolac, diplomata tribus
(•rdinibus Minorum, Clarissarum,
Poenitentium, a ... sancto Fran-
cisco institutis, ab eorum origini-
bus ad nostra usque tempora
concessa. T. V (Benedict! XI,
dementis V, Joannis XXII monu-
menta). — Leipzig, Han-assowiti,
in-fol.
Exposition de chrysant6mes. 1900.
— Avignon, F.Seguin, in-8*.
Soci(it6 d'agriculture et d'horti-
culture de Vaucluse.
Exposition des beaux-arts et des
arts appliq^6s ^ I'industrie, orga-
nisee H Avignon par la Soci6t6
vauclusienne des Amis des Arts,
du I" mars au i" avril 1900. R6-
glement. — Avignon. J. Roche et
Rulliere frcres, in-8".
Exposition des beaux-arts et arts
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Societ<S vauclusienne des Amis
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Histoire et g6ographie des pro-
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B^arn, Foix, Languedoc, Roussil-
lon, Com tat, Nice, Provence,
Corse, et les dcpartements qu'elles
ont formes, par Alexis-M. G., ...
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maisons d'dducation.
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in-8*.
939. — La Musique d Avignon. Confe-
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I'impasse de I'Oratoire. le 24 Jan-
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tistlque. 6' s6rie... Les Vernet... —
Paris, If. Floury, in- 16.
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963. GoNNET ^Vbb6 E.). — Petite Mono-
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d'Avignon (sous forme de corres-
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Avignon, F. Seguin, in-8*.
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de la petite monographie de Saint-
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Seguin, in-8*.
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sous forme de correspondance d.
un pretre poete, ami de M. I'au-
m6nier actuel de I'hospice Saint-
Louis d'Avignon. — Avignon, F.
Seguin, in-8*.
966 Grandin (Georges). — Felix Char-
9O0
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Ltroux, in-8".
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Angleterre.] - Reime d'histoire di-
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1& xnaison de Forbia, recueillis au
chateau de Saint-Marcel par M.
le marquis de Forbin d'0pp6de,
et d'autres titres provenant de di-
verses archives, le tout analyst
par M. le.chanoine Alban^s. Avec
une introduction de M. Louis
Blancard,... — Marseilie, impr.
marseUlaise, in -4*.
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Auguste Coulon,... Fascicules i et
2. -*• Paris, A. Fontemoing , in-4",
Bibiioth^que des Ecoles fran-
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lettres de Bordeaux et des Univer-
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974. KiENER (Fritzs — Vcrfassungsge-
I : ' Bchichte der Provence.seit derOst-
gothenherrschaft bis zur Errich-
tuTLg der Konsulate 5io-i2oo\ —
Leipzig, Dyksche Buchhandlung,
in-8*.
975 • Labande (L.-H.). — Description
.* . . .d'un pied de croix du XIV si6-
£l£ ayant appartenu 4 Tancien
TQonast6re de Saint- V6ran prcjs
Avignon. -^ Bulletin archdologi-
que du Comile des travaux histori-
■queset scieniijiques, p. 491 ; —Paris,
imp. nat., 1901, in-8".
976. — Les Dessins des antiquitds de la
- France nwiridionale, par I'archi-
tecte Pierre Mignard. *- La Cor-
Tespondance kistorique ei archeolo-
gique, p. 144.
977. — Etudes d'histoire et d'archdologie
romane. Sainl-Symphorien de
Caumont. — Memoir es de V Acade-
mic de Vaucluse. p. 179 ; — Avignon,
F. Seguin. in-8".
978. — Notice sur les dessins des anti-
quitds de la France mt^ridionale
ex6cul(^s par Pierre Mignard et
sur leur publication projet6e par
le marquis de Caylus. — Revue du
Midi, ; — Nimes, imp. ginirale,
in-8v
979. L[ArRE.Ns] (J[ules] . — Catalogue
du mus(!:e de la ville de Carpen-
tras, avec notice historique. — Car-
pcntras, 'Brun et C»', in-i6.
980. Lavalden (Bruno). — Une Visite k
Orange. - Grenoble, 'Uaratier et
Dardclet, in-8".
981. Maas'M.'. — Allerlei provenzalis-
cher Volksglaube nach F. Mis-
tral's Mireio. — ^Berlin, i8'/>, ln-8'.
982. Manivet Paul). — En Avignon.
Po6mes modernes, illustr^s par
Pierre Jouve. — Avignon. Aubanel
freres ; Paris, Lemcrre, in-8\
983 Marchand J.'. — L'Enseignement
primaire dans le departement de
Vaucluse, de 1791 A 1900. Memoi-
res de l[Acjdemie de Vaucluse, p.
43; - Avignon. F. Seguin, in-8'.
984. — L'Universit^ d' Avignon aux
XVII • ct XVIII- sidcles. - Paris,
A. PicarJ el Jits, in-8*.
985. Marquis iLe» de Sade 6tait-il fou ?
[Articles signes: G. A. B., C. H. G.,
11. C. M., P. Tonnel. G. I. et Outis.
— L'lntermidiaire des chercheurs
et des curicux. t. XLII, col. 437,
85i et i(yj9.
9H6. Marmoiton (Pierre). — Le Mari^chal
Brune et la mar^chale Brune. —
Paris, Lethiclleux, in-8".
[Cf. Vissac .Marc deS dans les
Memoires de I' Academic de Vau-
cluse, p. 202.]
987. Martel R. P.\ — Le Cinquante-
naire de la fondation du college
de Saint-Joseph, discours pro-
noncti par le R. P. Martel,... dans
la chapelle du college, le 14 Jan-
vier 1900. - bulletin des anciens
Aleves de I'ccole libre Saint-Joseph
d' Avignon, mars, p. 327; — Avi-
gnon, F. Seguin. in-8\
988. Masce'fta (Lorenzo). - Gli Amori
. . del Petrarca. — Rasscgna Pugliese,
1896.
989 Maunier ^\lbert . Complainte
sur I'horrible crime de Gouli. —
Cavaillon, Mistral, in-plano.
990. Maxe-Weria' (L.\ — Deux nou-
veaux Documents incdits sur
Francesco da Laurana. - Memoi-
res de la Society des lettres, scien-
ces et arts de 'Bar-le-Duc. 3* sirie,
t. IX.
991. Meraoire pour la Sociclc civile de
I'ccole libre de Saint-Joseph d'A-
vignon, ayant son si«bge social A
ANNE^ 1900
4b
Avignon, centre Tadministration
de renregistrement, des domaines
et du timbre. — Avignon, F. Se-
guin, in-4°.
MoLiNiER (Auguste). — V. Alfonse
DE Poitiers, n° 900.
99a. MuNTZ (E.). — Les derni6res Anndes
du sculpteur Laurana. — La
Chronique des arts et de la curio-
sity, n° 16 (21 avril , p. i52.
993. — Les Triomphes de P6trarque. —
La mbliofilia, avril-mai.
9C4. MuRis Jean de . — La Schola en
'.% Avignon. — La Tribune de Saint-
Gervais, p. 23.
995. (Euvres des vocations saccrdotale s
ou des sdminaires du dioc6se
d*Avignon. Ann6e 1900. — Avi-
gnon, F. Seguin, in -8".
Cf. Semaine religieuse du diocese
d' Avignon, p. 432.
Pamard (D' AlJfred). — V. Pamard
(Pierre- Fran9ois-B6n6zet), n*996.
996. Pamard (Pierre-Franyois-Bdndzet).—
Un Contemporain de Daviel. Les
oeuvres de Pierre-Fran^ois-Bdnd-
zet Pamard, chirurgien et oculiste
1 1 728-1793 , editdes pour la pre-
miere fols, d*apr6s ses manuscrits,
par son arri6re-petit-fils, le D'
Alfred Pamard, ... et le D' P. Pan-
sier. — Avignon, Seguin ; Paris,
Masson et C'*, in -8".
Pansier (D' P.).— V. Pamard (Pierre-
Fran?ois-B6n6zet), n* 996.
997. Parrocel (Pierre)". — Les 7lonuments
fundraires de la chapelle de THo-
tel-Dieu, A Carpentras. — Reu-
nion des Sociitis des bcaujc-arls des
deparlements, 24* session, p. 187.
99H. Pasqu! (Ubaldo). — Sulla Casa ove
nacque Francesco Petrarca. —
Arezso, 'Belloi, in-i6.
999. pETRARQtE. — Podsics compl^tes de
Francesco Petrarca. Traduction
nouvelle par Hippolyte Godefroy.
(Sonnets, canzones, sestines ,
triomphes.) — Monllu(;on, Herbin,
in-i6. .
1000. PicoT (Emile). — Des Fran(?ais qui
ont dcrit en italien au XVI* si6-
cle. XIX. Louis de P^irussis. XX.
Vasquin Philieul. — Revue des
biblioth^ques, p. 59.
100 1 . PiNSON ' Paul).— Le Marquis de Sade
6tait-il fou? — L'Intermidiaire des
chercheurs et des curieux, t. XLII,
col. 661.
1002. PoLi (Oscar de". — Cartulaire de
r^glise d'Apt. — Paris, Conseil
heraldique de France, in-8*.
joo3. Porte (La^ de I'Oulle d Avignon.
[Signi ;G.]. — Revue Mame, 18 no-
vembre.
1004. PRtLOTiR. P.\ — Le Cinquante-
naire de la fondation du college
Saint-Joseph fd'Avignon). Dis-
cours prononcd par le R. P. Pre-
lot, ancien recteur, dans la cha-
pelle du college, le 27 mai 1900,
— Avignon, F. Seguin, \n-S*.
ioo5. Prologue de la soirde de gala or-
ganisde par la 374' section des
Prdvoyants de Tavenir^ Avignon),
au profit de la crdation d'une
caisse de secours en casde d6cds.
Vendredi 10 mars 1900. — [Avi-
gnon. F. Seguin], in-S".
1006. Protection (La) des intdrCts com-
merciaux et contentieux. Coute-
lan et C" A Avignon. Repertoire
des correspondants. — Avignon,
J. Roche et Rullitre freres, in-8'.
1007. PuisEux. — L'Ep6e et la crosse.
Vie de Victor de Prilly, aide-de-
camp du general Lacoste, puis
6veque de ChAlons. — Lille,
maison Saint-Joseph, in-8*'.
inoS. Raolt[.-Aubry (F.). — Daudet et
. Mistral.— Nouvelle revue, i" avril.
1009, Rapport sur les conferences eccld-
siastiques tenues en 1899 dans les
divers doyennes du diocese d*A-
vignon. — Avignon, Aubanelfrt-
res, in-8'.
loio. Raymond (IL). — Le Triduum en
rhonneur de saint Jean-Baptiste
de la Salle, fondateur de I'lnstitut
des Fr6res des ecoies chretien-
nes, ceiebrd en la basilique me-
tropolitaine de Notre-Dame-des-
Doms, les 18, 19 et 20 juin 1900.
Compte rendu par .H. Raymond.
— Avignon, F. Seguin, in-8V
101 1. Recueil de cantiques A Notre-
Dame-de-Vie, A Venasque. —
Carpentras, Seguin, in-32.
1012. Recueil de cantiques & saint Gens.
' 9* edition, revue et augmentee.
— Carpentras, Seguin, in -18.
101 3. RTedon] (F.). — La Cavalerie. Les
Templiers A la Cavalerie. Les
Chevaliers de Mahc et les sei-
gneurs de la Bastide-des-Jour-
dans t la Cavalerie. Les Freres
Hermites, rcligieux b6nedictins
a la Cavalerie. Restauration de la
Cavalerie en 1848. Le Pere Bar-
nouin A la Cavalerie. La Cava-
lerie apres le depart du R. P.
Barnouin. — Semaine religieuse
du diocese d' Avignon, p. 124, 232.
245,261, 281, 297, 323. 365.
1014. — Le Reverend Pere Marie-Benolt
Barnoin, superieur du monastere
de la Cavalerie. Aper^u histori-
que sur la Cavalerie. — Avignon,
Aubanel frtres, in-8*.
1 01 5. Reinacu (Theodore). — Pierres qui
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RiCARD. — V. Compte rendu,
n* 926.
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Chalon, prince d'Oran^e. — ^U-
moires de la Sociele des Anti-
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(paru avec le mill<^siine de igoi'i, p.
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bonne ^i 347-1 376) (Pierre de la
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1900), p. 56.
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tre inddite de Roumanille. — Se-
maine 7'eligieuse du diocese d'A-
vignon, p. 602.
1021. RoussKL (Ei:nest). — Une ancienne
Capitale. Orange. — ^4 travers le
tnonde, suppl. au Tour du monde,
p. 249.
1022. Roux (Abbe A. -J.). — Panegyrique
de saint Agricol, prononce dans
r(iglise paroissiale de Saint-Agri-
col, le 2 septembre 1900. - 6'e-
maine religieuse du diocese d'A-
vignon, p. 5ii, 522, 578, 589, 6o3 ;
— Avignon, Aubanelfreres, in-8".
1023. [RoziERE iVicomte de)]. — Les
Isnards. Notices historiques et
g6n6alogiques, rddig6es d'apr^s
les documents originaux, sur les
families de ce nom en Italie et
dans le midi de la France...
Premiere partie. Comte Venais-
sin, principautd d'Orange, Dau-
phin6, Languedoc, Ilede France,
Haute et Basse-Provence. —
[Blois, C. Migault et C> ], in-4°.
1024. Sagnier (A.). — Causes et date de
I'enfouissement du tresor trouve
au Pontet. — Memoires de I'Aca-
ddmie de Vaucluse, p. 261; — Avi-
gnon, F. Seguin. in-8".
1 02 5. Saint Joseph et Saboly [Signi :
A. G.]. — Semaine religieuse du
diocese d'Avignon, p. 175.
1026. Salamon (Mgr de). — Nouvelles
de Rome. Un tableau de la cour
papale. Lettres int-dites de Mgr
de Salamon. Rome en 1817... —
— Souvenirs et memoires, octobre.
1027. Sale.mbier 'L.). — Le grand
Schisme d'Occident. — Paris, V.
Lecojfre, in -12.
Bibliothtjque de I'enseignement
de I'histoire ecclcsiastique.
1028. Salvo -Cozzo. — Le « Rime
sparse » del Petrarca. — Giornale
storico delta letteratura italiana,
t. XXX, p. 369 ; - Turin, Loescher,
1897, in-8'.
1029. SciiULTE (E.). — La Terrejr blan-
che dans la France mdridionale
en i8i5. — Sontagsbeilage zur
Vossischen Zeitung, n* 16.
io3o. Segre (C.>. — Petrarca e il giubi-
leo del i35o. — Nuova antologia,
16 mai.
io3i. Seymour de Ricci. — Un nouveau
Manuscrit 6pigraphique de Pei-
resc [A la Biblioth6que de Car-
pentras]. — Revue archtologique,
3* s6rie, t. 36, p. 425.
io32. SiCARDi (Enrico\ - Attorno al Pe-
trarca e a Laura. — Rivista d* Ita-
lia, fasc. 10; — Roma, Societd
editrice Dante Alighieri, in-8*.
io3'. Soci^t6 des Amis du th6Atre anti-
que d'Orange. Statuts. — Paris,
Le Due, 1899, in-4*.
1034. Soci6t6 immobili^re d'Avignon.
Procis-verbal de I'assemblde g6-
n(irale ordinaire et extraordinaire
r^unie t Avignon, le 1 1 avril
1 9fjo. — Avignon, F. Seguin, in-12.
Io3^. Steinherz (S. . — Das Schisme
von 1378 und die Haltung
Karls IV. - Mittheilungen des Ins-
tituts fitr oesterreichische Ge-
schichtsforschung , Band XXI ,
Heft 4.
io36. Syndicat agricole vauclusien. As-
sembl^e g6ndrale du 3o novem-
bre 1900. — Avignon, F. Seguin,
in-8".
1037. Tambour (Le) d'Arcole. [^Signe
LE. v.] — L'Intermediaire des
chercheurs et curieux, t. XLI,
col. 1002.
io38. Tessier «F.) et Flahaui.t Ch.). —
Le Versant meridional du massif
du Ventoux, par F. Tessier, ...
avec une note sur la flore, par Ch.
Flahault. — Revue des eaux etfo-
r^ts; — Poitiers, Blais et Roy,
in-8".
1039. Traciisel (C.-F.). — Franciscus
Petrarca nuncius apud rempu-
blicam Venetam pax fecit cum
Januensis. Medaille originate et
authentique du XIV si6cle jus-
qu'ici inddite, model^e par Mem-
mi, dit maitre Simon de Sienne.
— [Lausanne, G. Bride I et C'«],
in-8-.
1040. Un Souvenir de i83o. [i83o A Avi-
gnon.] — Garnet historique et
litter a ire, p. 379.
1 04 1. Vai.ens-Niel. — Comptc rendu des
operations de I'Association avi-
gnonaise de bienfaisance mu-
tuelle pendant • I'exercice 1898-
1899. — Avignon, F. Seguin,
in-8*.
1042. Valois (N.). — Notes sur les reve-
lations de Marie Robine, d'Avi-
gnon (milieu du XV si6cle\ —
Bulletin de la Sociele nationale
des Antiquaires de France, 1898,
p. a3i.
1043. Vaschalde(H.). —La Comtesse de